le journal n° 72 - mars 2007
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Sommaire

- Assemblée Générale de l’association
- Améliorer son quotidien
- La pensée du mois
- Aide alimentaire et tarification sociale de l’eau
- En direct du Carrefour
- Www.carrefourdessolidarites.org
- Mémoire aux défunts et fraternité aux vivants
- Il était une fois le Carrefour des solidarités (suite)
- Conversation avec Christian, alias Victor Hugo

Assemblée Générale de l’association

le mardi 27 mars à partir de 17 h au 40 rue du Fort Louis

Que voulons-nous dire à la population de la région dunkerquoise en 2007 ?

Le Carrefour des solidarités fait son assemblée générale annuelle. Outre les différents rapports sur lesquels elle aura à se prononcer, nous vous proposons de débattre sur ce que nous voulons faire entendre, en 2007, à la population de notre région. Les élections nationales et locales sont l’occasion d’interpeller nos concitoyens au moment où ils vont opérer des choix essentiels pour l’avenir des personnes pauvres pour lesquelles et avec lesquelles nous oeuvrons. Nous disposons désormais de trois moyens de communication : la journée du refus de la misère, un nouveau site internet et notre petit journal. Que voulons-nous dire à ces occasions ?

Le bureau du Carrefour des solidarités

En direct des associations

Améliorer son quotidien

L’école des consommateurs de Gravelines a pris l’initiative d’organiser une journée d’information destinée à tous les publics. Elle a eu lieu le 13 février dernier : stands, inauguration, mini forum, organisation impeccable, ambiance hyper sympa…

C’était à la maison de quartier Atouts vie de Petit Fort Philippe. Boulevard de l’Europe, en face de Sportica, … vous connaissez. On l’espère parce que sinon, vous serez condamné à errer un certain temps dans le quartier avant de trouver la porte d’entrée. Ah ! Ces urbanistes qui ont oublié de faire expertiser leur projet par des usagers !

Mais, une fois entré, l’accueil y est sympathique et chaleureux. On vous offre du café à la table « pause café » et des gâteaux faits maison. Et puis on vous dirige vers la salle où derrière une série de tables se sont disposés les associations ou services en vue d’accueillir et d’informer les gens qui viendront.

Puis arrivent les premières personnes qui viennent du quartier. Plus tard, plusieurs cars déverseront des personnes provenant de différentes écoles de consommateurs de l’agglomération. Le premier réflexe est de regarder si la tête de celui ou de celle qui est derrière la table est sympathique et pas trop intimidant. Le deuxième est de regarder les brochures et autres dépliants qui sont proposés sur la table. Alors, comme à la foire, on les prend pour les lire plus tard ou pour les garder dans un coin de sa cuisine. Comme un rappel permanent que, ce jour là, on est allé à la maison de quartier de Gravelines et que le voyage a été intéressant avec les copains et les copines.

De rares fois, la personne s’arrête et interroge. Elle a un problème et demande qui pourrait bien lui venir en aide ou lui indiquer des pistes de solutions. Comme au Carrefour des solidarités on ne mène pas directement d’action, on oriente vers l’une des autres tables ou on donne les coordonnées de l’association ou du service qui pourra apporter une esquisse de réponse.

Vers la fin de la matinée, le Maire passe : attention bienveillante et intérêt marqué. On en profite pour lui dire qu’il est bien placé pour interpeller la Communauté Urbaine de Dunkerque sur le prix de l’eau et sur la possibilité de mettre en place un tarif social. Manifestement, il n’a pas réfléchi à la question et répond investissement là où on parlait de ce que doivent payer les usagers. Normal. Les maires sont comme tout le monde. Ils ne peuvent pas tout savoir et avoir une réponse pertinente sur tout. On se quitte. Le jour où la question réapparaîtra au conseil communautaire, il se rappellera notre conversation.

Discours. Pot de l’amitié. Repas préparés par des gens de l’association des « Amies de la solidarité » : façon pour eux de ramasser un peu de sous en vue de leur départ en vacances.

On se quitte en fin d’après-midi après avoir pris le temps de faire nous-mêmes le tour des tables, de renouer des contacts, de faire circuler de l’information, de découvrir de nouvelles associations. Félicitations à l’organisatrice principale, responsable de l’école des consommateurs de Gravelines. Juste le temps d’évoquer avec elle qu’on pourrait refaire la même chose dans d’autres communes de l’agglomération moins bien dotées de moyens. Pourquoi pas ?

Ont participé à la journée d’information

A.D.A.J. : aide aux victimes A.D.I.L. : information sur l’habitat AFEJI AJS Amies de la solidarité : préparation des vacances C.A.F. C.C.A.S. C.I.D.F. : Les droits de la femme C.L.C.V. Carrefour des solidarités Ecole des consommateurs U.T.P.A.S. Espace info-énergie P.A.C.T. Maison des associations de Gravelines Emmaüs Tabgha Service Jeunesse Ateliers Atouts vie

La pensée du mois

dans le magasin le jour entra, seul client, qui jamais ne déçoive le marchand.

B.PRUS. Pologne.

Le droit au logement opposable : un communiqué de la Fondation Abbé Pierre

LE DROIT AU LOGEMENT OPPOSABLE DEVRA MODIFIER LA POLITIQUE DU LOGEMENT

Le projet de loi concernant le droit au logement opposable va être présenté le 15 février à l’Assemblée nationale. La Fondation Abbé Pierre, membre d’Emmaüs France, soutient cette notion de droit opposable pour les ménages qui n’ont pu obtenir d’attribution de logement malgré leur situation très difficile.

Pour autant le droit au logement ne peut se concevoir sans interroger et modifier la politique du logement. Cette opposabilité doit permettre des inflexions indispensables pour la rendre pertinente.

Nous nous réjouissons de quelques avancées adoptées par le Sénat en particulier, l’indexation des aides au logement à l’indice d’augmentation des loyers, l’élargissement du nombre de communes soumises aux 20 % de la loi de renouvellement et solidarité urbaine, l’élargissement des sanctions SRU aux places d’hébergement, enfin l’augmentation des objectifs de production de logements sociaux PLUS et très sociaux PLAI, même si ceux-ci restent insuffisants au regard des besoins.

Nous regrettons que l’Etat ne puisse recourir, pour imposer le relogement, qu’au contingent préfectoral déjà réservé aux ménages défavorisés et notoirement trop faible quantitativement. De fait le décalage entre le nombre de demandes (ciblées potentiellement par la loi à plus d’un million de ménages) et l’offre annuelle issue du seul contingent préfectoral (bien moins de 100 000 logements par an), rendra extrêmement limité l’efficacité du droit au logement opposable.

Le texte exonère la responsabilité des collectivités locales, qui ont pourtant la charge des permis de construire, des choix de construction et d’une grande partie des attributions de logements, et affaiblit ainsi la portée du texte.

Nous espérons que l’Assemblée nationale pourra pallier ces défauts et ne remettra pas en cause ce projet de loi en supprimant ou en différant les avancées votées au Sénat. Des mesures complémentaires devront évidemment être proposées dans un futur proche pour que le droit au logement puisse être réellement effectif.

CONTACTS PRESSE : Michèle SANTONASTASO : 01 55 56 37 45 - 06 23 25 93 79 michele.s@fondation-abbe-pierre.fr

Aide alimentaire et tarification sociale de l’eau

Depuis plusieurs mois, nous tentons d’approcher la réalité budgétaire des personnes et des foyers qui demandent aux associations une aide alimentaire. Parallèlement nous menons un travail sur l’accès à l’eau pour tous et sur une éventuelle tarification sociale de l’eau. Il est temps de faire la liaison entre les deux. La tarification sociale de l’eau ne ferait-elle pas baisser la demande en aide alimentaire ?

Boire ou manger, il faut choisir

D’abord rappelons la réalité crue. Pour la plupart des foyers qui demandent l’aide alimentaire, ceux-ci font le choix de payer leur facture d’eau plutôt que de garder de l’argent pour manger. A cela une bonne raison. On peut ne pas manger un certain temps. Mais il est indispensable de boire. Et puis, le non paiement de la facture d’eau les fait entrer dans des procédures difficiles dont ils sortiront toujours par la nécessité de payer, d’une façon ou d’une autre, aidés ou non, leur facture. Quand on ne mange pas en revanche, c’est dur, surtout quand il s’agit de ses enfants, mais on ne fait pas de dettes. Et puis, les réponses à l’appel à l’aide du côté des associations sont mieux organisées que pour faire face au règlement d’une facture d’eau.

Que représente la facture d’eau ?

Evidemment, pour l’instant, à l’échelle où nous raisonnons, nous devons nous en tenir à des moyennes de coût et de consommation. La consommation annuelle moyenne par foyer sur le dunkerquois est de 94 m3 d’eau ce qui correspond à une facture de 353 € par an.

Si l’on admettait qu’avec moins de 5 €, une personne peut se nourrir pour une journée, on a vu qu’en réalité, c’est extrêmement difficile, la facture d’eau annuelle permettrait à une personne de se nourrir pendant deux mois.

Ajoutons à cela que l’aide régulière apportée par les associations permet à une personne de se nourrir 2 à 3 jours par mois, soit un peu plus d’un mois sur une année.

On s’aperçoit donc, si on rapproche toutes ces données, que facture d’eau et aide associative ne sont pas très éloignées l’une de l’autre quant aux quantités de nourriture auxquelles elles permettent ou permettraient d’accéder.

Le rapprochement entre les deux n’est pas, dans la réalité, aussi mécanique que cela. L’argent non dépensé dans la facture d’eau ne serait pas automatiquement réutilisé à améliorer son alimentation tellement les autres besoins peuvent être aussi prégnant. Mais, à notre connaissance, personne n’avait encore fait un tel rapprochement.

Et si on mettait en place une tarification sociale de l’eau !

Une tarification sociale de l’eau, c’est faire payer moins cher l’eau aux personnes dont les ressources sont les plus faibles. Mais, comme le budget de l’eau doit s’équilibrer à lui tout seul, c’est en tout cas la règle actuelle, cela reviendrait à faire payer aux autres consommateurs un peu plus cher. Les différences de coût supportées par les autres foyers seraient-elles aussi monstrueuses ?

Nous avons fait les calculs. Nous vous les présenterons en détail le mois prochain.

En direct du Carrefour

Participation à un forum associatif sur Gravelines, rencontre d’expériences concernant l’enterrement digne des personnes sans famille ou à la rue, dernières mises au point de notre site web, nous vous en rendons compte par ailleurs. Notre activité est centrée dans les semaines qui viennent sur la préparation de notre assemblée générale : rapports d’activité, rapports financiers, rapports d’orientation, etc. Nous vous en reparlerons évidemment. En attendant, le conseil d’administration s’est réuni et a pris quelques décisions importantes.

Un règlement intérieur, enfin !

Qu’est-ce que ça peut bien avoir à faire avec les besoins urgents des personnes qui souffrent quotidiennement ? D’accord. N’empêche ! Lorsque désormais trente quatre associations et institutions se retrouvent autour de la même table, se mettre d’accord pour suivre quelques règles communes qui permette à chacun d’être respecté, cela facilite le travail voire son efficacité. On vous passe les détails. Ce règlement intérieur sera bientôt consultable sur notre site. Une innovation tout de même par exemple. Aux membres du conseil d’administration qui seront absents des réunions trois fois de suite sans excuse recevable, il sera demandé de laisser la place à d’autres.

Bienvenue aux nouveaux membres

Nous vous l’avions annoncé. Le conseil a donné son accord pour que l’Association Solidarité Fraternité Internationale de Grande Synthe, l’association Michel et l’antenne dunkerquoise de la Banque alimentaire du Nord deviennent membres de notre réseau. Il a souhaité, en revanche, que l’assemblée générale de Rencontre Amitié Partage confirme sa demande au cours d’une réunion à laquelle le Carrefour des solidarités serait invité.

Décision d’adhésion

La maison des associations de Dunkerque a changé de locaux et s’est dotée d’une nouvelle organisation associative. Outre les services qu’elle entend proposer au tissu associatif local, elle souhaite orienter ses actions dans le sens d’une véritable éducation populaire. Pour ces deux raisons, il a été décidé d’en devenir membre. Quant au Conseil du Bien être de Dunkerque, il s’agit d’une association qui se préoccupe des conditions d’accueil des marins. Notre réseau a déjà été mobilisé par lui dans des circonstances particulièrement difficiles rencontrées par certains marins. Notre solidarité, comme nous le démontrons journellement, ne s’arrête pas à nos frontières. C’est donc de façon évidente qu’il a été décidé d’adhérer à cette association.

Www.carrefourdessolidarites.org

Depuis le temps qu’on vous en parle, on y est presque. La date de mise en ligne officielle n’est pas encore fixée. Mais c’est tout comme. En fait vous pouvez dès maintenant vous connecter. On célèbrera l’événement après.

Vous ne serez d’ailleurs pas les premiers. Le site est désormais référencé sur les principaux moteurs de recherche : Yahoo, Google et les autres. Si bien que si vous cherchez de la « solidarité » et en plus à « Dunkerque » vous êtes sûr de tomber dessus comme un certain nombre l’a déjà fait. Pour l’instant d’ailleurs, c’est surtout par le biais des interrogations sur telle ou telle association que les branchements se sont faits. On ne vous dira pas celles qui sont le plus demandées pour ne pas les faire rougir de confusion. Du coup, la première vérification que vous devez faire, c’est de voir si les informations concernant votre association sont les bonnes et sont suffisamment explicites. Cela fait un an qu’on le disait aux associations qui avaient oublié de nous communiquer leur « carte de visite ». Faute de mieux, nous avons mis les informations dont nous disposions. N’hésitez pas à nous demander des corrections, des ajouts ou des précisions.

Cela dit, ce site n’a pas comme vocation unique de faire connaître chacun des membres du Carrefour des solidarités. Certes il est destiné à rendre plus lisible le travail de notre réseau. Une rubrique complète est consacrée à cela et s’intitule tout simplement « le Carrefour ». Mais dans un premier temps, il est principalement destiné à être utile aux bénévoles et aux salariés de notre réseau. C’est la deuxième grande rubrique « Bénévoles et salariés ».

Mais c’est là qu’on s’aperçoit de deux éléments principaux.

D’abord le site est loin d’être complet. Il est donc constamment en travail et chaque jour quasiment de nouvelles informations lui sont ajoutées.

Ensuite, le site a besoin de vous pour être efficace et pertinent. Vous serez associé progressivement à sa composition. N’hésitez donc pas, dès maintenant, à nous faire savoir les manques que vous éprouverez et donc, plus positivement, les informations ou les services que vous aimeriez y trouver.

Chaque mois, nous explorerons ainsi dans le cadre de ce journal une partie de ce site.

A vos claviers !

Mémoire aux défunts et fraternité aux vivants

Nous vous avions indiqué en novembre dernier qu’avec quelques uns, nous étions en train de réfléchir aux initiatives que le Carrefour des solidarités et les associations qui le souhaitent pourraient prendre pour faire en sorte que les gens qui ont choisi ou qui se sont vus contraints par la vie d’être dans la rue et d’y mourir puissent avoir un enterrement digne et une mémoire, comme tous les autres citoyens. Nous avions précisé, le mois suivant, que cette initiative éventuelle se ferait, bien évidemment en complément de ce que font déjà les C.C.A.S. des différentes communes. Depuis lors, nous avons rencontré Gérard Naissant, du collectif « Mémoire-Fraternité », pour qu’il nous raconte ce qui se passait à ce propos sur Lille.

Une initiative d’origine religieuse

La première initiative a été prise, il y a plusieurs années, par une religieuse, sœur Irène et une petite équipe de personnes. Ils accompagnaient systématiquement au cimetière les personnes isolées ou sans famille. En accord avec le Maire, Pierre Mauroy, c’était le service d’Etat civil qui les prévenait. Ce groupe qui s’appelait « Magdala » a mis progressivement au point un rite d’accompagnement de ces personnes dans le respect de leurs croyances et dans la mesure où elles étaient connues.

Toutefois, certaines personnes ont manifesté leur crainte de voir la laïcité républicaine, à laquelle se doit toute institution publique comme une mairie, mise à mal par une telle initiative.

La constitution d’un collectif diversifié

Depuis lors, c’est un collectif d’associations caritatives et humanitaires, d’institutions et de personnes qui s’est constitué venant d’horizons philosophiques et religieux différents pour reprendre le flambeau. Sa première tâche a été de rédiger une charte, dont on lira par ailleurs le contenu, sur laquelle s’engage tout participant. Sa mission est « d’accompagner au « Carré des indigents » les personnes décédées dans la pauvreté, l’isolement ou à la rue. Il honore leur mémoire, reconnaissant à chaque être humain sa dignité. »

Gérard Naissant nous a indiqué que l’appartenance au collectif représentait en réalité trois engagements. Celui de soutenir l’action du collectif, celui de participer à la réflexion du collectif, une telle initiative n’est pas sans poser de multiples questions et celui, plus concret, d’accompagner le défunt vers sa dernière demeure. Ils sont entre douze et vingt personnes à chaque enterrement.

Des questions à clarifier

Parmi les questions qui se sont posées : rédiger et faire paraître un faire-part (à chacune des morts ou un faire part collectif tous les six mois ?), pour qui le collectif intervient-il (pour les morts de la rue, pour les personnes sans famille, etc.), la mise en place d’un mémorial et d’une cérémonie commémorative, l’entretien de la tombe (à Lille, elle est assurée par la Mairie), garder les éléments de mémoire de chacun pour permettre éventuellement de pouvoir les retrouver plus tard, etc. Ces questions trouvent des réponses diverses en fonction des localités et une réunion récente, à Paris, à l’initiative de l’association « Mourir dans la dignité » a permis de confronter les différentes expériences.

Bref, du pain sur la planche à qui veut reprendre localement le flambeau.

Charte du collectif pour l’accompagnement des funérailles de personnes inhumées au carré des indigents

1 - Le rite funéraire est un critère d’humanité depuis la plus ancienne antiquité 2 -La dignité de chacun dépend de la dignité reconnue à autrui. Cela fait partie de nos Valeurs citoyennes de Fraternité. 3 -L’hommage rendu aux morts est en quelque sorte un hommage rendu aussi aux vivants. Pour que cet hommage soit rendu, il est indispensable que quelques personnes accompagnent physiquement le défunt lors de ce rite. 4 - Manifester cette attention à la personne défunte est aussi, pour ceux qui vivent encore cette même situation d’indigence, le rappel de leur propre dignité. 5 - Bien souvent, à cause de leur situation d’indigence, la dignité de ces personnes n’a pas été reconnue durant leur vie. C’est pourquoi il nous importe de réaffirmer cette dignité par ce geste d’accompagnement au moment de la mort. 6 - C’est le corps d’une personne qu’on enterre, une personne qui a une histoire, une dignité d’être humain intangible au-delà même de la mort, à travers le souvenir. Nous sommes là à ses côtés, pour reconnaître à cet homme, à cette femme, son appartenance à la famille humaine, sa dignité et le respect qui lui est dû. 7 - L’accompagnement se fait dans le respect des convictions philosophiques et/ou religieuses du défunt. Si celles-ci ne sont pas connues un rite laïc approprié sera suivi. Quand elles sont connues, il sera fait en sorte qu’elles puissent être respectées, dans la mesure de ce qu’il est possible de mettre en œuvre simplement. 8 - Le collectif s’impose de ne pas se substituer à la famille quand elle sera présente. 9 - Le collectif pour l’accompagnement des funérailles des personnes inhumées au carré des indigents, est ouvert à toute structure, association ou personne se reconnaissant dans ces principes fondateurs.

Associations et institutions actuellement membres du collectif

L’ABEJ (accueil de jour et de nuit) A.T.D. Quart Monde C.A.L. P.A.C.T. Le conseil de solidarité des églises chrétiennes Saint Vincent de Paul L’Eglise réformée de France La Fondation Armée du salut Emmaüs La Ligue des droits de l’homme Les petits frères des pauvres Le Secours Catholique + un certain nombre de personnes physiques

Il était une fois le Carrefour des solidarités (suite)

Nous partîmes quinze … Nous sommes aujourd’hui trente quatre ! Les statuts de l’association ont dû évoluer pour s’adapter à l’intérêt grandissant qu’a suscité le réseau.

Le pragmatisme des débuts

Le Carrefour des solidarités s’est constitué en 1996 à la suite de l’aventure commune du Collectif Littoral solidarité, rappelions-nous dans le premier épisode de notre histoire (cf les différents journaux depuis le début de cette année). Quinze associations formaient ce collectif. Quinze associations se sont retrouvées pour constituer la nouvelle association.

Dès l’origine, c’est le pragmatisme et la nécessité de regrouper les véritables acteurs associatifs du travail auprès des plus pauvres qui ont prévalu. Mais le passage à une réalité associative qui nécessitait des règles communes garantissant une réelle vie démocratique posait d’autres problèmes. Comment réunir dans les mêmes statuts des entités aussi diverses que des entreprises sociales avec plus d’une centaine de salariés, des associations uniquement composées de bénévoles, voire des antennes, sans personnalité juridique identifiée, d’associations départementales ou nationales ?

La première solution adoptée dans les premiers statuts du Carrefour des solidarités a été de distinguer des associations membres de l’association et des groupements de personnes passant avec elle des conventions. Les termes des conventions ressemblaient d’ailleurs de très près aux obligations que les membres pouvaient avoir.

Evidemment ces règles n’empêchaient aucunement le travail quotidien de se faire. Les premières coordinations d’action se sont mises en place autour des questions de l’aide alimentaire, de l’accueil des personnes sans domicile fixe, etc. Les premières formations communes sont organisées sur des questions comme « comment communiquer et avec qui ? » ou encore « comment partager le vécu du bénévole ? ». Des questions plus générales commençaient à se poser comme en témoigne l’intervention faite par Bernard Guilbert, président de l’association, au Contrat d’agglomération.

L’institution des collèges

A l’expérience cependant, d’autres questions de fonctionnement interne se sont posées. Comment permettre aux antennes locales sans personnalité juridique de mouvements nationaux de peser sur les décisions communes puisqu’elles ne siégeaient pas au conseil d’administration ? Comment faire en sorte que la voix des associations de bénévoles ne soit pas entièrement couverte par celle des associations ayant de la surface et des moyens ?

C’est pour permettre de répondre à ces problèmes qu’un premier changement des statuts est intervenu au tout début des années 2000. Il introduisait deux changements de fond.

Le premier changement concernait la qualité de membres de l’association. A côté des associations, il permettait à des personnes physiques ou morales d’être reconnues comme membres potentiels pourvu qu’ils fassent partie à une échelle autre que l’agglomération dunkerquoise d’un mouvement ou d’une association régulièrement constitués et dont l’objet était en cohérence avec celui des statuts du Carrefour des solidarités.

Le deuxième changement a été l’introduction de collèges différents. Chaque collège ayant le même nombre de représentants au conseil d’administration, cette disposition permettait que la variété des situations associatives, richesse essentielle du réseau, soit présente dans ses organes dirigeants. Quatre collège ont ainsi été introduits : celui des associations ayant plus de 10 salariés, celui des associations ayant de 1 à 10 salariés, celui de celles qui n’ont pas de salarié. Enfin, un quatrième collège rassemble les personnes qualifiées, choisies par le conseil d’administration pour leurs compétences ou leurs expériences spécifiques.

L’arrivée des C.C.A.S.

C’est l’année dernière qu’un nouveau changement est intervenu. Estimant utile à l’objet principal du réseau, l’adaptation permanente des bonnes méthodes pour coller au plus près des besoins des personnes qui vivent la pauvreté, que se retrouvent autour d’une même table de travail non seulement les associations mais aussi les institutions, les membres du Carrefour ont créé un cinquième collège : celui des C.C.A.S.

Il est encore trop tôt pour évaluer l’impact réel de cette décision. Mais si l’expérience continue à démontrer l’intérêt de la formule, ce collège pourrait s’ouvrir à l’avenir à d’autres institutions comme celles du département ou de la Caisse d’allocations familiales, par exemple.

Des évolutions encore à envisager

Chacun sent bien qu’autour de la table manquent encore des partenaires essentiels : les personnes qui vivent la pauvreté. L’intérêt de créer un sixième collège où elles seraient représentées a déjà fait l’objet de réflexions. Mais comment le réseau pourrait-il suivre cette évolution si chacun de ses membres n’entre pas d’abord dans cette dynamique ?

Déclaration faite en 1998 par Bernard Guilbert Pour un comité de pilotage de l’urgence sociale

Le Carrefour des solidarités est un collectif d’associations humanitaires et caritatives. Elles se sont regroupées autour d’un projet : le pacte ALERTE de mars 1995, qui donne un sens et les invite notamment

- à tenir leur rôle d’aide et d’accompagnement pour que les personnes démunies et menacées par l’exclusion exercent leurs droits et leur citoyenneté,
- à ne pas se substituer à la nécessaire solidarité de la nation et rester un acteur de l’Etat de droit
- à se rencontrer et à échanger leurs expériences
- à diffuser leurs constats et leurs informations.

C’est ce que nous avons amorcé for-tement autour de l’aide alimentaire depuis 1996 : sortir de l’assistanat, donc s’informer, se former, pour connaître les droits des familles, noter ce qu’on constate dans un observatoire, pour diffuser ces constats. Deux ans après, que peut-on dire ?

Les associations se sont organisées pour être davantage à l’écoute. Le travail en commun apporte un « plus » certain. Il ressert les liens et gomme les différences. Il donne une dimension. Il rend palpable les complémentarités inter-associatives et les consolide.

L’observatoire met en évidence des phénomènes qu’on ne mesurait pas et qu’on ne percevait pas. On mesure davantage la complexité des réponses et donc la nécessité d’élargir les partenariats vers l’extérieur. Les associations n’ont pas vocation à faire à la place des institutions dans les domaines qui sont de leur responsabilité et de leur compétence. Mais les acteurs de ces associations veulent exercer leurs responsabilités citoyennes et ne pas être considérés comme des distributeurs de kilos de sucre.

L’observatoire, que nous dit-il ? Sur le territoire de la C.U.D., c’est l’équivalent de la population de Bourbourg (8 000 habitants) qui sollicite des aides alimentai- res. 73 % d’entre eux sont demandeurs d’emploi. Parmi les non-allocataires du RMI, 15 % devraient en bénéficier et n’ont pas fait la démarche. Les Rmistes ne représentent que 40 % des demandeurs. Qu’en est-il pour les autres ? Ils ont les mêmes problèmes, mais pas les mêmes droits. Ils ne peuvent être aidés par des contrats d’insertion. Nous avons diffusé l’intégralité des données de cet observatoire. Mais nous n’avons quasiment pas eu d’écho à la suite de cette diffusion. Les services publics apportent des réponses dans beaucoup de domaines, mais on ne les connait pas. Nous en avons rencontrés certains. Les attentes réciproques sont réelles et fortes. Mais il faut du temps et des rencontres pour gommer les zones d’ombre, se centrer sur ce qui est essentiel et rendre transparent le contenu des termes de l’échange dans des conventions qui engagent l’institution et conduisent bien au-delà de ce que peut apporter la simple bonne volonté de quelques personnes travaillant dans ces institutions. Mais la multiplicité des domaines d’intervention, des appartenances et des découpages territoriaux conduit à beaucoup de diversité. Les associations n’ont pas, elles, de limite territoriale. Il leur est difficile d’appréhender cette multiplicité et de la prendre en compte. Il faudrait un peu plus d’unité dans la diversité.

Dans le prolongement des Assises de la solidarité et de la loi d’orientation contre les exclusions, nous pensons qu’un comité de pilotage d’agglomération devrait être :

- un lieu où se construit cette unité dans le respect des diversités par l’animation du réseau des acteurs,
- un lieu garant des cohérences : quand on apporte une réponse dans un domaine, il ne faut pas créer une exclusion dans un autre domaine,
- un lieu qui regroupe et analyse les observations faites par les différents acteurs,
- un lieu de propositions et d’interpellations suscitées par l’analyse des observations,
- un lieu de médiatisation des ressources et des actions existantes.

Conversation avec Christian, alias Victor Hugo

« J’attendais 4 h que le local grand froid ouvre. J’avais rien à faire. Alors merci de prendre le temps de m’écouter.

Je ne suis pas d’ici. Je viens de Douai. J’y ai boulonné, dur. J’étais manutentionnaire de force. Déjà à l’époque, je n’avais pas de domicile. Et puis, il y a vingt ans, je me suis décidé à venir à Dunkerque. J’adore la mer. J’adore les mouettes. Depuis, je suis toujours ici. Ca ne m’empêche de retourner parfois dans le sud surtout pour y visiter les tombes de ceux que j’ai aimé.

Tu comprends ? Y a des choses qui sont pas possibles ! J’aime pas qu’on fasse du mal à quelqu’un.

Ce qui me manque, c’est un chien. J’en avais un. Il s’appelait « Junior ». J’ai toujours sa photo sur moi. Et puis, il y a des jeunes qui me l’ont enlevé. Je ne sais pas ce qu’ils lui ont fait. Sans doute ils lui ont donné à bouffer des trucs pas clairs pour qu’il devienne méchant. Quand je l’ai revu, il m’a plus reconnu. Pourtant ça faisait longtemps qu’on se connaissait. Il m’a bouffé mes mains de chaque côté. Pendant que je suis allé me faire soigner à l’hôpital, ils l’ont embarqué à la S.P.A. et ils l’ont piqué, sans rien me demander. (Christian pleure). Il aurait peut-être suffi d’attendre que les saloperies qu’on lui a fait bouffer n’aient plus d’effet…

Je faisais pas de poème avant. Et puis ça m’est venu. Je tiens ça sans doute de mon frère jumeaux. On s’entendait pas, tous les deux. Et puis, sur la fin, j’ai commencé à l’aimer. Un jour, il m’a dit : quand je meurs, je te donne tout ce que j’ai. Il aimait faire des poèmes. En tout cas, c’est depuis ce moment là que j’en fais. C’est lourd de pouvoir faire ça. Parfois, c’est trop lourd. Ca tourne dans ma tête. Et puis j’aime comprendre ce que les gens veulent vraiment dire, même si par devant ils disent n’importe quoi.

Souvent, ma tête, elle est pleine. J’en ai mal. Si je dors pas, j’suis foutu. Ca m’est arrivé de saigner du nez toute la journée, au point d’avoir des vêtements tout rouges. Heureusement, ça s’est arrêté le lendemain. J’ai cru que j’allais devenir fou. Mais les gens qui me voyaient passer, ils n’ont pas bougé. Parfois, tu tombes sur un mec bien. L’autre jour, il y a quelqu’un qui m’a suivi et puis il m’a donné un blouson tout neuf, avec l’étiquette encore dessus. Regarde. C’est celui-là. Ca m’a fait mal. Mais c’est quand même merveilleux.

Parfois t’es accueilli par des gens qui ne sentent pas les choses. Ils ne savent pas ce que c’est que la vie. Ils fouillent ton sac en chamboulant tout. Ils trouveraient normal qu’on aille dans leur placard, qu’on mette tout par terre et qu’on range tout à l’envers en repartant ? Mais y’en a aussi des biens. Ils connaissent la vie ou ils font leur métier proprement.

Je vais de temps en temps sur la tombe de ma grand-mère et de mon grand père : mamée et pépére. C’était ma vie. C’est eux qui m’ont élevé. Tu crois que je devrais y aller maintenant ?

La mort, j’en ai pas peur. Je l’ai vue en face. C’est rien. C’est la vie. »

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