le journal n° 71 - février 2007

Sommaire

- Notre société est en deuil
- Hommage à l’abbé Pierre
- Le collectif migrant répond au Sous Préfet
- LUGOVA tiendra son Assemblée Générale
- La pensée du mois
- Visite au Secours Populaire Français
- La crise des sans logis : la FNARS prend le relais
- En direct du Carrefour
- Elections en vue
- Il était une fois le Carrefour des solidarités
- Ludovic vient de la cité et il nous en parle

Notre société est en deuil

L’hiver a mis longtemps à venir. Mais il a frappé dur. Les associations du Carrefour des solidarités et ceux avec lesquels elles travaillent sont en deuil. L’Abbé Pierre, figure nationale, Albert Denvers, Roger Fairise et d’autres encore, plus connus localement. L’Abbé Pierre, fondateur d’Emmaüs et parole des mal logés. Albert Denvers et Roger Fairise, co-fondateurs de l’AFEJI. Roger Fairise membre du premier Conseil d’administration de l’A.A.E. Nous partageons la peine de ces associations qui est aussi la nôtre. Notre réseau se reconnaît en effet comme l’héritier de ces hommes qui ont tenté, chacun à leur façon, de répondre à la souffrance de ceux qui les entouraient et mobiliser autour d’eux les bonnes volontés indispensables.

Mais ce qu’ils ont en commun, c’est de ne pas s’être arrêté à en appeler aux bonnes volontés. Les uns comme les autres se sont engagés sur la place publique pour tenter de répondre concrètement à la question essentielle : quelle société voulons-nous construire ? Nous savons que ce qui est en travail aujourd’hui, c’est le choix entre une société qui continue à exclure les pauvres et qui les rejette dans les marges comme des non citoyens, et une société qui met en son centre la solidarité et donc la justice. Cette bataille là, chacun d’eux savait qu’elle n’était pas encore gagnée. Saurons-nous, après eux, l’emporter et donc, faire société ? En réalité, c’est notre société qui est en deuil.

Le Carrefour des solidarités

Hommage à l’abbé Pierre

Lu devant la stèle des droits de l’homme le 25 janvier 2007 à Dunkerque

C’est au nom de tous les membres de l’association Emmaüs Dunkerque que je réclame à vous tous de proclamer hommage à l’abbé Pierre pour son action.

Portons lui reconnaissance, nous, bénévoles, salariés, amis du littoral, de France et des 5 continents du Mouvement Emmaüs, de nous avoir associé à son élan d’amour fraternel.

Il a été, notre phare, notre balise, notre guide, notre repère. Il nous a indiqué le chemin de bonté et d’amour envers celles et ceux qui ont vécu ou vivent une situation intolérable dans notre monde prospère.

Sa flamme nous a obligé à comprendre combien l’accueil devait être prioritaire.

Les compagnons, par leur travail, permettent d’ouvrir la voie vers des services à rendre à plus démunis que soi :

« SERVIR EN PREMIER LE PLUS SOUFFRANT »

A tous et à chacun, il nous a martelé, à temps et à contre temps, la nécessité de réfléchir et d’agir. Il provoquait les « gâtés » de l’existence, pour leur faire admettre que l’essentiel est d’être conscient de leurs privilèges et de les mettre au service des autres.

Sa bonté indignée, son entêtement et même parfois son insolence nous clame :

« LA MISERE NE SE GERE PAS , ELLE SE COMBAT »

Père, ton combat en faveur des droits de l’homme, des droits des sans abri, des droits de ceux qui n’ont ni logement, ni travail, nous le continuerons. Les migrants nous interpellent aussi, de même tous ceux qui souffrent dans leur corps, dans leur cœur, dans leur être.

Père, toi aussi tu avais un guide vers lequel tu souhaitais depuis longtemps retourner. Ton vœu est exaucé.

Avec tous les acteurs en solidarité, aide nous, maintenant et toujours à suivre ton chemin de bonté et d’amour, en poursuivant nos actions et nos engagements.

Le collectif migrant répond au Sous Préfet

Le collectif migrant avait rencontré, en novembre dernier, le Sous Préfet de Dunkerque, représentant du gouvernement sur notre territoire. L’échange avait été clair des deux côtés, chacun ayant marqué ses accords et ses désaccords. Dans ses vœux, la presse a repris les propos du Sous Préfet qui pouvait laisser entendre que les associations étaient d’accord avec les agissements de l’Etat. Il a donc semblé au collectif qu’il devait, pour sa part, faire paraître sa propre position. C’est ce qu’il a fait dans le communiqué de presse dont on reprend ici de larges extraits.

« Non, Monsieur le Sous-Préfet, nous ne cautionnons pas vos propos, bien au contraire nous les dénonçons.

« Il y a des règles et des lois. Je pense que les associations humanitaires l’ont bien compris. »… Mais vous refusez le qualificatif de réfugiés à ces gens qui fuient la mort et la misère, poussés par la plus grande détresse, attirés par l’espoir d’une vie digne et respectueuse de leurs droits fondamentaux ? A d’autres époques de notre histoire, des millions de personnes ont choisi l’exil pour fuir les horreurs de la guerre ou de la dictature, que se serait-il passé si nos ancêtres avaient refusé de leur tendre la main ?

Nous estimons que l’Etat remplirait mieux sa mission en débusquant prioritairement « les passeurs » et autres trafiquants qui exploitent la misère humaine, plutôt que de mener une répression sans merci contre ceux qui en sont les victimes et qui vivent dans des conditions déplorables, et d’un autre siècle.

Il ne faut pas réduire la situation des réfugiés au désordre : tout réfugié bien habillé n’est pas forcément un trafiquant de drogue, tout réfugié possédant un portable n’est pas systématiquement un passeur, tout réfugié voyageant en compagnie d’une femme n’est pas forcément proxénète. Ils sont avant tout des hommes et des femmes qui souffrent, qui vivent cachés dans des buissons, dans les dunes, sans aucune condition d’hygiène, sans soins, sans nourriture, sans aucune protection contre la pluie, le vent et le froid.

Même les arbres et bosquets situés non loin du port de Loon-Plage sont régulièrement rasés pour qu’ils ne servent plus d’abri aux réfugiés, les maisons en ruine ont toutes été rasées !

Nous refusons une France des Droits de l’Homme qui ne communique avec les réfugiés qu’à coups de gaz lacrymogènes et coups de bulldozers.

Votre discours sécuritaire et de répression ne comporte que trop peu d’humanité ; l’Etat a des obligations policières mais il a aussi des obligations humanitaires, ces dernières malheureusement ne seront visibles, d’aprés vous, que lorsque les températures atteindront les – 10 degrés, c’est à dire une fois les réfugiés morts !

Jamais ils n’ont bénéficié de l’aide humanitaire de l’Etat et ne doivent leur « salut » que grâce aux bénévoles et associations qui leur viennent en aide.

Notre collectif d’aide aux migrants continuera d’agir en conscience et dans le respect des valeurs républicaines et humanistes de la France et de l’Europe.

Nous réaffirmons donc notre solidarité pleine, entière et responsable avec les réfugiés et appelons la population à soutenir notre action de secours et d’assistance, la seule qui fasse honneur à notre pays.

Dunkerque, le 15 janvier 2007 Signataires : Salam, Emmaüs, Ligue des Droits de l’Homme, Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples, Carrefour des Solidarités, Pastorale des Migrants, Comité Catholique contre la Faim Dans le monde, les Verts.

Contact : 06.32.94.14.15 et refugies@free.fr

LUGOVA tiendra son Assemblée Générale

le vendredi 9 février 2007 à 14 h 30 au siège social rue Charles Tillon à Grande-Synthe Vous êtes tous invités.

La pensée du mois

Un enfant voulait tirer un poisson de l’eau, pour qu’il ne se noie pas. Lucian BLAGA Roumanie.

Visite au Secours Populaire Français

Depuis quelques numéros nous avions arrêté nos visites aux différents membres du Carrefour des solidarités. L’actualité associative tenait toute la place. Nous reprenons ce mois-ci avec le Secours Populaire Français. Avec l’AFEJI que nous irons bientôt rencontrer, nous aurons ainsi fait, en deux ans, le tour complet des associations. Il nous faudra alors entreprendre de faire la tournée des C.C.A.S., sans oublier les associations qui frappent à notre porte.

Prendre le temps de la solidarité

Sur une large avenue qu’on appelle ici boulevard, juste entre les maisons de ville si typiques de Rosendaël et quelques immeubles collectifs de briques jaunes, un magasin à la devanture blanche. Sur la devanture, des affiches qui rappellent les vacances et d’autres qui renvoient aux activités de la maison de quartier, toute proche. Dès l’entrée, le sourire d’une femme d’un certain âge. Elle discute avec une autre femme qui tâte les « fouffes » qui remplissent la pièce. Du fond, nous vient une invitation à nous rapprocher. Café, accueil chaleureux, souvenirs d’un passé commun. Nous voici dans le local du Secours Populaire Français.

Jean-Marie Sornin, petit homme plein de vivacité et prêt à en découdre avec qui ne partagerait pas ses convictions, et Marc Albert, cheveux poivre et sel, qui en a trop à dire et à travers les yeux duquel on voit passer toutes les personnes qu’accompagne l’association, nous accueillent. Le premier parle avec son expérience d’ancien technicien métallo formé dans les luttes sociales et, depuis un peu moins de vingt ans passé au travail social dans un C.C.A.S. L’autre ne peut renier sa formation d’éducateur spécialisé et son expérience professionnelle. Mais là, au Secours populaire, ils sont bénévoles et c’est comme bénévoles qu’ils parlent. D’autres bénévoles passent de temps en temps, pour s’asseoir un instant ou pour écouter notre conversation.

« Ce qui nous importe avant tout, nous disent les deux compères, ce n’est pas tant d’apporter de la nourriture ou d’offrir des fouffes, c’est d’accueillir les gens dans un climat de confiance tel qu’on puisse réellement entrer en discussion avec eux. C’est d’ailleurs pourquoi nous ne leur faisons pas remplir les fiches d’inscription. Car pour nous, la pauvreté n’est jamais fatale. Le pire serait de se complaire dans l’exclusion ou l’assistanat. C’est pourquoi, la première exigence que nous avons vis-à-vis des gens, c’est qu’ils soient suivis par un travailleur social. Les bénévoles ne sont pas là pour les remplacer. Parce que nous n’en avons pas les compétences. Surtout parce que nous avons autre chose à faire. Ce n’est pas tous les jours facile d’accepter d’aller voir un travailleur social. » « Parfois les gens en ont ras le bol d’aller voir l’assistante sociale », nous précise Marc. « Certains même ont l’impression qu’ils doivent se mettre à nu devant quelqu’un d’étranger. C’est à nous de les rassurer et de les réconforter pour qu’ils puissent malgré tout trouver avec elle quels moyens utiliser pour sortir de leur situation difficile. »

« On les aide bien sûr. En fonction de nos possibilités ils peuvent bénéficier de nourriture, de vêtements ou de vacances, par exemple. Ainsi, nous avons été ouvert tout l’été et ils ont pu bénéficier de tous les légumes que nous pouvions récupérer. Mais, et c’est notre deuxième exigence, nous faisons en sorte qu’ils aient plaisir à revenir nous voir et à prendre le temps de se raconter, de discuter, de rêver aussi parfois à autre chose. Cela nous permet aussi de prendre le temps de les écouter et d’identifier progressivement avec eux ce dont ils ont vraiment besoin. Et, bien souvent, ce n’est pas la nourriture qui est le plus important. » « C’est ce que vous n’avez pas compris », reprend Jean-Marie avec son acidité ordinaire, « lorsque vous avez parlé de notre action concernant les jouets de Noël. Depuis l’été dernier, nous avons discuté avec les gens. Nous nous sommes mis d’accord avec eux pour qu’ils écoutent leurs propres enfants et leur achètent les jouets qu’ils souhaitaient vraiment. Mais pour leur permettre de faire ces achats,nous avons compensé la dépense par de la nourriture ou par des bons d’achat. »

Nous les interrogeons sur le réseau que constitue le Carrefour des solidarités. « Il est essentiel pour nous », ont repris en chœur Jean-Marie et Marc. « C’est grâce au soutien concret des uns et des autres, que nous continuons à fonctionner. C’est parce qu’Emmaüs ou les Restos du coeur nous ont envoyé parfois cet été des légumes que nous avons pu en distribuer autour de nous. D’ailleurs, pour nous, pas de fausse appropriation ou d’esprit boutique. Nous avons dit à ceux qui ont pu bénéficier de ces légumes qu’ils venaient d’Emmaüs. On aimerait pourtant pouvoir plus souvent échanger concrètement sur nos expériences différentes. Pour nous, par exemple, la distribution alimentaire n’est pas l’essentiel alors que pour d’autres cela le paraît. Ou encore, dans notre rue, il y a trois associations qui interviennent alors que dans d’autres coins, il n’y a personne. Est-ce qu’on ne devrait pas en discuter ? »

Vous dire que nous avons fini par partager la galette des rois. Vous dire encore que les échanges entre bénévoles, autour d’une tasse de café, sont parfois animés. C’est aussi toute la richesse d’une association qui s’exprime dans des moments de convivialité. La discussion aurait pu encore se poursuivre tant il y avait matière à discuter, mais il se faisait tard, et il fallait s’arrêter quitte à reprendre un jour le dialogue.

JMG et ID

Le Secours Populaire Français Comité de Dunkerque

Adresse : 501 Boulevard Diderot 59240 Dunkerque Tél – Fax : 03.28.69.59.99 Correspondant : Mr Marc Albert

Organisation : Le comité local a été créé en avril 1974 et est rattaché à la Fédération du Nord. Il fait partie d’une association nationale et internationale. Il comporte 17 bénévoles qui apportent leur concours au fonctionnement de la « Permanence d’Accueil et de Solidarité ». Il tient une assemblée générale avant chaque congrès fédéral et national au cours de laquelle est élu le bureau et ceci pour 2 ans.

Activités : Accueille, accompagne et soutient au plan matériel, sa-nitaire, social, moral, juridique, les personnes victimes de l’arbitraire et de l’injustice sociale. Au niveau international, le mouvement mène une cinquantaine de projets avec le concours des associations locales partenaires.

Provenance géographique des personnes accueillies : Les personnes et les familles accueillies viennent principa-lement de Rosendaël. Mais elles viennent aussi de l’ensemble de l’agglomération.

Comment devenir bénévole ? Prendre contact avec Marc Albert au local de l’association.

Moyens matériels : Les moyens financiers viennent essentiellement de dons, de subventions, de collectes, etc.

La crise des sans logis : la FNARS prend le relais

Nous avons tous suivi avec une grande attention les évènements provoqués dans les grandes villes de France par les actions menées par les « Enfants de Don Quichotte ». A ce propos, la Fédération Nationale pour l’accueil et la réinsertion sociale nous a fait parvenir, comme à toutes les associations de son réseau le courrier suivant. Au plan local, les associations de ce réseau n’ont pas attendu pour se mobiliser. Elles étudient les réponses concrètes qu’elles apporteront aux demandes de l’Etat tout en espérant que celui-ci apporte les moyens financiers nécessaires à la mise en place des dispositions qu’il décide de prendre. Une réunion se tiendra sous peu en lien aussi avec l’URIOPSS. Nous vous en reparlerons avec plus de précision le mois prochain.

« Chers adhérents,

Après trois semaines de mobilisation médiatique autour des sans-abri rassemblés sur le Canal Saint-Martin à Paris, puis à Rennes, Lyon, Lille, Nice, Toulouse, Aix-en-Provence, Nantes, Orléans..., le Ministre de l’Emploi, de la cohésion sociale et du logement a annoncé lundi 8 janvier une série de mesures. Ce plan d’action, bien qu’élaboré encore une fois dans une précipitation et une absence de méthode que nous dénonçons régulièrement, a le mérite d’affirmer le principe que "toute personne accueillie dans un Centre d’hébergement d’urgence, devra se voir proposer une solution pérenne, adaptée et accompagnée si nécessaire dans le parc public social, dans le parc privé conventionné, dans un CHRS, un CADA, un logiRelais, une maison relais ou un hébergement de stabilisation". Il aborde ainsi l’ensemble des problèmes : l’embolie de toute la filière, de l’accueil en urgence jusqu’au logement autonome et présente en ce sens une série de mesures qui ne sont pas négligeables au regard des précédents plans, mais pour lesquelles manquent encore un calendrier précis.

Vous avez pu lire dans le relevé de décision que la Fnars s’est vu confier par le ministère de l’emploi, de la cohésion sociale et du logement une mission de coordination des actions de sortie de crise, c’est-à-dire qu’il lui a été demandé de "proposer des solutions adaptées aux situations individuelles des personnes actuellement sans abri et sous tente, et notamment celles figurant sur la liste établie par les Enfants de Don Quichotte".

Je sais que certains, parmi vous, se sont posés la question de la pertinence de l’intervention directe de la Fnars dans la gestion de cette crise. Il m’a semblé, en accord avec le bureau, que c’était bien notre rôle de fédérer des initiatives dispersées dans un domaine dans lequel nous avons un savoir-faire et des propositions à faire valoir. Dés lors que nous rassemblons 90 % des structures d’hébergement, il m’est apparu naturel d’accepter cette mission qui correspond également au souci d’accueil inconditionnel et de recherche de solutions durables que nous avons toujours défendues. Mais, nous l’avons fait en insistant sur la nécessité de pouvoir mobiliser des moyens très rapidement et sur l’engagement à nos côtés de tous les services de l’Etat, et en particulier des Ddass. Cette mission ne se limite pas aux 250 personnes actuellement sous tentes sur les bords du canal Saint-Martin. Elle concerne l’ensemble des SDF, et s’agissant de Paris, nous avons fait acter que le dispositif d’accueil individualisé mis en place pour le canal Saint-Martin préfigurerait l’installation d’un dispositif plus pérenne permettant d’accueillir l’ensemble des SDF.

Dans le cadre de ce plan d’action, il appartient aux associations régionales de se saisir de cette mission (notamment dans les départements où des tentes se sont installées), de coordonner l’action des associations et de se rapprocher des services de l’Etat pour rechercher les modalités d’une sortie de crise. Il appartient en réciprocité aux associations ou réseaux nationaux adhérents de se mobiliser aux côtés des Fnars régionales pour que l’articulation se fasse au mieux. Nous avons également obtenu l’accord du Ministre de l’Emploi, de la cohésion sociale et du logement d’organiser dans les prochaines semaines une conférence de consensus qui devrait permettre de fonder les principes d’une politique publique plus durable qui pourrait être mise en ouvre par le prochain gouvernement.

Les tentes ne vont pas disparaître par enchantement. Il est évident que nous nous engageons dans une action difficile qui va prendre du temps et qui ne sera pas aussi "spectaculaire" que l’installation des tentes. Cela suppose la mobilisation de l’ensemble du réseau Fnars. Il nous semble que cela va dans le sens de ce que nous défendons et que cette action s’inscrit dans la droite ligne des orientations de nos Etats généraux.

Je compte donc sur vous, chers adhérents, pour que cette action soit relayée sur l’ensemble du territoire.

Nicole Maestracci, Présidente »

En direct du Carrefour

Comme d’autres associations, nous sommes en pleine préparation de notre assemblée générale annuelle. Elle se tiendra cette année le mardi 27 mars à partir de 17 heures : bilan, rapport d’activité, clôture des comptes, évaluation de nos activités, projets et orientations pour 2007. De quoi phosphorer et débattre. En attendant nous ne pouvons que constater que le Carrefour des solidarités intéresse.

De nouvelles arrivées

Nous vous avions déjà indiqué que notre prochain conseil d’administration aura à se prononcer sur le nouveau règlement intérieur de l’association. Il aura aussi à décider de l’accueil de nouveaux membres. En effet l’Association Solidarité Fraternité Internationale (A.S.F.I.) de Grande Synthe, l’association Michel qui a déjà été présentée dans ces colonnes, Rencontre Amitié Partage de Saint Pol sur mer et le comité local de la Banque alimentaire du Nord avec laquelle un certain nombre d’associations du Carrefour travaille depuis longtemps, ont souhaité adhérer à notre réseau. Comme le prévoient nos statuts, c’est au C.A. d’en décider. Il aura aussi à décider de notre adhésion au conseil du bien être du Port qui se préoccupe concrètement des conditions d’accueil des marins. Nous y avons un représentant. Mais nous n’en sommes pas membre statutairement. Enfin la Maison des associations de Dunkerque a déménagé et a renouvelé ses statuts. Il lui faudra aussi décider de notre adhésion.

Notre expérience intéresse

D’autres agglomérations sont intéressées par l’expérience unique que représente la vie du Carrefour des solidarités. C’est ainsi que nous avons participé à l’Assemblée Générale de l’association Espoir, à Hazebrouck. Les associations caritatives et humanitaires locales fonctionnent déjà depuis quelque temps en réseau. Mais elles souhaitaient écouter l’expérience d’un réseau plus ancien qui s’est constitué en association. L’accueil a été chaleureux et attentif.

Elections en vue

Extrait du discours de présentation des vœux du Carrefour des solidarités prononcé le 9 janvier dernier par le Président de l’association.

« Les deux années qui s’annoncent seront électorales. C’est donc un moment fort où les citoyens que nous sommes tous feront des choix collectifs. Je veux ici rappeler que ces choix pèseront directement sur ce que les plus pauvres d’entre nous vivent. Années de débats donc. Quelques uns d’entre nous craignaient que la question de la pauvreté en soit absente parce que non vendable électoralement. Si l’on en juge par les médias actuels, il semble qu’il n’en soit rien.

Espérons d’abord que ce ne soit pas que provisoire. Les médias nous ont habitués à ces campagnes qui, au gré des candidats et des ventes de journaux, ne durent que quelques semaines.

Souhaitons surtout que les réponses proposées ne soient pas uniquement démagogiques. La question actuelle du « droit au logement opposable » en est un bon exemple. Elle répond à une vraie question et à de vrais problèmes. Mais chacun sait que ce n’est pas une loi votée à quelques jours du renouvellement d’une assemblée qui va réparer plus de 10 ans de pénurie de constructions de logements sociaux. Elus locaux comme associations qui n’ont cessé de réclamer de telles constructions le savent bien. Chacun sait aussi que l’ouverture concrète d’un nouveau droit doit être encadrée par toute une série de dispositions, longues à mettre au point, pour éviter toutes les dérives qu’on peut aisément imaginer. Chacun sait, enfin, qu’à l’exemple de certaines décentralisations, il est irresponsable de passer la « patate chaude » de l’Etat impuissant, par volonté, à des collectivités locales auxquelles on refuse les moyens correspondants.

Bref, je souhaite que le Carrefour des solidarités qui a vocation à promouvoir la citoyenneté, en particulier des personnes oubliées de notre société, fasse son devoir de lanceur de débats et de propositions au cours des deux années qui viennent. Il le fera, je n’en doute pas, avec la diversité des opinions qui le traversent. Il le fera aussi en tentant de ne jamais verser dans la démagogie, d’où qu’elle vienne. »

Il était une fois le Carrefour des solidarités

Réseau ou association d’associations ? A l’origine, réseau informel, le Carrefour des solidarités s’est structuré, depuis dix ans, en association d’associations et d’institutions. La souplesse et l’interactivité de ses débuts ne risquent-elles pas d’être progressivement étouffées par une structure associative de plus en plus présente ?

Comme nous l’indiquions dans notre suite d’articles intitulée « il était une fois le Carrefour des solidarités », l’histoire de ce dernier n’a pas commencé le jour où il s’est constitué en association. C’est en effet le collectif Littoral solidarité qui est sa véritable origine. Les témoins et les acteurs de cette période indiquent avec clarté quelles étaient leurs principales préoccupations : les problèmes rencontrés par les gens pauvres ou dans la difficulté, les solutions pratiques à court et à moyen terme qui pouvaient être mis en œuvre collectivement, l’interpellation des pouvoirs publics et de l’opinion. Il leur importait peu alors que telle ou telle structure soit associative ou institutionnelle, que tel ou tel participant soit fonctionnaire, salarié, bénévole ou élu. C’est ainsi, par exemple, que la carrefour médico-social (CARMESO) fut un lieu de concertation permanente entre associations, institutions et professionnels de la santé et du travail social.

Formule neuve, à l’époque. N’oublions pas qu’il s’agissait des années 80 du siècle dernier. Elle fut le précurseur des coordinations et autres réseaux qui fleurirent au cours des années 90 et qui n’ont jamais cessées depuis de se développer. Au point qu’on peut se demander parfois si l’association est une formule qui a encore beaucoup d’avenir tant elle peut paraître rigide et formaliste à certains.

Le collectif littoral solidarité, pour sa part, est passé sous le mode associatif il y a dix ans en devenant le Carrefour des solidarités. Se faisant, a-t-il pour autant perdu de ce qui faisait son originalité et sa souplesse ?

Le Carrefour des solidarités s’est toujours interdit d’être une fédération de ses membres. Cela veut dire concrètement qu’au contraire d’une fédération, aucune décision prise collectivement ne s’impose à l’un de ses membres si celui-ci n’en est pas d’accord. La seule restriction à ce principe concerne le fonctionnement de l’association commune elle-même. Mais c’est dire qu’il fonctionne sous le règne de la construction de l’unanimité.

Ses préoccupations sont toujours les mêmes : les problèmes des gens dans la misère, les solutions collectives possibles qui s’expriment aujourd’hui sous la forme de coordinations ou de collectifs, l’interpellation publique. Un objectif a été ajouté cependant. Développer des services communs à destination de ses membres : observation, documentation, communication. Mais, dans le même esprit, ces services sont largement ouverts à ceux et celles qui voudraient en profiter.

La forme associative l’a-t-il amené à se fermer ? Si la procédure d’adhésion peut paraître complexe, rencontre préalable et décision du conseil d’administration, la seule contrainte qu’elle impose de fait, c’est d’avoir une activité qui serve essentiellement ou principalement les personnes et les familles dans le besoin. Son ouverture en 2006 aux C.C.A.S. est la preuve concrète de cette ouverture.

Son fonctionnement demeure-t-il souple et ouvert ? Il n’y a pas d’activités du Carrefour, sauf en ce qui concerne son fonctionnement interne, qui ne soient pas ouvertes : formations, services communs ou collectifs, coordinations, ou même manifes-tations.

La forme associative en revanche lui a permis de se doter de moyens d’action stables : locaux, personnels, moyens matériels, etc. Elle lui a permis aussi d’accéder à des sources de financement public. Enfin, elle a facilité la reconnaissance par les pouvoirs publics et les autres membres organisés de la société civile de l’existence et du travail de ce réseau.

Car, en fin de compte, le Carrefour des solidarités est plus proche d’un réseau que d’une association à proprement parler. Il lui appartient de veiller, dans toutes ses décisions à garder ce caractère irremplaçable.

Pour en savoir plus

Nouvelle gouvernance

Ces modes d’organisation sont au service d’une cohérence entre la forme et le fond de l’action. Faits de structures formelles et d’espaces informels, ils engendrent beaucoup de complexité. La dimension d’intérêt commun guide une manière de gouverner qui n’est pas faite de pouvoirs individuels mais d’un partage de responsabilités transversales. La collégialité dans les modes de décision demande de la souplesse et de la confiance. C’est un maillage dans lequel ni le monde associatif, ni le monde économique n’est exclu.

Réseaux

Maillage de structures diverses, le réseau est une structure transversale qui implique une confiance et un partage des tâches. Sa souplesse permet aux membres qui sont autonomes d’être libres d’entrer et de sortir. Le réseau apporte une dimension d’ouverture, de partage. Donne accès à l’information. Les personnes ou les structures se reconnaissent d’un réseau. Il est souvent impalpable car chacune des organisations fait partie du tout mais n’explique pas le tout.

Extraits de la revue Territoires, décembre 2006, n° 473, p. 10 (Ce numéro est consacré à approcher la question : les associations sont-elles suffisamment écoutées ?)

Ludovic vient de la cité et il nous en parle

Ecoutez-nous, tel est le titre du livre de Ludovic Aubert. Thérèse Caulier l’a lu et dit pourquoi elle nous conseille d’en faire une lecture attentive. Il est en vente à Dunkerque. Il est aussi à votre disposition au centre de documentation du Carrefour des solidarités.

Ludovic Aubert a grandi en cité, celle de « la Courneuve ». Il a connu la violence, la délinquance, la prison, l’errance. Aujourd’hui, il travaille à la communauté d’Emmaüs à Pau. Lors d’un reportage pour France 2, Catherine Gloriau, journaliste, rencontre Ludovic. Un long compagnonnage de presque vingt ans leur permet de tisser des liens étroits et confiants. C’est lors des visites au parloir dans les prisons où Ludovic sera incarcéré que naît l’idée de ce récit.

Dès la première page, nous sommes plongés dans l’univers des cités. « Ali est mort, poursuivi par les flics, chute de mobylette. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Je sens que ce soir, il va y avoir du grabuge. J’ai 16 ans, j’habite la cité des 4000 à la Courneuve. Nous sommes en 1986. »

Le livre nous fait ainsi connaître l’engrenage qui entraîne les gamins des cités, la spirale de la violence et de l’exclusion, le milieu carcéral, l’échec scolaire, le chômage des parents, la drogue qui inonde les cités. Nous découvrons les codes, les valeurs de solidarité de ces jeunes mais aussi leur haine, leur détresse, leurs ambitions, leurs rêves.

L’abbé Pierre, qui préface ce livre, met l’accent sur l’enfermement de ces cités et sur cette jeunesse qui a besoin de justice, de se sentir utile pour que ces jeunes retrouvent l’espérance.

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