Vivre ensemble !

N’est-ce pas le but ultime de tout travail social ? Pierre Mulliez, dont on connaît les engagements religieux et citoyens, nous fait part de ses réflexions en la matière à travers ses dernières activités.

Vivre ensemble, c’est ce souhait qui est à l’origine de la « fête des voisins » à laquelle nous avons peut-être participé le 27 mai ; c’est aussi une perspective qui est à l’origine de beaucoup de travaux et réflexions. C’était le cas de la rencontre, animée par le sociologue Serge Paugam à Lille le 27 mai sur le thème : « Comment vivre dans un monde incertain ? » ; c’était aussi, début mai, le fil conducteur du congrès national de la Société de Saint Vincent de Paul à Marseille. Mais on pourrait citer bien d’autres lieux où cette préoccupation est source de réflexions, notamment les maisons de quartier, les conseils communaux, etc.

Pour les associations et structures intervenant dans le domaine social et humanitaire, ce souci du « vivre ensemble » est en priorité orienté vers ceux qui paraissent exclus de la vie sociale. On pense d’abord aux « pauvres ». Mais qui sont-ils ?

Dans une première approche, on s’intéresse en général à l’aspect financier des situations individuelles en repérant ceux dont les ressources sont inférieures aux xxx euros par mois qui définissent le seuil de pauvreté, où aux yy euros qui mesurent le « reste à vivre » par personne et par jour, en conditionnant trop exclusivement les aides apportées à ces montants. A l’autre extrémité, faut-il définir les « riches » par leurs seules ressources financières ou leur patrimoine ?

Ces mesures ne sont pas sans intérêts, ne serait-ce parce qu’elles permettent de constater que l’écart continue de se creuser entre les uns et les autres, et que le « vivre ensemble » s’en trouve bien compliqué.

Une telle analyse monétaire est cependant très réductrice. La pauvreté n’est-elle pas bien plus que monétaire ? Certains préfèrent parler de précarité, situation où « l’espoir du lendemain laisse la place à l’angoisse ». Etre riche, n’est-ce pas aussi bénéficier d’un réseau de relations diversifiées et efficaces ? Se limiter aux seuls aspects financiers et matériels, pour essentiel que ce soit de les prendre en compte, n’est-ce pas une attitude déshumanisante ? Paraphrasant le texte d’une affiche placardéeillustrant la démarche en faveur de la lutte contre le cancer, on peut reprendre la formule : « Je ne suis pas un pauvre, mais une personne »

Serge Paugam expliquait que cette personne a deux besoins fondamentaux : un besoin de protection et un besoin de reconnaissance. Il disait également que chacun a besoin de pouvoir « compter sur » les autres mais également de « compter pour » d’autres personnes.

Nous l’expérimentons dans nos activités. Nous savons bien par exemple que le colis alimentaire, pour indispensable qu’il puisse être, prend sa véritable valeur s’il est l’occasion d’une rencontre, d’un dialogue. Combien de professionnels de l’action sociale ne regrettent-ils pas d’être enfermés dans des normes, des objectifs quantifiés, et d’être trop peu disponibles pour l’écoute, l’accompagnement ? Certaines personnes ne souffrent-elles pas tant d’un manque de ressources matérielles, que de l’isolement ?

Toutes ces rencontres, ces partages, ne sont-ils pas pour les interlocuteurs des moments nécessaires pour prendre du recul par rapport ce qu’ils vivent, découvrir ou se rappeler ce qui a donné du sens à leur vie, ce qui pourrait en donner encore.

Mais par delà cette aide « apportée » par quelqu’un réputé être « aidant » a un autre qui serait l’ « aidé », la rencontre n’est-elle pas pour l’aidant, l’occasion de recevoir quelque chose de l’autre : son expérience, ses propositions, sa confiance, son amitié ?

Sous des formes diverses, fonction des convictions philosophiques, culturelles, religieuses de chacun, ce « vivre ensemble » n’est-il pas fondé sur la conscience que nous avons de faire partie de la même humanité, pas seulement d’un petit groupe limitée à sa famille, ses relations, son quartier, sa ville, au pays, mais ouverte au monde.

C’est ainsi que certains parleront de « frères », d’autres de « fraternité », cela ne renvoie-t-il pas d’une certaine façon à un « père », parfois difficile voire impossible à« père », parfois difficile voire impossible à admettre, à imaginer, à concevoir ou nommer ? Et pourtant sur quoi fonder cette fraternité ; Serge Paugam, faisait en effet le constat - avec d’autres sociologues - sans en détailler les manifestations et les causes ni apporter de solutions, que la conscience d’appartenir à une même société humaine et celle de la nécessité d’une solidarité élargie s’affaiblissaient, et que cela mettait en péril ce « vivre ensemble »

Allant plus loin que le « compter sur » ou le « compter avec » ne faut-il pas aller jusqu’à la bienveillance pour l’autre, avec sa différence ? Certains osent même dire jusqu’à l’aimer.

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