Urgence pour des Roms !

Depuis une vingtaine de jours, Emmaüs a accueilli une grande famille de Roms ne trouvant pas de lieux pour se poser. L’accueil ne pouvait être que provisoire. A commencé alors, pour Emmaüs, puis pour les associations qui soutiennent son travail, une itinérance digne des romans les plus noirs.

Mardi 7 juin : Emmaüs reçoit un appel de la mairie de petite synthe : nous avons une vingtaine de personnes roumaines à la rue qui squattent le hall de la mairie : “que pouvez vous faire” ? “Avez-vous appelé la S.I.A.O” , ? “OUI ILS N ONT PLUS DE BUDGET” “Avez-vous appelé le CCAS de Dunkerque ? ». « Oui il n’ont pas de solution pour le moment".

Emmaüs propose donc que la CUD leur indique un terrain. Ils s’engagent à fournir quelques caravanes et objets de « premières nécessités ».

Ces familles ayant trouvés un « squat » pour le soir (un appt f1 pour 20 !!!), le CCAS leur promet de les rappeler le lendemain.

Mercredi 8 juin :

9 h : appel de la mairie, “ils sont revenus que pouvons nous faire” ? “Nous attendons un appel de la cud ou du ccas pour un terrain.”

A 10 h, Emmaüs voit arriver 5 personnes et un petit enfant : “bonjour, avez-vous une caravane ? Le ccas nous a donné une feuille avec le nom de différentes associations. Emmaûs y était mentionné en premier avec un plan d’accès.
“Oui, nous avons une caravane mais nous attendons de savoir où la poser car nous n’avons pas envie que la police la détruise demain.”

A 12 h, Emmaüs les invite à déjeuner et s’inquiéte de leurs épouse et enfants…”Ils sont dans un parc.”. “Allez les chercher pour déjeuner... “ Et là, une quinzaine de personnes arrivent, épuisées et affamées. Ils sont donc 20, 12 mineurs et 8 adultes.

A 17 h, Emmaüs se demande où vont-ils passer la nuit ? Pas d’appel du ccas. Deux alternatives :
- faire un sitting devant la cud, mais il est cinq heures et la famille est bien fatiguée..
- libérer un chapiteau de vente pour les y installer. Les compagnons se mobilisent et montent des lits, ils s’activent en cuisine.

(Commentaires d’Emmaüs : Depuis huit jours, nous n’avons de cesse d’interpeller la sous préfecture, la cud ou les mairies. Beaucoup d’énergie, de temps passé au téléphone et tout le monde se renvoie la balle. Bien sûr, à Emmaus, nous avons vocation d’accueil. Mais attention, pas n’importe comment. Plusieurs commissions de sécurité passent régulièrement. Car nous recevons du public. Ceci est un budget et une responsabilité. Nous répétons aux pouvoirs publics : “notre bon coeur et notre compassion nous emmèneront devant les tribunaux s’il arrivait quelques accidents !!!”

“70 personnes : un nombre trop important de personnes sur un même site. “
En même temps, quand on a l’honneur de s’appeler EMMAUS, on se souvient des combats de l’Abbé Pierre et on ne peut rester insensibles à l’extrême détresse de ces enfants et adultes. Nous prévenons Emmaus France qui écrit directement au préfet, sous préfet, mairies et cud leur affirmant un soutien du mouvement.

Mardi 14 juin : en réunion du collectif migrant, Emmaüs nous informe qu’ils accueillent une grande famille de Roms, une vingtaine de personnes dont font partie des femmes et des enfants en bas âge à la recherche d’un lieu où se poser avec dignité. En même temps qu’ils les accueillaient dans une grande tente et assuraient leurs besoins quotidiens, ils se sont mis immédiatement à rechercher un endroit où implanter les quelques caravanes qu’ils avaient décidé de mettre à leur disposition. La cohabitation entre compagnons d’Emmaüs et la famille, même si elle a été formidable, ne pouvait pas s’installer dans la durée. Téléphones à la C.A.O., à la Sous Préfecture, dans les communes, les C.C.A.S. et à la Communauté Urbaine de Dunkerque. Tout le monde étudie la situation et se renvoie la balle. Alors que dans d’autres collectivités, comme à Lille, des solutions ont été trouvées, même si elles ne sont pas complètement satisfaisantes, à Dunkerque toutes les autorités semblent découvrir le problème. Après réflexion collective, le collectif décide donc d’appuyer l’ultimatum qu’est sur le point de lancer Emmaüs. Si rien ne se passe d’ici là, jeudi nous manifesterons et interpellerons directement les différentes autorités.

Mercredi 15 juin : Rien ne se passe. Le collectif migrants se prépare à manifester le lendemain. Les membres du collectif du 4 septembre qui avait réuni des élus et des syndicats sont alertés.

Pendant la nuit il a plu et la tente sous laquelle sont accueillis les Roms est envahie par l’eau. La solution provisoire interne à Emmaüs n’est vraiment plus possible. Il faut trouver une solution dans la journée.

Jeudi 16 juin, 9 h : le groupe formé par Emmaüs, des compagnons, les familles roms et les associations du collectif migrants auxquelles se sont joint quelques autres associations commence sa migration matinale par un premier arrêt à la Sous Préfecture. Le Sous Préfet est absent, mais pas la police qui va nous accompagner tout au long de notre périple. Le Secrétaire général nous reçoit dans le hall et nous indique qu’il va interroger le Sous Préfet et qu’on aura une réponse dans les jours qui viennent.

Jeudi 16 juin, 10 h : le groupe se retrouve devant la Communauté Urbaine. Un cordon de police l’y attend interdisant l’entrée dans les locaux. Demande d’audience par téléphone. Personne ne répond. Heureusement, un Vice Président, Mr Louardi Boughedada du groupe d’europe-écologie, les verts, nous rejoint se déclarant solidaire avec nos demandes. Devant l’absence de réponse de l’intérieur des locaux, il décide de recevoir une délégation à l’intérieur des locaux. A quelques uns nous réussissons à passer le cordon de police avec lui et il nous emmène vers une salle de réunion. C’est à ce moment, prévenu sans doute, qu’un membre du cabinet du Président de la Communauté Urbaine indique qu’il est prêt à nous recevoir.

Réponse officielle : on vous comprend. Si ce n’était que moi, on trouverait tout de suite une solution, mais le responsable de la situation c’est l’Etat. Je découvre la situation. Les services ont regardé et aucun terrain appartenant à la C.U.D. ne peut accueillir dignement les Roms. Et de toute façon, il faudrait aussi avoir la position des maires concernés. Et vous n’avez qu’à interpeller l’Etat… Attendez trois ou quatre jours et peut-être trouverons-nous une solution.

Même ceux qui, dans la délégation, sont habitués à ce genre de discours sont prêts à s’énerver. On parle même d’installer les caravanes sur les quais en attendant le départ du tour de France à la voile…

Avec l’élu présent, la réaction est différente. Et des solutions transitoires sont envisagées. Mais, dans l’immédiat, rien de concret.

Jeudi 16 juin, 11 h : Pendant que la délégation parle, le gros des troupes se déplace vers le C.C.A.S. de Dunkerque, pour demander un café… Il faut dire que le C.C.A.S. de Dunkerque avait été alerté depuis plusieurs jours de la situation et que pour toute réponse les Roms avaient reçu la liste des associations auxquels ils pourraient s’adresser. La police est toujours là pour interdire l’entrée des locaux. Mais à la différence de la C.U.D., le Vice Président du C.C.A.S. et son directeur sont sur le pas de la porte pour discuter. En réalité, ils tiennent le même discours que celui servi par la C.U.D. Ils n’y peuvent rien. C’est à l’Etat…

Jeudi 16 juin, 12h : Emmaüs indique que derrière chez eux, il y a une aire d’accueil destinée aux gens du voyage appartenant à la C.U.D. et, en l’absence de solution proposée par les autorités, ils sont décidés à en forcer l’accès pour un accueil provisoire. La C.U.D. en est avertie. Le groupe se disperse.

Jusqu’au mardi 22 juin, malgré les coups de fil échangés, aucun résultat.

Mardi 22 juin : nouvelle réunion du collectif des associations qui soutiennent Emmaüs et le groupe des Roms. Plusieurs décisions sont prises. La plus importante, dans un premier temps, est l’envoi d’une lettre ouverte aux Maires des communes de la C.U.D.

Mercredi 23 juin : Envoi de la lettre ouverte aux Maires des communes de la C.U.D.

Vendredi 25 juin : Dans la soirée, vers 22 h, cinq caravanes immatriculées EMMAUS, sont installées sur un terrain appartenant à la C.U.D. « Les familles sont trop heureuses, » commente Sylvie, présidente d’Emmaüs, « mais restent anxieuses. Une petite fille nous dit : cette caravane, ils ne vont pas faire comme mon autre maison ? Mettre de l’essence et hop tout brûler ? » L’association repasse ensuite leur donner quelques nourritures, de l’eau et construisons à la hâte des toilettes sèches. Beaucoup d’amis passent les voir et ils apprécient cet accueil.

Lundi 28 juin : Contrôle de police. Emmaüs a appelé le directeur général des services de la CUD pour l’informer de la situation avant que la rumeur ne lui en parvienne. Il trouve que c’est une "bonne idée".

La présidente d’Emmaüs conclut provisoirement : « Nous reste donc à nous asseoir autour d’une table pour essayer d’accueillir au mieux ces populations en détresse. Mais là, ce n’est pas gagné. Emmaus france a envoyé un courrier au ministre, ce qui devrait avoir des retombées sur dunkerque.

Beaucoup de personnes, avant ces jours derniers, n’avaient pas encore approché cette population. C’était un plaisir de voir le magique de la "rencontre".Des "clichés" qui s’effondrent et des sentiments de peurs qui s’apaisent. Comme disait l’un d’entre nous : ce sont des familles comme nous.

Oui, sauf que les lois sont contre eux. »

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