URGENCE SOCIALE !

« Du normal pour tout le monde ! »
Eliot, 8 ans

La journée de travail organisée par le Collectif Alerte se déroulera le 7 février 2005 - de 9 h à 17 h - au Royal Colisée de Valenciennes
13 rue Tholozé
59300 Valenciennes (face à la gare)

L’hébergement d’urgence dans la région dunkerquoise

Toute demande d’hébergement d’urgence doit trouver sa solution en appelant le 115. Dans la région dunkerquoise, c’est la C.A.O. (coordination, accueil, orientation) qui est chargée de mettre en œuvre concrètement les réponses avec l’aide du réseau associatif et de ses capacités d’accueil. Les personnes qui sont à la rue éprouvent-elles les mêmes difficultés rencontrées dans le reste de la région du Nord-Pas de Calais ? Le bilan de la C.A.O. pour 2004 n’est pas encore paru. Dès qu’il le sera, nous vous en reparlerons plus longuement. Notons toutefois, que l’année précédente, ce sont près de 4000 personnes qui avaient fait appel à ses services, moitié par l’intermédiaire du téléphone, moitié en se présentant à ses bureaux, rue du Ponceau, à la même adresse que le Carrefour. La société de l’urgence sociale ?

Le 7 février, le collectif Alerte régional organise une journée de travail à Valenciennes sur l’urgence sociale et sur l’expression des personnes en difficulté. Le Carrefour des solidarités fait partie de ce collectif. En voici le texte introductif. On y reconnaîtra la plupart des thèmes de nos propres actions et interrogations.

Le collectif Alerte a souhaité, avec l’ensemble des partenaires associatifs oeuvrant dans la lutte contre les exclusions, organiser une journée régionale pour mesurer les actions engagées face aux situations d’urgence et développer l’accès aux droits fondamentaux, avec des maires qui prennent des arrêtés de lutte contre les expulsions. Le Collectif Alerte souhaite également sensibiliser l’opinion publique et promouvoir les engagements citoyens.

Sur le département du Nord, entre le 1er janvier et le 30 septembre 2004, 6000 personnes ont effectué une demande d’hébergement d’urgence, dont 2500 personnes sont restés sans réponse d’hébergement. Parmi ces personnes, des hommes, des femmes, des enfants doivent, faute de réponses positives du 115, trouver des solutions précaires afin de pouvoir dormir ! Cartons, couvertures, voitures… sont les moyens de survie pour un nombre de personnes de plus en plus nombreuses !

Mais l’urgence sociale prend plusieurs formes, et ne s’arrête pas à l’hébergement, c’est aussi l’alimentaire, la santé…, la situation serait catastrophique, si les acteurs de l’urgence sociale ne se mobilisaient pas dans la région Nord/Pas de Calais.

Les difficultés d’accès effectif aux droits fondamentaux restent malheureusement encore d’actualité, la preuve en est la mobilisation de certains élus locaux contre les coupures d’énergie.

Nous devons également nous interroger sur le droit à l’expression et la participation des personnes en difficulté, afin d’évacuer toute opposition entre la démarche d’aide à la personne, et sa reconnaissance en tant qu’acteur en capacité réelle ou potentielle de participer à la construction des réponses à sa propre situation.

La Maraude

Autrefois, dans le village où ma famille fuyait les bombardements, marauder consistait à cueillir les pommes qui dépassaient les haies des vergers … Aujourd’hui ce ne sont plus des pommes que les « maraudeurs » cueillent le long des rues de nos villes, ce sont ces hommes et ces femmes de l’ombre qui choisissent ou subissent la vie de la rue. C’est lui, cheveux et barbe à la Victor Hugo, les grands yeux bleus noyés de larmes de froid ou d’alcool, mais les pieds dans un état ! … C’est lui, l’anglais perdu dans notre Flandre, avec son caddy plein à craquer , qui se couche sur un banc d’arrêt de bus un soir, puis un autre soir à vingt kilomètres de là ! C’est elle, jeune mère de famille, incapable de tenir son rôle, et qui refuse tout hébergement tant que son fils ne lui sera pas rendu … C’est lui, ce jeune, vieilli par tant de cachets et de piqûres aux contenus incertains, qui s’étonne de ne plus avoir de gencives pour soutenir des dents creusées par autant de caries, mais qui remercie d’un …sourire ! C’est toutes celles et ceux que le plan grand froid, décidé par une circulaire, mais réalisé par toutes les bonnes volontés, va sauver d’une mort par hypothermie.

Qu’ils soient de l’AAE ou de la Croix-Rouge, les maraudeurs passent, dans la journée et la nuit, et visitent tous ces endroits de l’ombre où un carton, un sac, un matelas sont le témoignage d’une nuit passée à la belle étoile …dans la mesure où les étoiles sont belles par vent de nord-ouest et par moins six degrés à Dunkerque.…

Et les maraudeurs sortent de leur sac … non pas des pommes, mais un café bien chaud, une couverture, une parka bien doublée, un bonnet… pour celui ou celle qui a décidé de braver la nuit et le froid, serrant dans sa poche l’adresse ou le numéro de téléphone … au cas où !

Pierre Morel.

Crève, misère !

Nous reprenons ici un article paru dans Metro du 20 janvier 2005 à Lille, sous la signature de Guy Le Flécher, journaliste. Il nous a semblé traduire nos constats et notre état d’esprit.

« Cela revient chaque année. Comme les engelures ou les mauvais rhumes, comme la galette des rois ou la Saint Valentin. En hiver la France redécouvre ses pauvres. Pour eux, l’hiver commence souvent à l’automne. Pour eux, l’hiver finit-il un jour ? A l’arrivée des premiers froids qui vous tombent dessus comme la vérole dans les temps anciens du bas clergé, il y a ceux qui s’aperçoivent avec horreur que, à quelques mètres de chez eux des personnes luttent pour passer l’hiver vivantes. Ou ceux qui haussent les épaules déplorant un phénomène qu’il faudra bien un jour faire disparaître, « mais tant qu’il y aura la crise… »

Combien sont-ils à dormir dehors chaque nuit. Nous les comptons mal. Nous ne les comptons plus. Comptent-ils encore ? Les pauvres, ça ne parle pas, ou peu. On les désigne quand on ne peut pas les étiqueter. SDF, Rmistes, « nouveaux pauvres », « fins de droits »… Les catégories s’entrecroisent, s’additionnent jusqu’à former ceux qu’on a fini par mal nommer « les exclus ». Les statistiques qui ignorent les visages, ont repérés les « grands exclus ». Désespoirs, divorces, dérives, alcool, drogues ? Le vrai visage de l’ennemi public numéro qui hante les rues de France, celles de Lille comme les autres, est affublé d’un patronyme désormais connu des plus jeunes avant même qu’ils aient eu à user leurs fonds de culotte sur les bancs de l’école : chômage. Dans beaucoup de familles il est la hantise du présent et l’angoisse d’un avenir aussi incertain qu’une file d’attente à l’ANPE. Dès que le travail est perdu, la dégringolade va vite, très vite.

La galère : terrible et redoutée, toujours tapie derrière la nuque, agrippée à l’épaule gauche comme un sale oiseau de malheurs. Les plans : plans pour survivre, plan pour dormir, plan pour manger, plan pour se protéger. Froid devant, tous aux abris. Rien n’est jamais acquis, tout peut se dérober. La manche, autour de la gare, de l’église Saint Maurice, rue Faidherbe, au pied de telle boulangerie, près du distributeur de la Poste, là bas à l’entrée du métro, côté Gambetta. Ici, et puis encore là. Et là. Des clochards gelés, des SDF morts de froid, de trouille. Que les flancs de leurs chiens réchauffent à peine. Des corps émaciés, suppliciés. La manche, ce faible maillon qui relie l’affamé à ceux « qui ont encore ». Pour l’instant… Dans une autre vie, « avant », ils étaient tous quelque chose de différent. Ils avançaient à pas timides et à sous comptés. Mais maintenant ? Le passé s’évade à mots hésitants, comme à confesse, entre ombre et lumière.

On donne une pièce, on se donne bonne conscience. Leurs consciences à eux sont éteintes : par l’hiver, l’épuisement, la faim, l’alcool, le fardeau de leurs perpétuelles gueules de bois. De leurs cartons crasseux, de leurs plastiques lamentables sortent des doigts gourds et bleuis par l’air piquant, des visages ébouriffés et mal rasés, des bouches édentées d’affreuses sorcières, des épaules engoncées dans des manteaux pouilleux, des corps sous-nourris et à l’odeur forte qui feront des cadavres hypothermiques. Survivre dans la rue demande une ingéniosité rare, un courage rien de moins qu’héroïque. La mort guette à l’horizon de quelques heures. La folie n’est pas loin. Les bandits rôdent. Les rats sont là, à même la couche. Ils ont froid, très froid. L’enfer est froid. »

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