Accueil du site  menu Le Carrefour des Solidarités  menu Le journal du Carrefour  menu Les articles des journaux de 2017  menu UN CARREFOUR DES SOLIDARITES D’AGGLOMERATION A QUOI ÇA SERT ?

 
UN CARREFOUR DES SOLIDARITES D’AGGLOMERATION A QUOI ÇA SERT ?


A l’heure où chacun fait la course aux gaspis, que ce soit par rapport à sa note de chauffage ou d’essence ou que ce soit, pour les collectivités territoriales, dans les dépenses de tout genre, est-il encore raisonnable de soutenir par l’argent public l’existence d’une tête de réseau associatif à l’échelle d’une agglomération ?

Quartier, commune, communauté urbaine, département, région, nation, Europe, nations unies, chaque échelle de territoire demande que les citoyens s’impliquent, organisent leurs actions, développent leurs solidarités et… les financent. Mais, au bout d’un certain temps, trop c’est trop. A chaque niveau, des représentants, des délibérations, des décisions à prendre, des actions à mener, des salarié(e)s à payer.

L’histoire a suscité la mise en place de ces différentes échelles et n’en a supprimé aucune.

Les associations, formes d’organisation libre des citoyens réunis dans une même intention, (cf la loi 1901), ont suivi le mouvement. Elles se sont constituées en réseau national, en Union régionale voire en entité internationale (les fameuses Organisation Non Gouvernementales). Parfois elles n’existent juridiquement qu’à telle ou telle échelle du territoire. Parfois elles n’existent localement qu’impulsées par un mouvement international. Fallait-il alors en rajouter une couche en créant, à l’image des agglomérations qui seront constituées en Communauté Urbaine, un Carrefour des solidarités qui n’existe qu’à cette échelle ?

Là, il convient de faire quelques observations de base.

La pauvreté ne connaît pas les frontières communales. Comment s’expliquer que d’un côté de la rue à l’autre, l’accueil et les solutions qu’on vous proposera si vous souffrez de cette pauvreté seront différents ?

Tous les observateurs ont mis en évidence que c’est principalement à l’échelle d’une agglomération qu’on se connaît, qu’on déménage, qu’on se rend visite, que se joue la solidarité familiale de base, qu’on fait ses courses quand on en a les ressources nécessaires, qu’on travaille, etc. Quand on regarde de façon fine les usagers des associations, des centres sociaux ou des maisons de quartier, on s’aperçoit toujours qu’ils ne proviennent pas tous de la proximité immédiate. Les uns seront intéressés par telle ou telle activité, les autres préfèreront les échanges dans tel groupe plutôt que dans tel autre, etc. Ce genre d’observation bat en brèche les idées reçues sur l’intransigeance de la « proximité », le rôle prépondérant des communes, etc.

Il est bien connu aussi qu’à partir du moment où on a atteint une certaine notoriété et un peu de pouvoir, il est rare qu’on accepte de saborder l’institution qui vous les donne. Au nom de la sacro-sainte proximité, il y a toujours des résistants quand on émet ne serait-ce que l’hypothèse de supprimer un des étages du millefeuille territorial. Ce qui est vrai des institutions publiques l’est aussi des structures associatives.

Est-ce notre cas, à nous Carrefour des solidarités ?  
A raison, le nouveau conseil régional tente de s’organiser dans la nouvelle configuration que lui a donnée la loi. Quand, par décision supérieure, Nord-Pas de Calais et Picardie sont devenu les Hauts de France il a bien fallu progressivement supprimer les doublons tout en continuant une gestion équivalente de chacun des territoires qui la composent. Faire évoluer les habitudes, même si elles sont encore récentes, la nouvelle échelle régionale n’a finalement qu’à peine un demi-siècle d’existence, est difficile.

C’est ainsi que, concernant les associations, le nouveau conseil régional des Hauts de France déclare privilégier les « têtes de réseau ». Il est parfaitement compréhensible qu’il puisse souhaiter avoir des interlocuteurs associatifs qui s’organisent à la même échelle territoriale que lui. Aux anciennes « Unions Régionales » de s’adapter à cette nouvelle donne. Mais n’ayant jamais prétendu jouer le rôle, même décentralisé, de ces « Unions », cela ne nous concerne pas au Carrefour.

Où se situe alors un réseau associatif comme le nôtre ? Il n’est pas régional et n’a aucune prétention à le devenir. Son échelle est celle de son agglomération, voire celle de son« pays » entendu comme le rassemblement d’une agglomération et de l’ensemble rural avec lequel elle vit. Il semble relever des « politiques sociales », spécificité actuelle de l’échelle départementale, alors qu’il aborde aussi les questions de santé, de logement, d’emploi et d’économie, voire de consommation, sans oublier les politiques migratoires ou le développement de la citoyenneté. Ce touche-à-tout, au gré des urgences ressenties localement, met au défi les cadres de pensée cartésiens de tous nos spécialistes formés par les différentes « Sciences Po » et ENA de notre coin d’Europe. En quoi pouvons-nous intéresser notre nouveau conseil régional au point d’amener ses élus à continuer de participer à son financement, eux qui sont si sensibles aux restrictions budgétaires que leur rappellent à tout bout-de-champ leurs électeurs ?

Lâchons les grands mots. Le Conseil régional doit participer à l’aménagement de son territoire en veillant à ce qu’à chacune des échelles se développent les organisations nécessaires à la vie publique de leurs citoyens. Un réseau associatif local comme l’est le Carrefour des solidarités permet de développer à l’échelle d’une agglomération plusieurs aspects des préoccupations publiques.

- Réunir, à travers ses membres, une observation et, en conséquence, une expertise sur la réalité de la pauvreté et de la désinsertion d’un certain nombre de citoyens sur le territoire de base.
- Une telle observation et une telle expertise amène à devenir une tête chercheuse des solutions nouvelles ou anciennes à développer sur ce territoire. C’est dire aussi qu’ils permettent d’accompagner les réponses innovantes provenant du tissu associatif.
- De même, ils permettent de mobiliser les ressources nécessaires à la formation des citoyens bénévoles,
- On connaît par ailleurs les difficultés que l’approche bénévole des difficultés sociales peut susciter vis-à-vis des approches plus raisonnées et plus légalistes de la part des professionnels. L’échelle d’agglomération permet de développer la connaissance mutuelle et concrète de ces deux types d’approche.

- Si, chacun en convient de plus en plus, il est important de développer les capacités de prises de parole des citoyens qui vivent les plus grandes difficultés sociales, l’échelle d’agglomération peut permettre que cette parole sorte du témoignage individuel et construise une parole collective. Un réseau associatif comme le Carrefour permet plus facilement cette construction.

- Enfin, l’une des conditions qui permet de respecter la nécessaire diversité des approches bénévoles et citoyennes, c’est de ne pas se situer dans une structure de type fédérale. Au contraire il convient que le lieu de rassemblement et de confrontation soit ouvert et n’impose pas des prises de position majoritaires. C’est ce que permet en particulier une échelle comme celle de l’agglomération.

En somme, nous plaidons pour que l’échelle régionale s’intéresse au développement de ses territoires en soutenant des expériences comme celle du Carrefour des solidarités.

Le comité de rédaction

envoyer un commentaire

Accueil du Carrefour des Solidarités | Plan du site | Espace privé | Contacts | Liens | Partenaires | Espace Administrateurs
Le Carrefour des Solidarités - 15 rue de l’Ecluse de Bergues - 59140 Dunkerque - Tél. : 03 28 63 70 40 - Fax : 03 28 63 70 60 - Mél : chantiers@carrefourdessolidarites.org

Création : http://www.agence-e-dock.com