Tous ensemble... Oui !

Une fin d’été sombre pour les gens qui vivent la précarité et pour les associations qui les accompagnent. Raison de plus pour faire front ensemble. N’est-ce pas la vocation du Carrefour des solidarités ? (Texte écrit par notre ami Jean-Claude Bernier, administrateur de notre réseau.)

La rentrée des classes, la rentrée des politiques… N’oublions pas cependant que tout l’été les équipes de bénévoles et de salariés des associations et des CCAS ont poursuivi leur mission d’accueil et d’accompagnement. Le village des copains du monde de Gravelines, l’accueil des roms, la journée d’évasion du Secours Populaire pour les ‘Oubliés des vacances’ sont quelques unes des actions menées par les associations cet été.

Inquiétées par les mesures de restriction des aides accordées et par l’augmentation du coût de la vie entraînant une baisse du pouvoir d’achat, les équipes constatent une montée de la pauvreté et de la précarité entraînant de ce fait un accroissement de l’exclusion. Ce constat est corroboré par l’enquête de 60 millions de consommateurs, le magazine de l’Institut National de la Consommation (INC) : « le fioul a grimpé de 19 %, le carburant automobile de 13 %, le gaz de 11 % et l’électricité de 6 %, affectant de façon notable le budget mensuel des ménages ».

Par ailleurs la Commission européenne a décidé de diviser par cinq les fonds alloués au programme européen d’aide alimentaire pour les plus démunis. Ce fonds permet en effet d’assurer la sécurité alimentaire de 13 millions de personnes en Europe. L’allocation doit être ramenée de 500 à 113 millions d’euros dès l’an prochain, ce qui pourrait priver au moins 2 millions d’Européens de cette aide alimentaire. Toutes les associations caritatives tirent la sonnette d’alarme face à la baisse de ces fonds. Comment vont-elles répondre aux demandes d’aide alimentaire alors que celles-ci sont en très nette augmentation ?

Un plan d’austérité et de rigueur vient d’être décidé par le Gouvernement. Ce plan avec son cortège de conséquences sociales désastreuses pour les personnes les plus démunies que nous accompagnons les pénalisera davantage.

La suppression de l’exonération partielle sur les ‘complémentaires santé’ va toucher l’ensemble des salariés qui ont déjà des difficultés à accéder aux soins. Nous constatons que bon nombre de personnes démunies ne cotisent plus à une mutuelle et ne se soignent plus.

Aujourd’hui selon une enquête réalisée par l’INSEE et publiée mardi 30 Août 2011 plus de 8 millions depersonnes (Soit 340.000 de plus qu’en 2010) vivent sous le seuil de pauvreté fixé à 954 € par mois et par personne. La moitié d’entre elles vivent avec moins de 773 € par mois.

Le désaccord, sur la forme plus que sur le fond, concernant la baisse des crédits pour l’urgence sociale par presse interposée entre Éric Delhaye du Samu social de Lille et Anne Saingier, d’Emmaüs, jette un discrédit sur les associations qui font de l’hébergement d’urgence. C’est dans le Collectif Alerte à Lille et le Carrefour des Solidarités à Dunkerque que ces débats doivent avoir lieu. Personnellement ayant vécu, dans mon enfance, des situations d’exclusion, comment peut-on imaginer que des enfants puissent vivre dans un gymnase pendant 6 mois ? Je ne suis absolument pas d’accord avec ces propos. N’oublions pas que l’exclusion existe aussi à travers le regard de l’autre. Quel regard sera porté par les sportifs en manque de salle de sport pour s’entraîner, sur les personnes hébergées dans les gymnases ? Notre amie Sylvie Desjonqueres, Présidente d’Emmaüs Dunkerque nous rapportait dernièrement les propos d’une petite fille logée dans une caravane de la Communauté : « Madame, la police ne va pas détruire notre caravane ? »

Le Foyer Logement Intercommunal d’Urgence (FLIU) de Dunkerque géré par le PACT ne pourrait pas fonctionner s’il n’y avait pas l’aide financière de la Communauté Urbaine.

Il me paraît inconcevable que les financements de la C.A.O Flandres (Coordination Accueil Orientation, Dunkerque) créée en 1996 par les associations gérant des Centres d’Hébergement et de Réinsertion Sociale et ayant développé un partenariat important sur l’agglomération amènent à la fermeture de ce dispositif innovant et partenarial.

Le manque de logements est souvent rappelé par mon ami Patrick Doutreligne, Délégué Général de la Fondation Abbé Pierre. Où trouver des logements accessibles dans cette crise ? Certaines personnes ont besoin de se reconstruire et de se réapproprier un logement avant d’accéder ou de réaccéder à un logement autonome.

Les actions développées en partenariat avec PARTENORD-HABITAT dans le cadre de l’Association d’Economie Sociale du Nord pour faciliter l’accès, le maintien dans le logement et la mise en place d’habitats adaptés sont une réponse qui devrait être élargie avec d’autres bailleurs sociaux. L’hébergement d’urgence des familles en lien avec les services de la Sous-Préfecture et les CCAS est une réponse qui a fait ses preuves.

L’insertion par l’activité économique (Associations Intermédiaire, Ateliers Chantiers d’Insertion, Entreprises d’Insertion et Entreprise de Travail Temporaire d’Insertion) est aussi une réponse adaptée qui a fait ses preuves et les Associations et CCAS gérant ces structures d’Insertion doivent être soutenues.

L’insertion est un combat permanent qui exige beaucoup de professionnalisme et d’engagement. Tous les responsables engagés dans l’insertion sociale et professionnelle méritent le respect et le soutien de tous.

Aujourd’hui la pauvreté et l’exclusion ne concernent pas que les SDF, les Migrants, les Sans-Papier. Elles concernent également les familles monoparentales, les personnes âgées et les personnes handicapées.

La révolte des jeunes en Europe n’est-elle pas un signal à prendre en compte. Ces jeunes « indignés » refusent la précarité de l’emploi, l’absence de perspectives professionnelles. Ils veulent vivre dans une société plus juste, plus humaine. Les inégalités sont tellement irréelles qu’on encourage le sentiment d’injustice

La pauvreté, la précarité et l’exclusion vont continuer à progresser et les réponses que les associations et les CCAS apporteront pour faire face à l’accroissement de la demande d’aide risquent d’être insuffisantes.

Avec la réduction des dépenses publiques n’y a-t-il pas un risque de voir disparaître les petites associations. Toute association qui disparaît c’est du lien social qui disparaît. Il nous faudra réfléchir à rechercher des solutions de mise en commun de moyens pour éviter la disparition de ces petites associations.

Je rappelle que le Carrefour des Solidarités s’est créé à la suite du Collectif Littoral Solidarité mis en place par des associations caritatives, humanitaires et d’action sociale de toute origine philosophique. Le partage des excédents alimentaires, le partage d’expériences, la volonté de rechercher des solutions d’insertion durable pour les jeunes, les personnes seules et les familles. La création du Carrefour Médico-Social (CARMESO) avec la collaboration de la DDASS, des syndicats de médecins et de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie a permis avant que soit votée la CMU à des personnes de se soigner et de bénéficier de la dispense d’avance des frais médicaux.

Le Carrefour des Solidarités est une Association partenariale unique dans la région du Nord-Pas-de-Calais. Plus que jamais en cette période de crise il me paraît crucial de garder et de développer cette structure. Pourquoi ne pas envisager d’élargir le Carrefour à d’autres Associations et des CCAS d’autres communes ? C’est grâce à ce partenariat que les Associations et les CCAS pourront rechercher ensemble des solutions innovantes au service des personnes les plus démunies. Il faudra réfléchir à la recherche d’expériences nouvelles en direction des populations qui se trouvent aujourd’hui très concernées par la crise : personnes âgées, personnes handicapées, personnes esseulées, familles monoparentales…

Lors d’une rencontre de l’AJS beaucoup de femmes seules ont évoqué leur solitude. Pourquoi ne pas réfléchir à la mise en place de réseaux, de parrainage de solidarité

Compte-tenu du contexte actuel il serait souhaitable de nous retrouver tous en séminaire pour réfléchir au rôle que nous entendons donner au Carrefour des Solidarités et d’envisager de nouvelles stratégies et actions à mener.

Le Carrefour des Solidarités mobilisera l’ensemble de ses partenaires pour l’organisation des rendez-vous citoyens avant la manifestation du 17 Octobre 2011.

Le 17 Octobre est la Journée mondiale du refus de la Misère. La projection du film « No et Moi » avec un débat sur la place des jeunes aujourd’hui est prévue au Studio 43.

Le 15 Octobre « Tous Ensemble pour Lutter contre la Misère » nous nous rassemblerons à la Stèle des Droits de l’Homme avec la lecture de quelques témoignages et un Temps de silence pour manifester notre refus de la misère. Je souhaiterais vivement que vous mobilisez autour de vous les forces vives de l’agglomération (Syndicats, Employeurs, Elus, Clubs Sportifs, Enseignants, Jeunes Etudiants, Responsables d’Associations, Voisins, Amis….) pour venir nous rejoindre à la Stèle des Droits de l’Homme et au Village de la Solidarité pour dialoguer ensemble et montrer notre refus de la montée de la pauvreté, de la précarité et de l’exclusion.

Il est nécessaire qu’au-delà de cette manifestation, vous fassiez remonter les difficultés que vous rencontrez ainsi que celles des personnes aidées et accompagnées afin de déposer en Sous-Préfecture un cahier de doléances. Je compte sur vous et vous en remercie.

Tous ensemble, Restons tous Mobilisés.

Jean-Claude Bernier

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