Témoignages de bénévoles intervenant auprès des migrants de passage

Extraits des notes prises chaque jour par les bénévoles associatifs

"Vendredi sur Grande Synthe, S. nous informe que c’est la misère : tentes saccagées par la police, couvertures trempées. Nous en amenons et donnons une quinzaine de couvertures aux personnes présentes. J. M. et E. ont fait les douches. 10 personnes se sont lavées, ont eu une tenue complète et quelques uns des chaussures.

Samedi, après le repas, les bénévoles redonnent autant de couvertures.

Samedi sur Téteghem, distribution collective de vêtements avec le Secours Catholique, Terre d’Errance, la paroisse, ACC Minorités Visibles et SAlam. Tous ont pu avoir des tenues complètes. Pour les chaussures se fut un peu plus compliqué, une petite bonne trentaine données.

A la fin du vestiaire, des gars revenaient du centre de rétention. Ils ont été jugés et relâchés."

"Beau" froid pour ce samedi !
Le lac n’est pas encore gelé mais le sol, oui.
C’est donc sous un bien pâle soleil qu’on distribue le repas. Sans bousculade, les cocottes de riz, mouton, gratin de poisson sont bien appréciées. Même pour les bananes, les gâteaux et le thé, les choses se passent dans le calme.
Naturellement, la plupart réclament des chaussures et autres "jacket". On tente de leur expliquer qu’une grande distribution aura lieu après le repas. Certains l’acceptent, d’autres ne comprennent pas.

Et voici les camionnettes qui arrivent !
Celle du Secours Catholique en tête, suivie quelques minutes plus tard de celle de Salam précédant elle-même de très peu celle de Terre d’Errance.
- Toutes les trois débordent de blousons, pantalons, pulls, cho7, gants, bonnets.
Nous voilà parés !
Une tentative de distribution de tickets échoue car la bousculade se dessine au vu de ces "trésors" tant attendus.
Alors, on installe quelques tables et ils finissent par se mettre tous en file. Et chacun a pu repartir avec des vêtements chauds et secs, ce qui est plus qu’utile après la semaine trempée qu’ils viennent de connaître et avant la très froide annoncée.
Bien sûr, quelques "resquilleurs" arrivent à se servir plus copieusement que d’autres surtout au rayon gants/cho7...Mais chacun veille du mieux qu’il peut. Et l’humour aide à "calmer le jeu"

Pendant la distribution, un groupe de 4 ou 5 arrive, tous sont affamés et frigorifiés. Ils reviennent de Lesquin où ils étaient retenus depuis plusieurs jours. Heureusement, il reste un peu de gratin de poisson et pas mal de pain et la camionnette n’a pas dit son dernier mot..."

"L’un des soudanais explique qu’il ne supporte plus la vie dans la jungle, qu’il n’a jamais vécu dans de telles conditions, comme un animal. Au Soudan, il travaille dans l’élevage de bœufs et de moutons, il est chef d’entreprise, a 4 employés et un bon niveau de vie. Le pouvoir central de Khartoum l’a accusé d’être en lien avec des rebelles de sa région et les forces armées officielles ont exercé sur lui une pression et des menaces qui n’étaient plus supportables.

Un autre soudanais répète qu’ici, il meurt à petit feu, que s’il rentre au Soudan, il se fera tuer rapidement, qu’il ne peut pas rentrer, qu’il n’arrive pas à passer en Angleterre, qu’il ne sait plus quoi faire. Il n’a pas vu ses 3 enfants depuis 1 ans et demi et n’a jamais vu son petit dernier. Il pleure."

"Lors de notre intervention, nous avons reçu en consultation un jeune garçon de 13 ans. De nationalité afghane, après un long et périlleux parcours migratoire qui l’a mené de l’Afghanistan à Téteghem, il est présent depuis un mois sur le campement et est déterminé à passer en Angleterre pour y rejoindre des membres de sa famille.

Il s’est présenté à notre médecin bénévole avec une forte douleur à l’avant-bras. Après examen, nous l’avons emmené à l’hôpital pour faire une radio, bilan : poignet cassé. Et ce jeune garçon de 13 ans de nous expliquer qu’il s’est cassé le poignet suite à une course poursuite avec la police mardi matin.

La police passe chaque jours sur le campement, parfois même plusieurs fois par jour. Ils procèdent à des courses poursuites, à des contrôles d’identités, arrêtent, menottent et embarquent les personnes présentes de façon quotidienne : c’est un véritable harcèlement qui se produit."

"Notre "point faible" reste celui des chaussures. Il était impossible avec nos richesses respectives de satisfaire tout le monde. On a dû en distribuer une 20aine de paires.

Il faudrait qu’on réfléchisse à cette question des chaussures, récurrente depuis le début. Et surtout qu’on trouve le moyen d’en financer un gros stock, de toutes les tailles, bien sûr."

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