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Témoignages 2010

Les témoignages qui sont ici rassemblés proviennent des « Rendez-vous citoyens » organisés par les membres du Carrefour des solidarités en préparation de la journée mondiale du refus de la misère en 2010.

Nous avons voulu, comme les années précédentes, entièrement respecter la parole de ces hommes et de ces femmes à qui notre société donne rarement la parole. Le thème central que nous leur avons proposé et qu’ils ont accueilli avec intérêt est l’accueil qu’ils recevaient dans les différentes associations ou les différents services qu’ils sont amenés à croiser. A ce sujet, leurs paroles sont parfois rudes et sans détour. Mais ils savent tous reconnaître et en témoignent qu’ils sont accueillis par des personnes de chair et de sang, avec leurs propres richesses et leurs propres faiblesses.

Ecouter leurs témoignages nous paraît, comme à eux, l’une des meilleures façon de se former à les accueillir.

"Nos différences sont une richesse à respecter, à protéger, car c’est très fragile", Salmata

Les rendez-vous citoyens 2010 ont été organisés par :

A.C.L. Proxipol,
L’accueil de jour de la Fondation de l’Armée du salut, « Au cœur de l’espoir »
L’A.J.S., le bon emploi de la solidarité
Le C.C.A.S. de Dunkerque
IMANI
Le Carrefour des solidarités

Merci à ceux et à celles qui ont bien voulu nous apporter leur témoignage et leurs réflexions.

François :

« La qualité de l’accueil ne dépend pas du service, mais de la personne qui vous accueille. Entre le centre communal d’action sociale et les services du département, il n’y a pas assez de coordination. Le C.C.A.S., quand il y a un retard de facture, vous envoie un courrier pour vous l’indiquer et vous renvoie sur les services du Département. J’ai l’impression que les deux services se mangent et que nous sommes les boucs émissaires.

Il y a beaucoup de discrimination sociale au C.C.A.S.. J’ai eu un très mauvais accueil. J’ai voulu faire valoir mes droits vis à vis de certaines aides qu’on ne voulait pas m’accorder. Je dis ce que je pense et ça dérange les gens. J’étais en pleine séparation et je me suis senti flingué par la femme à l’accueil qui, elle aussi, était en pleine séparation. Les femmes sont solidaires et défendent plutôt la femme. Des gens m’avaient prévenu que cela se serait mal passé avec cette personne à l’accueil. J’ai regretté de ne pas avoir été reçu par un homme. Un mauvais accueil dissuade de revenir.

Si quelqu’un pourrit le système dans une association, il y a beau y avoir du bon dans l’équipe, c’est effacé. »

Lucie :

« La personne qui vous accueille doit être aimable. Si vous êtes bien habillé, on vous accueille avec des grands salamaleks. Ils se fient aux apparences et non à la personne. A la Caisse d’allocations familiales, la première fois que j’y suis allée, j’ai été sidérée. C’est tout juste si on a répondu à mon bonjour. J’ai pensé que pour eux, j’étais une moins que rien. On te regarde des pieds à la tête comme si tu te présentais chez un patron.

J’habitais Dunkerque et je ne touchais pas encore le RMI. J’étais sans rien. Je suis allée au CCAS. Je ne demandais pas de l’argent, mais à manger. Quelqu’un m’a reçue et, comme j’étais bien mise, on m’a refusé un colis alimentaire. J’étais en rage parce que le Monsieur à côté de moi était plein comme une huître et on lui a donné un colis. On n’a pas voulu comprendre ma situation. »

Valérie :

« L’accueil est différent si on est en costume cravate. Si on arrive avec un pantalon troué, on te tutoie. Le premier regard que la personne qui est à l’accueil lance, elle est déjà en train de vous juger. Elle adapte son langage à la façon dont on est habillé. C’est l’impression que j’ai eue.

J’étais dans un foyer d’hébergement d’urgence. Je n’avais eu que les allocations familiales pour un mois. J’ai du aller au CCAS pour avoir des bons alimentaires. J’y suis allée un matin. On m’a dit de repasser l’après-midi. J’y suis retournée. On était plusieurs à attendre dans le hall. La personne qui devait nous recevoir s’est engueulée devant nous avec la secrétaire. La secrétaire était bouleversée et est partie pleurer dans les toilettes. J’ai attendu deux heures pour être reçue. Je me suis retenue de dire : « Madame, vous me devez des excuses. Ce n’est pas professionnel de critiquer une collègue devant nous ». Je ne lui ai rien dit. J’avais peur qu’elle me refuse ce que je demandais ou qu’on refuse de m’aider les fois suivantes.

Si on est bien reçu et qu’on obtient ce qu’on veut, on oublie que ça s’est bien passé. Si ça se passe mal on ne l’oublie pas. Après un mauvais accueil, on est méfiant. »

Zaïnaba :

« Une fois, je me suis sentie humiliée au CCAS. Mon conseiller était en congé et j’avais reçu un courrier par rapport au RMI. On m’a juste dit que ce n’était pas le CCAS qui payait le RMI et qu’il fallait aller à la CAF. On m’a cassée et je suis partie. Ça m’a blessée. Je ne me suis pas sentie écoutée. On me demande pourquoi je viens et on ne m’écoute pas. D’habitude ça se passe très bien avec mon conseiller.

Dans le lycée de ma fille, au dernier trimestre, ils ont voulu la changer d’orientation. C’était l’année des grèves et elle avait baissé de niveau au dernier trimestre. Ils m’ont téléphoné. Ma fille et moi n’étions pas d’accord avec leur décision. J’ai rencontré le professeur principal qui a insisté pour qu’elle change d’orientation. Ce professeur nous a mal parlé. Il a dit qu’elle ne réussirait pas, qu’elle sortirait sans rien comme une clocharde. Je n’ai pas lâché et ma fille a eu son BAC.

Quand je suis arrivée en France, je ne parlais pas le français. Il y a des personnes qui ont pris le temps et ont essayé de me comprendre. »

Salmata :

« Le problème, c’est quand on ramène sa vie privée dans le travail. Si la personne a des soucis, elle doit les laisser à la porte.

A l’école, ce n’est pas toujours facile pour les enfants de couleur. C’est très dangereux d’être professeur et d’avoir des préférences pour des couleurs et des races. La vie c’est le combat !

Quand un enfant comprend que certains professeurs font des différences selon la couleur de peau, il peut avoir peur de poser des questions en classe parce qu’il se sent rejeté. J’ai déjà été convoquée à l’école et j’ai été humiliée.

On est tous frères et sœurs. Mais le racisme n’a pas de frontière. A mon arrivée en France, pour mon premier Noël, j’étais seule à la maison. Car mon mari travaillait. Chez nous, on fête Noël. C’est un jour de partage. J’ai fait des gâteaux et j’ai voulu partager avec mes voisins. J’ai frappé chez une voisine pour lui en donner. Elle m’a claqué la porte au nez en disant qu’elle ne m’avait rien demandé. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. J’étais perdue. J’ai réessayé le jour même chez un autre voisin. On m’a ouvert et on m’a remerciée. Depuis on est devenu amis. J’étais enceinte de mon deuxième bébé et j’ai eu des contractions. Nous n’avions ni téléphone, ni voiture alors je suis allée voir mon voisin et il m’a accompagnée à la maternité. J’ai accouché et ils ont fait entrer mon voisin dans la salle d’accouchement en pensant qu’il était le père. Comme mon bébé était blanc, la peau fonce par la suite, ils ont félicité mon voisin blanc croyant que c’était le père.

Aujourd’hui je suis conseillère municipale dans ma commune. Avec du courage on trouve des solutions. Il faut se battre et se défendre. »

Micheline :

« Il faudrait mettre une note dans les bureaux pour dire aux personnes qui accueillent de ne pas faire subir leurs préoccupations personnelles aux gens qu’ils reçoivent. Il devrait y avoir un roulement dans les personnes qui accueillent. Certains manquent de psychologie. »

Jeanine :

« Je suis allée dans une association d’aide alimentaire et j’ai été bien accueillie. La personne a pris du temps pour s’occuper de moi. Ma demande était sincère et je l’ai justifiée. »

Hadidja :

« Des fois je suis bien accueillie. Des fois je suis mal accueillie. Cela dépend des endroits. Je cherche un logement plus grand. Ils m’ont fait des promesses. Quand je vais les voir pour savoir où ça en est, ils ne me parlent pas gentiment. »

Fatima :

« Je suis allée au CCAS avec mon enfant qui traduit pour moi. Avec la dame qui m’a accueillie, ça se passe très bien. »

Aïcha :

« J’ai passé une après-midi très sympathique avec l’association. Les soins de peau naturel qu’elle nous a apporté ont été très enrichissant et tout cela fait avec le sourire et la bonne humeur.

Bonne continuation à cette situation ! »

Marie Eliette :

« J’ai été très contente de connaître l’association. J’ai assisté à une séance de produits de beauté. J’étais très contente. Merci pour l’association. »

Valérie :

« L’accueil dans les administrations, un thème qui laisse planer des bons et des mauvais souvenirs. Mais si je peux en retirer un bilan je dirais ceci : comme partout l’accueil c’est ou super ou honteux. On est catalogué dès que l’on franchit la porte. Si tu es en costume cravate, on te déroule le tapis rouge. Si tu te pointes en jean basket vieux tee shirt, cheveux sales, alors on fait grise mine et si en plus de cela tu es jeune, alors, ne soyez pas vexé, mais le tutoiement sera souvent employé.

Tout n’est pas rose ni noir en totalité. Mais souvent il faudra faire avec le bon vouloir, la bonne humer de celui qui t’accueille. Car si elle a eu une mauvaise journée, alors, tant pis pour toi. »

Anonyme :

« J’ai beaucoup aimé cette séance. Car on se sent bien, qu’on repart c’est très agréable. Et c’est très bien pour partir du bon pied. »

Anonyme :

« Dans toutes les associations où je suis passée, j’ai toujours apprécié le travail de l’accueil. Le problème que je trouve le plus pertinent dans ce pays comme tout autre pays, c’est le chômage, le manque de travail. Il est nécessaire que l’Etat resolve ce problème avec beaucoup d’attention. »

Anonyme :

« Très bonne après midi passée avec l’association. Ils nous ont fait voyager dans un moment de soins du visage. Dans une ambiance musicale très agréable et relaxante et surtout plein d’astuces de beauté avec des produits naturels. »

Vanessa :

« Votre soin du visage m’a fait énormément de bien, bien détendue. Voilà à refaire. Faire un soin naturel fait beaucoup de bien et je trouve que ma peau est douce. »

Chantal :

« Je suis bénévole au cours de couture. Je donne mon savoir faire suivant les diplômes et l’expérience de 40 ans que j’ai à donner aux dames, aux hommes qui veulent le recevoir avec respect et sérieux pour être dirigées vers ce savoir utile dans un foyer. J’ai un cœur pour tous et toutes. J’adore l’ambiance qui me fait du bien. Car je suis une personne qui porte une maladie génétique qui ne se voit pas, que je prends avec philosophie. Que toutes les personnes qui souffrent d’une chose ou d’autre peuvent venir m’en parler. Je suis aussi à l’écoute et en réponse quand cela est possible. Je vous dis cela, j’ai 3 enfants sociables dont un qui travaille au CHU en psychiatrie avec son épouse. Ils m’ont beaucoup aidés dans la maladie. Mon fils est également à l’écoute de ses patients et il m’a dit : « maman je suis comme toi pour tout. N’hésitez à me contacter par le biais de l’association. »

Khary

« La mairie m’a beaucoup aidée sur mes démarches et mes factures quand j’avais des difficultés, lorsque mon mari est tombé malade. Il a eu une congestion cérébrale. Maintenant il est handicapé. Il n’y a pas longtemps ils m’ont aidés pour une facture d’électricité. J’ai pas de chauffage dans la maison. J’ai acheté un chauffage pour mettre dans le salon. Mon mari, mon fils de 17 ans et moi nous dormons tous dans le salon. Cela fait 15 ans. On a demandé pour déménager depuis plus de 10 ans et toujours rien. Car l’association a vendu le logement à un autre organisme. J’ai déjà relancé le problème avec la mairie et j’attends. Nous voulons un rez-de-chaussée car mon mari ne peut plus monter à l’étage. J’ai mis des morceaux de tissus devant la porte de la cuisine pour que les rats ne rentrent plus. Il y a des rats à la cave, de l’eau. J’ai eu des souris qui se baladaient dans la maison. Les robinets de la salle de bains sont cassés, c’est insalubre. Au mois de mai la société est venue, mais n’a rien fait. Je lave mon mari dans un petit cagibi où il n’y a pas de chauffage depuis 1994. Je mets de l’eau dans des bassines que je ramène dans le cagibi. Il a été 19 jours dans le coma, puis il est parti à Zuydcoote. Aucun de ses collègues de travail ne viennent prendre de ses nouvelles. J’avais des dettes de loyer, d’électricité. Le conseil général a fait un dossier de surendettement et mes dettes ont été effacées car les revenus étaient trop bas (invalidité 600€). Mon mari, dans la nuit, il crie. Car il ne peut pas se baisser, ni gratter son pied donc il tape dans le mur en criant donc j’ai peur que dans les HLM cela dérange. »

Salmata :

« Il y a beaucoup de gens qui ont la chance d’avoir du travail et de ne pas être handicapé. Qu’elles respectent les personnes handicapées qui peuvent travailler. La misère n’a pas de couleurs. Si on est handicapé, on est dans la misère. Ça peut arriver à tout le monde. Il faut laisser la chance à tout le monde. Il faut pas juger parce ce qu’on est handicapé et dire qu’on y arrivera pas parce que tout le monde peut mourir du jour au lendemain sans pour cela être malade ou handicapé. Tout le monde a le droit de tenter sa chance. Il ne faut pas juger. L’avenir nous le dira. »

Michele :

« Je viens de trouver du travail dans la menuiserie. Je commence jeudi. Je vais réparer des meubles, des fenêtres. C’est le premier travail de mon père. Mon deuxième travail, c’est aide cuisinier.

J’ai été à la CAO. Avant de répondre à ma demande de logement, ils m’ont demandé de sortir du bureau. Ils ont téléphoné au foyer d’urgence où je dors pour avoir des informations sur moi, mon comportement, ma relation à l’alcool…Ils avaient mal fermé la porte et j’ai tout entendu. Peut-être j’aurai un appartement meublé.

Pendant deux semaines j’ai été malade, je ne pouvais parler à personne. J’étais angoissé. Je pensais à mes problèmes. Je restais isolé dans un coin. Quand je vois qu’il y a une journée de refus de la misère, ça me fait plaisir. Ça m’ouvre. Dans ma famille on aime aider son prochain. Chez nous, en Italie, si on voit quelqu’un dans la rue, on lui propose à manger.

Je quitte le foyer le matin à 7h.

Après une semaine, ils se sont intéressés à moi et m’ont posé des questions. Ça fait deux ans que j’ai arrêté l’alcool, je suis fier de moi. Avant, je fumais 4 paquets de clopes par jour. Maintenant, avec un paquet, je fais 5 jours. Je suis bénévole à la SPA. Je sors les chiens une fois par semaine. Demain, je fais une marche de 4 kilomètres dans les dunes avec un groupe. On a besoin de faire des choses en groupe, ensemble, même avec des gens qu’on ne connaît pas. Le psy c’est quelqu’un de la famille quand ça se passe bien. Quand je suis stressé je prends des kilos. Si je travaille, mon esprit est détendu. Mon père dit : « quand on a un travail, les problèmes on les laisse de côté ». J’ai 46 ans, je fume du joint. Je ne le cache pas. Ce n’est pas avec l’alcool que l’on peut résoudre les problèmes. Je ne fume pas des joints toute la journée. Je fume juste pour me détendre le soir quand je suis chez moi et j’écoute des mélodies. Au foyer j’ai une chambre tout seul. Il y a des gens jaloux de moi au foyer. Ça fait que deux mois que j’y suis et j’ai tous les avantages. Moi, je bouge !

Avant d’être à Dunkerque, j’étais à Tarbes. Mais rien n’a marché. Il y avait des associations, mais elles ne donnaient rien. Emmaüs à Tarbes, tu travaillais, tu gagnais quelque chose pour vivre. Maintenant c’est changé. Ils ont fait des appartements pour les familles qui viennent des pays de l’Est. Là bas, l’administration, c’est zéro. Il y a une CAO, mais c’est toujours négatif. J’arrive ici, je n’avais pas l’intention de rester à Dunkerque, l’accueil de jour m‘a accueilli, m’a donné à manger, des habits. Je me sens bien à Dunkerque. J’ai visité le Musée portuaire. Je commence à m’intéresser à cette ville. A Dunkerque, il y a plus de possibilité de trouver un travail et un logement qu’ailleurs. On est toujours en France mais il y a de grosses différences. Ça dépend des villes où on va. Au sud de la France il n’y a rien. Ici, le 115 envoie des personnes vers des foyers d’urgence. A Tarbes, il n’existe pas de foyer d’urgence. Il n’y a que des CHRS et Emmaüs. Il y a pas mal de trucs qu’on peut faire à Dunkerque. A Tarbes, ils ont fait du théâtre avec les gens de la rue. Ils invitaient les gens du quartier, des bonnes familles. On échangeait les rôles pour que les gens voient ce que c’est vivre dans la rue. On faisait des promenades, les gens de la rue et des étudiants. On faisait des réunions pour savoir ce que les gens pensent de ceux qui sont à la rue. Mon travail à Tarbes c’était de donner des idées pour le théâtre. Je choisissais des pièces avec des riches et des pauvres, après j’en parlais avec les autres.

J’ai travaillé à Bordeaux pendant 4 ans. Après, j’ai touché les Assedic puis le RMI. Je suis retourné en Italie pour des problèmes de famille. Après je suis revenu en France. On a contacté le CCAS de Bordeaux et on a trouvé que mon dossier était archivé. Ca fait deux mois que je n’arrive pas à recevoir d’extrait de naissance d’Italie pour faire ma carte vitale. J’ai deux opérations à faire. Je ne comprends pas, il y a des fois où l’administration déconne. On a téléphoné un paquet de fois. »

David :

« Moi, plus ou moins tout le monde me connaît à Dunkerque. Je connais l’accueil de jour. Je sais que souvent c’était le bordel, vraiment le bordel. Au début j’y allais et j’ai vu ça. Il y avait de la violence, de l’alcool, de la drogue. Je n’y suis plus allé. Il y a deux ans, j’y suis retourné sur un coup de tête, je ne connaissais pas tous les gens de l’équipe. J’ai été reçu et j’ai vu du changement. Puis j’ai rencontré une éducatrice qui connaissait mon frère. Ça m’a étonné. Puis j’ai connu les autres éducateurs et c’est venu petit à petit. Je reste plus longtemps qu’avant. Pour moi le FLIU, c’est n’importe quoi. Ce n’est pas normal de faire payer les gens qui sont dehors. Le FLIU se dit foyer d’urgence, pour moi un foyer d’urgence, c’est une urgence. Je ne vois pas pourquoi on devrait payer.

J’ai 20 ans de rue en Belgique et en France. Ce n’est pas du jour au lendemain que ça va changer. Je connais le carrefour des solidarités et l’accueil de jour. Mercredi j’ai rendez-vous pour rentrer dans un foyer, ce n’est pas pour ça que je vais oublier mes amis. Le problème, c’est aussi les parents qui ne font plus attention à leurs enfants. Ils leur disent d’aller se faire foutre.

Pourquoi à l’accueil de jour on n’a plus le droit de sortir avec son gobelet de café et de la nourriture ? »

Passe-partout :

« C’est parce que les gens sont fainéants et n’ont pas le courage d’aller jeter leur gobelet dans la poubelle, ils le jettent dehors.

Ce qui se passe c’est que moi j’ai été dans la galère toute ma vie. J’ai 19 ans. Petite, j’ai été maltraitée. J’ai été entre la vie et la mort. Il y a un an je me suis mise en ménage avec un mec qui a eu le malheur de lever la main sur moi. J’ai eu 20 points de suture. J’ai décidé de le quitter et là, les problèmes ont continué. La plupart de mes amis sont de la rue. On est une grande famille. Je leur dis : « tu bois, tu te saoules, tu oublies tout et le lendemain ça recommence. » Aujourd’hui quand je vais dans une asso, je suis trop jeune ou trop vieille.

Je fais la manche. Je parle avec les gens. Ce que j’ai remarqué, c’est que les gens qui ont des logements, du travail, des voitures ont peur de nous. Je ne bois pas, je ne me drogue pas. Les gens sont classés, c’est la vérité. Il y a les SDF. Il y a les personnes qui s’en sortent avec les moyens du bord et il y a les bourges. Si on venait à tous s’aider, je pense qu’on s’en sortirait mieux. Ceux qui sont juste au dessus de nous ils viennent nous aider. Les bourges disent « dégagez bande de sales clochards ». Ils nous regardent de travers. Faudrait des reportages qui fassent réagir les gens. Quand les gens nous insultent ça nous rabaissent. J’écoute la radio, j’ai entendu. Sarko, il se balade beaucoup à droite à gauche mais qu’est ce qu’il fait pour les SDF ? Ceux qui sont dehors ont leur endroit, c’est comme un squat, c’est ta maison. C’est peut-être un bout de tissu qui fait notre maison mais c’est notre maison.

L’été dernier, on était rassemblé, une vingtaine de personnes, et on s’est disputé. Ce qui revenait à la charge c’est « moi j’ai vécu ça et pas toi, j’ai vécu plus de galère que toi, je suis plus malheureux ». Ils feraient mieux de se balader dans la ville et de se changer les idées plutôt que de se prendre la tête. Dans ce groupe tout le monde n’était pas solidaire. Certains sont dans leur cocon où ils ne remarquent pas qu’ils sont au présent, ils reviennent sur le passé.

Entre SDF, on s’est classé entre nous. On est un assez grand groupe. Il y a les gens SDF qui essaient de s’en sortir du mieux qu’ils peuvent. Il y a des jours ils sont fatigués. Ils ont une baisse de moral. Ils ne font rien. Il y a des SDF qui ne veulent pas s’en sortir, qui ont choisi leur situation, qui viennent se plaindre, dire qu’ils sont malheureux et boivent des canettes. Eux on les traite de clochards.

Par rapport aux jeunes, dans votre temps les parents disaient « faut faire ça et t’arriveras à t’en sortir ». Maintenant il y a la CAF. A l’accueil de la CAF on a dit à des amis, des jeunes, de faire des gosses pour avoir des aides. On se demande pourquoi il y a des filles de 16 ans qui font des gosses. C’est pas pour s’en occuper. C’est pour les thunes. Je parie que le chiffre de mères jeunes est monté en flèche. J’ai eu des amies de 12 ans qui étaient enceinte. Les jeunes avant étaient aidés par les générations au dessus. Les jeunes d’aujourd’hui n’arrivent pas à se débrouiller par eux-mêmes. Maintenant les parents ont peur de leurs gosses. Ils disent « je vais faire pour toi ». Il y a de plus en plus de jeunes majeurs à la rue. Ils n’ont pas de boulot. Avec une amie de mon âge, je fais la manche à Dunkerque. Les gens disent qu’on est trop jeune pour être à la rue. Il y a les abandons parentaux, « t’as 18 ans, tu peux partir. Je ne touche rien pour toi ». A l’âge de 6 ans, je cuisinais déjà. J’ai appris à me débrouiller. J’ai fait de l’aide humanitaire à 16 ans. Je suis partie quatre mois en Roumanie. Qu’est ce qu’il y a jusqu’à 25 ans comme aides ? Des stages ? J’en ai fait en pagaille : petite enfance, poissonnerie, chevaux, personnes âgées. On fait comment ? J’ai trouvé un emploi en restauration en août. Je me suis fait une double entorse et le patron m’a virée.

Quand les gens qui sont dans la rue, en début de mois, veulent se payer une nuit d’hôtel pour avoir chaud, ils te regardent de haut en bas et te disent que l’hôtel est complet alors qu’il restent des chambres.

J’ai des problèmes de santé. J’ai fait des tentatives de suicide dès l’âge de 6 ans. Je me suis scarifiée. Je suis tombée en dépression et j’ai fait trois mois d’hôpital. Après on se demande pourquoi les SDF deviennent cinglés. Il y a la dépression. Tu tends la main pour faire la manche et ils croient que tu vas les frapper. On se sent observé. Après, ça devient de la paranoïa. Après, on marche dans la rue et on croit qu’on nous suit.

Je devais me faire plâtrer pour mon entorse. J’ai la CMU. A l’hôpital ils m’ont dit : « vous êtes SDF, on ne s’occupe pas de vous ». Je me suis énervée et je me suis cassée. J’ai expliqué que je suis super active, dans la rue. Ils m’ont dit que je devais rester immobilisée totalement. J’y suis retournée trois jours plus tard, ils m’ont reconnue, comme ils ne me respectaient pas j’ai fini par les insulter et me casser. »

Michele :

« Le FLIU, c’est pas un hôtel, ni un CHRS, ni un Emmaüs. C’est pour les gens qui sont de passage. Payer 2 euros, c’est pas grand-chose. On peut manger, prendre sa douche, laver son linge. Une fois j’ai discuté avec un éducateur. Il apprécie les gens motivés qui veulent s’en sortir. C’est mieux de dormir dedans que dehors. Il y a des gens ça fait 1 an ½ qu’ils sont au foyer et touchent le RSA. Ils ne se bougent pas le cul pour avoir un appart avec une APL. J’ai des amis qui sont morts dans la rue. J’ai voulu les faire aller vers des assos. Ils m’ont dit : je fais la manche. Je connais un jeune de 22 ans au foyer, il ne se lave pas. Il ramasse les mégots. On est tous dans le même bateau et par la bagarre on ne résout pas les problèmes. Les paroles parfois c’est comme donner une claque dans la gueule à quelqu’un.

A l’âge de 15 ans, j’ai fait la vie de la rue. J’ai de la sciatique. Je fais de la sinusite. La vie de la rue, je connais bien. Je ne le souhaite à personne. C’est de la faute à ceux qui font de la politique. Berlusconi est un mafioso. En Italie il n’y a pas d’aide, de CCAS. Les gens volent à droite à gauche. Il y a de la criminalité partout. En France, il y a les assos, au moins on arrive à vivre. Les foyers d’urgence n’existent pas pour les italiens. Ils sont pour les gens qui arrivent de l’Est.

On va à la CAF, on fait des démarches. Dans les personnes qui y travaillent et nous reçoivent, il y en a qui rentrent chez elles le soir, mangent avec leur famille. Il y en a d’autres qui pensent aux gens. A la CAF certains pensent qu’on est des humains, pas des misérables. Certains connaissent nos problèmes et s’y intéressent. Aux ASSEDIC, ils ne sont pas accueillants, spécialement avec les gens de la rue. J’y suis allé pour avoir un document. On m’a répondu qu’il fallait aller de l’autre côté. On ne m’a même pas dit bonjour et au revoir. A Pôle emploi c’est différent. Les conseillers te parlent. Ils cherchent à nous mettre sur le bon chemin. »

Andréa :

Je suis arrivé en 2004 à Dunkerque. J’ai fait des examens et une opération du cœur. Quand je suis sorti de l’hôpital, je suis allé à la CAO et j’ai été hébergé 3 nuits au foyer d’urgence. J’ai eu beaucoup de problèmes avec le FLIU. Je ne touche pas le RSA, je suis polonais. Pas de RSA, pas de FLIU. J’y ai dormi trois jours seulement. Après, dégage. Ma convalescence s’est faite dehors. J’ai demandé de l’aide au CCAS, je n’ai rien eu. Avant je cherchais du travail, j’avais besoin d’un contrat de travail de trois ans pour avoir des droits en France. Mais j’ai été malade et je n’ai pas pu trouver.

Dominique :

« Il y a un truc que je ne comprends pas. Il y a des gens qui ont le RSA ou l’AAH qui arrivent à s’en sortir, à payer un loyer et il y en a qui sont dehors, qui touchent les mêmes sommes et qui ne s’en sortent pas. L’accueil de jour, c’est bien. Mais depuis un certain nombre de temps, ça me gonfle. Il y a des têtes qu’on voit tout le temps et qui nous rackettent des cigarettes. On me dit de dire non. Mais certains deviennent agressifs. Je vais prendre des distances, c’est rengaine. Je voudrais changer, aller vers d’autres assos. »

Passe-partout :

« Ceux qui sont en foyer ne sont pas forcément alcooliques. Ceux qui sont dehors mettent de l’argent dans l’alcool. »

Bruno :

« Il y a quelque chose que je ne comprends pas. Il y a des gens qui gagnent plus que moi et ils ont le droit de manger dans l’association. Comme je suis sous curatelle, je n’y ai pas droit. Dans l’asso, ils font ce qu’ils peuvent, d’accord, mais ils ont leurs têtes. Mon problème c’est la solitude. Je n’aime pas être seul. J’ai du mal à m’écarter de l’accueil de jour. J’aime beaucoup une éducatrice là bas. Même si elle est dure avec moi je l’aime quand même. On prend des sanctions, on n’est pas des gamins. J’ai besoin de faire le point avec ma curatelle. »

Christian :

« On fait les cendriers, c’est normal. Quand on a une cigarette dans le bec, c’est un plaisir. On est heureux. Ce que j’adore c’est la nature. »

André :

« On dort sur une pelouse près de la CAF. Les gens sont dans leur appart. Ils ont leur portable et appellent la police. La police me dit que je bois trop. J’ai passé deux ans dans un squatt à Bailleul. Les flics m’ont tabassé. Je suis allé à la CAF tout seul. Il y avait du retard pour mon paiement. J’ai retourné le bureau. J’ai pas de tabac. J’ai besoin d’un acompte. C’est quoi le bordel dans cette CAF. Je ne suis pas d’accord avec tout ça. Ça ne va pas. Vas y sans tabac ! »

Frédéric :

« J’ai 37 ans. Je suis séparé et j’ai 3 enfants. Je souffre d’un problème de dyslexie. J’ai le concours d’agent de police municipale et je suis déjà à plus de 800 courriers, mais sans résultat. Mon problème de santé m’a fermé beaucoup de portes. Une fois que je dis que je suis dyslexique, on ne veut plus m’embaucher. J’ai reçu tellement de courriers négatifs que je me suis renfermé sur moi-même.

J’ai vu que ma femme n’était pas heureuse. Je lui ai dit : si tu veux on peut divorcer. Elle a dit oui et on a vu une avocate. Je voulais une séparation à l’amiable. Mon ex-femme m’a laissé trois mois pour que je trouve un appartement. Pour ne pas la faire souffrir en restant dans le même logement qu’elle, j’ai dormi pendant une semaine dans la voiture. Elle m’a demandé d’aller passer une semaine avec mes enfants dans une caravane à Saint Omer. Puis ma femme m’a dit qu’elle avait trouvé quelqu’un et je lui ai souhaité tout le bonheur du monde. C’est dur !

Je fais partie du comité d’usagers du CCAS. J’ai besoin de parler. Si on ne parle pas, on devient dingue. J’étais maître chien, je voulais être convoyeur de fond. J’ai été reçu à Paris par une Société. Ça s’est bien passé. Puis j’ai vu le psy et je lui ai dit que j’étais dyslexique. Je devais attendre d’avoir le permis de port d’armes. Mais c’est long. On m’a proposé d’accompagner les personnes qui rechargent les distributeurs bancaires pour les protéger. Puis ils m’ont dit que je devais suivre une formation pendant quatre semaines et qu’il fallait que je déménage à Paris pour y installer ma famille. J’ai trouvé un studio et j’y suis allé seul. J’ai suivi la formation de dabiste. Mais ça allait trop vite pour moi. Je ne comprends pas les maths. J’ai raté la formation. Ils m’ont proposé de travailler avec le chef armurier. Je distribuais les armes aux convoyeurs de fonds. Ca s’est bien passé pendant deux semaines et je pensais qu’après j’allais partir sur le terrain avec eux. J’ai été convoqué au téléphone par une responsable qui m’a dit qu’elle me virait. Car j’étais encore en période d’essai. Elle m’a dit : j’ai découvert que vous êtes dyslexique. Je suis reconnu comme travailleur handicapé. Mais lorsque j’ai un entretien, j’ai peur de ne pas réussir.

J’ai fait un séjour dans un service de psychiatrie. J’ai vu des gens tellement malheureux. La médecin chef m’a fait comprendre que j’étais quelqu’un de bien. Quand ma femme m’a quitté j’ai voulu me jeter par la fenêtre et j’ai demandé à être aidé. »

Laurent :

« J’ai découvert les services sociaux il y a un an. Avant j’avais un boulot. Puis j’ai divorcé. Puis mon frère est décédé et j’ai fait une dépression.

J’ai 43 ans et je travaille depuis l’âge de 15 ans. Ça fait deux ans que je n’ai plus d’emploi. Je n’ai rien demandé à personne par fierté et surtout, vis à vis du regard de nos enfants. J’ai été père célibataire pendant quatre ans. Aujourd’hui, je vis au foyer Adoma. Mais je ne peux pas y recevoir mes enfants. Je les vois dans une association. L’environnement au foyer n’est pas sain. Mon objectif est de retrouver un travail pour avoir un toit pour accueillir mes enfants. Je faisais des déplacements. C’est la deuxième fois dans ma vie que je retombe à zéro. La solitude c’est énorme. Je suis quelqu’un d’assez renfermé, pour parler comme maintenant, ça m’a pris du temps.

J’étais chef de chantier, la première fois que je suis tombé, c’est parce que ma femme avait battu mon fils de 2 mois et lui avait cassé la jambe. J’ai élevé mon fils pendant trois ans. Je m’en suis sorti par le travail. De la boucherie, je suis passé en maçonnerie et j’ai eu 4 personnes sous mes ordres. Je sors d’une famille de paysans, une famille de courageux. Je dois commencer en octobre un contrat dans les espaces verts. J’ai eu un retrait de permis. J’étais tombé dans l’alcoolisme puis j’ai fait une cure. Mes parents ne pouvaient plus m’héberger. Je suis allé au foyer Renaître mais je ne voulais pas participer à la communauté. Pour moi, c’était un lieu de passage. J’ai atterri là parce que je ne savais pas où aller.

D’un point de vue financier, c’est la catastrophe totale. Je n’ai plus un meuble. Je n’ai plus rien de mon ancienne vie. Je n’ai plus rien.

Ce qui est anodin pour quelqu’un qui va bien, faire à manger, regarder la télé, faire une digue, avoir une clef pour ouvrir la porte de chez soi, pour nous qui ne sommes pas stables, c’est énorme.

Faut se remuer les fesses pour trouver du boulot et être bien accompagné. C’est très dur de demander des bons alimentaires. Je suis dur, mais j’en ai pleuré. Le tout, c’est d’être en confiance avec la personne qui vous accompagne.

Dans une boîte d’interim, ils cherchaient quelqu’un pour travailler à l’usine des Dunes. J’avais toutes les habilitations. Mais certaines avaient été obtenues à l’étranger et n’étaient pas valables en France. J’ai travaillé à l’OTAN pour une boîte belge dans la chaufferie. Après il y a eu les impôts côté France et côté Belgique. J’ai vu à Rotterdam des jeunes venir travailler et prendre sur les allocations pour payer leur logement et leurs repas. J’ai appelé mon patron et j’ai crisé pour qu’on leur donne un acompte. Le quai méthanier va arriver à Dunkerque, je ne sais pas si ça fera plus de boulot. »

Thérèse :

« Maintenant, on demande de l’expérience. J’ai travaillé 20 ans pour une mairie dans les écoles comme dame d’entretien. J’ai été opéré sept fois. J’avais une assurance avec mon travail et on m’a dit de me mettre en retraite pour invalidité. A 48 ans, au bout de 2 ans, la prévoyance a cassé les contrats et a arrêté de payer. On était plusieurs dans ce cas là. Après j’ai eu 620 euros de retraite invalidité. J’ai voulu retravailler pour la mairie mais elle me l’a déconseillé parce qu’elle pensait qu’on allait gagner. Ma fille a fait un contrat aidé d’un an. Mais là, elle recherche à nouveau un emploi. »

Danièle :

« J’avais 6 enfants derrière moi. Donc j’ai du travailler comme agent d’entretien dans les entrées d’immeubles. Ce n’était pas régulier, juste quelques heures. »

Eric :

« J’ai suivi une formation de 15 mois avec une association. Dernièrement il y avait un emploi d’opérateur pour plier la tôle. Mais on m’a trouvé trop diplômé : j’ai 2 BTS. Pour certains j’ai trop de diplômes mais pas assez d’expérience et maintenant on me dit que je n’ai pas travaillé depuis assez longtemps.

Mon beau-frère travaille en Belgique en interim. Il se lève à 4h du matin et rentre à 21h. »

Bertrand :

« En 98, j’ai été pris, grâce au piston de mon frère, comme contrôleur qualité du vernissage intérieur de boîtes alimentaires. Je passais de CDD en interim. Il y avait déjà mon frère et mon cousin dans l’usine. On m’a dit : ça va devenir un élevage ici. Pendant les nuits, le chef me faisait faire d’autres choses que mon travail de contrôle. Un jour, je vais au boulot comme d’habitude pour prendre mon service et le chef m’a dit que je pouvais rentrer chez moi. J’étais ambitieux. J’inventais des contrôles que mon chef a repris à son compte. J’ai essayé d’y retourner, mais ça a fermé.

Depuis, je fais des tas de missions interim dans le nettoyage. Je ne refuse pas de travail. Après, sont arrivés des drames familiaux : décès, maladies, enfants, père, sœur. Mon fils, c’est moi qui l’ai découvert. C’est moi qui lui ai tenu la main. On a encore un enfant. Il ne sait pas que son frère est mort. J’ai décidé d’aider les autres. J’aime les gens qui ont fait des choses comme Balavoine, Coluche, les Restos du cœur. »

Roselyne :

« Je suis veuve depuis 2004. J’ai travaillé comme femme de ménage, dans une boucherie et dans un CCAS. En 2000, j’ai été opérée d’une hanche puis j’ai perdu mon mari. »

Passe-partout :

« La richesse fait la pauvreté des autres tandis que la pauvreté ne fait pas la richesse des autres. Autrement dit nous devrions nous aider pour que les gens ne soient plus classés par catégories mais que le respect règne entre nous. Pourquoi les riches ont plus de facilité à avoir ce que les pauvres n’ont pas facilement ? Cela est simple. Car maintenant, au jour de ce temps misérable, l’argent est roi. Le troc n’existe plus partout comme avant. Pourquoi ne pas inventer une autre solution pour que le monde devienne un peu meilleur de jour en jour. Par ces mots je ne parle pas que des gens mais aussi de la nature qui se dégrade. En parlant de la nature je parle des espaces verts, des terrains vagues, de la mer et de ses rochers, mais surtout de la pollution que les humains mettent partout sur leur passage. Malheureux ce qui en seront heureux. »

Gabriel :

« L’accueil à Pôle emploi est à revoir. On est considéré comme du bétail. Avant on avait une personne à qui s’adresser. On avait un contact humain. Maintenant on est face à un ordinateur, une machine. Vive l’an 2000. La CAO devrait avoir une autre gestion. C’est elle qui gère le FLIU, qui place des gens au FLIU. C’est bien pour ces gens. J’ai connu la rue. J’ai des copains dehors. Ils passent par la CAO pour aller au FLIU. Quand ils se présentent après 17h, les veilleurs leur disent qu’ils ne peuvent pas rentrer. Quand les gens sont éméchés, on leur dit « tu es défoncé, tu ne rentres pas ». Quand c’est la période hivernale faut mettre la personne couchée. Du jour où on lui a donné une chambre tout seul, la 5, tout allait bien avec lui. Faut savoir mettre de l’eau dans son vin. Il n’y a qu’une chambre individuelle au FLIU. »

Aicha :

« J’ai découvert l’AJS en 1985. J’y ai travaillé et puis je suis devenue bénévole. C’était le seul emploi que j’ai pu avoir dans ma vie. Aujourd’hui c’est ma fille qui est à la recherche d’un emploi. »

Latifa :

« Depuis que j’ai commencé, j’ai eu que des contrats de quelques mois et même de quelques jours. Je viens de quitter mon emploi payé que par des commissions. Je dépense dans le transport, plus que je n’ai gagné. »

Rachida :

« Née au Maroc, j’ai grandi en France. Je n’ai pas eu la chance de suivre des études. J’ai beaucoup de difficultés à trouver un emploi. J’ai eu un mariage arrangé, qui s’est mal fini. Je me suis retrouvée seule avec un enfant. Heureusement que la famille m’a aidé. Pour une femme seule c’est dur. Je touche le RSA. »

Najet :

« Marocaine de RABAT. Je suis en France depuis 6 mois. C’était très difficile de quitter ma famille, mes amis, et mon pays. Ici j’ai eu des nouvelles responsabilités auxquelles je n’ai pas l’habitude. A l’AJS j’ai trouvé des personnes qui parlent ma langue. C’est un peu ma deuxième famille. J’étais une fille gâtée. Je travaillais. La famille faisait tout pour moi. Aujourd’hui, l’AJS me donne du courage pour continuer. C’est une grande découverte pour moi d’aller à la rencontre d’autres cultures, de découvrir la solidarité. Actuellement, je suis au chômage en attendant de faire mes papiers d’identité. »

Souad :

Arrivée en France en 1970, à l’âge de 14 ans. Mariée mère de 9 enfants, dans une situation difficile, depuis 18 ans que son époux ne touche pas sa retraite à cause de papiers mal établis au Maroc. La situation est bloquée malgré le recours à de nombreux avocats. Elle vit avec 185 € mensuellement, qui lui sont versés par la CAF. Parfois elle touche le RSA, et d’autre fois non, sans aucune explication. Mais elle remercie dieu chaque jour. Elle a une reconnaissance sociale à l’AJS où elle est bénévole.

Rafika :

D’origine tunisienne, est arrivée en France il y a 33 ans dans les bagages de son père. Depuis elle s’est mariée, a eu trois enfants. Il y a trois ans une assistante sociale l’a orientée vers l’AJS pour une aide alimentaire. Elle a travaillé un an en contrat aidé, aujourd’hui à cause de peu de propositions d’emploi, elle est inscrite au pole emploi, et espère pouvoir décrocher un emploi aidé dans un an. Elle pense que c’est la seule façon pour elle de pouvoir travailler, dans la région Dunkerquoise.

Dominique :

Pâtissier depuis l’âge de 14 ans, aujourd’hui il est au chômage et divorcé. Il a quitté son emploi de pâtissier à la suite de problèmes familiaux. Depuis la crise la précarité s’épaissit et il ne trouve plus aucun contrat en intérim. Ni dans le bâtiment, ni dans les métiers de la bouche malgré son expérience.

Sandra :

Elle a travaillé 7 ans dans une école primaire. Licenciée, elle est restée longtemps au chômage. Aujourd’hui elle est directrice d’un centre aéré, et a besoin d’aide alimentaire.

Marie-Thérèse et Pierrette :

Rlles se sont connues dans les ateliers de l’AJS. L’une a perdu son époux, et l’autre est seule. Les enfants ont grandi. Toutes les deux sont bénévoles pour aider l’association qui les aide.

Henri :

Personne âgée, il s’ennuie à la maison. Il fréquente l’AJS pour rencontrer d’autres personnes.

Patricia :

« Je suis une maman de 5 enfants, de papas différents. L’aide alimentaire de l’AJS est une aide non négligeable, et les ateliers sont une bouffée d’air, où on peut respirer, changer le quotidien, et rencontrer d’autres personnes. »

Carole :

« L’atelier cuisine est ma bouffée d’air de la semaine. J’ai besoin de l’aide alimentaire. Je n’arrive pas a subvenir au besoin de ma famille. Un accueil chaleureux, l’écoute sont très importants pour nous. »

Christophe (Totophe) :

« Technicien en informatique au chômage depuis que la crise a touché la région, je suis en instance de divorce. J’ai eu beaucoup de mal à trouver un appartement. Heureusement j’ai eu de l’aide par des connaissances. Ils mon aidé à avoir un appartement pour recevoir mes enfants. J’ai trouvé à l’AJS une nouvelle famille à laquelle je tiens. »

Léontine :

« J’ai été orienté par une copine pour m’inscrire au cours de français. Je vis seule avec mon époux. Les enfants ont grandi. Je m’ennuie, j’ai pas beaucoup d’amis, et pas d’activités. »

Micheline :

« J’ai beaucoup de problèmes de santé. J’ai besoin de l’aide alimentaire. Les ateliers me permettent d’oublier ma misère et mes problèmes pour une après midi. »

Valérie :

« Avec le RSA, je n’arrive pas à m’en sortir. J’ai besoin d’aide alimentaire. J’ai beaucoup de difficultés à trouver un logement. Cela fait deux ans que je suis à l’hôtel avec mes deux enfants. Je n’arrête pas d’harceler ma conseillère pole emploi, mais je n’arrive pas à trouver du travail. Dans la région, il n y a que des contrats aidés, et je n’arrive même pas à les avoir. »

Desontos :

« D’origine portugaise. Depuis deux ans je n’arrive plus a trouvé du travail que j’ai perdu depuis le début de la crise. J’ai commencé à travailler à l’âge de 13 ans pour subvenir au besoin de ma famille après le décès de mon père. Aujourd’hui, je suis au chômage et j’ai besoin d’aide alimentaire. »

Souad :

« J’ai perdu mon époux il y a deux mois. J’ai occupé des postes en contrat aidé, en CDD ou en intérim, mais jamais des postes en CDI. L’AJS est un refuge pour. Je trouve du soutien et de l’écoute et surtout de l’aide alimentaire. »

Khalida :

« J’ai subi des violences conjugales. L’AJS m’a aidé à récupérer mes enfants que mon époux avait cachés au Maroc. Au niveau de l’emploi, j’ai occupé des postes en CDD, contrat aidé, mais jamais des CDI. Heureusement qu’il y a l’aide alimentaire pour nous donner un coup de pouce. »

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