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Témoignages 2008

Témoignages 2008

Sommaire

- I - Témoignages
- II - Témoignages apportés par différents bénévoles
- III – Textes retenus ou écrits par certains participants
- IV - Compte rendu d’un rendez vous citoyen

Paroles reçues et échangées
Au cours des Rendez-vous citoyens
Organisés dans la région dunkerquoise
Pour préparer la journée du refus de la misère

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témoignages 2008

Les témoignages qui sont ici rassemblés proviennent des « Rendez-vous citoyens » organisés par les membres du Carrefour des solidarités en préparation de la journée mondiale du refus de la misère.

Cette année 2008 est particulière. Il nous a en effet semblé que le respect que nous devions aux personnes qui témoignent de leurs difficultés de vivre et de leurs espoirs était non seulement de les porter à la connaissance des autres citoyens, mais surtout d’inventer avec celles-ci les solutions qui peuvent être à notre portée. C’est pourquoi, à partir des témoignages reçus l’année dernière, en 2007, nous allons organiser les Assises de la solidarité locale de la région dunkerquoise qui se dérouleront les 7 et 8 novembre prochain. A partir de ces témoignages, nous avons travaillé pendant une année à construire un certain nombre de propositions d’action.

Les « Rendez-vous citoyens » 2008 étaient donc une façon aussi de confronter ces propositions avec ce que nous disent à nouveau les personnes qui vivent de grandes difficultés.

Ce document comporte non seulement de nouveaux témoignages, soit direct, soit rapportés par les personnes qui en ont été témoin, soit des textes écrits ou choisis par les personnes elles-mêmes, mais aussi des avis et réflexions sur les propositions qui ont été formulées.

Les rendez-vous citoyens 2008 ont été organisés par :

A.C.L. Proxipol,
A.J.S., le bon emploi de la solidarité
Emmaüs,
Tabgha, épicerie solidaire,
L’accueil de jour de la Fondation de l’Armée du salut,
Le C.H.R.S. Jean-Macé, de l’AFEJI,
Les CADA de Dunkerque et de Cassel,
Les C.C.A.S. de Dunkerque et de Gravelines,
Les sociétés de Saint Vincent de Paul,

Salam a rassemblé les témoignages de bénévoles.

Merci aux organisateurs,

Merci aux participants et à la simplicité de leurs témoignages.

I - Témoignages

Daniel :

« J’ai un passé de SDF de plusieurs années. J’ai été à Emmaüs. Aujourd’hui, ça va. J’ai un travail dans l’insertion. Moi, quand je suis rentré à la communauté Emmaüs, j’ai rencontré quelqu’un qui m’a dit que j’avais l’esprit Emmaüssien. Je veux aider les autres. Je sais travailler dans le bâtiment. Je peux aider.

Chantal :

« Je suis une ancienne de Tabgha (NDLR : épicerie solidaire). J’ai fait l’ouverture. J’ai le RMI. J’ai les produits à Grande-Synthe à l’aide alimentaire. Je ne me plais pas, je suis une fauchée heureuse. Ma richesse, c’est que je n’ai pas de dette. Je donne à manger aux enfants. La richesse c’est d’avoir le sourire. La richesse de Tabgha, c’est de pouvoir écouter les autres. Les gens ont besoin de parler. Etre écouté, ça permet de se sentir un peu mieux. Tabgha permet de s’ouvrir ailleurs, de faire d’autres activités, de rencontrer d’autres gens. Les gens qui ont des problèmes ont tendance à se renfermer sur eux-mêmes. C’est le danger. Il y a des choses qui existent. Mais on n’est pas toujours informé. Dans mon quartier, il y a la mômerie. Ce sont les parents qui amènent leurs enfants, en échange, ils vont garder les enfants. Il y a des systèmes, mais on n’est pas forcément au courant.

Quand il y a un moment où ça ne va pas, au lieu de rester dans ton canapé, tu viens à Tabgha. On se boit un petit café et on se parle. Même si ce n’est pas le moment de faire les courses, on vient quand même, ça fait du bien. »

Martine :

« A Tabgha, j’ai été accueillie avec un sourire. Au CCAS, on dirait qu’on les emmerde. Je préfère ne pas manger pendant deux jours que d’y aller. Ca nous fait un affront et ça fait mal. Je me suis fait remballée au moment de mon divorce. Je n’y vais plus. Et on appelle ça du social !

J’ai besoin de quelqu’un qui m’aide à me remettre sur la base, avec un enfant c’est trop dur.

Les seniors on n’aura jamais de travail. J’ai cinquante deux ans, on se présente, on vous dit vous êtes trop vieille. J’ai été mariée, on a toujours travaillé à deux. J’ai appris à mes enfants à se débrouiller tout seul. Il faut apprendre aux enfants à être autonome. Vous allez à l’ANPE, tous les mois, j’étais convoquée, il fallait des feuilles pour prouver que je cherchais du travail. Si au bout de trois fois on refuse une offre, on est exclu. Il y a eu trop d’abus, maintenant ils cherchent. L’ANPE, c’est pas mal, j’ai eu un contrat à Triselec. Grâce à eux, j’ai du passer à l’expert parce que j’avais fait un malaise au travail, les pompiers sont venus. J’ai eu un dossier COTOREP. La gentillesse des gens à Tabgha… Je n’avais jamais vu une dame ici qui n’avait pas le sourire. Quelqu’un a un boulot. Le lendemain il peut être au chômage. Personne n’est à l’abri. »

Fatia :

« Je vivais à l’étranger, en Angleterre. Du jour au lendemain, le rêve s’est écroulé. Je suis arrivée en France avec un enfant. J’ai connu la richesse. Aujourd’hui je vis accrochée à l’état. J’ai réalisé que j’étais endettée. Je suis allée à Tabgha. J’ai été bien accueillie. On ne m’a pas demandé des tas de justificatifs. On a discuté avec moi, tout simplement. C’est un cercle vicieux de rester avec ses enfants. Si je reste comme ça, mon RMI tombe. Je vis avec mon RMI. Mais ce n’est pas la solution. Je me relève petit à petit, marche par marche. C’est dur. On a sa dignité. L’être humain a sa fierté. »

Séverine, 31 ans :

« Je vis seule depuis plus de cinq ans avec deux garçons à charge de neuf et quatre ans. Je suis au RMI. Plus j’avance dans la vie, moins j’ai envie de vivre. Je m’accroche à mes enfants. Seule, il y a beaucoup de barrières. J’aimerais être aidée, écoutée, être mise sur des choses qui se concrétisent. Je vis pour mes enfants. Je suis quelqu’un de très émotif. Plus j’avance, plus je me renferme. J’habite Fort Mardyck, on nous met des barrières. Je suis suivie par un référent RMI. C’est assez froid : j’ai un contrat, il faut rendre des comptes. Il me demande si j’ai un projet. Comment avoir un projet ? Ils me disent : il faut trouver du travail, ne pas rester dans votre canapé. J’ai un CAP – BEP en hygiène agro-alimentaire. Je peux trouver du travail, mais ce sont des postes où on travaille le soir. Il faut sortir du RMI certes, mais il faut aiguiller les gens dans le bon sens. C’est toujours le chantage : vous ne travaillez pas, demain on va vous couper les vivres.

J’ai des problèmes de découvert. Je n’arrive pas à avancer correctement. J’ai deux enfants à charge et personne pour les garder. Je n’ai pas de nourrice. Si je fais quelques heures de travail, j’aurai moins. Travailler et devoir donner à la nourrice, ça n’encourage pas. On sort du RMI, il faut prendre une mutuelle. Il y a le loyer qui augmente et il ne reste plus grand chose sur le salaire. J’ai travaillé trois mois, on m’a enlevé 50% de mon RMI, ça m’a cassé les pattes. J’aime élever mes enfants mais on a besoin de penser à soi. Je me suis séparée deux fois. Ma vie sentimentale, je verrai plus tard. Au fil du temps, je perds l’énergie. Je sais que le bonheur je l’aurai, c’est long, très long. .. »

Dany :

« Je suis au RMI, j’ai des difficultés d’argent et des problèmes d’alcool. J’essaie de m’en sortir. J’ai mal vécu le décès de ma mère. Ma sœur a vu que je partais, elle m’a donné un coup de main. J’ai un appartement, un chien, j’ai arrêté l’alcool depuis cinq mois. Maintenant, il me manque juste un petit travail.

Carole :

« Je suis divorcée. J’ai un enfant de neuf ans. Mon projet était de déménager. Je ne pouvais pas payer la caution. Des personnes bénévoles de l’association m’ont donné un coup de main pour remettre à neuf l’appartement que je quittais. J’ai eu des problèmes pour payer mon électricité. Je suis revenue une deuxième fois à Tabgha. J’ai toujours travaillé. Je suis revenue une troisième fois. C’est un plaisir de venir ici. Parfois j’ai besoin d’un coup de pied pour reprendre le bon chemin. J’ai une assistante sociale derrière moi, qui me suit. Quand ça va, je ne la vois pas. Sans voiture, je n’aurai pas de travail. J’ai distribué des annuaires téléphoniques, j’ai besoin de la voiture, mais ça me coûte cher. Si je ne travaille pas, je suis malade. »

Laurence :

« Je suis veuve avec deux enfants à charge. J’ai des factures en retard. Je ne m’en sors pas du tout. Je touche le RMI. »

Joël :

« J’ai eu un problème de santé. J’ai perdu mon emploi. J’ai eu la chance de rencontrer quelqu’un qui m’a sauvé. Je voudrais retrouver du travail et avoir un petit revenu en complément de l’invalidité. Je suis encore sur le fil du rasoir, mais ça devient bon. »

Philippe :

« J’ai plus de cinquante sept ans et j’ai encore quatre enfants dans les pattes. Ça fait dix ans que je vis seul avec eux. Quand on arrive dans une association caritative, j’ai eu l’impression d’avoir coulé. Au contraire, je me suis dit heureusement, ils sont là pour m’aider. Jusqu’à présent, je m’en sortais. L’an dernier, j’ai eu du retard avec mon impôt foncier. Je suis arrivé à Tabgha pour essayer de remonter la pente. Je me suis mis en surendettement. La banque de France m’a dit : il faut vendre votre maison pour payer vos dettes. J’ai des motivations, je ne lâche jamais. En étant un homme seul avec ses enfants, les services sociaux, ça ne rentre pas dans leurs cases.

J’ai une voiture, j’ai voulu prendre un petit boulot, j’ai distribué des prospectus. Je me suis dit : je vais pouvoir acheter une armoire pour la chambre de mon gamin. J’ai perdu ma CMU, j’ai arrêté de travailler, je suis retourné dans l’assistanat. Le plus important à Tabgha, c’est l’accueil. Mon ex est partie avec son salaire parce qu’elle en avait marre d’être la seule à travailler. Elle n’a pas compris que je faisais tout à la maison. Seul, les factures sont les mêmes.

Deux solutions, se jeter sous le train, ou alors on retrousse ses manches. »

Bernard :

« Avant de rentrer à ACL, j’étais très mal. C’était la bouteille dans le fauteuil. Depuis que j’ai trouvé un emploi, ça va beaucoup mieux. Avant j’étais un grand timide. On se sent mieux quand on travaille. Quand on va se coucher le soir, on se dit demain j’ai ça à faire. Je suis en contrat d’avenir. Je fais vingt-six heures par semaine. Je voudrais un contrat à temps plein. On a des aides pour se former et pour aller plus loin. J’ai suivi une formation en électricité et j’ai eu mes habilitations. Pour nos recherches d’emploi, on est fort aidé par ACL. Avant je buvais. Je suis sobre, je ne bois plus. On marche mieux quand on est suivi que tout seul. Ma femme est bénévole dans l’association où je travaille. Ca nous fait du bien. »

Stéphanie :

« Le fait d’avoir un planning et de savoir ce qu’on va faire, ça aide moralement. On est une bonne équipe, ça aide beaucoup. On a tous besoin de travailler, que l’on soit homme ou femme. On en a aussi besoin financièrement. Quand on est demandeur d’emploi, on se laisse aller. Je suis contente, maintenant je vais pouvoir faire un bilan de compétences, ça va m’aider pour m’orienter. Dans les écoles, quand on sort du collège, ils nous demandent de faire nos vœux. Je voulais faire un BEP sanitaire et social, mais il ne restait que de la place en couture ou dans le bâtiment. J’ai pris la couture, ce n’était pas un choix, il fallait combler les trous. Ca m’a quand même plu. Ils font encore des formations en couture alors qu’il y a de moins en moins de travail dans ce domaine. Le problème va s’accentuer d’année en année. Celle que ça n’intéresse pas du tout va arrêter ses études à seize ans.

A l’ANPE, on n’est pas conseillé, ni aidé. On est surveillé. »

Daniel :

« Sans travail, on reste devant la télé. Mes collègues sont des complices. Je suis content de travailler pour ACL. On s’occupe de quatre jardins de la cité des cheminots. Au début c’était plein d’herbes, plein de cailloux, on les remet à neuf. »

Christine :

« Lorsqu’on travaille, on retrouve la confiance en soi que l’on avait perdue. On est souvent brimé par l’ANPE. Si on ne va pas à un rendez-vous, on est radié. La première fois, je n’ai pas été à un rendez-vous et j’ai été radié deux mois. Je trouve que c’est dur à avaler. Quand on est inscrit à l’ANPE et que l’on n’a pas de travail, on a un rendez-vous mensuel. Quand on a trouvé un contrat d’insertion, il n’y a plus ce rendez-vous mensuel. On n’a plus de suivi, d’accompagnement. Ce qui ne va pas, c’est que l’on doit continuer à rendre des comptes. L’ANPE fait beaucoup pour culpabiliser les gens.

C’est bien de faire des formations, ça aide à chercher exactement quel travail on veut faire.

On m’a refusé un emploi à Coudekerque parce que je ne suis pas de Coudekerque. C’est de la discrimination. Les maires ont des pressions avec les gens en difficulté de leur ville. »

Stéphanie :

« Je me suis retrouvée seule, les enfants à l’école. Tourner en rond, ce n’est pas bon, c’est mieux de travailler. »

Florence :

« Lorsqu’on travaille, on n’est ni chômeur, ni demandeur d’emploi. Il y a deux ans, j’étais au chômage et j’ai été convoquée par une adjointe. Elle m’avait convoquée car elle pensait que j’habitais Dunkerque. Lorsqu’elle a su que j’habitais Saint Pol, elle m’a dit qu’elle ne pouvait rien faire pour moi. »

Murielle :

« Je suis toujours bien à jour dans mes factures. Mais là, je ne sais pas comment je vais faire. Ils me demandent de rendre de l’argent sur le RMI. Je ne sais pas faire de lettres. Je ne sais pas comment je vais faire. Comme j’ai touché une pension alimentaire pendant trois mois, ils m’ont tout sucré. Ils me proposent une formation, mais ce n’est pas rémunéré. Ils ne motivent pas du tout. J’ai un F5 avec ma fille. Ce logement est trop grand. La CAF essaie de m’enfoncer par tous les moyens. Le dernier de mes fils est hébergé à Lille. Comme il est hébergé, il peut travailler là-bas. Il nettoie les parkings. Quand il peut me dépanner en argent, il m’aide pour acheter à manger. Ca fait montrer que moi je suis quoi si je n’arrive pas à m’assumer seule.

Pour faire une formation au GRETA, il fallait être inscrit à l’ANPE. Avant l’été, l’ANPE m’a dit que je ne pouvais pas m’inscrire car je n’avais jamais travaillé. Ils me font tourner en bourrique. »

Marie :

« A l’ANPE, ils ont tendance à vous mettre dans une catégorie et c’est difficile d’en sortir. Au début, dans l’urgence, je cherchais des ménages. Mais après j’avais d’autres espérances. Ils n’en n’ont pas tenu compte. Je cherchais depuis longtemps à faire des formations. Mais je n’avais pas les moyens. Je n’avais pas les bonnes informations. je ne contactais pas les bonnes personnes, alors j’abandonnais. On me demandait de trouver un organisme financeur. Je me retrouvais face à un mur et je ne pouvais plus avancer. On ne nous donne pas les informations au bon moment quand on en a besoin. Les professionnels de l’emploi ne savent même pas nous renseigner. On le sait par d’autres personnes. A la base il y a un problème, ce n’est pas normal.

Je redoute ce moment, le jour où mon contrat s’arrêtera et que je n’aurai rien derrière. J’ai eu de la chance de trouver ce contrat. C’est une chance incroyable d’avoir retrouvé un travail qui me plaît. Je redoute ce moment de retomber comme avant sans savoir où aller. Je me suis découvert une vocation parce que j’ai eu accès à un poste de secrétariat grâce à l’insertion dans l’association. Je vais me former dans ce domaine. Mais j’ai peur pour après. »

Salmata :

« Etre bénévole dans une association permet d’apprendre, d’avoir de l’expérience, c’est un plus. Je suis avec des femmes originaires de l’étranger qui viennent en France et restent dans leurs quatre murs. Lorsque je suis arrivée en France, je me sentais la seule noire dans un pays de blancs. Je n’ai pas été à l’école française mais arabe. Quand je suis arrivée en France, je ne savais pas parler, écrire, comprendre. J’ai tapé à la porte des associations, aller vers les associations, aider, c’est très riche, c’est un échange. J’ai osé aller vers les associations. J’ai des soucis pour nos enfants quand ils voient leurs parents devant la télé. Il n’y a plus de dialogue. Pour les enfants, c’est important que maman aille travailler lorsqu’ils partent à l’école.

La façon d’être regardé quand on est au chômage, c’est dur. On n’a aucune valeur d’humain. Il faut se battre pour le respect, la dignité et le bien-être. A l’ANPE, ils sont là pour nous les chômeurs. Ils doivent nous respecter et nous considérer. S’ils ont un salaire, c’est grâce aux chômeurs. »

Dilvara :

« Je suis contente de travailler à ACL. C’est mon premier contrat en France. Grâce à ça, je vais avoir une formation. Je vais avoir un autre contrat et après j’aurai un FONGECIF pour suivre un CAP esthétique. J’ai eu de la chance. »

Dorianne :

« Je suis très contente d’avoir été embauchée. Ca fait cinq ans que je ne travaillais plus, ça a changé ma vie. Je touchais l’ASS, maintenant, j’ai plus de moyens. »

Anonyme :

« Le bénévolat ça change de rester à la maison devant la télé. On a monté un atelier danse avec une association. Je suis souvent à l’extérieur. Je ne suis pas toujours chez moi à faire la même chose. Il y a longtemps que je voulais le faire et c’est parti d’un seul coup. »

Assiata :

« Avant, j’étais à la maison. Maintenant je vais à l’association. C’est mieux que de rester à la maison. »

Valérie :

« L’insertion professionnelle, c’est important. Je suis sortie de l’école sans diplôme. J’ai repris progressivement par des stages, aujourd’hui j’ai un master, BAC +5. Même si on rate sa vie à un moment donné, on peut se rattraper. »

Bakoulé :

« Je suis en BAC Professionnel et je fais un stage à ACL. J’apprends le métier, c’est le début. Je n’imaginais pas qu’il y avait des discriminations liées au lieu de résidence. J’apprends des choses. »

D’un groupe de jeunes femmes

« Il y a de moins en moins de bailleurs sociaux qui prennent des personnes sans ressources. »

« Le logement et le travail, c’est parfois à la tête du client. On est victime de racisme. »

D’un groupe de personnes étrangères qui demandent l’asile :

« Pour les demandeurs d’asile, il y a la difficulté de tout reprendre à zéro, de tout reconstruire. Chacun de nous a des capacités. Ce dont on souffre le plus : le travail et le logement. »

« On est beaucoup à avoir de l’expérience, mais pas la bonne tête pour l’employeur. Il faut avoir beaucoup d’expérience et des diplômes. »

Gérard :

« Les démarches administratives, c’est compliqué. J’ai eu soixante ans, J’ai deux caisses de retraite. J’ai été aide familiale et chauffeur routier. Je ne fais que ça courir, c’est mon dû la retraite, mais je ne l’ai pas encore. Moi, je vais quitter ma chambre pour retourner là où je suis né. J’ai ma retraite, je voudrais retourner dans mon coin. Si j’ai ma retraite comme je dois avoir, je ne serai pas malheureux. Je n’ai jamais fait d’études, mes parents étaient maraîchers. A quatorze ans, j’ai travaillé avec eux . Ce n’est pas moi qui faisais les papiers. On portait cent kilos sur le dos. C’était de l’engrais, c’était dur, c’était comme une planche.

Avant j’étais compagnon à Emmaüs, mais ils prennent 60% du revenu. Il y a des communautés qui ne prennent rien du tout. Pour moi, c’était trop, même si on était bien nourris et logés et qu’on avait une occupation.

Pour trouver du travail, un jeune est trop jeune, il n’est pas pris ; un vieux est trop vieux, il n’est pas pris. Comment on fait ? »

Noël :

« C’est dur de trouver un logement et il y a les cautions. Je touche le RMI. Je pourrai payer mon loyer, mais pas la caution. Je vais faire une demande de fonds solidarité logement. S’il faut tout donner d’un coup, il n’y a plus rien pour vivre. Je cherche juste une chambre. Aujourd’hui, je vis dans une maison insalubre. Je n’ai pas l’électricité, ni l’eau potable. Suite à un héritage, je suis co-propriétaire de cette maison. Nous sommes trois, mais il y a un problème avec un co-propriétaire qui refuse de signer pour la vente de la maison. Il faut que je voie un avocat pour faire expertiser la maison. C’est ma sœur qui bloque. Pour commencer, je cherche une chambre. En appartement, il faut recommencer à acheter des meubles. Le modernisme, ça a été trop vite. Le problème ce sont les crédits à la consommation. »

Alain :

« On devrait donner du boulot aux jeunes. Faudrait que le gouvernement leur donne du travail. Il y aurait peut-être moins de délinquance. Si on ne les soutient pas, ils ne vont pas s’en sortir. On m’a forcé à prendre ma retraite. Je voulais encore faire cinq ans. C’était en automatisme. Ce n’était pas fatiguant. Je voulais travailler jusqu’à soixante cinq ans. On m’a coupé les pattes, c’est un pied dans le trou et l’autre prêt à rentrer dedans. J’avais un logement de fonction et d’un seul coup, l’usine s’est arrêtée.

Avant c’était les parents qui nous apprenaient. Après on partait chercher du travail. Le père, c’était marche ou crève. Aujourd’hui, les parents écoutent trop les jeunes. Les jeunes ne sont pas payés en fonction de leurs diplômes. Le gouvernement dit de faire sa retraite soi même, il se fout de nous.

Avant de venir à l’association, j’étais toujours dans mon trou, dans la maison, je devenais une bête sauvage.

Faudrait des réformes, pourquoi le RMI c’est après vingt-cinq ans. Celui qui est plus jeune, comment il fait ? Il vole, il devient une crapule. »

Gilles :

« Actuellement la plus grosse difficulté est au niveau du logement. Le logement ainsi que le travail sont complémentaires. Si l’un n’est pas, l’autre n’y est pas. »

Farid :

« Actuellement, je rencontre des difficultés de logement. Rien, pas de rencontre avec les propriétaires, ou organisation, pas de logement proposé. Je n’ai pas eu une seule réponse à mes demandes de logement. Ma situation est critique, je voudrais obtenir un logement pour pouvoir avoir un bracelet électronique sous surveillance. Car je serai bientôt incarcéré. Alors je voudrais trouver un chemin pour aboutir. »

Virginie :

« Je tiens à m’exprimer sur ma vie personnelle. Je suis mère seule avec un petit garçon de six ans. Chaque mois est un combat. J’ai pu constater qu’une femme seule avec un enfant touche pratiquement la même somme qu’une personne vivant seule. Est ce normal ? Chaque mois, j’ai des difficultés pour nous nourrir, pour nous habiller ou simplement avoir le plaisir de faire plaisir à mon enfant, loisirs, gourmandises. Vous me direz, bah va bosser ! Ok, mais qui paie la nourrice ? De plus mon métier est un travail de nuit. Où sont les crèches de nuit, les garderies ? Promesses, toujours des promesses. Enfin, merci aux associations, leurs sourires, leurs repas et leurs activités. S’ils n’étaient pas là, le moral serait en dessous de zéro. Merci à vous, je vous aime. »

Patrick :

« Je suis dans la rue depuis plusieurs années. Je souhaite avoir un logement après plusieurs demandes. Je n’ai aucune nouvelle de votre part. Cela devient un problème. Que puis je attendre de votre décision ? »

Freddy :

« Je viens ici pousser un coup de gueule sur l’indifférence totale des gens. Vous ne le voyez pas, mais je suis travailleur handicapé. Je suis rejeté, je ne trouve pas de travail. Ca fait quatre ans que je reçois l’aide alimentaire. Ce n’est pas une fierté. Je suis père, j’ai quatre enfants. Un est majeur, il va faire sa vie. On va avoir des ressources en moins. Je n’aurai peut-être plus droit à l’aide alimentaire, surtout si on ne prend pas en compte mes dettes. C’est toujours pareil, on m’envoie de droite à gauche. L’ANPE ne fait pas grand chose. On me fait perdre mon temps. C’est la rage. Ils poussent les pères de famille à l’extrême. Même le maire de ma commune ne peut rien faire, il devrait faire des efforts. Pourquoi n’y a t-il pas d’élus à cette rencontre ? J’ai l’impression que le travailleur handicapé, il est mort.

Ca soulage de parler. Je fais des trucs toujours légaux que je ne déclare pas pour embellir le mois. Des enfants de quinze à dix-huit ans, ça mange. Ca nous ronge, nous parents, on essaie de faire bien pour eux plus tard, mais on ne peut pas leur payer une entrée en boîte de nuit. C’est de notre faute. L’alimentation augmente et on revient taper à la porte des associations. Heureusement qu’ils sont là. Je vais à la journée du refus de la misère. Le blouson que je porte, je l’ai eu gratuitement là-bas. Quand on voit l’évolution des charges, c’est abusif. Il faut éviter d’avoir des dettes, sinon on ne s’en sort pas. J’ai une question par rapport au crédit loisirs, est ce que ça va continuer ? Où est le juste, la CAF ne m’a pas aidé pour acheter une chambre à ma fille. »

Martine :

« Mon mari se sent exclu de partout, moralement, il n’existe plus . On s’est mensualisé pour payer toutes les factures, mais on se prive dans l’alimentaire. »

Monique :

« J’ai le RMI. Une fois par semaine je dois aller dans un centre de formation. Ma référente ne veut pas que je fasse une formation en vente parce que j’ai des problèmes de santé. C’est grâce aux associations que je peux manger. Il y a des moments où ça ne va pas, où je n’ai pas le moral. Je voudrais que l’on me donne un travail, mais avec mes problèmes de santé…J’en ai parlé avec mon médecin traitant pour avoir un dossier Cotorep. Il m’a dit que je ne serai pas prise à 100%. Je dois attendre six mois pour avoir une réponse.

Je suis seule avec deux enfants à charge, quand j’ai payé mes factures, je n’ai plus rien. Je me suis restreinte sur tout, l’alimentation, la consommation d’eau. Je vis pour mes enfants, c’est tout, le reste après je m’en fiche. Je m’en sors mais je n’ai pas d’argent pour finir le mois. Mon père m ‘aide de temps en temps mais il n’a qu’une petite retraite. Je vends des légumes, je vais ramasser des moules et des coques et je les revends.

Je voudrais que mes enfants soient mieux habillés. Ce que je fais, c’est pour mes gosses.

Depuis ma séparation, c’est difficile. Mon ex-concubin ne m’aide pas au niveau du gamin. Les factures sont trop hautes, je suis toujours à découvert. »

Ingrid :

« Les enfants sont privés, ça revient toujours au même système. Je viens de commencer un travail, mais pour un mois. Après, je vais perdre des aides pour un mois de travail. »

Lucienne :

« Je fais des activités en dehors de chez moi. J’ai cinq enfants, ils ne sortent jamais, ils ne demandent rien. Je fais partie de plusieurs associations. Je vais faire une formation pour fabriquer des meubles en carton et après j’apprendrai à d’autres. J’ai fait un fauteuil en carton avec des fleurs pour ma fille, c’est magnifique. A l’atelier, personne ne connaît mes problèmes. Il ne faut pas rester enfermé sinon on broie du noir et on pourrait faire des grosses bêtises. Si on n’est pas bien, les enfants vont le subir. Il faut sortir et pas besoin de raconter sa vie. Tous les mois, je paie mes factures. On a une voiture, si on ne peut plus mettre d’essence, on va à pied.

Il y a deux ans, je suis partie comme aide-cuisinière bénévole dans le sud pour que mes deux enfants aillent en vacances. Je n’étais jamais partie de ma vie. J’en ai encore plein les yeux. Cette année, je n’ai pas pu partir, ça n’a pas été évident, il n’a pas fait beau. Heureusement, il y avait des activités là où je vis. Ce serait bien de changer le système. En fonction de la ville où l’on vit, on a des aides ou pas. »

Josiane :

« Il y a des pires que nous. Ils font la manche et ils n’ont pas de toit, ils sont dans la rue. Nous on a un toit. J’ai donné cinquante centimes à quelqu’un qui faisait la manche, je n’ai pas pour moi, mais j’ai donné. »

Françoise :

« A Grande-Synthe, à l’école des consommateurs, on nous apprend à faire des économies sur la consommation d’eau. Il y a des choses comme les ampoules qui coûtent plus cher à l’achat et qui nous permettent de faire des économies sur le long terme. On apprend plein de choses, on peut faire venir un intervenant. On va s’informer sur la sécurité sociale. »

Sylvie :

« La semaine dernière, je me suis présentée au CCAS de ma commune pour avoir des bons alimentaires. J’ai eu beaucoup moins car je n’ai pas de facture en retard. On m’a dit, puisque vous savez si bien faire votre budget, pourquoi vous ne trouvez pas un travail ?

Faut voir comment on est reçu. On est pris pour des moins que rien. Je vais aller voir plus haut pour savoir à quoi on a droit dans la commune. Il y une façon de recevoir les gens sans les juger. On peut-être bien ou mal habillé, on a quand même des compétences. Il y a des gens qui ne savent ni lire, ni écrire, ils ne savent pas se défendre. Bien souvent on est rabaissé. »

Khadija :

« Mon mari est au chômage, nous n’avons pas beaucoup d’argent. J’ai beaucoup de problèmes avec l’EDF, la banque. On n’arrive pas à faire des courses. Ce n’est pas difficile de venir à l’association, c’est plus dur d’aller au CCAS. »

Fatma :

« J’ai des problèmes d’humidité dans la maison que j’occupe. On est tous tombés malade. Je paie quand même les charges. Des experts sont passés chez moi, mais rien ne bouge. C’est toujours le même problème. Je suis passée au tribunal avec le bailleur. Mes enfants sont malades. Je demande à changer de logement depuis longtemps, mais ça ne bouge pas. J’ai pris un avocat qui a pris des photos des murs de la maison. J’attends le résultat du jugement. Je ne laisse pas tomber. Je paie mon loyer. Si j’ai trois jours de retard, ils m’envoient une lettre de rappel. Pour les travaux, ils ne font rien. Je me bats. J’ai jeté la moitié de mes affaires à cause de l’humidité. Maintenant, je mets toutes mes affaires chez ma fille qui a un appartement.

Mon garçon se présentait tous les jours pour chercher un emploi. Un monsieur lui a dit : ce n’est pas la peine de venir tous les jours s’il n’y a pas de travail. J’en ai marre, mon enfant a du partir travailler à Paris. Il y est depuis quatre ans. »

Lydia :

« Ca tue de voir un quartier qui est détruit même si on y a vécu que cinq ans. Avec les voisins, on était tous en entraide. Aujourd’hui, on est dans une maison, ce n’est plus la même ambiance qu’avant. On a des personnes âgées autour de nous, on leur dit si vous avez besoin d’un service, demandez nous. Mais les gens ne le font pas, c’est bonjour, bonsoir. La fête des voisins, ce n’est plus la même ambiance. »

Jacques :

« Je suis un ancien, je suis à la retraite. On m’a claqué dehors comme un chien. J’avais commencé à travailler à treize ans et demi. Je me bats pour acheter un ordinateur à ma file qui passe son Bac. Juste après la guerre, j’ai joué sur le blockhaus et j’ai vendu les obus que j’ai déterrés. Je suis ici, dans l’association pour chercher un colis alimentaire. Je suis esclave de la société, je n’ai pas eu d’instruction. Je viens d’une grande famille de six gosses. On vivait dans deux pièces, à six dans un lit de deux personnes. On récupérait l’eau de pluie, on cassait du bois, on avait des poules et des lapins.

La société ne pense plus à nous. Je suis veuf, j’ai élevé ma fille, je n’ai pas refait ma vie. J’ai travaillé au port. Si on dépassait notre quota, on avait notre prime. Il ne fallait pas le certificat d’études. Je me bats avec la société, maintenant, j’ai cinquante sept ans et je me bats encore. Ce n’est pas de maintenant que je connais la chanson. La société maintenant, il faut le Bac, le double Bac. Avant on apprenait sur le tas, aujourd’hui, c’est fais moi voir tes diplômes. »

Guislaine :

« Je suis demandeur d’emploi depuis 2006. Je suis revenue de Paris. Mes parents m’ont hébergée, puis je me suis retrouvée en foyer. J’ai eu la chance d’avoir un appartement chez un bailleur social. On m’a proposé des emplois à Hoymille et à Bray Dunes. J’ai le permis. Mais je n’ai pas de véhicule. Comment je fais ? Ca c’est un gros problème. Je ne sais pas comment faire, je ne suis pas informée des aides. Comment pourrais je être informée si la situation se représentait ? Je n’ai pas l’intention de rester au RMI. »

Eric :

« Je trouve dommage que touchant le RMI, je n’ai pas droit aux aides pour l’énergie. Car je vis chez ma mère. Je ne comprends pas. Avec les candidatures par Internet, les employeurs ne répondent même pas alors que cela ne leur coûte rien d’envoyer un message.

Celui qui ne connaît pas les lois, tant pis pour lui. Par contre si on connaît les lois et qu’on les applique, alors, pour les autres, on est considéré comme un profiteur du système. On dit que je suis un profiteur car je suis au RMI et j’ai une voiture. Il y a des offres hallucinantes. Ils demandent beaucoup trop d’expérience et de qualification. Je ne rentre pas dans les cases, j’ai un niveau d’études trop élevé. Je vis encore chez mes parents, c’est pour l’aspect pratique. Ma mère a un F4, si je pars, elle devra déménager. »

Françoise :

« Je pense que l’âge joue beaucoup dans la recherche d’emploi. J’en ai fait les frais personnellement. J’ai cinquante sept ans. Certaines réponses ne disent pas clairement que je n’ai pas les qualifications demandées mais renvoient au fait que je suis trop âgée. Les conseillers ANPE, les personnes du CCAS font un travail formidable. Si je n’avais pas eu ces personnes auprès de moi, j’aurais sombré. Je travaillais dans les cafés. J’ai élargi ma recherche d’emploi sur la restauration et le ménage. Je suis seule. Je ne suis pas tenue par des horaires. Je peux faire de l’aide à domicile. J’ai postulé à l’ADAR. J’ai passé des tests avec le Créfo que j’avais réussis. Je n’ai jamais eu de réponse. Les employeurs se disent, elle a cinquante sept ans. Dans trois, quatre ans elle sera à la retraite. Peut-être aura t-elle des problèmes de santé. Pour un demandeur d’emploi, le fait d’avoir une réponse à ses candidatures, ça le motive. Sur dix envois, si j’ai trois réponses, c’est bon. J’en ai parlé à l’ANPE, je ne comprends pas. Je comprends que certains baissent les bras. Même les jeunes en ont marre que l’on ne leur réponde pas. On nous remonte le moral au CCAS. Perdre son emploi, c’est tout qui s’écroule. On se sent inutile. Sans emploi les journées n’ont pas de but. Le matin, je me dis il faut que tu te lèves. Ca fait trois ans que je cherche un emploi. Je suis découragée. Le marché de l’emploi en Nord Pas de Calais est pauvre.

Quand on voit le remboursement que l’on a pour les lunettes. Je voulais faire réviser mes yeux, il y avait un an d’attente. Je bénéficiais de la CMU, ils prennent en charge mes verres et me donnent vingt euros pour la monture. Le bon pour les lunettes est valable trois mois alors que j’ai des tas de factures à régler avant la fin de l’année. Je vais passer mes factures avant mes lunettes. Mon dentiste, c’est pareil. Avec la CMU il fait juste les caries. J’ai une dent provisoire depuis deux ans, il ne la remplace pas.

J’ai fait une formation pendant quatre mois pour chercher un emploi. J’ai appris à me servir d’un ordinateur. C’était un stage non rémunéré. Ca m’a apporté beaucoup de choses, j’ai connu un groupe. Un bénéficiaire du RMI n’a pas beaucoup d’argent et chercher un emploi ça coûte de l’argent. Dans le cas d’un envoi de courrier à l’ANPE, ce serait bien de ne pas avoir à l’affranchir. »

Andrée :

« Je travaille chez les particuliers, mais il me manque un diplôme. Il faut payer pour se former, il n’y a pas de logique. Je dois trouver trois mille euros. Je me suis fâchée avec l’ANPE. J’ai des problèmes de dos, mais la Cotorep ne veut pas me reconnaître comme adulte handicapée. »

Didier :

« J’ai été opéré d’une hernie discale, j’ai du voir un médecin qui dit ce que je suis capable de faire. Je suis manuel, mais on me dit de ne plus faire de manuel. Comment faire si je ne peux plus faire ce que je veux comme travail. J’ai demandé une pension d’invalidité, mais ça a été refusé. J’ai des enfants, je suis coincé, je ne peux rien faire. Je me suis présenté dans une société de déménagement, mais je n’ai pas le droit de porter à cause de mes problèmes de dos. Depuis cinq ans on me promet un logement mais il n’y a jamais eu de suite. Mon logement actuel est trop petit. Je vis seul avec mes deux filles de quatre et onze ans. Je suis divorcé. Si mes enfants vont mal, je me sens mal dans ma peau. Je me bats de tous les côtés. Je suis inscrit partout mais je n’ai pas de droits. »

Maryvonne :

« J’ai deux jeunes adolescents à la maison. L’un travaille bien à l’école. Il cherche un contrat d’apprentissage en électricité pour aller jusqu’au Bac Professionnel. Mais il ne trouve pas. L’autre a seize ans. Il a arrêté l’école. Il veut travailler. Il s’est inscrit à l’ANPE, mais il faut un an d’inscription pour avoir une formation. C’est dommage. Le jeune lorsqu’il arrête l’école devrait avoir une formation ou un apprentissage. Il faut les pousser, les aider. Mon fils n’a pas envie de rester à ne rien faire. Le jeune qui commence à dormir le matin se démotive et ne fait plus rien. »

Fatiha :

« Ce qui n’est pas bien avec la CMU, c’est que les enfants n’ont droit qu’à une paire de lunettes dans l’année. Ils ont volé les lunettes de ma fille à l’école. Elle est restée huit mois sans lunettes. L’école et l’assurance se sont lancées la balle. Parce que je bénéficie de la CMU, mon enfant est resté sans lunettes.

Avec trois enfants c’est difficile pour les activités. Il y a la carte pour la piscine, c’est gratuit lorsqu’on est demandeur d’emploi. Mais la patinoire ou le cinéma, c’est vite vingt euros par mois. Ils devraient faire des tarifs famille. Avec les associations, en hiver, on peut aller au cinéma.

J’ai suivi une formation non indemnisée, j’ai du mettre mes enfants à la cantine le midi. J’ai du payer même si j’avais des réductions. »

Daniel :

« J’ai appris un métier. J’ai été quatre ans menuisier et deux ans carreleur. Il y a des métiers, il faut la base et le courage et on y arrive. A l’ANPE, ils demandent entre cinq et dix ans d’expérience. Il faudrait réduire la durée de l’expérience. Pour nourrir ma famille, je ferai n’importe quoi. Les agences intérimaires demandent des carreleurs avec expérience. Je me suis formé, mais ils ne me donnent pas la chance d’essayer. »

Bertrand :

« Aider l’autre ça permet aussi de trouver des solutions pour soi. »

II - Témoignages apportés par différents bénévoles

qui viennent en aide aux personnes étrangères de passage sur notre territoire, dans des squatts, à Loon Plage, Grande Synthe ou Téteghem, dans l’espoir de gagner l’Angleterre.

« Depuis quelque temps il y a un couple avec une fillette de 15 mois. Le papa me demande de la lumière pour la nuit. Il m’explique que quand ils dorment, il y a des « big mouses » qui viennent dans la tente. Ils passent la nuit à les chasser.

Un autre gars m’explique que la nuit les rats les mordent. Il me montre ses bras qui sont pleins de marques. »

« La douche : nous avons emmené les 2 couples avec les enfants faire la douche à la communauté Emmaüs. Ils étaient tout contents d’être propre et de sentir bon. Mais après ça, ce fut un vrai défilé à Emmaüs. Tous voulaient faire leur douche. On a du dire stop car ce n’était pas possible. A chaque fois que nous nous rendons sur les squattes, les mamans réclament la douche juste pour les enfants. Que c’est dur de dire non ! Que peut-on faire ? Car il n’y a aucun endroit où ils peuvent se laver ! Quand nous le pouvons, nous apportons des bouteilles d’eau chaude pour laver les petits… Et c’est tout ce que nous pouvons faire. »

« J’en ai marre de toute cette misère ! Depuis des années je la côtoie et rien ne change ! Au contraire, je trouve que ça s’amplifie ! C’est le cri d’une bénévole qui ne supporte plus de voir des gens vivre aussi misérablement. Depuis 3 ans qu’elle apporte des repas aux migrants, rien n’a changé pour eux. Ils sont toujours autant à parcourir l’Europe pour un monde qu’ils espèrent meilleur. »

« Nous avons promis à la maman de ramener du lait, des habits et de l’eau chaude pour laver les enfants. A notre retour, le papa insiste pour que nous allions boire un thé et nous invite sous la tente. Il chauffe l’eau sur un réchaud et nous offre le thé. Dans la boite à sucre, 3 petits morceaux de sucre qu’il met dans notre verre. Nous avons honte. Car ce sont leurs derniers morceaux. Mais nous ne voulons pas leur faire affront. La prochaine fois, nous ramènerons tout ce qu’il faut. Il ne parle pas plus anglais que nous, le papa, mais il nous explique qu’ils ont quitté l’Irak à cause du danger pour la famille à rester là bas. La maman nous montre la jambe de l’enfant et nous explique qu’il a été blessé dans un attentat. Sa petite jambe porte les marques de la bombe et du feu. » Là bas tout est rackett ! Un jour leurs 2 enfants leur ont été enlevés. Ils ont du donner une rançon pour les récupérer, sinon…….Et le geste qu’il fait est éloquent, nous avons compris. Ils auraient été égorgés. Voilà pourquoi ils ont quitté l’Irak. »

III – Textes retenus ou écrits par certains participants

Eloge de l’autre

Celui qui marche d’un pas lent dans la rue de l’exil, c’est toi, c’est moi.
Regarde-le bien. Ce n’est qu’un homme.
Qu’importe le temps, la ressemblance,
Le sourire au bout des larmes,
L’étranger a toujours un ciel
Froissé au fond des yeux.
Aucun arbre arraché
Ne donne l’ombre qu’il faut
Ni le fruit qu’on attend.
La solitude n’est pas un métier
Ni un déjeuner sur l’herbe
Une coquetterie de bohémiens.
Demander l’asile est une offense
Une blessure avalée avec l’espoir
Qu’un jour on s’étonnera d’être heureux
Ici ou là-bas.

Texte anonyme recueilli par Alice

Malgré nos peines
Nos pleurs, nos haines ou nos souffrances
Gardons bien cette étincelle,
Au fond de notre mémoire
Il suffira d’y croire
Pour voir la vie plus belle.

Anaïs

Ecoutons notre conscience.
Elle n’a ni bras ni jambe.
C’est le chemin de la souffrance
Nos peines, nos pleurs, nos haines,
La seule voie qui enjambe
Le monde de nos problèmes
Qui libère de la chair
Et éloigne nos haines.
C’est notre meilleure prière.

Anaïs

Dans ce monde de misère
Où tout est bénéfice
Où gronde la colère
Où tout est sacrifice
La vie n’est pas facile
Surtout quand on se sent tout petit
Une chose inutile
Et qui n’a pas de prix.
Faut-il tant de souffrance ?

Anaïs

On cherche un peu d’espoir.
Est-ce trop demander ?
Du respect et des égards.
Est-ce trop espérer ?

La vie n’est pas facile
Quand on est de ceux-là
De ceux qui sont fragiles
De ce qu’on entend pas.

Comment trouver le bonheur ?
Quand on regarde autour de soi
Tant de gens qui se meurent
Ignorés par les lois.

Anaïs

IV - Compte rendu d’un rendez vous citoyen

principalement destiné à réagir aux propositions faites en prévision des Assises de la solidarité

Lors du débat, deux axes de témoignages se déclinent :

 La survie des habitants  La survie de la Maison de Services aux Associations et aux Habitants de Saint Pol sur mer

1. la survie des habitants

 De plus en plus de personnes sont coupées d’eau, d’électricité, de gaz, de téléphone  Les bailleurs ne font pas les travaux qu’ils doivent faire  Les gens paient beaucoup trop de charges  Le rôle des associations c’est : « aller au-delà d’un regard professionnel, être à côté des gens pendant leurs difficultés, travailler avec les gens en confiance, avec confidentialité et discrétion »  Il n’y a pas de concurrence entre associations et travailleurs sociaux  Les associations sont des relais  Les gens ont besoin de relais  Les gens ont peur des travailleurs sociaux, beaucoup de choses sont de l’ordre du fantasme  Les habitants ont une perception différente du rôle du travailleur social et de l’habitant relais (association)  Aller voir un travailleur social, c’est faire valoir ses droits  Il y a un problème de méconnaissance des dispositifs  Les associations sont à l’écoute, elles accompagnent les personnes vers leurs droits  Dans certaines communes, les travailleurs sociaux , les CCAS et les associations d’aide alimentaire travaillent ensemble  Il y a une intelligence qui s’établit entre le CCAS et les associations  Le FSL c’est quoi ? c’est qui ? C’est comment ? C’est où ?  Lutter contre la misère c’est quoi ?  Ce n’est plus à notre niveau que ça peut bouger, c’est au niveau politique  Comment peut-on expliquer qu’aujourd’hui il y ait des camps de réfugiés comme nous en avons dans le dunkerquois ?des gens qui dorment dans la rue ? des gens qui perdent leur travail ?  Les politiques n’aiment pas entendre ce que leurs concitoyens disent, vivent ?  Les politiques, c’est nous , on l’a choisi !il y a peu de politique sociale concertée sur Saint Pol sur Mer  Il faut plus de concertation sur la ville  Il faut plus de moyens  On n’a pas tous la même échelle de temps  On est dans une société de l’individualisme  Les gens sont conditionnés mais pas motivés

2. la survie de la Maison de Services aux Associations et aux Habitants

 Y a-t-il des endroits inter institutionnels où on se pose  Sur Saint Pol sur Mer, cela paraît plus compliqué, on travaille les uns à côté des autres  La MDS est une boite à outils  En 2007, la MDS a accueilli 9000 personnes  Il faudrait créer un comité de la MDS, construire, donner une ossature, valider ce qu’on va construire pour structurer l’existant, le rendre visible, écrire le développement d’autres pistes de travail  Comment ? C’est aux élus présents d’organiser , de piloter la proposition  Il est difficile de se projeter dans l’avenir quand on nous dit que le bâtiment va être rasé  Il faudrait en faire un lieu commun connu et reconnu des associations  On pourrait mettre en place une coopération décidée ensemble, avec un comité de pilotage aux institutions acceptant un leadership de l’action  C’est une mise en commun des moyens coordonnés, c’est de la coopération  Les besoins : un lieu, l’instauration de rencontres formelles, actuellement, il n’y a pas de leadership, l’identification d’un projet  La maison de services est trop liée aux individus portant le projet commun comme des militants  Il faudrait imaginer des leaders en fonction des projets  Il faudrait imaginer une coopération entre associations, habitants, travailleurs sociaux  Le CCAS doit être présent de temps en temps  Ce serait une expérience unique dans le département du Nord, la commune de Saint Pol sur Mer doit en être consciente  La MDS est mal vécue par le bailleur, il le vit comme un contre pouvoir. C’est un lieu de paroles des habitants, un lieu de révolte  Il n’y a pas de communication  Et pourtant il y a l’exemple des coupures d’eau où il y a eu une réelle coopération CCAS, Lyonnaise, associations, c’est un bon exemples  Difficulté car ce sont des institutions  Il faut garder la Maison de Services  Qu’est ce qui empêche les gens de travailler ensemble ?  Au niveau politique : premier niveau : pour l’urgence, il faut bien s’adapter aux besoins des personnes, se coordonner. C’est un travail de proximité* second niveau : c’est un lieu de repérage des difficultés, d’observation permettant d’interpeller les institutions  Le conseil général n’a pas les moyens à lui tout seul de garder la Md S, il faudrait un projet pilote pour la MdS  On a pourtant les moyens de faire comme le maintien de la MDS

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