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Témoignages 2007

Les témoignages qui suivent ont été donnés dans le cadre de la journée mondiale du refus de la misère et les rendez-vous citoyens qu’un certain nombre d’associations avaient organisés à cette occasion. Il s’agit de notes prises sur le vif par des bénévoles associatifs. Sauf ceux qui ont été directement écrit sur la place Jean Bart, ils n’ont donc pas été relus par leurs auteurs. Seule, l’association du Carrefour des solidarités qui prend l’initiative de les rendre public en est donc responsable.

Monique

Quand je suis venue ici, j’ai trouvé quelque chose de particulier. J’ai été accueillie. J’ai commencé à parler. Il faut que ça continue. Il y a pas mal de choses : colis alimentaires, (c’est plus que du dépannage), soutien scolaire, goûter, séjours de vacances … Chaque jour des activités différentes.

Paul

J’ai droit à un bilan de santé annuel à la CRAM. Je n’y vais pas. Je n’ai pas confiance. Je ne connais pas le docteur et « ce sont tous des charlatans ». Je ne donne plus mon sang, depuis le sida il y a trop de risques (avec les seringues). Il faut me changer un appareillage cassé. Le médecin ne veut pas : mon état ne s’est pas empiré, me dit-il.

André

La misère, c’est toujours pareil. On tourne en rond. L’argent : à gauche ou à droite, cela ne change rien. Une famille avec 4 ou 5 enfants ne peut plus s’en sortir. C’était mieux avant. Il y avait plus de solidarité, malgré les associations.

Alexis (retranscrite par une personne bénévole)

Je suis arrivé de Russie, il ya deux ans, avec ma femme et mes deux enfants, âgés de 7 et 4 ans. Ensemble nous avons pris l’avion pour fuir le régime de Poutine. J’ai une qualification professionnelle (télécommunications), ma femme est artiste (peinture). Elle parle très bien français Nous n’avions pas de désir particulier pour venir en France, puis à Dunkerque. Cela s’est fait « comme ça ».

Après être passé par le Centre d’accueil pour les demandeurs d’asile, J’ai obtenu en septembre 2007, une carte de séjour qui me permet de travailler. Nous sommes logé en famille, par la CAO à l’hôtel de Bretagne dans une chambre. « Ce n’est pas bon pour les enfants ».Ma femme et mes enfants sont bien intégrés. Ils parlent français mieux que moi. Mes ressources sont celles de l’Aide Médicale à l’Enfant (AME) : environ 240 € par enfant et par mois.

Mes deux points noirs sont le travail - je peux en chercher depuis un peu plus d’un mois et c’est difficile quand on ne parle pas bien français – et le logement. Sans parler de l’attente du titre de séjour.

Je m’attendais à ce que l’intégration soit difficile. Je reste confiant : « ce n’est pas pour la vie » et nous bénéficions de l’aide d’une association et du soutien de quelque personnes relayées par Internet.

Claude (propos rapportés par une personne bénévole)

Il est à la fois résigné mais aussi révolté et contestataire. II se sent en fin de parcours, plus en capacité de faire bouger les choses, et n’espère pas d’amélioration en ce qui le concerne. Il a cependant la certitude que cela ne peut plus durer comme cela, qu’on va à la catastrophe, que ça va péter.

Il est révolté parce que la relève ne pointe pas, parce que les gens ne bougent pas. Nos structures politiques, sont peuplées de beaucoup trop de personnes âgées, ainsi « les vieux crapauds de l’assemblée nationale ».

Il interpelle vivement les jeunes qui dialoguent avec lui : C’est à vous de voter, de bouger, de faire bouger les choses. Les problèmes vous les connaissez : « Tout devient matériel, c’est chacun pour soi, »

Pourquoi pas un autre 1789 ?

Salmata

C’est vrai. On peut s’en sortir tous les jours même quand on n’a pas grand-chose. On peut se faire belle avec peu de choses. C’est même important de ne pas cesser de se faire belle. Et quand on fait découvrir d’où chacun de nous peut venir, de Madagascar, des Comores, du Maroc et de pleins d’autres pays, on peut emmener les gens dans des voyages pour lesquels ils n’auront rien à débourser. Avec un simple fil, on peut faire des merveilles de broderie.

Il y a des riches. Il y a des pauvres. Il y a des gens qui ont du pouvoir. Il y en a qui ne peuvent pas grand-chose. Il y a des beaux. Il y a aussi des moches. Mais il y a un soleil pour tout le monde. C’est le même. C’est pourquoi il devrait il y avoir de la justice pour tout le monde.

Nous, dans notre association, ce qu’on veut montrer avec les gens, c’est qu’avec peu de choses, on peut se nourrir, on peut se soigner, on peut être élégant. Nous, en Afrique, nous avons une habitude. Souvent nous connaissons le malheur ou nous connaissons la misère. Mais cela on le fait en chantant. Et ça change tout.

Ne croyez pas qu’on baisse les bras et qu’on accepte volontiers notre situation. Il y a toujours des gens qui nous mettent des bâtons dans les roues. Alors on se montre encore plus fort pour leur montrer que malgré eux, on est toujours là. Et ce qui nous permet de tenir, c’est de voir que partout, il y a des gens qui partagent leur savoir faire. Alors on ne peut pas s’arrêter. Dans tous les pays, il y a des fiascos. Il y a aussi des gens qui partagent.

Hélène

L’alcool, c’est le moyen le plus accessible pour oublier les soucis. Mon père était malade de l’alcool. Le seul endroit où ma mère et moi on a trouvé un endroit où on pouvait être aidé, ça a été Vie libre. Ca a été pour nous deux, un espoir formidable. Trouver des gens qui croyaient qu’on pouvait se sortir de l’alcool et s’en sortir ensemble.

Ici, à la maison des services, on est là pour nous écouter. On peut mourir de solitude. Mais trouver un endroit où on est vrai, où on vous écoute sans être jugé, c’est ça qui nous permet de tenir.

Emilienne

Quand on rend visite à des personnes qui sont seules et qu’au moment où vous vous en allez, elles vous disent : « vous revenez quand ? ». C’est un petit truc simple, mais c’est ça qui vous fait tenir. Après on a suffisamment de force pour entreprendre plein de choses.

Emilie

Je cherche du bouleau. J’en ai trouvé. C’est la présence de ma fille qui m’a amené à me forcer à me débrouiller.

Françoise

Fondamentalement, l’être humain est bon. Et s’il est mauvais, je suis persuadée qu’il peut changer. C’est cette conviction là qui me fait bouger.

Keima

Grâce à ici et à l’équipe, il y a plein de choses qui ont changé. En fait vous nous redonnez du courage. Y en a qui ont retrouvé du bouleau. D’autres sont sortis du R.M.I. Chez les jeunes aussi. « Je pars là-bas, parce que j’ai trouvé du travail », un jeune m’a dit récemment.

C’est vrai, il y a plein de gens bien ici. Mes deux filles ont passé leur bac avec mention. Le fils de mon amie fait aujourd’hui médecine. K. a retrouvé du travail. Mais il y a des choses qui sont inacceptables. Quand ils voient le dossier de candidature et qu’ils voient de quel quartier on vient, ils mettent le dossier en dessous. Pourtant, ici c’est pas Chicago.

Emilienne

moi, je suis nouvelle à Saint Pol sur mer. Quand j’ai voulu organiser ma première brocante, on m’a dit : « surtout ne la fait pas à Guynemer-Jean Bart. Tu ne retrouveras rien. » C’est faux. On a discuté avec les jeunes. Ils sont venus nous aider.

Paule

moi, j’arrivai de Paris et j’habite Malo. On m’a dit : « ne va pas à Saint Pol sur mer, tu n’y seras pas en sécurité. » Faux ! J’y viens volontiers et seule. Les gens sont formidables.

Emilie

La presse a joué un rôle dégueulasse pour le quartier. On a eu un malheur récemment. Une femme qui est morte carbonisée. La solidarité que ça a suscité dans le quartier a été formidable. Et puis, à côté de ça, la Voix du Nord a sorti un article scandaleux sur notre quartier. Il l’a rabaissé d’une façon incroyable. Evidemment, ce qui peut être positif, ça fait pas vendre ! C’est donc toujours de ce qui est mauvais dont ils parlent. Les habitants auraient dû faire un droit de réponse. Les jeunes, ils ont besoin qu’on les écoute.

Jean-Marc

Il faudrait aussi savoir pourquoi, toutes les nouvelles familles qui arrivent ici sont pratiquement toutes dans des situations difficiles. Serait-on un goulot d’étrangement pour l’agglomération ?

Djamila

Les H.L.M. se sont engagés à ne pas continuer ça. On n’a pas l’impression que ça a beaucoup changé.

Bineta

On n’est pas la petite maison dans la prairie. Mais est-ce qu’on est responsable de ça ?

Jean-Marc

Il y a plein de prestations qui sont distribuées en fonction de ceci ou de cela. Pourquoi on ne pourrait pas les donner systématiquement aux gens sous forme de ressources avec lesquelles ils pourraient prendre le temps de monter leur projet personnel ? Car les gens ne sont pas bêtes. Ils ont des projets. Il y a beaucoup de gaspillage dans l’attribution au cas par cas des aides. Et souvent ces aides ne servent à rien.

Emilienne

Je connais une personne handicapée qui a entrepris une longue formation. Ce n’est que quinze jours avant la fin de sa formation que la médecine du travail lui a dit que son handicap ne lui permettait pas de faire le métier auquel il se destinait.

Bineta

Grace à ce que j’ai trouvé ici, j’ai repris mes études en 2004. J’ai obtenu mon équivalent baccalauréat. Maintenant je veux travailler avec les enfants. Elles m’ont aidé à trouver une formation qui correspondait à ce que je voulais faire. Je la commence en novembre.

Lucie

Comment on peut juguler la misère ? Moi j’aime pas les choses qu’on dit sous la table. Si ça va mal, il faut le dire franchement.

Karine

On a eu une mauvaise passe avec mon mari. Il ne voulait plus travailler tellement ça allait mal. Et puis, ici, on a trouvé quelqu’un avec qui parler. On a été soutenu. Depuis, et c’est grâce à vous, mon mari a retrouvé du travail.

Manuella

J’ai connu six camps depuis que je vais aux migrants. La première fois, ça fait un choc et on sait pas quoi faire. Je n’imaginais pas que des personnes puissent vivre dans de telles conditions. Et pourtant, ils sont bien installés me dit une bénévole ! Qu’est ce que ça doit être quand ils ne sont pas bien installés.

Il a 15 ans et viens d’Afghanistan. Il était à l’école des Talibans. Ils voulaient l’enrôler de force dans leur armée. Il a refusé, ils l’ont menacé de mort. Il a quitté son pays pour trouver refuge dans un pays libre.

Il est né en 1985, il vient d’Iran. Sur un bout de papier, il dessine une silhouette de femme qui pleure. Il ne parle pas français et me fais comprendre que c’est sa fiancée qu’il a laissée là-bas pour trouver l’eldorado, avoir une meilleure vie. Il a des larmes plein les yeux.

Il a 22 ans et veut aller en Angleterre. Il est toujours souriant et prêt à rendre service. Ca fait longtemps qu’il est là. Un jour il dit : « la prochaine fois que vous viendrez, je serai mort ». Nous l’emmenons à l’écart pour discuter. Il est très mal. Il craque. Nous essayons de le réconforter et lui disons que le samedi, d’autres personnes vont passer. Nous lui donnons quelques friandises qu’il ne veut pas prendre. A chaque visite, nous prenons de ses nouvelles. Il ne mange plus, ne boit plus et veut mourir. Un copain s’occupe beaucoup de lui. Il le considère comme son petit frère. Une autre fois, il nous montre qu’il perd ses cheveux par poignées. Puis un jour, il n’est plus là, disparu. Personne ne sait où il est. En Angleterre ? Ses camarades disent que non. Où est-il ce gentil garçon toujours souriant et prêt à aider les autres ? Aura-t-il réalisé son rêve ou alors sera-t-il passé à l’acte ?

Nous arrivons auprès du talus. Au dessus, on aperçoit de la fumée. Ils sont sûrement là, dit quelqu’un. Nous approchons d’eux ; je suis très mal à l’aise de voir leurs conditions de vie ! Ils sont couchés à même le sol dans une mince couverture sans rien pour s’abriter de la pluie et du vent. Ils sont très sals et semblent avoir besoin de tout. L’un d’eux parle français. « Regardez madame dans quelles conditions on est ! On est pire que des bêtes ». Il nous explique que pendant son sommeil, sa couverture s’est enflammée sur le feu de traverses. Son pied est brûlé. La police voulait l’emmener pendant un de leurs nombreux contrôles ( plusieurs par nuit), mais il leur a dit qu’il ne pouvait pas marcher. Nous demanderons à un ami médecin de venir lui faire des soins.

Ils sont au moins quarante. Ils ont maintenant deux tentes pour s’abriter .Il me semble qu’ils dorment à tour de rôle. La moitié est dans les tentes et l’autre moitié autour du feu. Ceux qui dorment sont tous nouveaux. Nous distribuons soupe et pain, fruits et chocolats. Tout se passe bien. Ensuite, les habits et couvertures. Vu l’état des chaussures de certains, nous donnons à ceux qui en ont le plus besoin. Ils ont failli se battre pour avoir. Un des gars est bien jeune et à chaque fois que je croise son regard, j’ai droit à un grand sourire et un regard émerveillé. Il n’en revient pas. On dirait que pour lui c’est Noël. Quand on part, on leur sert la main. Il me baise la main en me remerciant encore et encore, merci mama, merci mama….

Nous y retournons le samedi d’après. Il n’y a personne. Nous cherchons en suivant les petits sentiers et trouvons enfin un petit groupe. L’un parle anglais et nous explique qu’ils sont plusieurs petits groupes dans différents endroits. Ce ne sont plus les mêmes sauf un. Nous leur donnons la soupe, le thé, des mandarines et du babybel. Grosse rigolade pour le fromage car ils ont mangé la cire qui l’entoure. L’un d’entre eux se nettoie les ongles avec les pelures de mandarine et un autre nous demande les filets pour se nettoyer. Ils ont de la ressource et font preuve d’ingéniosité. Ce qui m’épate à chaque fois, c’est leur joie de vivre. Malgré toutes les difficultés qu’ils rencontrent, ils sont toujours gentils, corrects avec nous.

Je vais toujours le samedi. Mais cette fois-ci on me dit qu’il manque un bénévole pour le mardi. Me voilà partie. Nous les trouvons dans un pitre état. C’est après que nous ayons trouvé le brûlé. Après le docteur, nous emmenons sept d’entre eux à la douche. Sous les couches de vêtements et de crasse je n’arrive pas à leur donner un âge. Quelle surprise quand je les voie sortir de là. Ils sont métamorphosés et ils ressemblent tout à fait aux jeunes de chez nous.

Nous voyons une main apparaître au hublot de la cabane de chasse. Nous allons voir et ils sortent. Ils sont une vingtaine de gars, des irakiens, iraniens, afghans, kurdes, érythréens. Ils veulent que nous entrions dans la cabane. Mais il fait trop noir. On ne voit rien du tout. Nous leur demandons leurs besoins : chaussures, couvertures, vêtements chauds, bougies, de quoi se laver et de la nourriture si possible. Tout quoi. Une heure après, nous revenons pour « une livraison » car on ne peut pas appeler ça une distribution.

Je suis tout de même épatée de leur joie de vivre et de leur résistance malgré toutes les difficultés auxquelles ils sont confrontés.

Une bonne vingtaine de migrants sont là. A peine arrivés, la police vient contrôler notre identité. Les bénévoles sont un peu paniqués. Surtout qu’il n’y a qu’à nous qu’ils demandent les papiers ! Il faut voir la tête des migrants quand ils voient que la police en a après nous !

Ils nous disent que la veille, la police a effectué un contrôle et emmené les Erythréens sans l’enfant, des indiens, des iraniens, des afghans. Un nous dit que les policiers ont pris ses chaussures. Un des gars a les pieds écorchés, des soins lui sont donnés. Un autre explique pourquoi il a quitté son pays : il sympathisait avec des chrétiens et il a été menacé de mort.

Grosse inquiétude quand nous arrivons car nous ne voyons personne malgré les nombreux coups de klaxons. Les bénévoles se rendent dans la jungle et trouvent plusieurs migrants en train de pêcher et d’autres qui sont dans les bras de Morphée. Ce jour là, beaucoup attendent pour voir le médecin, certains se sont scarifiés les bras et les mains, le moral est au plus bas.

David, 32 ans

Ça fait deux ans que je vis dans la rue à Dunkerque. J’ai fait une demande de R.M.I., mais comme je suis de nationalité belge, mon dossier pose problème. J’ai fait des démarches auprès d’un avocat pour faire valoir mes droits. Pour l’instant, j’attends.

Je suis suivi par une association pour mon dossier, recevoir mon courrier et trouver une solution pour une formation.

Au quotidien, je dors sur le seuil de l’église St Martin. Quand il pleut, c’est compliqué, on ne sait pas où se mettre. 7j/7 je fais la manche pour manger et m’acheter des cigarettes. Et quand il pleut, c’est impossible.

Dans l’avenir ce que je souhaite, c’est d’avoir un petit revenu et un logement convenable. Avoir plus ou moins une vie normale.

Dominique, 44 ans

J’habite dans un appartement depuis 2 ans et demi. Auparavant, je vivais dans un foyer. C’est grâce à ma curatelle que j’ai trouvé un logement. Au début, c’était difficile car j’avais des problèmes financiers. Je n’avais pas mon argent régulièrement. J’ai écrit au juge et maintenant c’est régulier.

Au quotidien, je vais à l’Estaminet du Cœur et à l’Accueil de Jour de l’Armée du Salut pour boire un café, discuter, jouer à la belote, passer du temps et de temps en temps manger.

Frédéric, 29 ans

Les structures ne branlent rien pour les gens. A chaque fois que l’on demande un service, soit ça doit passer en commission, soit c’est pas possible. Le seul moyen de s’en sortir c’est de se débrouiller soi-même. Aller voir des personnes compétentes pour nous faire aider (qui sont très rare, mais ça existe). L’accueil de jour c’est bien mais le règlement n’est pas le même pour tout le monde, ce qui est dommage. On ne connaît pas tous nos droits, c’est malheureux. Malgré tout ça, heureusement que certaines structures existent.

Jean-pierre, 60 ans

Avant quand j’étais en pré-retraite, j’avais beaucoup d’avantages sociaux acquis. C’est-à-dire : carte de bus demi-tarif, secours au niveau des restos du cœur par exemple et principalement la C.M.U, l’A.P.L pour le loyer. Et à partir de la retraite, augmentation de loyer c’est à dire diminution de l’A.P.L, les acquis sociaux, on les a plus. Il faut se battre pour les avoir. Les cartes de bus montent à 35 € par mois au lieu de 8.60 €.

Jean-Luc, 57 ans

Tant que l’on travaille, on intéresse la France. Car on rapporte. On paie les impôts. On s’occupe de nous. Mais quand la maladie arrive, qu’on est reconnu inapte à tout travail grâce à des expertises, que le respect de la loi nous met en situation d’exclusion, parce qu’on ne peut plus travailler, on ne rapporte plus rien. On ne rapporte plus à l’Etat. Au bout d’un an ou deux, on coupe toutes les indemnités journalières sans qu’on s’occupe de la situation privée, particulière de notre vie privée. Et par la force des choses, on devient S.D.F. On a plus d’argent. On ne peut plus payer de loyers. Comme on paie plus de loyers, on perd sa femme, son épouse. On perd toute dignité et on nous laisse vagabonder sans droit au R.M.I car on est S.D.F. Tous les citoyens ne connaissent pas comme moi particulièrement les nombreuses associations qui nous permettent au moins de bénéficier d’une adresse. Les services administratifs, leurs portes sont ouvertes mais les renseignements fermés. Ce qui veut dire que lorsque l’on demande un renseignement, on nous dit « on s’occupe de vous ». Mais on attend. Au niveau Sécu, ils ont toutes les preuves par experts que je dois bénéficier de la C.O.T.O.R.E.P et on me donne pas ce droit.

Actuellement, je bénéficie des ASSEDIC bien que je n’y ai pas le droit. Parce que les ASSEDIC sont versés pour retrouver un emploi. Or comme je n’ai pas le droit de travailler normalement je n’ai pas le droit aux ASSEDIC. Et comme je n’ai pas 60 ans et que je ne suis pas reconnu COTOREP, je ne peux pas prétendre à ma retraite anticipée ce qui veut dire que c’est la dernière année que je bénéficie de l’ARE (allocation de retour à l’emploi). Donc je vais être à nouveau sans ressource si ça se débloque pas. Bien que je me suis battu, je vais redevenir SDF. Depuis un an, je me bagarre pour débloquer cette situation et ça n’aboutit à rien.

Jean-Marc, 34 ans

Je suis S.D.F depuis l’âge de 18 ans. J’ai vécu dans les foyers d’accueil de nuit dans beaucoup de régions de France. Car je voyage beaucoup. Je vais dans beaucoup d’accueil de jour aussi. Pour dormir dehors, je suis seul. Je trouve pas facilement de squat. Pour manger, quand les accueils ferment le dimanche et les jours fériés j’ai des difficultés à trouver un coin où manger. Des fois pour manger, je vais à la fermeture des boulangeries et des boucheries en expliquant que je suis S.D.F pour avoir quelque chose à manger. Les gens de dehors se mettent à boire et à consommer de la drogue. Au quotidien, c’est dur à s’en sortir d’un problème de la rue. Je souffre de dépression. Je suis hospitalisé de temps en temps comme j’ai fait ce week end. Le problème c’est que j’arrive pas à gérer mon traitement. Il faudrait que je sois suivi au C.M.P pour mon traitement.

Khadidja, 56 ans

Je vis seule avec trois enfants. Je vis avec le R.M.I. Je viens à l’Accueil de Jour pour prendre mon petit-déjeuner et prendre ma douche. Je suis contente. Les gens sont gentils et polis. Je vis dans un logement sur Petite-Synthe. Il n’y a pas de salle de bains ni de chauffage. J’ai beaucoup de soucis. J’ai encore quatre enfants qui vivent en Algérie. Depuis 1999, je ne suis pas parti là-bas. Quand j’aurai 60 ans, j’espère avoir une petite retraite.

Raymond, 43 ans

En Juin 2006, suite à une séparation avec ma concubine, je me suis retrouvé à la rue. Il pleuvait beaucoup. Je suis allé au commissariat pour savoir où je pouvais dormir. Un policier m’a conduit au F.L.I.U où j’ai pu dormir pendant deux mois. Ensuite, j’ai été logé à la SONACOTRA à Rosendaël. J’y suis resté pendant six mois. Aujourd’hui, j’ai un logement.

A l’époque ce qui m’a aidé, c’est de parler avec les autres. C’est comme cela que j’ai pu connaître les différentes associations et les aides qu’elles apportent. Il y a beaucoup d’associations qu’on ne connaît pas, c’est dommage.

René, 69 ans

Je me suis enfoncé dans les crédits. Avec les remboursements que je devais faire et les factures que je devais payer, je me suis enfoncé, enfoncé, enfoncé. Il arrive un moment où je ne pouvais plus payer. Donc, je me suis retrouvé sans logement en janvier 2007. Pour trouver des logements, il y en a. Mais l’inconvénient c’est les cautions. S’il y avait pas tant de cautions, je pourrais me permettre de prendre un logement mais pour l’instant je suis bloqué. Dans les agences, il faut un garant. Comme il y a pas beaucoup de monde qui peuvent se porter garant on se retrouve au point de départ.

Xavier, 45 ans

Je vivais chez ma sœur. Mais je me suis disputée avec elle. Car elle demande à sa fille de faire la vaisselle à huit heure du soir et je suis intervenu. Elle m’a dit « si tu es pas content, tu prends la porte ». Comme je suis têtu j’ai pris la porte. Cela s’est passé, il y a un an. J’ai d’abord dormi trois, quatre mois dehors puis le 28 décembre je suis allé au F.L.I.U. J’ai fait noël à la belle étoile avec un collègue. J’avais fait un feu et on avait acheté de quoi faire le réveillon (une bouteille de Ricard, de la bière, un peu de tout) et on a passé un bon petit réveillon tranquille. J’ai appelé le 115, j’ai eu Lille puis Dunkerque et je suis tombé sur Christophe. Et après j’ai toujours été au F.L.I.U. C’était la routine. J’ai jamais eu de problème. David, un éducateur, m’a demandé combien de temps je comptais rester au F.L.I.U et m’a aidé à trouver un logement. Aujourd’hui, je suis dans le logement depuis le 25 septembre 2007. Ça a changé beaucoup de choses ; je suis tranquille et je peux rentrer à n’importe quelle heure. J’ai retrouvé une vie normale, je ne suis plus dans la galère.

Sébastien 18 ans

Cette journée du 17 octobre, ça fait du bien de se réunir, qu’on parle avec nous. Plus y a de gens, plus on va gagner. L’union fait la force. Mon histoire, je me suis retrouvé à la rue. Mon père m’a foutu dehors. J’ai rencontré mon copain. On était tous les deux. La famille, ça crée des problèmes. On m’a toujours dit, moins tu les vois, mieux tu te portes. Le premier jour mes parents m’accueille, après ils me virent. J’aimerais bien retourner à l’école. Mais s’ils ne paient pas, ce n’est pas possible. J’aurais su pour l’école. Têtu, comme je suis, je me suis enfoncé dans la merde.

Les foyers d’urgence, ça ne dure qu’un peu. C’est un foyer pour la période hivernale. Il fait froid. Beaucoup de gens crèvent. Les gens ont peur d’aller dans des foyers. Les foyers d’urgence d’hiver, ça ne sert à rien. Le CHRS, c’est mieux, j’ai mon logement, je suis tranquille, peinard.

Mon copain connaissait tout, moi j’étais perdu. On a été dehors à Dunkerque, 4 à 5 mois. Je suis tombé malade comme un chien. La femme que j’ai rencontrée, elle a un gros cœur, je la respecte. J’étais moral moins 1. Elle m’a hébergé. Tout s’est bien passé. Cette femme a attendu qu’on ait notre logement pour dire « va mon fils ».

Maintenant, j’ai trouvé du travail, le patron est sympa. Je suis fier. Je marche la tête haute. Ceux qui cherchent du travail, je les encourage, ce n’est pas facile. Quand tu es dans la rue, tu te dis : « je vais crever ». Dans l’état que je suis maintenant, c’est grâce à moi et à cette femme.

C’est dur, il y a des jours, j’ai eu la flemme de faire les démarches. Y a des jours, je me poussais. Merci à mon ami, Marcel. J’encourage tout le monde à faire ses démarches. C’est dur de marcher droit. J’ai écrit un texte pour l’abbé Pierre. Je voudrais le donner au Président d’Emmaüs.

Je comprends qu’il n’y ait plus beaucoup de bénévole, parce qu’il n’y a pas d’argent qui rentre. Les gens ont besoin d’argent, faut payer le loyer. S’il faut manifester devant le Président, moi j’y vais ! Préparez-moi un mégaphone, car il est sourd !

Marcel 19 ans

J’ai eu un passé dur, placé à l’âge de 7 ans. J’ai été dans un foyer, puis une famille d’accueil. Ça s’est pas bien passé. Je suis arrivé à Dunkerque. J’ai voulu revoir ma famille après 11 ans. Ma mère m’a remis dehors au bout de 3 mois. Mon père aussi, ça n’allait pas avec la belle-mère.

La seule connerie que j’ai faite : j’ai arrêté l’école à 14 ans et j’ai dérapé. J’ai commencé à travailler à 16 ans. J’ai appris des métiers : mécanique, carrelage, bâtiment. Sans diplôme, tu n’y arrives pas. Il devrait y avoir plus d’associations comme ici.

J’ai rencontré Sébastien, j’ai eu un logement en CHRS, mais je n’ai pas encore de travail. Ces gens qui sont là pour manger le midi à l’accueil de jour, qui partagent nos douleurs. Sébastien a craqué y a pas longtemps, même un homme est sensible, des fois je craque. Respect à la structure, ici, l’accueil de jour. Maintenant, je m’en sors. Dunkerque, c’est une ville qui m’a plu, y a plus de chance de trouver du travail ici qu’à Douai. Je veux m’en sortir et ne pas avoir une vie de chien. J’ai vécu la misère, j’ai connu des gens qui ont connu la misère. Je regarde les infos. Il y a des trucs dégueulasses. Si je gagnais au loto, je donnerais l’argent aux petits enfants d’Afrique.

Jean

Qui a de l’argent dans cette société et ne pense pas à son nombril ?

Amar

J’ai des enfants et je suis clochard. Un gosse de 15 ans me traite de clochard, c’est pas logique. C’est pas logique, c’est pas normal et j’ai pleuré. L’humain, c’est un humain. On est rabaissé. Où va la France ? Les riches s’enrichissent. Les pauvres crèvent. Si quelqu’un est dans la merde, je vais l’aider. Je suis dans la merde, mais je vais l’aider.

Jean-Luc 57 ans

J’ai commencé à travailler à l’âge de 8 ans. J’ai travaillé toute ma vie. À 50 ans, je suis tombé malade. Je suis cardiaque et j’ai de l’emphysème. Je suis vite essoufflé. Les médecins m’ont interdit tout travail. Je me suis battu. On m’a licencié. On ne m’a pas donné le choix parce que je suis reconnu inapte à tout travail. Pendant 2 ans ½, j’ai crié au secours dans le chemin. On ne m’a pas donné une tartine. Une personne m’a amené à l’accueil de jour. L’éducatrice m’a dit faut faire ci, çà. J’ai été convoqué par une assistante sociale : « ça fait deux ans que vous êtes malade, il faut reprendre le travail ». J’adorais mon travail, j’étais chauffeur international. J’avais une femme et des enfants. Quand j’étais au plus bas et qu’on m’a coupé les vivres, ma femme m’a dit adieu. Je me suis retrouvé en mobilhome. J’ai demandé le RMI. On me l’a refusé car j’étais dans un camping. On m’a demandé de travailler. Mais je ne peux plus. Je ne comprends pas que l’on ne m’ait pas mis en invalidité, chaque dossier est rejeté. Je dois avoir 80% à la COTOREP. Pour demander ma retraite, il me manque un point.

L’Assédic m’a dit : « qu’est ce que je peux faire de vous ? » L’ANPE ne s’occupe plus de moi. Je ne peux même pas coller des timbres, maintenant c’est des machines.

J’ai connu la belle vie, les mondanités, les costumes cravates. Quand on n’est plus bon, c’est fini, on ne s’occupe plus de vous. J’ai connu l’Afrique, le Congo, le Sénégal, y en a partout des malheureux. Quand on me demande ma nationalité, je réponds : je suis terrien. Qu’on soit blanc ou noir, c’est pareil. La misère ça ne devrait pas exister.

On est plus heureux entre nous que de compter sur l’Etat. Tout le monde a le droit d’avoir un toit. L’année prochaine, je n’aurai plus de toit car je n’aurai plus de ressource. Qu’est ce qu’il faut faire ? A l’hospice ? On doit aider les vieux.

Le plus souvent les SDF sont les gens les plus honnêtes. On les pousse à devenir des crapules. Les plus grands voleurs, ce sont ceux qui ont le pouvoir et qui ont les clefs du coffre.

David

Ma vie, c’est la manche. Je dors dans la rue, pas loin d’ici. J’ai peut-être la possibilité d’avoir une formation et avoir le RMI avec l’aide d’un avocat. Je suis de nationalité belge. La Caisse d’Allocation Familiale demande un papier de séjour qui n’existe plus. Je n’ai jamais travaillé à cause de problèmes familiaux. J’ai des problèmes de santé, alcool plus psy. Je vois un psy d’une association.

Bastien

Avant, j’étais dehors, pendant plus de 5 mois. Puis on m’a aidé pour avoir un logement. Maintenant, je ne suis plus dehors.

Laurent

La misère, ça fait des années que ça existe et c’est malheureux. Y en a qui s’en mettent plein les poches, c’est inadmissible. Avant, j’étais à Emmaüs. Je suis allé à l’enterrement de l’abbé Pierre. J’ai vu des ministres, des artistes. Coluche a dit la vérité. Ça n’a pas plu, au gouvernement. On l’a supprimé. On a voulu qu’il meure. Ces gens là, on ne les verra plus jamais. Les Présidents, c’est des manières qu’ils font. L’abbé Pierre est mort et ça m’a fait mal au cœur.

Il y a beaucoup de gens qui rigolent des malheureux. Quand on voit des gens qui bossent dans le social, qui se branlent les couilles, ils reçoivent leur salaire. J’ai un copain qui est mort dans la rue. Robert a été enterré comme un chien. C’est dégueulasse. C’était un homme respectueux, honnête. Il est mort il y a deux mois. J’ai fait une cagnotte pour Robert. J’ai mis une fleur sur sa tombe.

Les ouvriers en ont marre de payer pour des cons qui s’en fichent. Il faut une révolution. Un jour, ça va craquer. Un Rmiste ne peut pas payer un loyer de 600 euros.

J’ai une petite fille, je suis séparé. C’est ma fille qui me retient, c’est le plus cher de mon cœur. Je me suis retrouvé tout seul du jour au lendemain. On ne m’a pas laissé reconnaître ma fille. Je ne suis pas un bâtard. J’ai fait le Nord Pas de Calais dans les Emmaüs. Médecins, pompiers, avocats, tout le monde peut tomber dans la merde.

Angélique

Depuis l’âge de 18 ans, j’élève mes enfants. Aujourd’hui, ils sont adolescents et cela me permet de rechercher un emploi. En ce moment je fais des essais pour travailler tous les week-ends, à partir de décembre, comme intermittente du spectacle.

Mes besoins sont d’abord alimentaires et financiers. J’ai énormément d’aide de l’association. Heureusement, car dans ma situation, on survit, on ne vit pas. Cette aide de l’association m’est très précieuse, à un point inimaginable. En plus nous bougeons en vacances ou en voyage des jours pour des visites que nous n’aurions pas eu les moyens de nous offrir. On se sent bien entouré.

Le C.C.A.S. et l’assistante sociale me permettent d’avoir des tickets services, mais très occasionnellement.

Moralement, notre famille est détruite et séparée. Nous vivons avec mes 3 enfants dans un studio de 12 m². J’ai écrit à l’Elysée, au Sous Préfet, à la Ministre, en Mairie. Il n’y a aucun logement de disponible.

Evidemment, les problèmes de santé s’accumulent : sommeil, équilibre alimentaire, manque de fer et de calcium, stress et contraintes font des problèmes musculaires. J’ai la C.M.U. pour moi et mes filles. Pas pour mon fils que j’ai malheureusement dû donner en garde à son père. Mais il vient en vacances avec nous, je dois payer les consultations et cela revient cher.

Bertrand

Ma famille est recomposée. Nous avons 7 enfants. On était descendu bien bas. C’est d’abord un divorce qui a mal tourné. Mon ex épouse qui décède pendant le divorce et ce sont mes 3 filles qui ont hérité de ses dettes. La seule chose que je voyais, c’était protéger mes gosses. On a commencé avec ma nouvelle compagne à épurer les dettes. J’étais patron d’un snack à Dunkerque, comme j’ai eu des problèmes de santé, j’ai du tout arrêté. Comme j’étais patron, je n’ai pas eu d’aide. Quand ça va mal, dans l’entourage, les amis quittent le navire. Dès l’instant où on ne peut pas payer une dette, ça s’enclenche. La banque, ce sont des bons salopards, au lieu de m’aider, il faisait tout pour vendre la maison à la bougie. La banque à chaque fois en rajoutait une couche. J’ai dû prendre un avocat pour me défendre et j’ai fait appel à l’aide juridictionnelle, je me suis battu.

Il fallait que je m’occupe. Comme je ne pouvais pas travailler, j’ai aidé une association à Saint Pol qui distribue de la nourriture gratuitement. C’est là que j’ai rencontré une personne qui m’a ouvert les portes.

Nous avons vécu un gros moment de galère. On s’enfonçait de plus en plus et j’ai du faire appel à l’aide d’ici. Cela n’a pas été facile. J’avais l’habitude de me débrouiller tout seul. Faire la charité, je n’aime pas trop. Je suis plutôt quelqu’un qui donne des coups de main. Même si on est dans la galère, on ne veut pas d’assistanat. Le système de l’épicerie solidaire permet de passer le cap. J’avais besoin de 2000 litres de fioul pour remplir ma cuve et chauffer l’hiver. A l’épicerie solidaire, il y a le service de la nourriture plus le côté relationnel. On est accueilli avec un café et des petits gâteaux. Les gens sont souriants. Personne ne critique, c’est merveilleux. Une équipe nous écoute, c’est important de pouvoir discuter, dialoguer avec les gens. La première fois on n’est pas bien. La deuxième fois on se sent bien. On a laissé les soucis dehors.

Aujourd’hui on est autonome. Tous les soucis ne sont pas résolus. On a fait appel à la Banque de France pour un dossier de surendettement. J’ai 45 ans, je suis un gros bonhomme, pour trouver du travail, ce n’est pas la peine. J’ai créé une SARL et je dégage un petit salaire. Je vends des frites. C’est une petite affaire qui commence à bien marcher.

Dans la vie, malgré les galères, je ne lâche pas l’affaire. Ma bouffée d’air, c’est la musique. Si mon parcours « désastre » peut aider quelqu’un, je ne le cacherai pas. Aujourd’hui, je suis content de moi. J’ai eu cette chance de rencontrer des gens qui m’ont remis sur la route et d’être aiguillé par une association.

Rita

Je vais avoir 40 ans et je fais le constat des années passées. J’étais animatrice dans le social. J’étais diplômée d’un BEATEP. J’ai fait divers contrats : TUC, CES. Après ma formation j’ai fait des stages. Mais je n’ai pas trouvé de travail stable. J’étais vacataire. Ma santé s’est détériorée. J’ai été reconnue travailleur handicapé. Après, mon mari a été de moins en moins bien. Il avait respiré des peintures avec des solvants au travail. On l’a mis en invalidité. Moi, on me bascule en Allocation Spécifique de Solidarité. Mon mari 600 euros par mois, moi 500. Je cherche du travail partout. Mais je cumule : demandeur d’emploi et travailleur handicapé.

On m’a proposé des formations. Y a un jour, j’en ai eu ras le bol et on m’a dit il y a le contrat d’avenir. Je commence un contrat dans une école, dame pipi à la récré. Dans le contrat d’avenir, le terme avenir me choque. J’ai eu un trop perçu de l’Assédic et de la CAF sans le savoir. Comme j’avais repris un travail, je perdais toutes mes aides. Mon mari a dû aussi rembourser un trop perçu sur sa pension d’invalidité. Je me suis rendue compte que ma reprise d’emploi entraînait des tas de remboursements.

Je travaillais, mais je me suis retrouvée dans la merde. Je pleurais tous les jours. Mon enfant de 8 ans ne comprenait pas. La santé de mon mari déclinait. J’ai dû aller voir une assistante sociale pour lui dire : je travaille et je suis dans la merde. J’ai essayé de négocier un échelonnement du remboursement à la CAF. Comme je travaillais, cela n’a pas marché. Aujourd’hui je suis en Allocation de retour à l’emploi et je suis toujours en train de rembourser les trop perçus.

On a sa fierté, ça peut paraître désuet pour certains. Je ne pensais pas qu’un jour je me retrouverais dans cette situation là. Je fais des brocantes, dehors, qu’il vente, qu’il neige. Je dois soutenir mon mari même si je ne vais pas bien. Je stocke des conserves, de la nourriture. Je me sens coupable de prendre de la nourriture à l’épicerie solidaire.

A l’épicerie, c’est génial. C’est une écoute, une aide. Ce qui m’a le plus émue, c’est la fête des mères que l’on a passé ensemble. Le petit m’avait fabriqué un bracelet. J’ai fondu en larme. Ça ne venait pas d’un magasin.

On m’a parlé d’Eurodisney. Ça me semblait inconcevable d’avoir une aide financière pour une sortie en famille. On peut s’en sortir avec de l’aide et de la bonne volonté. On n’est pas tous pareil, y en a qui abandonne. Ce n’est pas parce que l’on est dans la difficulté que l’on devient forcément haineux. Quand je fais de la soupe, j’en donne aux petites mamies de ma rue. Je ne sais pas ce qu’elles ont comme revenu. Le plus important, c’est l’écoute, parler c’est important. On peut avoir une galère, ce n’est pas pour ça que l’on est différent.

Je suis venue pour dire que l’on peut travailler, mais ne pas s’en sortir.

Annie

J’ai toujours des problèmes avec mon logement. J’ai loué une maison. Mais je ne savais pas que les murs étaient humides. Je n’ai plus payé mon loyer et le propriétaire m’a mise à l’huissier. J’ai dû aller voir un avocat. Les travaux n’ont pas été faits par le propriétaire. Les loyers sont bloqués chez l’avocat et le propriétaire perçoit toujours l’allocation logement de la CAF. Mon fils fait des travaux mais cela coûte cher. Je n’ai que le RMI et mon fils aussi. C’est du chauffage électrique et je ne peux pas me servir des cheminées. Car elles ne sont pas conformes. C’est ce que dit le propriétaire. Je me retrouve bien dans l’association. Tout le monde est accueilli et peut participer aux ateliers.

Jean Pierre

J’ai eu un travail difficile. Puis j’ai travaillé pendant 20 années à USINOR. Avant c’était plus facile, tout le monde travaillait. Maintenant les gens font un CES, un stage et après se retrouvent de nouveau au chômage.

Ma vie est difficile. Je n’ai qu’une petite retraite. Avant de percevoir ma retraite, je percevais l’ASSEDIC. J’avais le droit à des aides pour le logement, le transport, la taxe d’habitation… Maintenant, que je suis à la retraite, j’ai perdu toutes les aides et j’ai des difficultés à boucler mes fins de mois.

Je suis fier de dire que mon garçon a un bagage et qu’il est resté chez lui jusque 28 ans parce que c’était difficile de trouver du travail. Il avait un bagage mais pas d’expérience. Maintenant, il a un travail et une maison.

Les gens ont beaucoup de problèmes, le logement et tout… C’est dur surtout des problèmes de loyer.

René

C’est difficile de remonter la pente. J’ai dû faire une procédure de surendettement. Je cherche mes solutions seul. J’aime mieux résoudre mes problèmes moi-même. Mon souhait est de trouver un logement, c’est difficile car il faut payer des cautions et je n’ai qu’une petite retraite. Actuellement, je suis hébergé chez une personne. Mais ce n’est pas chez moi. Je ne peux pas faire ce que je veux.

J’ai commencé à travailler à 14 ans, de 14 à 15 heures par jour. Je ne pouvais pas faire d’heures supplémentaires. Je travaillais dans la charpente métallique et j’ai fait une chute de 12 mètres. Je connais bien l’association et ce qui se fait ici. Le bilan de santé, je sais que ça existe, mais je n’y vais pas. Je ne connais pas le médecin. Et puis, on sert de cobaye. Je vais seulement voir mon médecin. Je suis venu ici avec Jean-Pierre, j’ai connu des personnes, c’est un lieu de confiance.

Michel

J’avais un appartement à Grande-Synthe depuis 17 ans. J’ai été mis à la rue car les gens ne m’aimaient pas. Je suis passé au tribunal de Dunkerque. Etant handicapé, j’ai fait divers hôpitaux pour ne pas avoir froid et pouvoir manger. J’en ai marre que les gens parlent mal de moi. Je suis en relation avec un psychologue. J’ai voulu faire soigner mes pieds. Mais ça a été refusé. L’association A. ne veut pas me rendre ma carte bancaire. C’est pas normal, étant géré par la loi que l’association ne me donne pas un appartement et qu’il me laisse mourir de froid. Passer du temps avec des gens, manger, boire chaud et chercher du réconfort avec d’autres personnes pour être moins seul.

Témoignages recueillis le 20 octobre 2007 (place Jean Bart)

Un Rmiste

qui n’a pas trop voulu parlé de ses problèmes, mais qui a trouvé que cette journée du refus de la misère était très bien et très conviviale

Patrick

Je voudrai que le monde entier soit heureux. Comme moi, comme mon garçon, comme Princesse (mon chien). Bon courage pour les autres (Jeannot, Pascal et Patrick)

Sébastien

Je souhaite que le système évolue avec plus d’attention envers la jeunesse et dans toutes les cultures.

Raphaël

L’altruisme des personnes dans le besoin est impressionnant. Un homme pense à ses enfants et finit par s’oublier.

Antho

Je suis de la Somme. Je connais l’association Michel, les restos du cœur. J’ai pas voulu être dans la rue. Mais maintenant c’est un choix de vie. On ferme les squatts et les CHRS n’acceptent pas les chiens. J’en fais quoi de mon chien, moi ? Je fais la manche pour me nourrir mais c’est dur. La municipale nous vire tout le temps.

M.J.

Je remercie l’équipe de l’Armée du salut et je passe une dédicace à mon pote Seb. Continue dans la vie, on s’en sortira à 2. Big Bisous à tous.

Je m’appelle Momo,

j’arrive faire le rigolo. Je suis Guy tox et faut pas me prendre pour un tox. Petite pensée à tous les gens qui survivent. Bon courage. Love !!!

Lan. N.

La misère n’a pas de visage.

Anonyme

Au lieu de dépenser des millions d’euros pour des vacances, de eux. Pensons donc à ceux qui ont moins de 1 euro par jour pour vivre

Anonyme

Deux ans dans la rue, une chambre à l’hôtel, handicapé, 2 étages à monter. Je gagne 450€ par mois. Je n’ai jamais été agressé par les gens de la rue. Je n’ai pas le droit d’aller dans les centres d’accueil car j’ai 60 ans Je fais parti des plus anciens dans la rue. J’espère que cette journée va changer quelque chose. Aujourd’hui il y a du monde mais demain on sera tout seul. N’importe qui peut tomber dans la rue.

Je n’ai pas de papiers, pas de travail. Je suis roumain.

La vie est difficile avec des enfants (4 enfants). Le lait Guigoz et les couches, c’est trop cher !

Les propriétaires ont la loi ! Je suis déçu, c’est les riches qui ont le pouvoir ! Comment on avance. Moi j’ai 53 ans et j’ai plus rien à perdre, c’est triste pour les jeunes.

On est des humains comme tout le monde. Laissez-nous vivre comme tout le monde (Psyko)

Mamie Andrée

Pas assez d’aides, il faudrait plus de moyens. On veut plus de reconnaissance et de dignité.

Que toutes les personnes soient égales et que la justice soit juste !

Seb

Bonjour tout le monde, je vous remercie d’être là aujourd’hui et j’espère que vous serez là l’année prochaine et plus nombreux. Combattons la misère ensemble !

Je souhaiterai avoir un logement pour avoir une autonomie et mon intimité et l’intégrité

Audrey

Ce n’est pas parce que l’on grandit dans le froid, qu’on a le cœur glacé.

C’est con qu’une journée comme ça, il y en a qu’une. Car la misère, c’est 365 jours par an. Mais c’est bien, ça peut faire bouger les choses. C’est bien pour ceux qui sont en foyer et qui veulent s’en sortir.

Je vis dans une caravane avec 5 enfants. Aujourd’hui je fais la manche pour une bouteille de gaz. Je viens de Roumanie et je n’ai pas d’aides.

Jean

Je souhaite que tout le monde soit solidaire et qu’on regarde le public autrement. L’union fait la force pour faire reculer la misère. Aimons-nous tous, pour une justice pour tous, NON à une injustice.

Le philosophe saint polois

Si j’ai autant de temps de paroles que des moyens de me nourrir. Je suis mal barré.

Tant de jeunes en galère.

Jéremy et Patrick

Pour tous les gens de la rue : Bonheur, Santé !

Janice

Je souhaite que du bonheur pour tout le monde

Franciane

La misère c’est l’horreur. Tout est trop cher. On ne se rend pas compte de la misère autour de nous. Aujourd’hui, qui va aider l’autre ? Il y a de plus en plus de personnes dans la rue. Nous, on perçoit le minimum vieillesse, on fait attention à ce que l’on dépense au quotidien. C’est pas qu’on ne veut pas aider, c’est qu’on ne peut pas !

Brigitte

On est le 4ème pays le plus riche du monde et il ne devrait pas avoir de journée de la misère !!!

Allan

Je suis américain, j’ai 34 ans. Je suis venu en avion, ma mère est française. Mon père est décédé aux Etats Unis. Mon travail, c’est la rue. Je connais Jean Claude, il va m’aider à trouver un logement.

Simplifier l’accès au logement (plus de garant)

On est tous contre la misère. Halte à la misère, il faut bouger pour faire face à ce fléau. Merci pour la solidarité des associations.

J’arrive de Pologne, je dors dehors avec mes deux chiens et sans aucun revenu. Je n’ai pas de papiers c’est pour ça que je suis rejeté

Benoît

Du jour au lendemain, ma compagne m’a trahi et je me suis retrouvé sans rien. Maintenant je suis dégoutté de la vie, je me sens mal. Au secours, aidez moi, je suis dans le sable mouvant.

Nabil

Les vrais misérables ne sont pas ceux qui n’ont pas de quoi se loger ou se nourrir, mais ceux qui n’éprouvent pas le besoin de donner. Misère = Cupidité.

Aziz

J’espère que ce genre de manifestation altruiste se multiplient et se rééditent pour que le mot « misère » disparaisse dans la vie quotidienne de ces gens de la rue qui sont disposés à tout faire. (…) A cet effet, au lieu de mettre de côté ces euros passer des vacances, il est préférable de les partager avec ceux qui n’ont même pas le minimum pour vivre. Aidons-les, avec une petite pièce pour qu’on les regaillardise et que le mot « espoir » vienne remplacer celui de « misère ».

Rédouane

Stop la misère !

Jo

J’ai mal aux tripes, j’ai des nausées de dégoût, je veux crier ma haine tant ce monde tourne fou… fou…

Gérard

Le droit au logement et au travail

Houssine, de Bagdad

A cause de la guerre en Irak, je suis venu en France, il y a quinze jours. Je n’ai pas de maison, pas de papiers, pas à manger, je ne peux pas me laver, pas de vêtements propres et je ne connais personne. Je voudrais aller en Angleterre car je crois que la vie est moins difficile là-bas.

Bernardo

Avoir du travail pour tous et des logements pour les gens de la rue.

Avoir des vêtements pour les gens de la rue et des associations.

C’est dégueulasse, E. nous prend un pourcentage de notre RMI, et on n’a que les week ends de libres donc on ne peut pas faire nos démarches.

Vandromme

Que dans la vie où je suis, handicapé sur moi-même, dormir dehors dans le froid, dans la solitude. Cela parfois être heureux. Serait-ce ma seule façon de me faire comprendre. Si mon cœur, il pleure, mes yeux tonne en larmes. Que le père Janeaux et Patrick, que le poète sera là. Patrick, papa et maman seront là. Je les aime.

Pour tous les jeunes et anciens

Tous les citoyens, tous à la même enseigne, tous égaux Dans cette France qui n’a plus de raison Tant d’amertume pour une question de « tunes » Notre plumeau est aussi lourd qu’une enclume Je pourrais mettre ce texte à la une Car la vie nous fume Tous dans un brouillard de fumée La vision brouillée Par une France en excès de « Colère » J’en ai un nœud à l’estomac Quand je vois tant de misère Et pourtant tant de délinquance Et de soif de vengeance Pour la honte du front sans pardon Ils disent « non » Mais dans le fond C’est des gens qui vont voir les démons Sans choisir, je passe toute l’impunité Que je peux assumer Le tout-puissant le sait On n’ira chercher la vérité De tous ces gens sans vanité

Bernard

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