Santé mentale et précarité (mai 2011)

Une deuxième session de formation aux questions posées par les personnes en situation de précarité et leur santé mentale vient de se terminer.Elle a été animée comme la première par Mme Stevenard, psychiatre et Mr Julien Prigent et Mme Sylvie Wuiart, infirmiers au CMP Van Gogh à Rosendaël Elle était plus particulièrement ouverte aux professionnels des Centres communaux d’action sociale. On pourra lire par ailleurs le compte-rendu intégral des échanges auxquels elle a donné lieu. En voici cependant quelques extraits.

Question : « La grande exclusion peut- elle entraîner une maladie mentale ? »

Mme Stevenard : « Non. Si l’une de ces personnes est malade, c’est qu’elle avait une maladie mentale et qu’elle ne prend certainement plus son traitement. Il y a 30% de schizophrènes à la rue dans une société où il y a moins de solidarité familiale La souffrance psychique entraîne de la honte, de l’inhibition et de la désespérance, de la rupture de lien. Ces personnes sont privées de leur besoin de consommer. »

Question : « Quelqu’un en souffrance psychique est-ce une personne qui pleure ? »

Mme Stevenard : « Non, pas forcément. Souvent les personnes très déprimées ne pleurent pas mais elles ne sourient pas non plus. Notre travail consiste à recréer du lien, à dire à cette personne : « Vous avez une place importante ! » La déprime n’est pas quelque chose de spécifique à la personne du SDF. On peut également déprimer au travail ! »

Question « La souffrance psychique peut-elle entraîner une maladie mentale ? »

Mme Stevenard : « Non. Mais la souffrance psychique peut entraîner des addictions. 90% des SDF consomment des substances addictives. Souvent, ces personnes consommaient déjà avant de se retrouver sans domicile.

…/… Les personnes reconnues comme malades mentaux perçoivent l’Allocation Adulte handicapé. Certaines personnes refusent cette prestation sociale car elles ont l’impression qu’on leur colle une étiquette. Beaucoup de psychotiques ne supportent pas d’être malades !

Il y a également beaucoup de malades mentaux en prison. C’est nouveau. Car avant, les malades mentaux étaient considérés comme irresponsables. Ils n’allaient pas en prison mais plutôt dans une structure d’accueil

Il faut savoir que 90% des schizophrènes sont dangereux pour eux-mêmes !

Je suis allée à la journée des droits de l’enfant en 2010 et au sujet du rapport du défenseur des enfants :

- 2 millions d’enfants vivent sous le seuil de pauvreté en France !
- 144 00 enfants ont été placés à l’ASE en 2009 !

Il y a de fortes conséquences sur leur avenir, leur équilibre, leur parcours scolaire et évidemment sur leur santé. Le plus souvent il n’y a pas de suivi chez un généraliste. Ils ont recours aux urgences de l’hôpital. Il n’y a généralement pas de prévention chez les personnes en très grande précarité. Ils consultent lorsque leur corps les fait souffrir et cela dans l’urgence. C’est pareil pour leurs enfants. Il n’y a pas de suivi médical, pas de prévention au niveau dentaire ou autre.

Ils ont recours aux urgences de l’hôpital. Il n’y a généralement pas de prévention chez les personnes en très grande précarité. Ils consultent lorsque leur corps les fait souffrir et cela dans l’urgence. C’est pareil pour leurs enfants. Il n’y a pas de suivi médical, pas de prévention au niveau dentaire ou autre.

On retrouve chez les enfants issus de familles en précarité un risque d’obésité multiplié par 3 ou 4 (grignotage, plats non structurés, etc.…), une augmentation de grossesse chez les adolescentes, 17% des enfants sont touchés par le saturnisme (intoxication aiguë ou chronique par le plomb provoqué par l’état insalubre de l’habitation.)

Les écoles fabriquent des exclus : Chaque année 150 000 jeunes sortent du parcours scolaire sans qualification !

Les personnes vivant en situation de précarité meurent plus jeunes que les autres ! Ils ont le corps usé !

Il ne faut pas oublier l’importance du soin primitif (pas de frottis chez les femmes, pas de prévention dentaire, pas de bilan sanguin etc.).

70% des entrées aux urgences ne sont pas des urgences !

Il est important en tant que travailleurs sociaux de vérifier auprès des personnes que vous accueillez : leurs droits à la CMU et s’ils ont un médecin traitant.

Il faut leur redonner conscience de leur corps !

Le médecin est important car il peut se mettre en lien avec un CMP et envoyer la personne pour un suivi. Il peut également administrer un traitement à la personne y compris des anxiolytiques ou des anti-dépresseurs et il est également formé à la prise en charge de l’alcoolisme. Mais n’imaginez pas que le médecin ou le psychiatre puissent résoudre tous les problèmes. Souvent ils sont aussi démunis et impuissants que vous. Souvent votre propre qualité d’écoute et d’accompagnement est aussi précieuse que tous les médicaments du monde.

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