Profession : humanitaire

Beaucoup d’entre nous ont été amené, depuis plus de 2 ans qu’il travaillait sur le dunkerquois et sur le calaisis, à le rencontrer et à agir avec lui. Mathieu Quinette quitte son poste de coordinateur de l’association Médecins du monde sur le littoral, pour rejoindre son équipe nationale. C’est l’occasion de parler d’un métier que peu connaissent et qui, pourtant, nous serait bien utile dans notre travail social quotidien.

Mathieu avait fait plusieurs missions à l’étranger avant de venir ici. C’est dire que les réfugiés et l’accueil qu’humainement il est nécessaire de leur apporter, il les connaissait. Concrètement, il a apporté tout son savoir faire dans la coordination des interventions du réseau de médecins et d’infirmières auprès des personnes migrantes de passage sur notre littoral. Mais n’imaginez pas qu’il s’agisse avant tout d’un travail de planning. La première préoccupation d’un tel chef de projet, c’est d’abord de bien connaître les conditions sanitaires dans lesquelles cette population se trouve. C’est ensuite de mobiliser tous les savoirs faire locaux pour répondre à ces besoins. C’est aussi identifier les raisons pour lesquelles la situation sanitaire des personnes migrantes est si dégradée. C’est enfin tenter de trouver, avec les autres, les solutions pour répondre aux urgences médicales et pour améliorer les conditions sanitaires dans lesquelles ils se trouvent.

C’est dire qu’au fur et à mesure qu’il a avancé dans la réalisation de sa mission, il a tissé un réseau de liens de plus en plus serrés. Le premier a été évidemment avec son équipe de médecins et d’infirmières. Mais, très vite, il est devenu un membre très actif du collectif des associations qui interviennent tous les jours auprès de la population des migrants de passage. Ensuite, il a fallu tenter d’articuler les interventions médicales d’urgence, directement sur le terrain, avec les dispositifs locaux existant comme la Permanence d’Accès aux soins de santé implanté dans le service d’urgence de l’hôpital. Les principaux problèmes sanitaires rencontrés par ces personnes migrantes sont dûs à leurs conditions d’existence matérielle : le manque d’abris dans lesquels elles se trouvent, les problèmes d’hygiène que cela pose, les problèmes de sécurité, etc. C’est tout un réseau complexe qu’il s’agit alors de mobiliser qui va de la Sous Préfecture dont les inter ventions répétées par le biais de la police met en danger concrètement les personnes dont ils doivent pourtant assurer la sécurité, jusqu’aux services communautaires de ramassage des ordures ménagères en passant par les services municipaux, la C.A.O. qui gère et coordonne l’hébergement d’urgence, etc.

Travail épuisant où les avancées sont suivies immédiatement de mise en cause, y compris par les personnes directement concernées. Construire par exemple des abris, c’est en même temps faire repérer plus facilement les migrants par les forces de police. Conséquence, les migrants eux-mêmes risquent de les bouder et de préférer des abris complètement précaires où ils mettent gravement leur santé en danger. Ou encore, ses propres amis comprennent difficilement que ce qui est mis en œuvre pour une population ne puisse pas s’étendre à d’autres populations aussi fortement dans le besoin.

En réalité, ce métier est de plonger dans toutes les contradictions de notre propre société tout en tentant constamment de n’avoir qu’un seul objectif : la santé des personnes.

On s’y épuise vite d’autant qu’on n’a plus beaucoup de moments à soi. Il n’est donc pas étonnant qu’on passe le relais au bout de quelque temps, quand c’est possible.

Au carrefour des solidarités on s’est vite senti en phase avec Mathieu. Nos métiers ont un air de ressemblance, toute proportion gardée. On aimerait bien trouver de tels responsables de projet sur plein d’autres sujets. Ils existent pourtant et on en parle peu.

Bon vent Mathieu et bienvenue à Cécile qui te remplace.

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