Premiers échos des "rendez-vous citoyens"

Réunir des citoyens pour qu’ils expriment aux autres les difficultés qu’ils rencontrent et les espoirs qui les font vivre, tel est l’objectif des « rendez-vous citoyens ». Deux d’entre eux ont déjà eu lieu. D’autres se tiendront dans les jours qui viennent. C’est peu dire que ces échanges sont extrêmement riches. En voici quelques premiers extraits. Un cahier les réunissant sera bientôt mis à la disposition de tous.

F. :

« La qualité de l’accueil ne dépend pas du service, mais de la personne qui vous accueille. Entre le centre communal d’action sociale et les services du département, il n’y a pas assez de coordination. Le CCAS, quand il y a un retard de facture, vous envoie un courrier pour vous l’indiquer et vous renvoie sur les services du Département. J’ai l’impression que les deux services se mangent et que nous sommes les boucs émissaires. »

… J’étais en pleine séparation et je me suis sentie flinguée par la femme à l’accueil qui, elle aussi, était en pleine séparation. Les femmes sont solidaires et défendent plutôt la femme. Des gens m’avaient prévenu que cela se serait mal passé avec cette personne à l’accueil. J’ai regretté de ne pas avoir été reçu par un homme. Un mauvais accueil dissuade de revenir.

Si quelqu’un pourrit le système dans une association, il y a beau avoir du bon dans l’équipe, c’est effacé. »

L. :

« J’ai découvert les services sociaux il y a un an. Avant j’avais un boulot. Puis j’ai divorcé, puis mon frère est décédé et j’ai fait une dépression.

J’ai 43 ans et je travaille depuis l’âge de 15 ans. Ça fait deux ans que je n’ai plus d’emploi. Je n’ai rien demandé à personne par fierté et surtout vis à vis du regard de nos enfants. J’ai été père célibataire pendant quatre ans. Aujourd’hui je vis dans un foyer. Mais je ne peux pas y recevoir mes enfants. Je les vois dans une association. L’environnement au foyer n’est pas sain. Mon objectif est de retrouver un travail pour avoir un toit pour accueillir mes enfants. Je faisais des déplacements. C’est la deuxième fois dans ma vie que je retombe à zéro. La solitude, c’est énorme. Je suis quelqu’un d’assez renfermé. Pour parler comme maintenant, ça m’a pris du temps. »

L. :

« La personne qui vous accueille doit être aimable. Si vous êtes bien habillé, on vous accueille avec des grands salamalek. Ils se fient aux apparences et non à la personne. A la Caisse d’allocations familiales, la première fois que j’y suis allée, j’ai été sidérée. C’est tout juste si on a répondu à mon bonjour. J’ai pensé que pour eux j’étais une moins que rien. On te regarde des pieds à la tête comme si tu te présentais chez un patron.

J’habitais Dunkerque et je ne touchais pas encore le RMI. J’étais sans rien. Je suis allée au CCAS. Je ne demandais pas de l’argent, mais à manger. Quelqu’un m’a reçu et comme j’étais bien mise, on m’a refusé un colis alimentaire. J’étais en rage parce que le Monsieur à côté de moi était plein comme une huître et on lui a donné un colis. On n’a pas voulu comprendre ma situation. »

V. :

« L’accueil est différent si on est en costume cravate. Si on arrive avec un pantalon troué, on te tutoie. Le premier regard que la personne qui est à l’accueil lance, elle est déjà en train de vous juger. Elle adapte son langage à la façon dont on est habillé. C’est l’impression que j’ai eue.

J’étais dans un foyer d’hébergement d’urgence. Je n’avais eu que les allocations familiales pour un mois. J’ai du aller au CCAS pour avoir des bons alimentaires. J’y suis allée un matin. On m’a dit de repasser l’après-midi. J’y suis retournée. On était plusieurs à attendre dans le hall. La personne qui devait nous recevoir s’est engueulée devant nous avec la secrétaire. La secrétaire était bouleversée et est partie pleurer dans les toilettes. J’ai attendu deux heures pour être reçue. Je me suis retenue de dire « Madame vous me devez des excuses. Ce n’est pas professionnel de critiquer une collègue devant nous ». Je ne lui ai rien dit. J’avais peur qu’elle me refuse ce que je demandais ou qu’on refuse de m’aider les fois suivantes.

Si on est bien reçu et qu’on obtient ce qu’on veut, on oublie que ça s’est bien passé. Si ça se passe mal, on ne l’oublie pas. Après un mauvais accueil, on est méfiant. »

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