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Pauvreté : les élus en seraient-ils tous responsables ?

On peut être pauvre de beaucoup de façons. Mais cela commence presque toujours par manquer des ressources nécessaires à sa survie. Or, souvent, les personnes qui vivent cette réalité en incriminent, dès qu’ils en rencontrent un ou une, l’élu(e) qui se trouve à leur portée comme s’ils ou elles en étaient directement responsables. Concernant les seuls élus locaux, c’est évidemment abusif. Mais au fait, qui est responsable de la situation de pauvreté vécue par certains d’entre nous ?

Dans notre société, on obtient normalement les ressources nécessaires à sa survie par le travail. Le mécanisme collectif du salaire minimum devrait permettre à chacun de les trouver pourvu qu’il ait un travail à plein temps. Que ce salaire minimum ne permette pas de boucler facilement ses fins de mois est un vrai débat que nous n’entendons pas cependant entamer ici.

En revanche, la proportion des personnes qui se trouvent au chômage contredit de fait ce beau principe. C’est pourquoi, outre les indemnités de chômage qui n’interviennent qu’un temps, l’Etat, c’est-à-dire le gouvernement et la majorité parlementaire actuelle, a mis en place le Revenu de Solidarité Active qui devrait permettre à quiconque de ne pas se retrouver dans la pauvreté. Force est de constater que ce filet protecteur ne fonctionne pas pour tout le monde et bon nombre de personnes se retrouvent en situation de pauvreté. Nous en faisons tous le constat chaque jour. La responsabilité de cette situation n’est donc pas celle des élus locaux ou départementaux et même pas vraiment celle des députés et sénateurs qui ne sont pas dans la majorité actuelle. Si nous avons, pauvres ou accompagnants, à agir sur cette réalité, c’est en faisant notre travail de citoyens au moment des élections présidentielles et législatives qui approchent, en nous assurant que les candidats, quelles que soient leurs positions, s’engagent à supprimer prioritairement cette pauvreté là.

Du côté associatif, nous ne devrions pas nous satisfaire d’avoir à faire le travail à la place des responsables nationaux. N’est-ce pas pourtant ce que nous faisons en acceptant d’aider de façon continue les personnes qui se trouvent dans cette situation de pauvreté ?

Il existe cependant des situations de pauvreté qui ne dépendent pas directement de la mise en œuvre de la solidarité nationale. Une rupture, un accident, une maladie ou tout autre imprévu font connaître à certains une situation de pauvreté. Dans l’esprit, c’est normalement aux conseils généraux et aux collectivités locales par l’intermédiaire de leurs Centres Communaux d’Action Sociale de veiller à accompagner provisoirement ceux qui connaissent cette situation. Les aides qu’ils apportent sont en effet réputées être particulières ou exceptionnelles. Les associations humanitaires et caritatives interviennent à leur côté pour apporter une aide complémentaire. Il est donc juste que le citoyen qui connaît une telle situation et qui pourrait constater que ce soutien ne fonctionne pas correctement soit en droit d’interpeller les responsables locaux.

Entre ces deux situations de pauvreté qu’on pourrait appeler pour la première, une pauvreté structurelle, et pour la deuxième, une pauvreté exceptionnelle, il en existe d’autres qui sont plus complexes et qui demandent un accompagnement plus spécifique.

Il y a tous ceux ou toutes celles que la vie, longue période de chômage par exemple, leur ont rendu difficile l’accès à un emploi immédiat. C’est à les accompagner quotidiennement que les associations ou les entreprises d’insertion s’attachent, aidées financièrement par l’Etat et les collectivités. Encore faudrait-il que ces aides financières soient suffisantes pour permettre à ces associations et à ces entreprises de faire leur travail. Cela ne devrait-il pas relever de la solidarité nationale et donc des responsables nationaux ?

Il y a aussi tous ceux et toutes celles qui, par meurtrissures profondes de leur vie, se retrouvent éloignés d’un chemin d’insertion. Parfois choix personnels, le plus souvent conséquences des blessures qui leur ont été infligées, ils doivent, comme les autres, être pris en considération.

Enfin, il y a ceux que notre société rejette et laisse à la porte de nos cités. Il en va de la responsabilité nationale de les traiter avec humanité. Et quand cette responsabilité nationale n’est pas assumée, il en va de la responsabilité locale et associative de suppléer à l’inhumanité organisée par leur propre Etat. Qu’il s’agisse des étrangers sans papier, des étrangers de passage ou des Roms, l’échelle locale n’est évidemment pas responsable de leurs situations. En revanche, c’est de leur responsabilité de mettre en œuvre un traitement humanitaire de la situation dans laquelle les dispositions nationales les ont mis.

Pris par l’urgence, soit de leur propre situation pour les personnes qui vivent la pauvreté, soit de la nécessité d’intervenir pour les personnes bénévoles qui, par réflexe humanitaire, les accompagnent, nous confondons facilement les responsabilités. Par leur formation ou par leur position au sein d’une organisation, les personnes professionnelles ont plus facilement l’habitude de les situer.

Nous savons bien que lorsqu’on souffre ou lorsqu’on voit quelqu’un de proche souffrir, on crie, on en veut à la terre entière et on s’en prend au premier qui passe pour le faire savoir. Mais prendre le temps de savoir quelle est l’origine de notre souffrance et qui en est réellement responsable est souvent le premier pas de la guérison. N’est-ce pas d’ailleurs le premier pas de l’exercice de la citoyenneté ?

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