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Passe partout, la p’tite maman

Vous avez lu le mois dernier l’édito qu’elle nous avait proposé : pourquoi ne pas inventer une autre solution ? Elle passe régulièrement voir Isabelle, Stéphanie et Mélanie. On s’était promis de faire mieux connaissance. On a donc pris rendez-vous et nous avons parlé ensemble.

« Les gens, parfois, ils ont peur de moi. Je suis trop propre. Ils ne comprennent pas qu’être dans la rue, ça ne veut pas dire forcément qu’on est moins propre que les autres. Parmi nous, les gens de la rue, il y a des dégueulasses, des moyennement propres et des propres sur eux. Quand je suis dans la rue, je suis chez moi. »

Autour de la table, dans les locaux du Carrefour, il y a Passe partout qui parle, Isabelle qui pose des questions et Jean-Marie qui prend des notes et qui écrira le papier qui ne paraîtra qu’avec l’accord de Passe partout. Il y a aussi du café, de la chaleur et de la confiance réciproque.

« J’ai jamais eu de maison. Quand je vais chez mon père, je vais chez lui, pas chez moi. J’ai jamais eu de chez moi. » Et d’évoquer les souffrances constantes depuis toute petite des relations et des rejets avec sa mère, de l’attirance et des difficultés des relations avec sa fratrie. Avec Isabelle nous ne fouillerons pas trop, tant ce passé demeure, pour Passe partout, douloureux, traumatisant et encore tellement présent. Comme elle nous l’a dit : « ça me travaille constamment. » La seule consigne donnée par elle c’est : « tu ne dis pas à ma grand-mère que je suis dans la rue ! »

« Je cherche un taf. J’en ai déjà eu. Avec ou sans diplôme, je suis capable de travailler. Mais ça a toujours été du provisoire et je vous dis pas les conditions de travail. Il suffit qu’on ait un problème de santé et on te fout à la porte comme une malpropre. Je voudrais en trouver un qui aille au moins jusqu’au bout d’un an. »

« Je ne comprends pas le système du temps. On est quel jour ? Je me repère le plus souvent à ce que les gens dans la rue font. S’il y en a moins que d’habitude, ça veut dire qu’on est le week end. Il m’arrive d’avoir des trous de mémoire de plusieurs mois. Ca me fait rire. »

« Dans la rue, il faut être fort et pas se laisser emmerder par les autres. Dans le groupe où je suis, on m’appelle la p’tite mère. Ca me plaît sans me plaire. Il y a de l’échange. Mais ça dépend avec qui. Parfois il y a des nouvelles têtes. Il faut commencer par les protéger. Ensuite il faut les aider à avoir du caractère. Avec l’une d’entre elles par exemple, il faut constamment lui rappeler qu’on n’est pas des marionnettes. Et puis il faut lui apprendre à se défendre. Parfois, on se bat sur un tapis. On se met sur les genoux et la première qui est bloquée par terre, elle a perdu. Je suis comme ça. Je fais d’abord pour les autres et après je pense à moi. Je les aide à faire toutes les démarches nécessaires, pour les papiers ou pour la santé. C’est long et jamais évident pour quelqu’un qui ne sait pas et aussi fatiguant d’aller à un service puis à un autres. »

« Moi, je serais Maire, je sais ce que je ferais. D’abord, je ne murerais pas les habitations qui ne servent plus et qui vont être démolies. A quoi ça leur sert ? Alors qu’à nous, c’est indispensable. Même si on nous donne une limite de temps pour l’occupation. Et puis, je connais au moins une vingtaine de jeunes de 18 à 24 ans. Les parents, à 18 ans, ils les ont jeté à la porte. Je créerais pour eux un foyer. Ce foyer serait en trois parties. La première partie serait un lieu d’accueil, d’écoute et d’aide aux démarches en vue de redonner du travail à ceux qui en ont la volonté. Ceux qui iraient dans cette première partie, on leur donnerait un logement On y ferait pas comme à la Mission locale qui ne leur propose que des formations. On sait bien que ça ne sert à rien. La deuxième serait ouverte pendant la journée pour leur permettre de se reposer, discuter, se refaire et se motiver pour aller dans la première partie. La troisième servirait d’hébergement pour la nuit et pour dormir. Et puis, quand ils ont quelque chose à repeindre, pourquoi ils ne font jamais appel à des jeunes comme nous ? »

Avec Isabelle, on a bien senti que la distance entre ce que Passe partout pensait et imaginait à partir de son expérience et ce que les instances officielles tentaient de mettre en place n’était pas forcément aussi grande que ne le pensait Passe partout. Mais cette distance existe manifestement. Et notre rôle, c’était d’accueillir, en confiance, ce qu’elle avait envie de dire et de continuer à le faire, en espérant que cette parole pourrait être reprise un jour quelque part.

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