Paroles d’or ! (suite)

Combien d’élus devant les points de vue exposés par des citoyens qui les ont élus, combien de professionnels du social devant les interrogations des personnes pour lesquelles ils travaillent, combien de responsables d’association devant la grogne des personnes qu’elles accompagnent n’ont pas le réflexe de réagir immédiatement en disant : je vais vous répondre… Comme si les citoyens, les usagers des services ou des associations n’étaient pas capables d’avoir un point de vue cohérent et pertinent. Comme si certains avaient le monopole de dire et de décréter ce qu’est l’intérêt général.

Dans un temps lointain, c’était à partir du jour où le monarque était « oint », c’est-à-dire avait reçu une goutte d’huile sainte sur le front ou ailleurs, qu’il était réputé par tous ses sujets être devenu l’oracle de leur intérêt. Cette magie, à regarder beaucoup de nos réactions, semblerait souvent continuer à opérer aujourd’hui. L’huile a été remplacée par l’onction du suffrage universel pour les élus, par l’acquisition de leur diplôme pour les professionnels ou par leur dévouement au sein d’une association pour les bénévoles.

Evidement, on a progressé. Ce n’est plus le fait d’être le fils ou la fille d’un tel qui permet d’accéder à l’onction sacrée. Une élection est normalement la conséquence de longs débats et de la reconnaissance par le suffrage universel que le candidat est digne et capable d’occuper le poste concerné. L’acquisition d’un diplôme est le fruit d’un long travail et d’une expérience minimum. Un bénévole n’intervient que si l’association dont il fait partie a reconnu sa capacité à mettre en œuvre les tâches qu’on lui confie. Et pourtant, si on accepte d’y réfléchir, ni l’élection, ni le diplôme, ni la reconnaissance des membres de son association ne peuvent donner l’assurance que ce qu’on va dire ou ce qu’on va faire est totalement pertinent et juste, et représente donc l’intérêt général d’un groupe, d’un territoire ou d’une nation, voire l’intérêt personnel de tel ou tel.

« Paroles d’or ! », document qui regroupe l’ensemble des paroles échangées lors des « rendez-vous citoyens » de ces dernières semaines contient, plus que les années précédentes, des jugements parfois à l’emporte pièce sur tel ou tel service public ou sur tel ou tel service associatif. Nous n’avons pas voulu les gommer. Non parce que nous les considérons a priori justes ou pertinents ou parce qu’ils seraient portés par des usagers de ces services. Mais d’abord parce que c’est leurs paroles. Ensuite parce que c’est souvent l’expression de véritables souffrances. Enfin parce qu’étant leurs paroles et leurs souffrances, ils contiennent sans aucun doute une part de vérité.

Notre espoir est donc que les personnes concernées, celles qui font le rude travail d’accueillir ceux et celles qui sont dans la difficulté, ceux et celles qui sont responsables des services interpellés, n’aient pas le réflexe immédiat du : « je vais vous répondre… » Nous espérons qu’elles prennent le temps d’écouter, puis, éventuellement, de chercher à comprendre. Pourquoi ne prendraient-elles pas le temps supplémentaire d’en discuter avec ceux et celles qui viennent de parler ?

Quant à nous, nous sommes prêts, au Carrefour des solidarités, à organiser des suites à ces « rendez-vous citoyens » sous la forme de rencontres de travail entre les usagers et les services concernés. C’est d’ailleurs ce qu’initie la prochaine rencontre du forum citoyen en faisant rencontrer des usagers et des personnes de Pôle emploi.

Pour consulter le recueil Paroles d’or i

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