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Paroles d’Or (2011)

Depuis cinq ans, nous organisons en vue de la journée du refus de la misère, des « Rendez-vous citoyens » pour recueillir les témoignages de ceux et celles qui vivent cette misère. Le nouveau recueil « Paroles d’or » est disponible. Vous pouvez le télécharger ou le lire ci-après.

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Paroles d’or 2011

Les témoignages qui sont ici rassemblés proviennent des « Rendez-vous citoyens » organisés par les membres du Carrefour des solidarités en préparation de la journée mondiale du refus de la misère en 2011.

Lorsque nous entreprenons de tels « Rendez-vous » nous avertissons toujours les participants des règles que nous suivrons. Leurs paroles seront intégralement reprises et transcrites de telle façon que personne ne pourra en reconnaître la source. Toutefois, nous nous donnons le droit de gommer tout ce qui pourrait être une attaque personnelle ou ce qui permettrait de désigner une association ou une administration particulière. Ces règles sont acceptées par tous les participants. Ceux qui sont intervenus éprouvent toujours non seulement de l’intérêt à lire ces témoignages, mais aussi une certaine fierté. Enfin, ils ont été pris au sérieux et ils sont sûrs qu’ils seront au moins lus.

A vous lecteurs, nous vous proposons en retour quelques règles de lecture. Certains témoignages sont enthousiasmants de force et de sagesse. D’autres sont durs à lire parce qu’ils portent toute la souffrance de ceux ou de celles qui les ont donnés. D’autres, enfin, contiennent des jugements, parfois à l’emporte pièce, qui, à l’analyse ou après discussion, pourraient s’avérer parfois contestables ou faux. Lisez-les avec votre cœur et votre intelligence. Quels qu’ils soient, ils disent toujours quelque chose des personnes qui parlent ici. Prenez-les toujours comme le début d’un dialogue possible et non comme des jugements définitifs.

Au Carrefour des solidarités comme pour chacune des associations qui ont organisé ces « Rendez-vous », nous faisons le pari du cœur et de l’intelligence de tous, témoins et lecteurs.

Les rendez-vous citoyens 2011 ont été organisés par :

A.C.L. Proxipol,
L’accueil de jour de la Fondation de l’Armée du salut, « Au cœur de l’espoir »
L’A.J.S., le bon emploi de la solidarité
L’AFEJI
La Congrégation de l’Armée du salut
Emmaüs
IMANI
Le Carrefour des solidarités

Merci à ceux et à celles qui ont bien voulu nous apporter leur témoignage et leurs réflexions.

Nathalie

« J’ai deux enfants : un garçon de 10 ans et une petite-fille de 3 ans. Mon fils a eu du mal avec la séparation. Maintenant je suis avec lui depuis 5 ans et demi. J’ai du aller aux Restos du cœur, mais pour son anniversaire il avait toujours quelque chose. J’ai eu un bon et j’ai pu acheter un cadeau.

En passant par une assistante sociale, en 15 jours, j’ai pu avoir un appartement. On vivait tous ensemble dans une seule pièce. On fait des logements neufs. Mais tout est déjà pris. Ce n’est pas encore fini de construire et tout est déjà pris. Il y en a qui sont vraiment dans le besoin mais qui n’arrivent pas à avoir un appartement. On nous demande toujours un stock de papiers. C’est perdu. Il manque ça. Il y a toujours un truc qui ne va pas. Pour avoir une aide, ça a été mon cas, je n’ai eu droit qu’à deux aides dans l’année. »

Bernard

« Mon petit garçon de 5 ans me pose des questions sur ma santé. Je ne lui dis pas tout. Ça pourrait le perturber. Il est fort émotif. Il veut toujours être avec moi, un petit bonhomme comme ça. L’important, c’est l’amour. »

Alexandra

« Il y a la joie du foyer. On peut faire un petit plaisir aux enfants. Avant je ne travaillais pas. J’aidais mon père malade. Là, j’ai retrouvé un emploi et je peux me permettre de faire plus de folies, d’acheter pour les enfants. Ce n’est pas avec le RSA qu’on s’en sort facilement.

J’habite près de Sollac. Je passe la serpillière sur les sols. C’est noir. Le logement, c’est un problème, je pense, pour tout le monde. Si on veut déménager, ce n’est pas évident de retrouver un logement plus adapté. Pour ceux qui n’ont pas beaucoup de ressources, il y a des aides, le FSL, le Cilger. J’ai réussi à changer de logement mais si on n’a pas d’aide sociale on n’y arrive pas. »

Rita

« Quand on commence à travailler ça change tout. J’ai cru que mon gamin allait être content que je travaille. Mais il m’a dit : « je préfère rester avec toi. Tu n’es plus là. Tu m’abandonnes. Tu es méchante. Je m’en fous de ton argent. Tu ne t’intéresses qu’à ton travail ». Il faut remettre les choses en place. Pour lui ce n’était pas un problème qu’on doive toujours compter. Il ne ressent pas le besoin d’avoir des choses. Je ne comprenais pas pourquoi il ne voulait pas aller au cinéma. C’était pour ne pas faire des dépenses.

Pour profiter de la vie, il n’y a pas forcément besoin d’argent. Il ne faut pas d’argent pour prendre son enfant dans les bras, lui dire je t’aime ou l’emmener au parc. L’important c’est ce que tu donnes comme valeurs et principes à l’enfant depuis qu’il est tout petit. J’ai toujours dit à mon fils qu’il y a plus de plaisir à donner qu’à recevoir. A Noël, et ça a duré, on n’avait pas un sou. Alors on mettait en valeur la quiche qu’on lui offrait. Son plaisir, c’était de la partager avec la famille. Il a toujours eu des vêtements de la brocante et il s’en moque. Je ne l’ai jamais senti malheureux de ne pas avoir. L’important, c’est de prendre bien soin l’un de l’autre et de montrer ses sentiments. L’enfant n’a pas forcément besoin du dernier gadget. Rien qu’une petite sortie familiale en partant avec une association, sortir de la commune, lui montrer autre chose. Je pense aussi qu’on manque d’échanges dans la famille, à l’extérieur.

Moi je ne pense pas à ma retraite. Je pense plutôt à ce que je mange et qui est empoisonné. Est ce que l’on sera encore là dans 20 ans ? Est ce qu’on sera vivants ? On va se retrouver avec trois têtes, avec la centrale qui vient d’exploser. Mais on nous dit que tout va bien. Qu’on s’occupe des gens maintenant ! Tchernobyl, le nuage s’est arrêté à la frontière. On ne reconnaît pas les choses. On nous prend pour des cons. Ici c’est un site Seveso. On a des amis qui n’habitent pas dans la région et qu’on voit tous les ans. Ils nous appellent « Gravelines ». Tout le monde sait que là, on peut pêcher des choses bizarroïdes, des poissons à 3 têtes.

Quand on a voulu changer d’appartement, ça a été très compliqué. Il a fallu que je sois enceinte. Mon mari était gravement malade. Mais ce qu’il fallait, c’était avoir un enfant. Il y a eu un incendie dans l’immeuble et après les choses se sont accélérées.

A l’association on reçoit des personnes au bureau pour les aider à remplir des papiers. Une dame est venue récemment. Les impôts avaient prélevé beaucoup d’argent sur son compte et elle avait été à découvert. Ils pensaient qu’elle avait vécu avec quelqu’un et elle n’arrivait pas à leur prouver que c’était faux. L’assistante sociale lui avait dit qu’elle ne pouvait rien faire, qu’elle n’avait pas le temps. Une autre dame à l’atelier ce matin me dit « j’ai un gros problème. Mon fils signe un CDI, c’est quoi un CDI ? » Les gens ne savent pas. Ils ne comprennent pas les courriers. Ils ne savent pas et sont méfiants. Il devrait exister une plate-forme téléphonique gratuite pour écouter les gens. SOS Paperasses : un problème, une solution. On pense faciliter la vie des gens mais on la leur complique. »

Benaouda

« La misère est vieille comme le temps. Quelles sont les causes qui ramènent les gens à la pauvreté ? Il y a 30 ans, il y avait moins de richesses et de pauvres. Aujourd’hui, il y a plus de richesses, mais il y a plus de pauvres. C’est à cause de qui ? Je pose la question.

Il y a des papas qui ne peuvent même pas acheter un DVD à 30 euros pour offrir à leur enfant. Qu’est ce qu’il va dire à son enfant ? L’enfant se demande comment ça se fait ? Peut-être que mon papa n’a pas d’amour pour moi. C’est comme à Noël, à l’école, les enfants parlent de leurs cadeaux. Le système veut qu’une catégorie de personnes reste dans le bas.

C’est la classe ouvrière qui va payer le plus avec les augmentations. La caste de la haute société va payer le moins possible. Les gens ne savent pas comment fonctionne la société. Ils préfèrent regarder le film. La pire des misères, c’est la misère intellectuelle et culturelle. La classe intellectuelle est réduite. On laisse les gens dans le noir. Qui va payer la réduction du déficit ? Il y a 30 ans les ouvriers auraient été dans la rue. On a cadenassé les gens avec le crédit. On est coincé. On n’ose rien dire aux patrons. C’est la société de consommation. C’est pas l’ouvrier qui a provoqué la crise, c’est les banquiers. J’ai appris à mes enfants à vivre avec le minimum et ils vivent heureux. »

Daniel

« La sortie pendant 4 jours dans un gîte c’était agréable. Mon enfant a bien aimé sortir de la commune. C’était bien. Tout le monde a mis la main à la pâte, la vaisselle, le repas.

J’ai l’impression quand je vais voir quelqu’un dans une administration que je le dérange. »

David

« On est dans une société où, pour que les gens se sentent en haut de la pile, on maintient des gens en bas. A l’école, on donne des mauvaises notes pour que ceux qui en ont des bonnes soient au dessus du lot. Dans la société, on laisse des gens galérer. C’est encore une preuve d’individualisme. Il faut se dire : je suis à tel niveau, je veux aller au dessus pour pouvoir progresser.

La France taxent les enfants à travers les parcs d’attraction et les sodas. Les administrations peuvent demander pour des dossiers des documents qui n’existent pas. Il faudrait créer des postes d’écoutant social. »

Marie

« On n’a pas le choix. Ou on bouffe, ou on se fait bouffer. Au travail, dans nos rapports en société, on n’a pas le choix. Si on veut avancer dans la vie il faut se faire violence. Il faut faire des choix et ce n’est pas toujours facile. A l’heure actuelle j’aimerais travailler de tout cœur. Mon obstacle, c’est ma petite fille de 6 ans. Je ne veux pas faire passer le boulot avant ma fille. C’est mon choix pour l’instant. Je l’élève seule. La situation serait différente si j’avais les cartes en main. Il m’en manque une. J’essaie toujours de lui montrer le côté positif des choses. Je veux la préserver. Je ne lui dis pas tout. Fille unique, elle va facilement vers les autres. Elle s’adapte facilement aux situations. Pour les cadeaux de Noël, même si j’ai la possibilité d’acheter, elle vient avec moi et je lui donne une limite financière. Elle accepte cette limite. Je n’ai jamais dit oui à tout ce qu’elle voulait. Je lui dis pour l’instant c’est non, plus tard, on verra et je lui explique toujours pourquoi.

Pourquoi toujours attendre l’urgence pour aider les gens. Quand on a besoin de quelque chose, c’est maintenant. Il faut toujours attendre. C’est toujours une histoire de critères et si on ne rentre pas dans les cases…

La CAF envoie un papier qui dit : on va vous rembourser. On se méfie. Peut-être ils vont nous le reprendre après. Il faut anticiper. Il y a 2 ans, ils ont mis en place le CESU, chèque emploi service universel, pour aider les personnes qui ont des enfants à payer les modes de garde. On reçoit un courrier auquel on ne comprend rien. Ce courrier renvoie à un numéro. Mais c’est un serveur vocal. On ne comprend rien. Alors on nous dit d’aller sur Internet. Mais on ne comprend toujours pas. Comme je n’ai pas compris, je n’ai pas utilisé ces chèques. Une assistante maternelle me les a refusés par manque d’information. C’est encore plus dur pour les personnes âgées. Elles ne comprennent pas.

Pour les vacances d’été, j’inscris ma fille de 6 ans pour le centre aéré au service municipal. On doit connaître à l’avance les dates où elle va y aller. J’ai voulu changer mes dates. Mais ça a été compliqué. J’attends toujours le remboursement.

Le discount c’est pour endormir les gens. »

Stéphanie

« Dans les administrations, ils découragent les personnes à obtenir ce qu’ils demandent. Ils découragent avec les papiers. Certains ne peuvent pas les remplir. Depuis que ma commune s’est associée à sa voisine, ça a changé. Ils ont établi un dossier unique pour les familles, pour la cantine, le centre aéré, les loisirs.

Une famille avait besoin d’une aide d’urgence pour manger. Ils ont du attendre le mandat 15 jours. »

Julie

« Si on ne tape pas du poing, si on n’a pas d’appui, rien ne se passe. »

Pascal

« La pauvreté augmente, les aides baissent. Comment vont faire les associations pour subvenir aux personnes les plus défavorisées ? Beaucoup de personnes se retrouvent au R.S.A. Le chômage augmente malgré ce que l’Etat veut nous faire croire. Beaucoup d’entreprises ferment. Plus d’emplois précaires. Notre Président a déclaré devant des millions de téléspectateurs la mise en place de 20000 contrats aidés et formations. On ne voit rien venir. C’est un peu politisé mais j’ai été à la bonne école. C’est parce que nous approchons des prochaines élections. Est-ce un coup de publicité ? Les salaires n’augmentent pas. Par contre le prix des loyers augmente. Comment font les travailleurs pour payer leurs charges courantes tous les mois et surtout les personnes qui ne perçoivent que les minimas sociaux et les personnes qui ne perçoivent que le SMIC ? Quand on voit les entreprises qui se délocalisent dans les pays en voie de développement où la main d’oeuvre est peu chère, cela fait fermer les entreprises françaises et, forcément, augmenter le chômage dans notre pays. Je pense pour moi qu’il faudrait mieux que nous quittions l’Europe et que nous renationalisions toutes les entreprises, comme c’était avant.

Je reconnais que j’ai connu le haut de l’échelle. Mais quand, en 1996, nous avons eu 420 marins licenciés économiques, c’est à partir de ce moment là que j’ai commencé à connaître les galères de petits travails précaires, de formation en formation. Puis est venu la dépression, le mal de vivre avec des tentatives de suicide. Car je me sentais exclu de la société. Suite à tout cela j’ai divorcé et j’ai connu la rue (le foyer du grand froid), l’estaminet pour le petit déjeuner et l’accueil de jour pour le repas du midi. Je me suis relevé il y a 3 ans. Pour conclure je tiens à remercier toutes les personnes qui ont été sur mon chemin pour m’aider à me relever. »

M.

« Veuve à l’âge de 36 ans, je me retrouve sans ressource. J’ai connu les galères pendant plus de 2 ans avant d’avoir un CAE qui vient de se terminer il y a une semaine. Je vais me retrouver de nouveau sans emploi et je vais encore avoir du mal à joindre les 2 bouts. »

JMJ

« Le 5, les gens de la rue touchent. Le 10, il n’y a plus rien. Ceux dehors qui ont un bon squat, ils sont mieux que nous. Je suis plus serré question argent qu’eux. Il me reste 240€ pour vivre quand tout est payé. »

T.

« Je viens ici pour me changer les idées, pour impressionner, rencontrer du monde, discuter, si non je serais chez moi. Mais moi j’ai le droit à rien, je n’ai rien à donner parce je n’ai pas les moyens. J’ai moins de trou noir, énervé, perturbé par les problèmes de la vie sinon ça ne va pas. Traumatisé par la société d’aujourd’hui, ça rend malade. J’ai été frappé, je ne sais pas par qui, ni pourquoi. Tu n’es plus en sécurité. On m’a volé mes sous. Il a vu mes sous sortis de ma poche et il m’a volé. Je n’ai pas porté plainte. Ça ne sert à rien. On m’aurait demandé qui ? Mais je n’ai pas voulu. Je ne sais pas où ça s’est passé. Il a déchiré ma poche de chemise. J’avais bien 40€. Je suis dans la merde maintenant. L’estaminet, j’y vais régulièrement quand j’ai envie de déjeuner et voir des gens. Ca fait une pause. J’ai fait opposition et j’ai retrouvé ma carte. Mais quand je vais au distributeur la carte est avalée. Je ne suis pas méchant, mais je bois un verre. J’ai l’AAH, j’ai plus de courant, plus de mutuelle, des dettes à l’hôpital... Je ne veux pas le dire aux gens : j’ai honte. »

Margaux

« N. est un jeune Afghan de 14 ans qui revient sur le chemin de la « Jungle » durant la consultation médicale. Instinctivement, on lui demande « do you want to see the docteur ? ». Il acquiesce et se met à sourire en disant avoir mal à la tête : « Sardard, sardard !!! » en se touchant celle-ci tout en grimaçant. (« Sardard » est un mot de Pashto, langue principale d’Afghanistan. Traduction française « mal à la tête ») Ses amis de voyage présents à côté de lui, s’amusent de le retrouver : « welcome in England » lui disent-ils. Leurs rires s’accentuent suite au « Sardard Sardard !!! » prononcé par N., comme s’ils savaient de quoi il s’agissait avant même que N. nous l’explique. Il nous racontera ce qui aura provoqué ce fameux « Sardard !!! ».

En effet, la veille au soir, il s’était fait arrêter lors de sa tentative de passage illégalement en Angleterre. Il dit alors, avoir été pris à Calais à « l’English control ». Alors que la police française demande à l’ensemble des personnes présentes dans le camion de descendre, N. ne le fera pas tout de suite et il restera agenouillé. A cela, un des policiers ne trouve pas d’autres moyens que de s’approcher de lui, un sac de pommes de terre (« potatoas bag ») fermement tenu entre ses deux mains. N. nous mime alors les gestes du policier lui assénant un coup de ce sac sur la tête. Alors que nous sommes outrés de ce comportement, les compagnons en rigolent comme s’il s’agissait d’une énième violence qui commence à entrer de plus en plus dans leur quotidien ; une sorte de routine de la loi des « jungles ». Le prix à payer pour leur « british eldorado », en plus de la dureté des conditions de vie, de l’emprise des passeurs... ?

Nous leur expliquerons qu’ils n’ont pas le droit d’être traité ainsi ni de subir de telles humiliations. Mais ces belles paroles auront-elles un réel impact lors de leur prochain contact avec les forces de l’ordre ? Nous, bénévoles, professionnels, intervenants auprès des populations migrantes, nous constatons de plus en plus cette attitude d’acceptation des violences policières commises sur la personne de ces migrants venus d’Afghanistan, d’Irak, d’Iran, de Palestine, du Vietnam.... C’est ainsi que le témoignage de ce jeune afghan et les autres permettent de dénoncer l’envers du décor de cette politique d’immigration et les moyens inhumains utilisés afin de persuader ces hommes et ces femmes de renoncer à leur espoir d’une vie meilleure ou tout simplement d’une vie ! »

Serge

« Je connais ici depuis 1 an ½. J’ai eu des problèmes pour avoir un hébergement. J’ai d’abord connu une autre association. Grâce à eux, j’ai pu avoir un hébergement et un endroit où je pouvais manger le midi. J’ai connu l’accueil et les éducateurs. J’y vais pour dire bonjour, boire un petit café. J’ai du mal à parler de tous les problèmes que j’ai pu avoir à Lille avec une femme et trois enfants. Ça me fait trop mal d’en parler. L’association m’a trouvé un appartement. Ils m’ont très bien aidé. Je suis chez moi. Mais avec tout ce qui tourne dans ma tête, je n’arrive pas à faire ce que je devrais faire. Il y a des fois où je me sens très bien. C’est grâce aux associations que l’on peut s’en sortir. »

Sergio

« Moi, c’est le même truc, pire que ça. Je vis dans un foyer. L’histoire ancienne je n’ai pas envie d’en parler. »

Roger

« Je suis parti du Cateau depuis fin juillet. Je travaillais dans une ferme. J’ai quitté mon patron. Il me traitait de fainéant. Je ne gagnais pas grand-chose. Je commençais à 5 heures du matin jusque 10, 11 heures du soir. Je devais aussi travailler le week-end. J’ai eu un accident à la ferme avec un taureau. Il a failli me tuer. J’avais une télé chez mon patron, il l’a gardée. J’ai fait ça depuis 20 ans. J’ai une carte d’invalidité mais je n’aime pas être assis.

J’ai eu un premier garçon. J’ai arraché ma carte d’invalidité. Pour mon gamin, c’était important que son père travaille. Un jour quand je suis rentré du boulot, ma femme était dans le lit avec un type. J’ai fait ma valise et je suis parti. Elle a connu plusieurs hommes. Les enfants sont majeurs. Mais ils restent avec elle. Je vais de Dunkerque au Cateau à pied pour les voir. Je l’ai fait 3 fois. Un coup, j’ai mis 5 jours pour aller au Cateau sans manger et sans boire. Je suis à la retraite. Je leur envoie de l’argent parce que la mère ne fait pas à manger. Elle est sous tutelle…

Aujourd’hui je vis dehors près d’un pont. Je suis tout seul. Je ne connais personne. Le problème dans la cabane que j’ai construite c’est le vent et la pluie. J’ai passé quelques nuits au foyer. J’ai des problèmes de santé. Mais je ne veux pas aller à l’hôpital. On me donne à manger des boîtes de conserve. Je suis allé dans une association, mais c’est fermé le week-end. Comment on fait ? J’ai 500 euros de la retraite. Si je veux faire des achats pour meubler un logement, acheter une télé, ils demandent une fiche de salaire.

J’ai toujours beaucoup travaillé. J’ai été veilleur de nuit. Mais la journée je n’arrivais pas à dormir, avec les enfants. A 9 mois j’ai été mis chez des parents nourriciers. Je recevais des coups. Quand le beau-père est mort je ne suis pas allé à son enterrement. »

Bruno

J’ai connu ici. Il y a quelques années, j’ai connu le foyer. J’ai traîné aussi dans ma voiture. J’ai passé des nuits à l’hôtel. Je me suis séparé de mon ex et j’ai eu des problèmes avec le boulot. Ici, on m’a dirigé vers des logements. J’ai réussi à avoir un appartement grâce à une association. Financièrement, c’est très dur. Je touche le RSA. C’est chaud à gérer : l’essence, l’électricité, l’eau, le gaz. Je suis prêt à travailler dans n’importe quoi. Je sais peindre. Je voudrais refaire l’appartement chez moi, mais je n’ai pas l’argent pour la peinture, les rideaux. Même pour manger c’est dur. Je mange ici et, en échange, je fais de la peinture. Vu mon budget et les factures que je paie, on ne me donne pas d’aide. On me dit que j’ai assez pour vivre. J’ai essayé d’avoir un travail dans une association d’insertion. Je sais peindre. J’ai un CAP et aussi un CAP carrossier. J’ai été manutentionnaire à Valdunes et soudeur. J’ai écrit à Ascométal, car mon père travaille là-bas. Ils ne m’ont pas répondu pour l’instant. Je vais les relancer. Je vis seul chez moi et j’invite des gens que je connais. Je cherche de l’aide alimentaire. Le CCAS me dit que j’ai assez pour me nourrir. »

Gérard

« Je travaille mais ça fait un mois que je vis dans ma voiture. Je suis allé au service d’information sur le logement qui m’a dit qu’avec un chien je ne pourrai pas être hébergé. Mon chien, c’est mon outil de travail. Je suis maître chien et j’ai plusieurs métiers. La nuit dernière, j’ai dormi dans un foyer et mon chien a dormi muselé dans une cage dehors. Il m’en a voulu. Il a 2 ans et a toujours vécu avec moi. Je viens juste de commencer un travail. Au moins j’ai mon boulot et ma fille, ma petite chérie à Nice. En 3 jours j’ai fait mes 40 heures. Des fois je travaille pour quatre sociétés, 70 heures par semaine. Je peux être agent de sécurité, maître chien, inspecteur de magasin, au service incendie. Je fais aussi des boulots saisonniers. J’évite de dire à mes employeurs que je dors à la rue, ça fait un peu con. Mais c’est dur d’arriver à dormir la journée dans ma voiture. »

Romulus

« C’est dur pour nous en Roumanie, on n’a pas tous une maison. Les Roms ne sont pas aimés, il y a du racisme et la Mairie ne donne rien. Les roumains se moquent de nous.

Il y a quatre ans il y a eu une grande inondation dans notre village et beaucoup de maisons ont été détruites. Comme on n’avait pas pu payer l’assurance pour la maison, on a tout perdu.

Là bas, pour une journée de travail, on gagne 7 euros. Mais comme il n’y a pas de travail, alors on fait la manche à la gare de Bucarest. On a travaillé dans les jardins et on a fait la manche pour avoir des économies pour payer le voyage en bus et en voiture de Roumanie en France.

J’ai 5 enfants. Au moins, en France, les enfants sont habillés et on a à manger. Ici tout le monde est gentil : la police, le Préfet. On voudrait travailler. Mais comment trouver du travail ? On n’a pas le choix. On doit faire la manche pour gagner 5-6 euros pour donner à manger aux enfants. Nous ne sommes pas gênés de mendier car c’est pour nourrir les enfants.

Nous sommes tziganes et pentecôtistes. Nous refusons l’avortement. Les femmes ne prennent pas de contraception et elles ne ferment pas la porte.

En France les enfants peuvent aller à l’école. En Roumanie ils sont mal reçus et se font frapper. Nous préférons notre vie en France à celle en Roumanie et nous voudrions rester. Là nous allons aller chercher les enfants à l’école. On ne peut pas leur payer la cantine. Les enfants aiment bien l’école mais pas tous. C’est plus dur pour les petits qui sont séparés de leurs parents.

On ne peut pas être au dessus des lois. Si on nous dit de partir, on ira ailleurs et on reviendra. Est ce qu’on va nous mettre en prison quand la date d’obligation de quitter le territoire sera passée ? Nous avons peur que la police vienne et nous prenne. Nous sommes la première génération à venir en France. Nous avons choisi la France, car ils sont plus gentils avec nous. L’Allemagne ne nous aime pas. Il y a eu Hitler. »

Raimus

« A Bucarest, on peut donner du sang et on a des tickets pour manger pour deux jours. En Roumanie il n’y a pas de couverture maladie. Pour les enfants, c’est gratuit une fois par mois. Il n’y a pas d’Emmaüs en Roumanie. »

Nadine

« Ce que nous voulons c’est du travail. »

Lavigna

« C’est triste d’être partis de Roumanie. La Roumanie n’a pas à manger, pas de médicaments pour les enfants. C’est très difficile. Nous avons laissé une partie de notre famille là bas. Je suis allée à l’école en Roumanie. J’ai fait cinq classes. Pour rester en France nous devons travailler et payer des impôts. »

Stefan

« On aime la musique mais on n’a pas d’argent pour acheter un instrument. Je suis très triste car nous avons reçu une obligation de quitter le territoire français. Ils nous ont pris nos passeports. Nous sommes tristes. Nous avons peur. Quand je suis seul je pleure. »

Sylvia

« Pour moi ces gens se contentent de nos miettes. Pour eux, le bonheur c’est d’avoir à manger et des vêtements. Pour eux c’est le paradis. Qu’est ce qu’on fait dans une société française qui ne veut même pas leur laisser ses miettes ? »

Maria

« En Roumanie je n’ai pas de maison. Je n’ai pas de quoi dormir et de quoi manger. Qu’est ce que je vais faire en Roumanie ? »

Jennifer

« En Roumanie quand les femmes Roms accouchent, elles peuvent aller à l’hôpital. Mais si elles ne donnent pas d’argent, on les laisse se débrouiller toutes seules. »

Dimitri

« Heureusement qu’il y a le centre d’hébergement. Sans lui, je serai dehors. J’ai 22 ans. Mon ancien propriétaire m’a mis à la rue lorsque mon contrat de travail s’est terminé. Comme j’ai eu du retard dans mon dossier Assedic, il a loué mon logement à quelqu’un d’autre. Je suis allé au service d’orientation logement qui m’a envoyé une semaine dans un foyer. Puis il m’a mis en contact avec l’association. Je suis allé au service urgence logement qui m’a donné une place en centre d’hébergement. Je suis dans un appartement avec deux autres personnes, des hommes. Ce serait bien de mélanger avec des filles. Moi j’ai toujours été à côté des filles. Je connaissais la colocation. J’en avais fait. Ce dont j’avais peur c’est de tomber sur des cas assez spéciaux. Là je suis tombé sur des gens bien et on s’entend bien.

Je suis à nouveau à la recherche d’un travail, pour avoir un hébergement on doit faire ses preuves, montrer qu’on cherche du boulot.

J’ai vécu à Loon-plage jusqu’à 10 ans. Puis je suis parti dans le Cantal, car mon ex beau-père avait violé ma grande sœur. Nous étions 9 enfants. Ma mère avait adopté ses 5 enfants et le beau-père a fait de la prison. Dans le Cantal on a été suivi par des éducateurs. J’ai fait des conneries à partir de 13-14 ans. Je n’ai pas connu mon père. Je ne l’ai vu que de temps en temps.

J’ai eu le brevet des collèges pour faire plaisir à ma mère. Après, j’ai fait de l’interim dans le bâtiment puis une formation. Pour faire chier mon père, j’ai choisi de bosser dans la restauration car il ne le voulait pas.

Ma mère est partie à Paris parce qu’elle avait trouvé du boulot. J’allais avoir 18 ans et je suis resté dans le Cantal. Un copain m’a hébergé pendant quelques temps puis il est parti. Je suis resté à la rue et je travaillais. Je squattais des voitures dont les portes n’étaient pas fermées à clef. Le plus chiant c’était pour le courrier. Je n’avais pas d’adresse pour recevoir mes fiches de paie.

J’ai trouvé un boulot à Paris et j’ai demandé à mon père de m’héberger. Il était directeur d’hôtel et me faisait payer la chambre. Mon contrat de 35 heures est passé à 20 heures puis ça s’est terminé.

Je suis parti sur Rennes pour un boulot en restauration. Je suis resté un an puis je suis reparti dans le Cantal pour voir ma famille. On m’a volé mes papiers, mes affaires, mon chéquier et j’ai eu des problèmes avec la banque. Après je suis allé à Arles chez mon cousin puis je suis allé voir ma mère dans le Nord. J’ai passé mon CAP cuisine et je l’ai eu.

Ayant vécu à la rue, je me suis forgé une carapace. A Dunkerque, ma mère n’avait pas de place chez elle pour m’héberger et je ne connaissais personne. Mon chef cuisinier m’a conseillé d’aller au service d’hébergement d’urgence.

Ca m’a traversé la tête d’ouvrir une association pour aider les jeunes à pouvoir parler, se libérer. Je voulais ouvrir un local pour les jeunes dans la rue pour qu’ils puissent être logés et avoir les moyens de se nourrir et faire du sport aussi. Moi, j’ai été vachement violent et très impulsif après le problème de ma sœur. Je frappais dans les murs pour me calmer puis j’ai appris à extérioriser. J’ai fait du sport, du théâtre, j’ai appris à me calmer par moi-même et à faire la part des choses. Parler ça permet d’extérioriser. »

Kevin

« J’ai 19 ans et je ne suis pas contre trouver du boulot. J’ai des rendez-vous à la Mission locale et à l’ANPE. Quand je vois un patron, il me demande si je touche le RSA. Mais ce n’est pas le cas. Il préfère prendre un contrat aidé. Je comprends que le centre d’hébergement veuille qu’on trouve un boulot. C’est aussi important pour moi que pour lui.

Dans mon enfance, j’ai été placé en famille d’accueil puis je suis allé en école spécialisée à Gravelines. Ma nourrice a été en arrêt maladie à cause d’un cancer et j’ai dû partir. L’école m’avait trouvé un stage à Armentières. Mais je n’étais pas au courant. Je n’ai pas tenu au stage. On m’a retrouvé une famille d’accueil mais ça ne se passait pas très bien. A 18 ans on m’a mis dehors. Je suis allé chez mon père et ça a duré trois semaines. Je suis allé chez ma sœur. Je touchais l’allocation pour jeune majeur et elle en voulait à mon argent. Quand je n’ai plus eu de sous elle m’a dit de partir.

Je suis allé à Dunkerque car on m’avait dit qu’il y avait plus de choses pour aider les gens. J’étais avec plein d’affaires, des vêtements, une play-station que je me suis fait voler. Je suis allé au service d’hébergement d’urgence et on m’a dit que cette nuit j’allais dormir au local grand froid sinon c’était dehors. Il n’y avait que des alcooliques et j’ai du dormir avec des gens que je ne connaissais pas. Le matin, j’étais pressé de partir. Le réveil, c’était à 6 h 45. Mais je suis parti à 5 h 30 et j’ai traîné dans la rue. Je suis retourné au service d’hébergement. Ils m’ont envoyé sur Hazebrouck et m’ont payé un ticket de train. C’est une ville que je ne connaissais pas. La première semaine ça allait. Mais après, ils m’ont mis avec quelqu’un de pas net. Il m’a accusé d’avoir volé de l’argent dans son manteau et il m’a donné un coup de cutter. Je suis allé au commissariat. J’étais stressé je n’arrivais pas à parler. Ils ont appelé mes deux familles d’accueil et je suis retourné dans la deuxième famille. J’y suis resté trois semaines et après je me suis pris la tête avec elle. Le service d’hébergement d’urgence m’a payé 3 jours en auberge de jeunesse et après j’ai rencontré le service d’urgence de l’association. Aujourd’hui, ça fait 7 mois que je suis au CHRS. J’y suis mieux. Quand je suis arrivé en centre d’hébergement, pendant les deux premières semaines, je suis resté dans mon canapé. Je ne faisais rien. J’avais besoin d’évacuer.

Quand on est dans la galère, par exemple sans domicile fixe, et qu’on est hébergé au foyer ou au local grand froid, ce n’est pas facile d’avoir du boulot. Au centre d’hébergement, c’est différent. Tu as les clefs. Tu fais ta vie comme les autres.

Une fois à Hazebrouck, je suis allé voir ma nourrice jusque 20 heures. Quand je suis arrivé au foyer à 20h02, ils ont refusé de m’ouvrir la grille car j’étais en retard. J’ai aussi été choqué par le manque d’hygiène dans ce foyer. Quand j’étais dehors, j’ai vu que je n’étais pas le seul jeune à avoir 18 ans et être renvoyé par ses parents.

Ce qui m’a permis de tenir dans la vie c’est ma première famille d’accueil. C’était bien, c’était dans une ferme. Je suis très inquiet pour ma nourrice qui a le cancer des poumons.

Mon rêve c’est de me renseigner pour avoir du matériel d’horticulture et de travailler chez les personnes âgées. Après ce serait d’avoir ma propre boîte. Je pourrais faire travailler des personnes qui cherchent du travail. Même si on n’a pas de diplôme on est capable de tondre une pelouse. Je suis avec la Mission locale. Elle voit bien que je n’ai rien à faire. Alors elle me propose de faire des activités. Je suis allé à Boulogne sur mer faire du hand-ball et du char à voile. J’ai visité les jardins de Cocagne et j’ai vu dans un hangar un tracteur plein de poussières. Ils ne s’en occupent pas. C’est bien. On me montre des choses que je n’aurais jamais connues dans ma vie. Mon objectif c’est de me renseigner dans une association. S’il faut monter un projet les éducateurs pourront m’aider.

Je commence à en avoir marre de ne rien faire, de traîner les rues. Je ne veux pas retourner à l’école. Je veux travailler. Je voudrais faire une affiche avec mes compétences et mon numéro de téléphone pour les mettre dans les magasins. »

Safia

« Je suis en France depuis 13 ans. Je suis diplômée Bac+2 en informatique. J’ai eu du mal à trouver du travail. Cela fait 5 ans que je travaille dans l’association après un contrat aidé de 2 ans. Ils n’ont pas regardé mes origines. Quand ils ont vu mes compétences, ils m’ont gardée. J’ai mon permis. Notre emploi n’est jamais assuré. Mon époux va sûrement perdre son emploi. On ne sait jamais si on va rester. »

Zelikha

« Cela fait 15 ans que je suis bénévole dans l’association avec ma cousine Zohra. On est venue ensemble. On est des fidèles. Je suis arrivée en France en 79. Mon mari a travaillé à l’usine des Dunes. J’avais une vie formidable. Mon mari a été licencié. Il a travaillé en Belgique. Moi, je n’ai pas de boulot. Ce n’est pas facile de trouver du boulot. J’ai travaillé 2 ans dans l’association puis je suis devenue bénévole. J’aide à la distribution des colis et l’après-midi, je fais des vêtements. Grâce à l’association, je fais quelques heures de ménage de temps en temps. Je n’ai plus de chômage. Mon mari avec le boulot qu’il a fait, il a travaillé 40 ans et il n’a rien. A part ça, on a les problèmes de tous les jours. Les retraités n’ont pas la belle vie avec 500 €. Quand tu vas dans les administrations, ils ne savent pas. Dans les bureaux, tu n’as le droit à rien. Quand je viens pour un courrier, c’est l’association qui le fait. Si tu as du fric, tu peux tout faire. L’animatrice s’occupe des problèmes des gens. »

Zohra

« Mon mari est décédé il y a 5 ans. Il était commerçant ambulant. Il n’a pas cotisé à la retraite. J’avais 200 € et 400 € de complément. J’ai 65 ans. Maintenant j’ai 540 € de complément et 100€ de retraite. Ca va mieux maintenant. Mais si je ne fais pas attention, ça part en une semaine. Je fais attention dans le porte-monnaie. J’ai l’aide de l’association. Il y a des étudiants qui font les poubelles. Pourquoi on ne donne rien ? »

Souad

« J’ai plein de chose à dire. Je suis arrivée en France en 70. Mon mari a travaillé à Sollac. Il est en retraite mais comme il manque des papiers du Maroc, il n’a rien. Les problèmes de papier, c’est à cause de sa date de naissance. Sur la carte d’identité c’est 1935 et sur l’extrait de naissance c’est 1948. Mon mari est en France. J’ai un avocat au Maroc. Mais mon beau-frère passe derrière pour changer la date de naissance. Il paye. J’ai le RSA mais je dois négocier tous les 3 mois pour le renouvellement. Car je dois avoir une retraite. Avec 500 €, on ne vit pas. Mes enfants travaillent. Ils m’aident un peu. J’ai travaillé à la mairie, dans les écoles. Je n’ai plus le droit de travailler depuis mon cancer. Il y a du boulot mais sur les annonces il y a un logo qui dit que tu ne dois pas prendre telle ou telle personne. On a été à l’assemblée avec une association et ils l’ont dit. J’ai 10 enfants. Il y en a un de décédé. Mes enfants ne sont pas comptés pour la retraite. J’ai dit : vous gardez le dossier. J’ai des copines qui ont des enfants nés au Maroc. Ils sont comptés. Je ne comprends pas. Les miens sont nés en France. Je vais aller voir un avocat en France. Je cours partout. Même avec des personnalités du Maroc, la situation ne se débloque pas. Si tu vas à la mairie pour du boulot et que tu ne connais personne, tu n’auras rien. Les villes prennent des gens extérieurs. Les jeunes en ont marre. Si les jeunes font une connerie, les parents les frappent mais il y a l’assistance sociale qui peut arriver. Ca fait peur. Si un jeune a quitté l’école, il n’a rien. Il devrait avoir le RSA. »

Josette

« Ce n’est pas pour moi. C’est pour mon fils. Mon fils n’a pas de travail. Il a fait des formations. Il a travaillé en contrat d’insertion 2 ans, puis 7 mois en intérim et des petits CDD. »

Fils de Josette

« J’aurais pu trouver un CDI. Mais j’ai fait une dépression depuis le décès de mon cousin. C’est dur. Je ne veux pas me faire reconnaître adulte handicapé. Je veux remonter la pente moi-même. Ma maman me soutient. Les jeunes en ont marre, car ils n’ont pas de boulot, de permis, de voiture. J’ai un scooter mais j’ai dû chercher une assurance sur Dunkerque. C’est cher. A chaque fois que tu vas à l’ANPE, si tu n’as pas de voiture, ils ferment la porte. Il y a des formations mais il n’y a rien après. »

Patricia

« Je suis toute seule avec mes 3 enfants. Ma fille me fait souffrir en ce moment. Elle a 13 ans. Je suis sévère, je lui interdis de sortir. Hier, elle a profité que j’étais en haut. Elle s’est sauvée. C’est dur, quand tu dois faire les 2 rôles. Ma fille me vole, elle fait des fugues. Ce n’est pas bon. Son frère de 11 ans la suit. Quant j’ai un gros soucis, j’appelle le père de mes enfants. Il m’aide quand même. »

Julie

« J’ai 22 ans. Je suis originaire d’Aix-en-provence. Le 24 août, je me suis mariée. Heureusement l’association est là pour me changer les idées. Je suis enceinte de 2 mois ½. Ce n’est pas évident de trouver du boulot. Mon mari était bénévole dans l’association pendant 1 an. Il attend pour signer son contrat de chauffeur-livreur. Ce n’est pas évident de vivre avec le chômage et le RSA. On vient d’emménager. On a juste le nécessaire. Je ne sais pas ce que ça va donner avec l’arrivée du bébé. On est allé voir la CAF pour l’aide à l’emménagement mais il faut un enfant à charge. »

Anthony

« Je suis de nationalité angolaise. J’ai grandi au Congo. Je suis né en 1971. J’ai été réfugié au Congo en 74. J’ai fait 6 ans de post-primaire au Congo. On ne me reconnaît pas dans mon pays. Mes parents sont morts. Je suis un étranger dans mon pays. Sohio en angola, j’étais là pour le commerce. J’étais marié et père de 2 enfants. Je suis né dans un pays riche. J’ai été arrêté. Donc je suis en exil en France. Je suis demandeur d’asile. Je suis en France depuis 10 mois. Je suis logé au foyer. J’ai fait des examens. J’ai du diabète de type II. Je prends des cachets. J’ai des difficultés pour la cuisine. Je ne suis pas habitué. Je viens dans l’association pour apprendre à cuisiner. »

Linda

« J’ai eu un fils. Je me suis séparée. Mon fils a 16 ans. J’ai vécu 4 ans à Dunkerque. Maintenant je suis sur Coudekerque. Mon fils est un enfant très réservé. Il s’est fait agressé à la gare. Ils l’ont massacré. Ils lui ont volé son portable, son blouson. A cause de ça, il a peur. C’est un truc de dingue. On vit dans un drôle de monde. Personne ne réagit ! Hier, à Cora, 2 jeunes sont arrivés sur moi. J’ai eu peur. Je suis au RSA et j’ai l’allocation de la CAF pour mon fils. C’est dur. Heureusement j’ai l’association. Je vois du monde, ça change. J’ai été dans un foyer. J’ai des problèmes de santé. J’ai du diabète, des problèmes de vertèbres. Je dois faire des examens. Je suis toujours malade. Je cherche du boulot, j’ai quand même 48 ans. »

La femme de René

« Je suis de Grand Fort. J’ai une maison à Dunkerque. Maintenant j’ai un appartement avec René. Mes enfants ont tout cassé dans ma maison. Il n’y a plus rien. Ils ont brûlé mes meubles. Mes enfants ne sont plus chez moi. J’en ai eu 6. Je ne peux pas vendre ma maison car ils ne veulent pas tous signer. Ils disent que c’est l’héritage de leur père. Mon premier mari est décédé, il y a 19 ans. Il avait 36 ans. Je vis avec René depuis 17 ans. On a une fille de 17 ans. J’ai perdu 3 de mes 5 enfants dans un incendie. Après j’ai eu un grave accident, j’avais mon pied de travers. J’ai une plaque, des vis et une prothèse au genou. Mon mari s’est mis à l’alcool après le décès de mes enfants. Il travaillait à la centrale et il a attrapé un cancer et il est mort à 36 ans. René, il n’a pas de boulot. J’ai 600 € pour vivre. Cette année, il n’est pas allé aux vendanges, inscrit trop tard. Il est inscrit au bureau de l’emploi. »

René

« Mais je n’ai pas diplôme. J’ai travaillé dans le bâtiment, ferrailleur. Cela fait 6 ans que je ne touche rien. Je n’ai pas d’allocation pour ma fille. Ma fille est au lycée à Wormhout. C’est cher. J’ai dû acheter les affaires, les blouses... Même pour être manoeuvre, il faudrait un bac +3. »

Jacques

« Chaque cas est individuel. Moi, la dame, elle s’est occupé de mon dossier car sur son ordinateur jusque 90 je n’avais plus travaillé. J’ai les papiers dans des caisses. J’ai travaillé jusque 95. Si je ne lui ramenais pas les papiers, ce n’était pas pris en compte. J’avais les papiers de maladie et d’accident de travail. Même un certificat de visite médicale, ils en ont besoin. A mon âge, 51 ans, on n’avait pas le droit de travailler avant 16 ans. J’ai commencé à 14 ans. Pour les 2 ans, je n’ai plus les papiers. Ce qui m’a sauvé, c’est les certificats médicaux. Je suis passé au tribunal pour mon père. L’autre, elle a arraché la feuille du livret de famille. Je ne suis plus rien. Il y a une loi qui est passée pour les gens qui dégradent. Ils doivent du TIG dans la commune qu’ils ont dégradé. S’ils ne le font pas, ils ont le double de peine (par exemple s’il avait 3 mois, ils devront faire 6 mois). »

Anonyme

« Cela fait 4 mois que je suis en arrêt maladie. J’ai eu des problèmes avec mon employeur. Le médecin conseil dit que je suis apte à reprendre mon travail. Mais moi, je ne veux pas. Je ne peux plus voir le patron. J’ai reçu un courrier. Mes indemnités journalières s’arrêtent bientôt. Qu’est ce que je peux faire ? Je suis convoquée à la médecine du travail. On verra bien. »

A.

« La misère est très présente dans le quartier. Elle est surtout la cause d’un manque de travail et d’éducation. Et je pense également qu’il y a un sérieux manque de lieu pour les jeunes. Un certain délaissement est ressentit par cette population. »

Sandrine

« Je vis depuis 15 ans dans la résidence G. et depuis, je suis au RSA. Je n’arrive plus à m’en sortir. Quand je paie le loyer, l’électricité plus le gaz, je n’ai plus rien. Ce n’est pas avec 410 € qu’on peut vivre. C’est impossible. Heureusement que j’ai ma famille qui m’aide pour pouvoir manger et finir la fin du mois. Surtout que depuis quelques années je suis tombée gravement malade et j’ai certains médicaments à payer de ma poche qui ne sont pas remboursés.

Voilà, c’est la misère partout. Tout le monde se plaint et comme on dit : l’argent ne fait pas le bonheur mais quand on n’en a pas, on est malheureux. C’est honteux. Beaucoup de gens vivent dans la rue et ne peuvent plus se nourrir. C’est la misère partout surtout à notre époque. »

Salmata

« Je tiens à remercier le réseau associatif local qui soutient mon association. A la création de celle-ci, j’ai rencontré la présidente du réseau à la journée du refus de la misère et j’ai fait rentrer l’association dans le réseau. C’est dommage que je n’ai pas pu aller à toutes les réunions. J’ai appris des choses avec lui et je suis très contente car j’ai rapporté tout ce que j’ai appris aux Comores. Sur le câble, sur la chaîne des Comores, j’ai découvert une association d’handicapés. C’était la première fois que je voyais une maman d’enfant handicapé se montrer. Avant aux Comores, les mères et les enfants handicapés se cachaient. Cela m’a fait plaisir de voir qu’un homme handicapé soit aussi motivé pour s’en sortir et construise lui-même sa maison en tôle. Après il a fait une association d’handicapés pour motiver les autres handicapés. J’ai récupéré du matériel, des fauteuils roulants, et j’ai contacté cette association aux Comores à laquelle j’ai pu les offrir. Cette association a voulu que je rencontre le Gouverneur pour qu’il sache qu’ailleurs certains pensent aux Comores et aux handicapés.

Depuis ça bouge ils ont créé des emplois pour les handicapés. Le réseau associatif m’a aidée à oser aller plus loin.

Cet été, suite à ce don, lorsque je suis allée aux Comores, des associations m’ont contactée. J’en ai repéré deux, l’une qui défend la paix et l’éducation des enfants et l’autre qui se bat pour la santé, l’environnement et l’éducation des enfants. J’ai rencontré une quatrième association liée avec l’Etat des Comores et mise en place en 2002. J’ai parlé de mon projet de créer un réseau associatif aux Comores et j’ai rassemblé ces quatre associations pour mettre en place des Assises. Ca a été difficile pour moi de les quitter et de rentrer en France. Il faut un projet pour les enfants handicapés physiques. Leurs têtes vont bien et ils peuvent apprendre. Aux Comores ils commencent à oser montrer leurs enfants handicapés. Ils ont moins honte. L’état a donné à l’une des associations des locaux avec un bureau et une salle de réunion. Ils ont le projet de créer un atelier couture. J’aimerais réunir en réseau ces quatre associations. Je reste en contact avec elles par internet et par téléphone. Le responsable de la quatrième association est venu me voir après mon retour en France avec le commissaire de Gouverneur.

Ce que je trouve désolant pour mes amis de Saint Pol sur Mer qui ont vu l’émission c’est qu’ils ont critiqué cette action. Cela m’a fait mal au cœur. Mais cela ne me décourage pas. Je me sens une folle noire au pays des blancs. Quand je suis arrivée des Comores à Saint Pol sur Mer en 1975, j’étais la seule femme noire. Il y avait des hommes, mais j’étais la seule femme noire et je ne parlais pas du tout le français. Un jour il y a eu du verglas et c’était le premier jour d’école de ma fille aînée. C’était mon premier verglas et j’étais avec mes grands talons et mes pantalons pattes d’éléphant. Dehors ça glissait et je n’arrêtais pas de tomber en allant à l’école.

Il y en a qui ont tout ce qu’il faut et qui pensent que la misère n’arrive qu’aux autres. Il y a des gens qui ne veulent que posséder mais avant d’avoir il faut donner.

Celle qui jette des pierres on ne la voit pas mais celle qui les reçoit on la voit. »

Fatima

« Il y a plein de choses à changer mais je ne sais pas comment. On n’est pas sûr que nos idées soient les bonnes. Il faut trouver la bonne porte, comment mettre en place nos idées ? »

Serge

« Il y en a toujours qui mettent des bâtons dans les roues et des peaux de bananes dès qu’il y a de bonnes idées. C’est critiqué, il y a plein de bonnes intentions mais il y a des personnes à qui cela ne plaît pas. Il faut se bouger et tous les jours on apprend, à n’importe quel âge. »

Zaïnaba

« Je cherche continuellement du travail mais je ne trouve pas. J’ai eu l’idée de créer ma propre activité mais ce n’est pas évident. Il faut oser y aller, taper aux bonnes portes. L’association m’a fait sortir de mes quatre murs, rencontrer des gens et parler, elle m‘a aidé à oser. Maintenant j’essaie. Ça passe ou ça casse. Comme je ne trouve pas de travail et que les enfants et le mari ne travaillent pas je fais des vêtements pour les hommes, des boubous traditionnels. Je vois des familles qui se font expulser tous les jours, je me dis : j’ai commencé, il ne faut pas que j’arrête. Mais si on reste les bras croisés à se dire que la vie n’est pas rose ça n’avance pas. »

Jacqueline

« C’est toujours la même chose. Rien qui change. Il y a des problèmes de travail, il n’y a pas de travail. On essaie de s’en sortir mais comment faire s’il n’y a pas de travail. On peut avoir peur de l’échec. »

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