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Moïse et sa famille, « on commence à se connaître et à se respecter »

« C’était, il y a quatre à cinq ans. Du côté de la route de Bergues. », nous a expliqué la première Thérèse. « Ils avaient établi leur campement. Leur situation et celle de leurs enfants m’ont émue. C’est là que j’ai établi les premiers contacts. Moïse parlait un peu le français. Ils étaient sous la tente et vivaient dans une extrême pauvreté. Au début, j’avais un peu peur. Mais, progressivement, on a fait connaissance et je suis allé les voir régulièrement, leur apportant ce que je pouvais. Et puis, ils ont été expulsés et je les ai retrouvés du côté de Match.

Au début, comme je l’ai dit, ils étaient sous des tentes. Et puis, on ne sait pas par quel réseau, ils ont pu trouver une caravane, pourrie de chez pourrie. Mais, au moins, elle était étanche. Pas du grand luxe. Vous n’imaginez pas ma peur lorsque, pour se chauffer, j’ai constaté qu’ils faisaient du feu dans une vieille cuisinière ou qu’ils utilisaient des bougies pour la nuit. C’est miracle qu’il n’y ait jamais eu d’incendie.

Je n’étais évidemment pas la seule à vouloir les aider. Les services sociaux, ça existe, un peu. Mais ce n’est pas pareil. Depuis qu’ils sont à Rosendaël, les restos du cœur ont apporté leur aide. Ils ont pu aussi établir des relations avec quelqu’un de l’U.T.P.A.S.. Ça a beaucoup aidé. Je me rappelle encore les galères pour leur permettre d’avoir accès à l’Aide Médicale d’Etat. C’est un droit. Mais il faut remplir un dossier. 2 ans, pour avoir le papier. Avec l’assistante sociale, on avait rempli le dossier nécessaire. Et puis on a découvert que le dossier avait été perdu par le service. Il a fallu recommencer tout. Cela dit. Même avec cette aide, au bout de quatre jours, on vous met à la porte de l’hôpital que vous soyez encore malade ou pas et on vous renvoie dans votre caravane. Je me rappelle aussi qu’avant d’arriver à Rosendaël, alors qu’ils étaient juste à côté de l’école, la mairie a fermé les yeux pour l’inscription des enfants à l’école. Heureusement, maintenant, ils ont trouvé une école accueillante, une directrice et des maîtresses ouvertes. Les enfants peuvent suivre leur scolarité et ils y sont heureux. Pour moi, d’ailleurs, c’est une des preuves les plus fortes de la volonté de cette famille pour s’intégrer en France et ses efforts dans ce sens. J’ai été frappée par la volonté, la persévérance des parents pour envoyer chaque jour leurs enfants à l’école, en veillant à ce qu’ils soient propres et convenablement habillés. Ce n’est pas un mince effort quand il n’y a pas d’eau et à peine d’électricité dans le logement.

Et puis, il y a un an, je me suis rapprochée de Saint Vincent de Paul auquel j’ai adhéré. Je me trouvais un peu seule. Entre nous, ça n’a pas été forcément l’enthousiasme. Chacun avait déjà ‘ses pauvres’ à aller voir. Mais, j’ai trouvé une nouvelle Thérèse et depuis nous travaillons ensemble auprès de cette famille. »

« C’est vrai », a repris la deuxième Thérèse, « je découvre tous les jours parce que ce n’est pas forcément facile de bien comprendre ce qu’ils sont. Nous avons parlé jusqu’à maintenant de Moïse et de sa famille. Mais où s’arrête-t-elle ? Entre les frères, leurs épouses, leurs enfants, ceux qui sont juste de passage ou ceux qui s’en vont et qu’on ne revoit pas avant longtemps, on a du mal à se repérer. Leur structure familiale est très ouverte et nous avons certainement perdu nous-même cette ouverture. Je retrouve par certains aspects ce que vivait la génération de mon grand père qui était, dans le même village, très lié à ses propres frères. Et puis, ce qu’a fait Thérèse avec Moïse et sa famille proche, nous ne pourrions pas le faire avec toute la famille ou toutes les familles. »

« C’est un véritable lien d’amitié et de respect mutuel », a insiste la première Thérèse, « qui s’est établi avec eux. Je sais qu’ils n’ont pas une bonne image auprès de la population qui les prend toujours pour des chapardeurs au point que la police a osé les accuser de vols de choses que nous leur avions données. Mais, j’ai de l’admiration pour eux. Ils ont toujours respecté ma propre vie sans jamais vouloir s’en mêler. Il s’est établi une véritable confiance réciproque. »

Elles ont raconté plein d’autres choses encore. La recherche vaine du travail, même si aujourd’hui l’espoir est arrivé avec une toute nouvelle carte de commerçant non sédentaire.

Les ressources insuffisantes pour nourrir tous les jours la famille (397 euros par mois pour les adultes et les 4 enfants). L’aide et le soutien apportés par le M.R.A.P. La possibilité de s’établir enfin dans une pièce en dure, grâce aux efforts d’Emmaüs. Les progrès d’intégration parce qu’ils l’ont voulu et parce qu’ils ont été accompagné par tout un réseau. Mais aussi, leur impossibilité de renouveler cet accompagnement auprès des autres familles, parce que leurs forces a des limites.

« Il faudrait, pour bien faire, un référent bénévole par famille. », ont-elles conclu en cœur.

NDLR : quelques jours après la parution de cet article, nous avons appris le démantèlement du camp dans lequel se situait une grande partie de la famille de Moïse. On pourra en prendre connaissance dans la partie actualité de notre site.

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