Le journal n°67 - Novembre 2006
PDF - 104.5 ko
téléchargez le journal N°67

Sommaire

- 1er novembre : Toujours rien sur le local « grand froid » !
- Paroles de Pauvres
- 6 € maximum par jour pour survivre…
- Débat : l’aide alimentaire se questionne
- La pensée du mois
- En direct du Carrefour
- En mémoire de la rue

1er novembre : Toujours rien sur le local « grand froid » !

Le local « grand froid » doit accueillir dès l’arrivée des grands froids les personnes qui dorment dans la rue. A quelques semaines de son ouverture officielle, on ne sait toujours pas où il se situera et quel en sera le financement. Notre administration locale et nationale veille !!!

La rue est dangereuse pour ceux qui y vivent et, surtout, qui y dorment. Dans notre dernière page nous faisons mémoire de ceux qui y sont morts depuis trois ans. Ils sont malheureusement nombreux. Avec le froid qui est susceptible de nous tomber dessus sans qu’on puisse réellement le prévoir, ce danger est multiplié par cent. D’où la mise en place, depuis plusieurs années d’un local « grand froid » en vue d’accueillir pour la nuit ceux de la rue. Officiellement, son ouverture est prévue vers la mi-décembre. Mais la météo étant une science inexacte quand elle doit prévoir, chacun sait que le froid peut arriver désormais d’un moment à l’autre.

Fort de l’expérience des années passées, professionnels et bénévoles des associations se préparent depuis plusieurs semaines. Des réunions se sont mêmes tenues. Oui. Mais voilà. Les financements doivent être apportés par l’Etat. Les locaux doivent être fournis par la Communauté Urbaine de Dunkerque. Et là, que de bonnes paroles.

Les financements sont prévus disent les services de la Sous Préfecture et le Sous Préfet. On dit même que plutôt que de n’ouvrir, comme les années passées, que lorsque la température sera en dessous de zéro, les locaux pourraient être ouverts en permanence pendant la période d’hiver, de décembre à Mars. Mais pour l’instant, rien de concret. On attend les décisions… Quand seront-ils réellement disponibles permettant ainsi aux associations de mettre leurs dispositifs en œuvre ? De quel niveau seront-ils ? La maraude pourra-t-elle être renforcée ? Etc.

Les locaux seront trouvés dit la Communauté Urbaine et son Vice Président chargé du logement. Mais ceux qui avaient été mis à disposition près de la « Boutique de l’insertion » l’année dernière et qui satisfaisaient tout le monde ne seraient plus disponibles. Ils seraient en voie de destruction. Alors on cherche de nouveaux locaux… Comment seront-ils agencés ? Y aura-t-il quelques chambres individuelles permettant en particulier d’y accueillir les femmes ? Quel travail pourra être entrepris avec les personnes accueillies ? Quelle proximité avec les services susceptibles de les accueillir pendant la journée ? Pourra-t-on y apporter un minimum de soins ?

En réalité, on recommence comme chaque année la valse hésitation et l’indécision à quelques jours de la mise en oeuvre.

Non seulement ceux qui, bénévoles et professionnels, vont exercer l’accueil sont incapables de se préparer réellement, mais surtout il est impossible de rassurer ceux qui pourront en bénéficier et de leur donner les indications nécessaires pour qu’ils puissent se situer dans l’hiver qui approche.

Ne dormez pas bonnes gens ! L’administration et les responsables politiques veillent sur vous.

Paroles de Pauvres

A l’occasion de la journée du refus de la misère, les témoignages des personnes qui vivent pauvrement ont été recueillis dans le cadre de rendez-vous citoyens. Ils ont été réunis sous la forme d’un deuxième cahier. Celui-ci est disponible au Carrefour des solidarités. Vous pouvez en faire la demande. En voici quelques extraits lus publiquement devant la stèle des droits de l’homme, le samedi 21 octobre dernier.

« Entendre la parole de ceux qui souffrent de la pauvreté, tel est l’objectif de ce deuxième cahier de témoignages. Quand on souffre, on n’a pas, le plus souvent, l’énergie nécessaire pour se faire entendre. Ou alors, on fait la douloureuse expérience que sa parole n’est pas entendue.

Si, pour une fois, nous nous arrêtions tous et prenions le temps d’écouter !
Si, pour une fois, nous mettions de côté nos a priori et les petites boîtes dans lesquelles nous avons l’habitude de classer ce que nous entendons !

Après, et seulement après, il sera temps de reprendre le dialogue et la construction commune des réponses. Car, il ne suffit pas d’entendre. Il ne suffit même pas de construire des réponses. Les réponses n’auront de chance d’être pertinentes que si elles sont construites avec ceux qui ont parlé. C’est dans l’énergie de leur espoir de vivre que se situent toujours les solutions. »

Introduction au cahier n° 2, « Paroles de pauvres »

Reine Marie

La misère, je sais. Je suis divorcée, j’ai connu les difficultés. Avec l’ANPE, j’ai fait des stages pour obtenir un diplôme. On m’a promis beaucoup de choses. Payer ses factures, c’est la galère, on ne peut pas demander aux enfants. Maintenant, je ne peux pas travailler. J’ai des problèmes de santé et puis la mort…. d’un frère. Quand il y a la mort au bout….

Je suis tombée dans la dépression. Je vis dans un quartier où je ne m’habitue pas. Je ne peux pas changer de logement. Je n’ai pas d’argent. Quand les factures arrivent… je paie par mois c’est plus facile.

Mais ce qui est dur c’est la solitude. La maison, c’est des murs. Retrouver un travail ? Je ne peux plus travailler. Ca me perturbe. Mais, hier soir, j’ai rencontré trois personnes. Elles n’avaient plus rien. J’étais invitée à une rencontre…. J’ai trouvé de la chaleur. J’ai vu ces trois personnes démunies de tout. J’ai vu un monsieur qui nous a fait un poème. J’ai trouvé de la chaleur et les témoignages de ces gens.

Cette misère… tout le monde a droit d’avoir un toit, de pouvoir manger. Mais d’avoir sa dignité, c’est important. Quand on doit demander à une association… J’ai toujours essayé de m’en sortir. Il faut penser à quelqu’un qui n’a pas de salaire.

Safia

Je suis arrivée d’Algérie, il y a 7 ans. La France n’est pas prête à accueillir l’étranger. Je ne connaissais rien à l’organisation en France. Je me suis inscrite à

l’ANPE. En Algérie, j’avais commencé 2 ans de BTS informatique. L’ANPE m’a fait faire des formations pendant 4 ans. Puis, enfin, j’ai fait un bilan de compétences et j’ai pu accéder à une formation informatique.

Maintenant, j’ai un emploi ici. Mon travail est de m’occuper des familles maghrébines. Je parle le Kabile, l’arabe.

Je suis en France parce que mariée à un français. Je pense comme Jean Pierre, que les contrats qu’ils inventent, c’est fait pour masquer le chômage.

Jean François

J’ai eu une famille. Mais après mon divorce, j’ai eu le sentiment que tout était foutu. J’ai perdu mon travail et je me suis mis à boire. Mes enfants, je n’ai plus eu le droit de les voir. Quand je faisais la manche, je les ai vus. Mais je me suis caché. Je ne voulais pas qu’ils me voient comme ça. Je préférais qu’ils pensent que je ne voulais plus les voir. J’ai beaucoup pleuré et j’ai bu pour oublier. Et puis un jour, quelqu’un est venu et m’a dit que j’étais quelqu’un, qu’avec tout ce que j’avais vécu, c’était normal mais que je pouvais m’en sortir. J’ai vu un jour la photo de ma fille dans le journal, elle venait de se marier. J’étais triste et j’ai eu le désir de faire honneur à mes petits enfants. J’essaie de m’en sortir. J’ai été voir ma fille. Au début, elle voulait rien entendre. J’ai laissé mon adresse et un jour, j’ai reçu du courrier. Elle avait écrit et voulait bien me voir dans un café. Je me suis fait beau et j’avais peur. Elle était là avec ses frères. Je les ai vus et j’ai fait demi tour. Mais ils m’avaient vu et sont venus vers moi. Il ont dit : « tu ne vas pas encore nous laisser tomber ». J’ai pleuré. Maintenant, j’essaie de réduire l’alcool, mais c’est dur. Je suis prêt à rattraper le temps perdu.

Marie

Je suis âgée et je ne peux pas me déplacer facilement. Quand on est vieux, on n’est plus bon à rien. On est bon qu’à jeter à la poubelle. On ne produit plus. On n’a plus d’enfant. On touche de l’argent à ne rien faire. Mais si, au moins, quelqu’un venait vous rendre visite. Ma voisine, elle était cardiaque. Quand je l’ai su, j’ai été frappé chez elle pour voir comment elle allait. Heureusement, elle n’avait pas trop de problèmes. Ca va. C’est bien. Mais moi, je n’ai jamais personne qui vient frapper à ma porte. La façon dont on accueille les étrangers qui passent, c’est du racisme. C’est dégoûtant. C’est pas normal. Nous, on n’est pas riche. Mais on serait près à les accueillir un peu mieux. J’en demande peut-être un peu trop…

Pierre

On n’a jamais d’interlocuteur. On a fait pendant une journée complète le tour des bureaux. A la fin de la journée, on s’est demandé si on avait jamais répondu à notre question. On vous répond : « On s’occupe de votre dossier, » ou « on va recevoir instamment les papiers nécessaires ». Vous croyez que c’est une réponse ça ? On en a ras le bol parce qu’on n’a jamais de vraies réponses.

Jean

Parce que vous avez une dette de 50 € que vous ne savez pas payer, on vous envoie un avis d’huissier que vous allez devoir payer 100 €. Logique, non ?

Bruno

« C’est donnant, donnant. Moi, j’avais un problème de mutuelle. Je travaille depuis 30 ans. Je suis boulanger. Même en travaillant, on n’y arrive plus. J’ai 3 enfants dont 2 au chômage. J’avais un problème de mutuelle, 800 euros de retard. Je restais enfermé sur moi-même. Je suis venu avec ma fille à l’épicerie solidaire, par hasard. La misère, moi, je sais ce que c’est. Quand un dimanche, vous avez 5 pommes de terre dans l’assiette, on a envie de se pendre. J’ai essayé 4 fois, heureusement j’ai échoué.

Ici, à l ‘épicerie, c’est un rayon de soleil, ce que eux m’ont donné, on ne peut pas le rendre. Il faut donner ce qu’on a reçu. On peut toujours être près de la misère, ça va vite. Les crédits revolving m’ont mis dans le surendettement. J’attends que le dossier passe à la Banque de France. Il faut aller de l’avant et ne pas faire l’autruche. Mon grand-père disait : « on est toujours plus près de la misère que de la richesse ». Ça va vite et après c’est boule de neige. Vous prenez un crédit pour en rembourser un autre. On a honte d’être pauvre. En plus j’ai un salaire, je gagne 1200 euros. Je passe devant les magasins. Mais je ne m’arrête pas. On voudrait bien aussi profiter de la société. On se dit : « le mois prochain ». Mais le mois qui suit, il y a toujours quelque chose qui tombe. Le crédit, un coup de téléphone, vous avez le bonheur assuré, mais après c’est le malheur assuré. On est pauvre, mais il faut garder sa dignité. Il y a ceux qui sont au grenier et ceux qui sont à la cave. Moi, je suis à la cave. Les pauvres, on les cache, on les met derrière les murs. La pauvreté va très vite, on glisse, on n’a pas de frein. Pour descendre, ça va vite, pour remonter, c’est très dur et très long. Je tournais en rond, même en travaillant, j’ai 2 euros 43 par jour et par personne. Il faut que je vive avec moins de 340 euros.

J’ai demandé un bon, on m’a dit : « Monsieur vous travaillez, il y a des gens plus en difficulté que vous. » On dit : « si vous êtes dans la pauvreté, c’est de votre faute. » Une bénévole d’une association m’a écouté. De là, j’ai fait un dossier de surendettement. Si quelqu’un nous écoute, ça soulage. La misère, ça peut vous arriver. Ça va vite. Faîtes attention. »

6 € maximum par jour pour survivre…

Les personnes qui bénéficient de l’aide alimentaire des associations ne peuvent avoir plus de 6 € par jour et par personne, une fois réglées toutes les charges ordinaires : logement, impôts, assurances, etc. Il nous a paru juste de voir ce qu’on pouvait réellement faire chaque jour dans cette situation.

Quelques situations relevées dans les inscriptions à l’aide alimentaire

Je suis une femme seule avec un enfant

Je perçois
ASSEDIC 394 €
APL 292 €
RMI 151 €
TOTAL 837 €
Mes charges incontournables
Loyer 394 €
Charges liées au logement 130 €
Assurances 43 €
Impôts fonciers 56 €
TOTAL 623 €

Reste à vivre : 837 € - 623 € = 214/30 j/ 2 pers = 3,56 € par jour et par personne

Je dois assurer :
- l’alimentation pour 2 personnes
- l’habillement
- l’entretien de la maison, du linge
- le transport
- etc…

Nous sommes un couple avec 4 enfants

Nos ressources
ASS 403 €
RMI 117 €
AF 409 €
PAJE 165 €
APL 482 €
TOTAL 1576 €
Nos charges incontournables
Loyer 450 €
Autres charges 35 €
EDF 110 €
Eau 65 €
Téléphone 32 €
Assurances 60 €
Prêt CAF 15 €
COFIDIS 31 €
TOTAL 798 €

Reste à vivre : 1576 €-798 € = 778€/30 j/6 pers = 4,32 € par jour et par personne

Nous devons assurer :
- l’alimentation pour 6 personnes
- l’habillement
- l’entretien de l’appartement, du linge
- le transport,
- etc…

Que faire avec 6 euros en poche ?

1pain 1 €
Beurre 1,20 €
Œufs (3) 1,20 €
Steaks hachés (2) 2, 60 €
Total 6 €
1 pain 0,90 €
Steaks hachés (3) 3,90 €
3 pommes 1,20 €
Total 6 €
1 paquet de pâtes 1,15 €
1 pain 0, 90 €
1 litre de lait 0,65 €
4 tranches de jambon 2,40 €
2 pommes 0,90 €
Total 6 €
Œufs (6) 2,40 €
1 pain 0, 90 €
1 paquet de pâtes 1,20 €
Endives 0,80 €
1 litre de lait 0,65 €
Total 5,95 €

Débat : l’aide alimentaire se questionne

La question de prendre ou non les dépassements de barème ou l’endettement de la famille dans les calculs qui permettent de décider de l’intervention d’une association dans l’aide alimentaire à une personne, a été posée dans le journal de septembre et à nouveau dans celui d’octobre 2006. Marie France, d’Emmaüs famille, se questionne et s’interroge.

Les solutions contre la misère sont insuffisantes, injustes et… perfectibles ! Ne sommes nous pas occupés à nous focaliser sur l’endettement, alors que la réflexion sur le mode d’acceptation et de distribution de l’aide alimentaire est beaucoup plus vaste que cela ?

Pourquoi respecter le barème ?

Pour plusieurs raisons et entre autre celles-ci :

- Si un barème a été établi, c’est qu’il devait, à l’origine, y avoir une bonne raison et qu’il vaut mieux le suivre.

- Puisque barème il y a, de quel droit, aurions-nous le pouvoir d’octroyer une aide à une famille "hors barème" et pas à une autre ?

- Pour se sentir rassurée derrière un barème commun.

- Afin de ne pas se culpabiliser suite à la décision d’accepter ou de refuser telle ou telle famille "hors barème".

- Afin d’éviter de nous réunir, et de ce fait, donner des heures en supplément à notre bénévolat, pour étudier les nombreux dossiers des personnes présentant un dépassement (il y en aura de plus en plus).

Car, accepter des aides au delà du barème établi, aura automatiquement pour conséquence d’atteindre plus rapidement le nombre maximum de personnes que l’association est capable d’aider. Que faire quand ce nombre est atteint ? Refuser, faute de place, des personnes qui "entrent" dans le barème ! ?

Est-ce indispensable de se fixer des quotas ?

De fait, décider d’un barème c’est se fixer indirectement des quotas. Cela revient à se fixer d’avance un nombre maximum de personnes auxquelles on vient en aide.

À cause de ces "quotas", des refus seront donc signifiés dans le courant de l’année vers avril/mai. Ce qui veut dire qu’à partir de ces mois là les femmes abandonnées, du jour au lendemain, par leur compagnon ne trouveront plus d’aide dans nos associations. Ou encore les personnes licenciées en juin ne seront pas secourues. Le malheur dans une famille devrait-il donc arriver le plus tôt possible dans l’année et même de préférence en octobre afin d’avoir une chance pour celle-ci d’être aidée !

Est-ce préférable, est-ce normal, est-ce logique, est-ce juste, est-ce humain, est-ce équitable ?

Est-ce normal de donner un gros colis à 500 personnes alors que l’on pourrait donner un colis moyen à 700 ou un petit colis à 800 à 1000 personnes ?

Est-ce logique qu’il y ait des disparités dans le contenu d’un colis entre toutes les associations, voir dans une même association qui ne reçoit pas toujours la quantité égale de produits frais ?

Est-ce juste le fait que certaines associations du Carrefour n’aient pas le même barème ou les mêmes façons d’aider ?

Est-ce humain de laisser sans nourriture des personnes hors secteur géographique de nos associations ?

Est-ce équitable de distribuer la même quantité de denrées alimentaires aux familles n’ayant que 1€/Jour/Pers par rapport à celles ayant par exemple 5€ ?

Dans tout ce que nous faisons rien n’est équitable à 100%, bien que nous essayions de faire le moins d’injustice possible. C’est la misère, la précarité, le manque de travail et d’argent qui n’est pas normal, juste, logique et humain.

Réfléchir pour trouver de nouvelles solutions

Nous devons être humbles, mais fiers de ce que nous faisons. Nous ne devons pas nous sentir coupables d’avoir choisi telle ou telle façon de distribuer l’alimentaire. Toutes les solutions contre la misère sont insuffisantes, injustes et perfectibles. Nous faisons, tous ensemble, du beau et bon travail que nous nous efforçons d’améliorer.

Il est normal que cela nous émeuve. Mais nous ne devons pas nous culpabiliser de laisser telle ou telle personne au bord de la "table vide". Nous ne pourrons jamais éliminer toute la misère alimentaire du Dunkerquois.

Toutes les associations caritatives n’ont pas les mêmes moyens en argent, bénévoles ou logistique. Mais toutes font de leur mieux pour aider les familles, qu’elles soient prises dans le barème, hors barème, avec ou sans endettement.

Nous sommes tous conscients de ces nombreux cas "hors normes" et dramatiques. A l’instar de la création de "Tabgha" qui est maintenant une proposition efficace contre certains refus, ensemble nous y réfléchissons et trouverons de nouvelles solutions.

Marie-France, Emmaüs Famille

Précision : Emmaüs Famille ne refuse pas les personnes endettées mais respecte le barème établi collectivement.

La pensée du mois

si la pierre tombe sur la cruche, malheur à la cruche !
si la cruche tombe sur la pierre, malheur à la cruche !
de toute manière c’est toujours la cruche qui souffre ...

talmud. IV e siècle.

En direct du Carrefour

L’actualité du Carrefour des solidarités est chargée : déménagement, conseil d’administration consacré principalement à l’analyse de notre activité et aux orientations budgétaires, publications de « Paroles de pauvres », journée de refus de la misère, interventions auprès des autorités concernant les migrants ou concernant l’accès aux services publics des personnes pauvres, mise en place d’un guide de ressources, création du site internet, préparation de la rencontre des Président(e)s, travail sur les obsèques des gens de la rue, construction d’une véritable observation, etc. Nous parlons de certaines d’entre elles dans d’autres parties du journal. Nous reviendrons sur d’autres dans notre prochain numéro.

Conférence des Président(e)s du Carrefour

Le 14 novembre prochain, comme ils le font deux fois par an, les Présidents et Présidentes des organisations membres du Carrefour se rencontreront pour mener une réflexion commune. A cette occasion, il leur est proposé d’aborder les questions concernant la continuité territoriale des actions menées au sein de notre réseau en faveur des personnes démunies. Celles-ci nous paraissent particulièrement d’actualité depuis que les CCAS sont devenus membres de notre association.

- Les personnes pauvres de l’ensemble de la région dunkerquoise ont-elles la même chance d’accès aux services que peuvent leur rendre les associations caritatives et humanitaires ?
- Comment faire pour rendre présentes les associations et l’aide qu’elles peuvent apporter sur des territoires dans lesquels elles ne sont pas présentes ?
- L’idée d’organiser un « forum social des associations » itinérant dans chacune des communes en commençant par celles dont le CCAS est membre du Carrefour est-elle à retenir ?
- Les personnes pauvres de l’ensemble de la région dunkerquoise ont-elles le même accès aux services publics de l’eau, de l’énergie, de l’alimentation, des soins ? Comment éviter les disparités de traitement de cette question d’une commune à l’autre ?
- L’idée d’une conférence intercommunale des CCAS sur les questions d’accès aux services publics dont est responsable la Communauté Urbaine de Dunkerque est-elle à retenir ? Si l’organisation d’une telle conférence était retenue, ne devrait-elle pas être publique et en présence et avec le soutien des associations caritatives et humanitaires ?

Migrants : lettre ouverte aux autorités

Le 4 octobre dernier, la police rasait une fois de plus l’habitat de fortune que des personnes étrangères, de passage vers l’Angleterre, avaient établies sur le territoire de Loon Plage. Depuis plusieurs mois s’est constitué un collectif qui rassemble une trentaine de personnes issues des associations du Carrefour et des bonnes volontés individuelles pour apporter une aide humanitaire à ces migrants. Ensemble nous avons écrit une lettre ouverte aux autorités locales : Sous Préfet, parlementaires, conseillers généraux et maires pour que nous puissions simplement faire notre travail humanitaire. Finalement, nous avons obtenu un rendez-vous de la part du Sous Préfet à la mi-novembre. Nous en donnerons les résultats le mois prochain. Voici cette lettre ouverte.

« En 2002, on voulait nous faire croire que la fermeture de Sangatte allait stopper les migrations. Force est de constater qu’aujourd’hui, des milliers de personnes continuent d’affluer sur le littoral Nord Pas de Calais à la recherche d’une terre d’asile.
Ils n’ont pas choisi leur migration mais ils la subissent contraints par la guerre et la famine, ils sont poussés sur la route de l’exil. Ces hommes et femmes organisent aujourd’hui leur survie dans des « camps de fortune » le long de notre littoral, et cela dans des conditions chaotiques et désastreuses.
Nous avions dénoncé à plusieurs reprises leurs conditions de vie, le mépris, et les traitements inhumains qu’ils subissaient déjà.
Parce que la priorité de notre engagement c’est la défense du plus faible et l’aide au développement, parce que ce sont des hommes et femmes fragilisés dans leurs conditions de vie, parce que nous choisissons de leur apporter un peu d’humanité et de réconfort en leur fournissant nourriture, hygiène et soins minimums ; Nous ne pouvons tolérer les répressions répétées à leur égard telles qu’elles se sont déroulées à Loon-Plage ce 4 Octobre 2006.
Afin d’appeler à la vigilance dans un souci de solidarité et de fraternité, il y a urgence au dialogue pour faire valoir nos points de vue et d’adopter un comportement respectueux. Il est urgent d’honorer notre signature de la convention des droits de l’homme car aujourd’hui il y a des hommes des femmes et des enfants qui risquent leur vie, et cela est insupportable. »

T.CAULIER, M.LAVOISIER, M.LENGRAND, J.P MASCLET, A.ZAÏBET

Avec le soutien de :
MRAP, EMMAUS DUNKERQUE, CARREFOUR DES SOLIDARITES, SALAM CALAIS, LA PASTORALE DES MIGRANTS

En mémoire de la rue

Novembre, le mois des chrysanthèmes. Notre tradition est de faire mémoire de nos morts. Qui fera mémoire des morts dans la rue et de la rue ? Raymond, que nous avons croisé place Jean Bart le jour du refus de la misère est mort quelques jours après. Les autres, qui sont morts seuls ces dernières années, dans la rue aussi. Cette mémoire, que nous vous proposons de faire ici, est celle de leur dignité.


Christian, 50 ans
Stéphane, 40 ans
Michel, 54 ans
Christian, 37 ans
Christophe, 45 ans
Pascal, 43 ans
Freddy, 51 ans
Jean-Marie, 50 ans
Raymond, 54 ans

Morts dans la rue sur le dunkerquois ces trois dernières années

En mémoire de Raymond

Raymond et Christian faisaient route ensemble, tel un couple d’amis. Ils dormaient tous les deux sur le côté de la CUD. Le gardien veillait pendant la journée sur leurs matelas en carton.

Samedi après-midi, lors de la journée du refus de la misère, ils étaient là avec nous. Ils étaient avec Jenny, la jeune fille qui dormait sous la CUD au moment où nous étions devant la stèle des Droits de l’homme. Raymond était assis tout près d’elle et la consolait de son chagrin d’amour. Ami de la rue, figure paternelle, casquette vissée sur le crâne, bonne bouille rougie et burinée par "la vie au grand air", le poignet droit plâtré recouvert de dédicaces et la bouteille de vin toujours à portée. On lui a offert quelques douceurs orientales préparées par les dames de l’AJS. Méfiant face à ces mets inconnus, il a fini par goûter et en a redemandé. Pendant que Christian faisait le clown face à nous en essayant des vêtements trouvés dans le tas d’Emmaüs, Raymond se montrait très protecteur avec Jenny. Il tentait de la rassurer et disait quelques blagues pour la distraire. Nous avons bavardé tous ensemble en fumant des roulées.

Le soir, ils étaient présents, amenés par Dominique, une bénévole, à la Chorba, organisée par Graines de culture à Grande-Synthe à l’occasion du Ramadan. Ils étaient attablés comme au restaurant. Christian dansait en ondulant des hanches sur les sonorités orientales. Raymond était assis, heureux, le regardait faire, le sourire aux lèvres. Et puis, on les a raccompagnés en fin de soirée vers leur abri sous la CUD.

Mardi après-midi, Marco et Yvette, un couple de lensois, depuis quelques semaines à Dunkerque, eux-mêmes de la rue, ont traversé le parc Marine. Marco a vu Raymond assis sur un banc et a voulu le saluer. Raymond avait les yeux fermés. Marco n’a pas osé le déranger. Il s’est dit qu’il dormait. En fait, il ne s’est jamais réveillé.

Elle était si belle
Dans ce monde irréel
Je l’ai vu entrer
Tout de suite je l’ai aimé
Je l’ai serré contre moi
Mon coeur était en émoi
J’étais le roi et elle ma reine
Ma vie a changé
Car je sais que je peux aimer
Avec un grand "A"
La vie vaut le coup d’être vécue
Quand on aime on oublie tout

Christian, le 20 octobre 2006

Pour le droit à un enterrement digne :
Avec quelques uns, nous sommes en train de réfléchir aux initiatives que le Carrefour des solidarités et les associations qui le souhaitent pourraient prendre pour faire en sorte que les gens qui ont choisi ou qui se sont vus contraints par la vie d’être dans la rue et d’y mourir puissent avoir un enterrement digne et une mémoire, comme tous les autres citoyens. Nous vous en reparlerons dans un prochain numéro.

Accueil du Carrefour des Solidarités | Plan du site | Espace privé | Contacts | Liens | Partenaires | Espace Administrateurs
Le Carrefour des Solidarités - 15 rue de l’Ecluse de Bergues - 59140 Dunkerque - Tél. : 03 28 63 70 40 - Fax : 03 28 63 70 60 - Mél : chantiers@carrefourdessolidarites.org

Création : http://www.agence-e-dock.com