Le journal n°66 - Octobre 2006
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Sommaire

- Extrait de « Poèmes de la nuit »
- Ces 9000 dunkerquois qui ont faim
- L’association Michel
- En direct du Carrefour
- Débats
- Conversation avec …des bénévoles

Extrait de « Poèmes de la nuit »

Amour lumière désamour solitude, _ J’oscille de l’un vers l’autre tel
le balancier d’une horloge, sans
pouvoir m’arrêter, sinon de vivre.
Lorsque je vois le vide, je suis le vide,
la solitude. J’ai mal et j’ai peur.
Lorsque je me sens bien, je suis la joie
et la présence. J’ai une autre vision du monde.
La solitude triste,
c’est lorsque mon regard
ne voit que le vide.
La solitude sereine,
c’est lorsque je me rappelle
qu’au-delà des apparences
il est une présence
que j’oublie parfois.

Béatrice

_ extrait de « Poèmes de la nuit », Edition Cana, Paris 2000
fabriqué à l’atelier d’écriture de « la moquette », à Paris en introduction à la journée du refus de la misère.

Ces 9000 dunkerquois qui ont faim

Ils ont tous un visage. Les bénévoles des associations qui les accueillent régulièrement les connaissent bien. Ils vivent, pour la plupart d’entre eux, de ce qu’on appelle pudiquement les « minima sociaux ». Ils reprennent ces jours-ci le chemin des associations qui les aident pour faire un nouveau bilan. C’est à travers ce qu’ils ont pu dire au moment de leur inscription qu’on peut faire un peu plus ample connaissance.

Il n’y a pas d’âge pour avoir faim. De 18 à plus de 60 ans, on retrouve ces différents âges dans des proportions à peu près identiques chaque année. Les personnes accueillies par les associations ont une légère tendance à vieillir, comme le reste de la population d’ailleurs. Et si, on retrouve peu de jeunes, c’est sans doute que la vie ne leur a pas encore fait croiser les associations qui peuvent les aider ou qu’ils préfèrent trouver d’autres solutions.

L’âge majeur de ceux qui viennent directement à la rencontre des bénévoles ne doit pas cacher que bon nombre d’enfants et de jeunes de moins de 18 ans sont concernés et comptent parmi ces dunkerquois qui ont faim. Ils représentent plus de 55 % des personnes bénéficiaires de l’aide alimentaire associative.

C’est ce qui apparaît encore plus nettement lorsqu’on regarde comment se répartissent les différents types de foyers parmi les demandeurs.

Ils sont, pour la plupart, dépendant pour leurs ressources de la solidarité collective : demandeurs d’emploi, retraités ou personne au foyer.

Ils proviennent principalement des communes les plus importantes de notre agglomération, là où les associations sont aussi les mieux implantées. Ils indiquent en particulier que la faim est malheureusement bien répartie sur l’ensemble du territoire de la région dunkerquoise, qu’on appartienne à des communes importantes en taille ou non, qu’on fasse partie du monde rural ou du monde urbain, qu’on soit de gauche ou de droite.

Note technique :
Le total des personnes concernées comprend celles qui sont accueillies par les Restos du Cœur.

Les pourcentages ont en revanche été calculés uniquement à partir des chiffres fournis par les autres associations et qui ne représentent qu’un tiers du total des demandeurs.

Pour de plus amples informations, se reporter à la rubrique « statistiques ».

Les associations qui accueillent les personnes et leur viennent en aide par des colis alimentaires

- l’A.J.S. « le bon emploi de la solidarité » : inscriptions du 16 au 20 octobre de 9 h à 12 h etde 14 h à 18 h, sur rendez-vous
- l’Armée du Salut
- la Croix Rouge : inscriptions les 9, 10 et 11 octobre, de 9 h à 12 h et de 14 h à 18 h, sur rendez-vous.
- Emmaüs : inscriptions du 2 au 6 octobre de 9 h à 12 h et de 14 h à 18 h, sur rendez-vous.
- Le Phare : inscriptions les 11, 12 et 13 octobre de 9 h à 12 h et de 14 h à 17 au 6 rue Liagre.
- Les Restos du cœur
- Le Secours Catholique
- Le Secours populaire
- Saint Vincent de Paul

L’association Michel

Toute personne en difficulté a le droit d’être aidée afin de trouver son propre chemin pour s’en sortir. Et parfois, le chemin est long et chaotique. C’est ce qu’a entrepris de faire l’association Michel, depuis 1984, vis-à-vis de ceux qui sont devenus toxicomanes. Faisons plus ample connaissance avec ce partenaire.

La spirale infernale de la drogue ?
Un espoir

« Toute personne, de tout milieu social, peut un jour se retrouver dans la spirale infernale de la dépendance », nous dit d’emblée Betty. 31 ans, accolée au mur dans le sas d’entrée et tendant ses mains tremblantes et gonflées pour prendre 15 seringues stériles. L’important pour elle, c’est en effet de pouvoir trouver, dans un lieu ouvert et chaleureux, une personne qui l’accueille sans jugement et qui va accepter de faire un bout de chemin avec elle.

C’est le rôle que tente de jouer Médiane, centre de jour pour toxicomanes actifs depuis 1999. On vient y laver son linge, prendre une douche, se couper les cheveux, se poser, téléphoner, échanger, boire un café, se faire aider pour une démarche administrative, prendre une collation ou s’entretenir avec un éducateur ou un infirmier. Bref, on y brise, pour quelques moments le rythme de la rue, de la galère et de la recherche incessante et fatigante du produit. Comme une toile d’araignée les professionnels tissent des fils, tissent un lien, apprivoisent, donnent l’envie de revenir. La porte reste ouverte.

Et puis, pour au moins éviter le pire, vous pouvez y trouver des moyens qui vont permettre de diminuer les complications sanitaires et sociales liées à cet usage. On peut y des seringues stériles, y déposer des seringues usagées, des kits snifs, des préservatifs, voire soigner ses petits bobos. Ces pratiques font partie de la Réduction des risques et ont été autorisées dans le cadre du plan gouvernemental contre la drogue et la toxicomanie initié en 1999.

En parallèle un travail de sensibilisation, de prévention et de réinsertion sociale est effectué par l’équipe médico-éducative. Son principal souci cependant est de tout mettre en œuvre pour préserver les liens qui progressivement se sont instaurés afin d’aboutir à une relation de confiance durable.

Lorsque la personne exprime la volonté et la motivation de mettre fin à sa consommation, avec un début de projet de soins, « Esquisse » prendra le relais. Centre spécialisé de Soins pour toxicomanes, Esquisse offre à toute personne (parents, enfants, etc.) un espace où, en toute confidentialité, elle peut venir échanger sur sa consommation, ses inquiétudes ou chercher des informations sur la toxicomanie. Un éducateur va tenter de construire avec la personne un projet de soin et la soutenir dans celui-ci. Le lien, toujours fragile, pilier de la relation éducative, est toujours un objectif à conserver. Les professionnels ne sont-ils pas en quelque sorte des « techniciens de la relation » ?

Et si, dans tout ce parcours de combattant, l’espoir se situait dans le lien, à son maintien et à sa protection. De fils en aiguille, il devient aussi solide qu’une grande tapisserie qu’on expose avec fierté sur le mur de son salon !!

Portes ouvertes le Mardi 14 novembre

L’association Michel
Anime et gère deux structures :

- Esquisse : 3 rue de Furnes, 59140 DUNKERQUE
Tél : 03 28 59 15 79, Fax : 03 28 21 26 65

Ouvert tous les jours : de 9 h à 17 h (Sauf le samedi de 9 h à 12 h)

- Médiane : 32 rue Marengo, 59140 DUNKERQUE
tel : 03 28 51 23 60, fax : 03 28 26 41 25
Ouvert :
lundi, mardi et jeudi de 10 h à 17 h 30
mercredi et vendredi de 10 h à 19 h

mel : association-michel@wanadoo.fr

Son conseil d’administration est composé de 10 membres

Président : Philippe Pruvost
Vice-Président : Jean-Pierre Périgny
Chef de service : Odile Lecocq

À Médiane, 2 éducateurs, 1 maîtresse de maison et 2 infirmier(e)s
A Esquisse, 2 éducateurs, 1 psychologue et 1 secrétaire

Une convention passée avec le Centre Hospitalier de Dunkerque met à disposition, pour le traitement méthadone, un médecin et un infirmier pour la délivrance du produit et le suivi des usagers, uniquement le matin.

Une intervention à la Maison d’Arrêt de Dunkerque est assurée pour les personnes qui en font la demande et pour celles déjà suivies par l’association.

Pour les établissements scolaires qui le souhaitent, l’association peut intervenir à but préventif et informatif.

Lutte contre la toxicomanie en France
Un peu d’histoire

1984/1985 : La situation sanitaire des usagers de la drogue se dégrade, notamment avec l’épidémie du SIDA
1987 : La ministre de la santé, Madame Barzach, autorise, par décret (n° 87-328), la vente libre des seringues en pharmacie.
1992 : le décret n° 92-590 officialise les Centres spécialisés de soins pour toxicomanes.
1993 : La Ministre de la santé, Simone Veil, présente un premier plan gouvernemental contre la drogue (1994-1998)
1994 : La vente de la méthadone (traitement de substitution aux opiacés) est autorisée.
1996 : La vente du Subutex (autre traitement de substitution) est autorisée.
1999 : Le plan gouvernemental contre la drogue et la toxicomanie, _ 1999-2001, est élaboré par la Mission interministérielle pour la lutte contre la drogue et la toxicomanie. Elle officialise les mesures de Réduction Des Risques (R.D.D.)
2004 : Le code de la santé publique crée les Centres d’Accueil et d’Accompagnement à la Réduction des Risques. Ils ont désormais un cadre légal et les accueils de jour pour toxicomanes, sont reconnus comme structure médico-sociale, financés désormais par la Sécurité Sociale.
Le 30 juillet, le plan gouvernemental de lutte contre les drogues illicites, tabac et alcool (2004-2008) est publié.

En direct du Carrefour

Le Carrefour déménage

Lorsque vous recevrez ce petit journal, ce sera chose faite grâce à la diligence des services de la Communauté Urbaine de Dunkerque qui nous ont remis les clefs et grâce à l’aide précieuse d’Emmaüs et de ses compagnons sans lesquels nous n’aurions pu le faire.

Entièrement en rez de chaussée, nos locaux seront un peu plus vastes lorsque les travaux seront complètement achevés. Situés non loin des anciens et à quelques encablures de la Sous Préfecture (ne vous trompez pas d’adresse !), vous pourrez y accéder aussi facilement qu’auparavant. Pour les invétérés de la voiture, votre parking sera encore celui du pôle Marine.

Notez l’adresse : 15 rue de l’Ecluse de Bergues et n’hésitez pas à pousser la porte. Le n° de téléphone reste le même. Par contre il se peut que le déménagement du standard demande un délai. Si vous rencontrez des difficultés, contactez-nous au 06 75 21 89 91.

Débats

Appeler à la solidarité est un droit
Y prendre part est une exigence de fraternité (suite)

Les textes fondateurs de notre République garantissent à chaque personne des conditions de vie indispensables à sa dignité et à son développement. C’est à l’Etat que revient de mettre en oeuvre ce droit. Mais alors, quel est le rôle des associations ?

Le Président du Conseil national de la Société de Saint Vincent de Paul a écrit récemment : « L’aide alimentaire ne constitue plus pour nous ni un défi à relever, ni un engagement d’avenir. Nourrir les habitants d’un pays est une responsabilité d’Etat » Cela ne voulait pas dire que l’association se montrait indifférente à la situation des personnes qui, encore aujourd’hui, ont faim. Cela indiquait que les rôles de l’Etat et des associations étaient différents. Expliquons-nous.

Quelque soit sa bonne volonté, il est évident que la Nation n’assure pas à chacun les engagements explicités dans les constitutions successives. Une des raisons est qu’une disposition d’ordre général ne peut prendre en compte, de façon satisfaisante, tous les cas particuliers. Une autre est qu’un droit proclamé par une institution n’a pas de réalité tant que celle-ci ne met pas en œuvre les moyens collectifs et individuels pour que ce droit soit opérationnel. C’est sans doute la raison pour laquelle la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 parle d’une mise en œuvre progressive des droits.

Les citoyens, par l’intermédiaire des associations, ont donc un rôle essentiel pour repérer, signaler, éventuellement corriger, les disfonctionnements, les lenteurs dans la mise en œuvre de droits proclamés, voire innover. Cette démarche est de nature à aider les responsables publics à poser un autre regard sur les situations et les solutions de droit proposées.

Il ne faut donc pas s’étonner que, au delà d’une reconnaissance officielle du rôle essentiel des associations par les pouvoirs publics, nous les dérangions. D’abord en appuyant là où cela fait mal et en pointant les difficultés ou les échecs. Puis en exigeant de l’Etat des moyens d’agir chaque fois que nous nous sentons obligés d’intervenir à sa place.

Dans cette mission d’interpellation les associations ne sont cependant pas dispensées d’une réflexion forte et approfondie sur la pertinence de leurs interrogations et de leurs solutions. Au-delà de la mise en place de dispositifs corrigeant les carences manifestes, le domaine spécifique des associations ne serait-il pas d’abord la promotion du lien social, de la Fraternité ?

On peut en effet imaginer qu’il soit possible de quantifier les droits et exigences concernant les « moyens convenables d’existence » et d’attendre de l’Etat qu’il prenne les dispositions nécessaires pour mettre en place les dispositifs appropriés. Mais est-ce par l’intermédiaire des règlements et des « observatoires » qu’on pourra développer une nécessaire fraternité. Les associations, grâce à leurs structures plus souples et à la plus grande disponibilité de leurs membres, facilitent les démarches d’écoute, de dialogue, de médiation et d’innovation. Mais ne sont-elles pas les lieux privilégiés pour développer cette fraternité ?

Alors plutôt que d’en appeler au « droit à l’appel à la solidarité », n’est-il pas préférable de parler, pour chaque personne humaine, du « droit à une vie décente » ? Ceci ne nécessite-t-il pas alors une double solidarité de la part de chacun ?

Au plan de l’action concrète : accepter de contribuer, chacun suivant ses moyens, notamment financier, via l’impôt. Mais également avec sa compétence et sa disponibilité, participer à la mise en place des nécessaires dispositifs de solidarité, parallèlement, ne pas utiliser ces dispositifs en dehors du cadre pour lequel ils sont prévus, ce qui les rendra d’autant plus efficace.

Au plan des comportements individuels : dans l’esprit de la déclaration universelle des Nations Unies, ne pas oublier que chacun est doué de raison et de conscience et qu’il lui appartient d’agir envers les autres dans un esprit de fraternité.

Conversation avec …des bénévoles

Leurs témoignages sont personnels. Parfois tellement personnels que certains rechignent à ce qu’on puisse les reconnaître. Leur anonymat n’est pas de la peur. Simplement ils savent que la bonne réussite d’un projet collectif passe parfois par l’effacement d’un point de vue trop personnel. Alors de temps en temps, il est peut-être bon de leur laisser la bride sur le cou. Car pour personnels qu’ils soient, leurs points de vue sont intéressants à écouter. Nous avons donc regroupé ci-dessous dans l’apparence d’une conversation unique, les échos de ce que nous avons pu entendre de l’un ou de l’autre. Merci à chacun d’eux. Ils s’y reconnaîtront.

Parfois, quand on reçoit des gens qui sont dans la misère, on a du mal à dormir la nuit suivante. Non pas parce que leur situation est particulièrement dramatique. A force, on est bien obligé de se blinder. Mais c’est surtout quand les règles données par votre association vous obligent à laisser vide la main qui s’est tendue vers vous.

Les règles, c’est pourtant intéressant. On peut ne pas trop se poser de questions. La personne rentre ou non dans les critères. On répond : « oui, vous rentrez dans les critères » ou « non, vous n’entrez pas dans les critères ». Mais, c’est facile quand c’est franchement oui ou non. Là où ça se complique, c’est quand, en fonction du calcul que vous faites ou de la prise en compte de telle ou telle chose, la réponse peut pencher d’un côté ou de l’autre.

Par exemple, pour l’aide alimentaire, certaines associations prennent en compte les frais réels du foyer concerné. D’autres ne considèrent que le forfait construit à partir d’une moyenne des situations. Croyable ou pas croyable, ça peut faire basculer quelqu’un de part ou d’autre de la barrière de « on aide ou on aide pas. »

Autre exemple, celui de l’endettement. Certaines associations le prennent en compte. D’autres disent que non. Ca encouragerait les personnes aidées à s’endetter. « A d’autres ! » quand on y pense sérieusement. On a bien vu dans le petit journal du mois dernier que ce ne sont pas les gens pauvres qui s’endettent le plus, voire qui se surendettent le plus souvent.

Alors, quand, bénévole, vous devez faire le choix, c’est là qu’on n’en dort plus.

Certains proposent que ces situations frontières soient réglées lors d’une réunion où elles seraient analysées collectivement. Les bénévoles n’en ont pas toujours le temps. On est venu pour aider les gens, pas pour les juger. Et puis, qu’est-ce qui garantit que collectivement on soit plus juste que seul ? J’ai vu récemment une aide refusée par un collectif à une personne qui demandait un coup de pouce, justement pour ne pas s’endetter ! A croire que certains, au contraire de ce qui était dit tout à l’heure, n’attendent que la dette pour apporter leur aide.

Il y a une chose que je ne supporte pas. C’est quand un responsable politique nous fait un grand discours de remerciement pour notre action. En réalité, notre seule présence montre qu’ils n’ont pas bien fait leur boulot. Car notre seule vocation devrait être de disparaître. Cela voudrait dire qu’il n’y a plus personne dans la misère.

C’est vrai que parfois, on ne dort pas la nuit suivante. Mais le plus souvent, vous ne pouvez pas savoir ce qu’accueillir les personnes qui sont plus en difficulté que vous-même cela peut vous enrichir. On ne ferait pas ça toute la journée. Mais quand on le fait, on s’y retrouve plus qu’on ne pouvait l’imaginer.

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