Le journal n°65 - Septembre 2006
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Sommaire

- Fleur bleue ou arbre de vie
- En direct des associations
- L’aide alimentaire se questionne
- Place aux jeunes…
- Le surendettement en chiffres
- En direct du Carrefour
- Débats
- Appeler à la solidarité est un droit : Y prendre part est une exigence de fraternité
- La préférence locale…
- La pensée du mois
- En mémoire de Stéphane HOURIEZ
- Nous soutenons le projet associatif d’ACL PROXIPOL

Fleur bleue ou arbre de vie

Sans tapage médiatique, la participation des usagers fait son chemin au sein des membres de notre réseau. Nous vous en rendons compte un peu plus loin. L’une des revendications les plus claires de ces usagers, c’est d’arrêter la sinistrose et les « doléances ». La vie n’est pas drôle tous les jours, certes. Mais ce qui les fait vivre, disent-ils, ce sont les petites pierres d’espoir qu’ils rencontrent sur leur route. Fleur bleue ? Opium ? Arbre qui cache la forêt ? Voire.

Un sourire, l’accueil chaleureux d’une personne, une séance de théâtre, une journée à la mer, un repas chaud lorsqu’il fait froid, un poème affiché sur les murs du bistrot et dont vous êtes l’auteur, bref l’inventaire d’une vie ordinaire. Rien de bien ronflant. Rien qui ne puisse faire la une d’un quelconque journal. Pire, diront même certains, ne parler que de ça évite le regard lucide sur les plaies de la vie, la facture impayée, la recherche quotidienne du repas, les enfants qui ne connaissent pas les vacances, etc. –

Oui, mais voilà. Ceux qui vivent tous les jours les difficultés de la vie, celles qui vous amènent, à force de se répéter, au bord du gouffre et parfois du désespoir, disent autre chose. L’important pour eux dans l’immédiat, ce n’est pas le gouffre qu’ils côtoient, ni la souffrance qu’ils endurent pour mettre un pied devant l’autre, ni surtout le regard désespéré de ceux qu’ils aiment. C’est au contraire tout ce qui leur permet de continuer à marcher.

Aux « cahiers de doléances », ils préfèrent les « arbres de vie ». Ce qui importe en effet, ce n’est pas l’accumulation de petites bouffées d’air frais qui rendraient supportables le manque d’oxygène ambiant et permettraient une survie artificielle. Dans un arbre, la sève circule. Les fleurs sont le signe des fruits futurs. C’est parce qu’ils sont reliés ensemble que le sourire chaleureux, l’accueil bienveillant, l’échange nourricier, la journée à la mer ou le repas chaud sont constructeurs ou reconstructeurs d’une vie. C’est de cette construction ou de cette reconstruction dont les usagers de nos associations et de nos institutions veulent témoigner et rendre compte.

En direct des associations

Les usagers prennent la parole
Où en est-on ?

La parole des usagers et leur mise en valeur sont parmi les préoccupations fortes du Carrefour des solidarités. Nous nous étions promis de faire régulièrement le point sur les expériences menées dans différentes associations. C’est ce qui a été fait le 22 juin dernier. Toutes les associations n’étaient évidemment pas là, y compris celles qui ont une longue expérience en la matière. Mais les diverses expériences présentes ont permis un véritable échange.

Le jour de l’inauguration des locaux de l’accueil de jour de la Fondation de l’Armée du Salut, des usagers ont pris la parole. C’était l’une des conséquences de la mise en place d’un groupe d’expression qui fonctionne de mieux en mieux sur le mode du libre échange. Ce groupe se réunit deux fois par mois. Soit il y a un ordre du jour. Soit c’est un échange libre. Il y a eu, par exemple, beaucoup de discussion sur la décoration des locaux qui a été remis à neuf par un autre groupe (chantier école). Un groupe s’est occupé de la préparation de l’inauguration. Le nouveau nom de la structure, « Au cœur de l’espoir », a été choisi par les usagers. Le projet d’établissement et le livret d’accueil a été réalisé par l’équipe d’animation. Mais il a été discuté avec les bénéficiaires qui y ont apporté de nouvelles idées. Un compte rendu de chaque rencontre est affiché. Tout le monde peut le lire. Chacun peut ainsi poser des questions auxquelles il est toujours apporté des réponses. Cela permet aux bénéficiaires de contrôler si leurs revendications sont prises en compte.

Lors de l’Assemblée Générale de SEDIRE, on a montré une vidéo dans laquelle une femme s’exprimait sur les violences qu’elle avait subies.

Lors de la journée du refus de la misère, les débats citoyens dans les maisons de quartier sont des lieux essentiels pour que chacun s’exprime.

« J’ai participé à une pièce de théâtre organisée par le Bateau Feu, (Centre culturel dunkerquois). Cette pièce avait pour but de faire participer les habitants du Plan d’eau. Le Théâtre m’a permis de rencontrer beaucoup de monde, des personnes de tous les milieux. C’est une ouverture. On a l’expression plus facile. Le théâtre fait beaucoup de bien. Car on se sent à l’aise devant tout le monde.

Au conseil de vie sociale du CHRS, rue Caumartin, l’expression des femmes est importante. C’est ainsi que la plaque apposée à la porte sera enlevée à la demande des femmes qui habitent la résidence.

A l’A.C.L., le moment le plus important d’expression est la pause-café. De façon informelle, il permet à chacun de faire connaissance et d’échanger sur tous les sujets.

« A l’école des consommateurs, nous passons un moment de convivialité. On y rencontre souvent les mêmes personnes. On apprend beaucoup de choses. C’est les participants qui choisissent le thème. Nous pouvons échanger nos expériences. »

A LUGOVA, quand il y a des réunions extérieures, on incite volontiers les personnes à y participer et à en faire un compte-rendu oral aux autres personnes. On fait aussi des rencontres inter associatives. On l’a fait avec ATD, mais aussi avec la Fondation de l’Armée du Salut.

L’aide alimentaire se questionne

Les responsables des associations qui font de l’aide alimentaire et quelques représentants de C.C.A.S. ont travaillé, au mois de juin, sur la situation de l’aide alimentaire. Ce n’est qu’un début de réflexions à la suite desquelles cependant quelques décisions ont été prises. Revue de détail.

De gros problèmes à résoudre rapidement

Premier constat. Malgré le travail permanent mené depuis plusieurs années par la commission d’aide alimentaire du Carrefour, la fiche d’inscription commune et la mise au point annuel d’un tarif commun d’accès à l’aide alimentaire régulière, les pratiques d’une association à l’autre demeurent éclatées et diversifiées. Les ressources d’une association à l’autre sont différentes. Les contenus de ce qui est donné sont variés. Les rythmes et les façons de donner sont divers. La prise en compte de l’endettement de la famille se fait ou non. La participation financière des familles est hétérogène. Etc. Cela s’explique en partie, par des raisons historiques, voire de philosophie d’intervention ou par la place qu’occupe l’aide alimentaire dans les raisons d’être de chacune des associations. Toutefois, avancée manifeste depuis quelque temps, grâce au travail d’arrache pied mené par Emmaüs et aux moyens que l’association y consacre, les collectes de produits frais, quand ils se présentent, bénéficient à toutes les associations qui le désirent. De même se développent les achats communs entre associations pour des denrées complémentaires comme le café. Cela permet de diminuer les coûts.

Les deux principaux problèmes demeurent cependant la montée des demandes avec le sentiment constant de la part des associations de ne pas réussir à y faire face par manque de ressources aussi bien financières que bénévoles. La Banque alimentaire elle-même vient d’augmenter sa demande de participation financière.

Mais d’autres questions se posent aussi. Les territoires couverts par les associations laissent des zones géographiques sans accueil de proximité, en particulier dans les zones plus rurales. Les pratiques en matière de dépannage, l’aide alimentaire d’urgence et momentanée, sont aussi diverses que l’aide régulière. Dépendant des ressources disponibles à un moment donné, l’aide apportée permet rarement un réel équilibre alimentaire pour les personnes. Enfin la forme revêtue par la distribution pose les problèmes de responsabilisation des personnes aidées, d’échanges dans la dignité réciproque voire, pour les personnes aidées comme pour celles qui les aident, de refus de l’assistanat. C’est ainsi que des projets d’épicerie sociale se font jour.

Faire front ensemble

Chacun sait qu’il n’est pas dans la vocation du Carrefour des solidarités d’imposer une uniformisation des pratiques d’aide. La diversité des pratiques de ses membres est l’une de ses richesses. Toutefois cette diversité a pour limite l’intérêt des personnes et des familles qui sont aidées. C’est pourquoi un certain nombre de décisions de travail ont été prises au terme de la réunion.

Financièrement, dans chacune des associations, le travail d’aide alimentaire est déficitaire. Chacune tente d’y faire face avec plus ou moins de succès. Un groupe de travail s’attachera à organiser un appel commun à financement auprès des collectivités et des sponsors privés. Dans le même sens, la proposition lancée par Emmaüs de constituer une plate forme commune de recherche de denrées, d’achat coordonné de produits complémentaires et de réception et de redistribution de celles-ci sera approfondie à partir des initiatives déjà prises en ce sens.

L’endettement des familles et, parfois, le surendettement sont l’une des raisons pour lesquelles celles-là font appel à l’aide alimentaire. Peu d’associations intègrent cependant cette réalité dans les critères d’admission à l’aide. Un groupe de travail composé vraisemblablement des personnes qui suivent la formation sur le surendettement tentera de proposer une réponse commune qui tienne compte de cette réalité.

Enfin, l’idée d’une épicerie sociale itinérante a été lancée. Les moyens pour la mettre en œuvre existent en grande partie. Un groupe de travail aura pour charge de construire le projet et de le mener jusqu’à sa réalisation.

Place aux jeunes…

Souvent les associations se plaignent de ne pas avoir de jeunes participant à leurs actions. L’association Saint Vincent de Paul de Dunkerque ne pouvait laisser passer le plaisir de mettre à l’honneur des jeunes du lycée Vauban. Ils se sont mobilisés pendant toute l’année 2005/2006 au bénéfice des personnes et des familles qu’elle accompagne.

D’abord deux jeunes filles de 17 ans, Camille et Graziella ont émis le désir de rentrer dans notre association de saint Vincent de Paul. Depuis elles sont devenues nos ambassadrices. Elles ont en particulier supervisé deux goûters, organisés par la classe de SMS. Les invités ? Les enfants des familles suivies par les membres de l’association. Au programme de ces après-midi festifs : jeux, dessins, maquillage, gâteaux et boisson. Plus 50 enfants ont répondu à l’invitation dans les Maisons de Quartier de Rosendael et de la rue de la Paix de Coudekerque. Les grands sourires des enfants suffisaient à exprimer le succès de ces initiatives.

D’autres jeunes ensuite sont venus aider l’association pendant la collecte de la banque alimentaire, la vente de petits pains, la distribution de colis de Noël.

Puis la classe de Gestion 1, ne pouvant aller au Futuroscope faute de n’avoir pu réunir la somme nécessaire pour le voyage, a décidé de nous remettre les 60 € qu’ils avaient tout de même récoltés. Ils auraient pu les utiliser pour des choses plus futiles à leur seul bénéfice. Avec cette somme nous avons acheté des tickets Loca Plage pour que d’autres enfants qui, faute de moyens familiaux, restent à Dunkerque pendant les vacances, puissent faire des tours de vélos sur la plage de Malo.

Et encore, en fin d’année scolaire, les 9 classes de seconde ont organisé une Interclasse. Tous les élèves, en s’inscrivant pour 2 € la journée, participaient à différents ateliers sportifs, de jeux et de danse. Un concours était au programme et la classe de SMS a remporté la coupe. Mais la vraie coupe leur revient à tous. Car Le bénéfice de cette journée a été remis aux familles accompagnées par l’association. Elles ont pu ainsi financer des inscriptions pour les centres aérés et colonie de vacances ou encore divers achats : trousses de toilette, sac de couchage, nécessaire de toilette, etc. L’expérience sera sans doute renouvelée l’année prochaine.

Encore bravo et merci à tous ces jeunes qui nous ont montré de quoi ils étaient capables en matière de solidarité. Evidemment, s’agissant d’un établissement d’enseignement, tout ceci n’aurait pas pu se réaliser sans la complicité active des adultes : la directrice, l’animatrice en pastorale, les professeurs et les surveillantes. Nous les en remercions aussi.

Le surendettement en chiffres

Dès la rentrée, nous allons reprendre notre atelier sur le surendettement. Après avoir travailler sur l’établissement du dossier de surendettement, nous allons nous atteler à construire des instruments pour prévenir ce fléau. En attendant, voici quelques chiffres instructifs, pris sur la Voix du Nord du 20 juillet dernier qui vont nous permettre de rectifier quelques idées fausses.

La première concerne les causes de surendettement. Contrairement à l’idée largement répandue que lorsqu’il y a surendettement, il y aurait mauvaise gestion de son budget ou appel excessif aux crédits, on constate que :

2 fois sur 3, soit dans 66 % des cas, l’endettement excessif est dû à un accident de la vie : divorce, chômage, etc.

1 fois sur 7, soit dans 15 % des cas seulement, le surendettement est dû à une accumulation excessive de crédit.

La deuxième concerne les catégories de personnes particulièrement touchées par le surendettement. Contrairement à l’autre idée répandue selon laquelle le surendettement toucherait les plus pauvres parmi les pauvres, on peut constater que :

55 % des personnes surendettées gagnent plus de 1500 € par mois (dont 1,4 %, plus de 4600 €)

39 % des personnes surendettées gagnent le S.M.I.C.

5 % des personnes surendettées touchent le R.M.I.

Ce n’est pas pour cela qu’il ne nous appartient pas d’aider plus particulièrement ces dernières. Nous savons bien que c’est quand on a les revenus les plus bas qu’il est difficile de s’en sortir.

En direct du Carrefour

Nous vous faisons part dans différents articles de l’avancement des travaux menés à l’initiative du Carrefour : échanges sur les pratiques de mise en valeur de la parole des usagers ou réflexions sur l’avenir de l’aide alimentaire. Les pages « débat » ouvrent ou continuent les questions que nous nous posons : la solidarité comme droit mais aussi comme exigence, les règles internes à se donner pour un débat citoyen au sein du Carrefour à l’approche des périodes électorales. D’autres chantiers continuent cependant ou seront à ouvrir.

Changement de locaux

On y est. Grâce à l’aide précieuse de la Communauté Urbaine de Dunkerque, nous allons pouvoir déménager dans de nouveaux locaux. Quelques travaux sont en train d’être menés. En septembre nous pourrons nous installer au 15 rue de l’écluse de Bergues. Nous restons dans le quartier de la Gare et de la Sous Préfecture. Vous pourrez toujours profiter du parking du pôle Marine. Ces nouveaux locaux sont un peu plus grands que les anciens. Ils nous permettront de développer quelques nouvelles activités au service des associations et institutions membres du Carrefour. On pense par exemple à une rencontre mensuelle de type café-social où chacun, bénévole ou professionnel, dirigeant associatif ou élu, bénéficiaire ou usager, pourra venir échanger et discuter librement autour d’un café, d’un thé ou d’un jus de fruit. Si vous avez des pistes de mobilier de récupération, n’hésitez pas à nous en parler.

La canicule

Avec le mois d’août très tempéré que nous avons connu, nous avons du mal à nous souvenir de la canicule de juillet. Et pourtant. La chaleur est aussi dévastatrice que le grand froid pour ceux qui vivent dans la rue. Devant les échos douloureux que nous avons recueillis, qu’il s’agisse des gens de la rue ou des associations elles-mêmes, nous avons pris l’initiative fin juillet d’une rencontre pour vérifier que les fermetures programmées de telle ou telle instance n’allaient pas alourdir les difficultés. Fort heureusement, nous n’étions évidemment pas les seuls à nous en préoccuper, au premier rang desquels se trouvaient ceux qui en portent la responsabilité opérationnelle. Le dispositif d’urgence mis en place n’a pas duré longtemps compte tenu du changement de temps. Il faudra cependant évaluer ce qui s’est passé et en tirer des conclusions opérationnelles sans attendre le mois de juin prochain.

Notre projet de site web avance

Nous avons profité du mois de juillet pour faire avancer notre projet de site web. Comme vous le savez, il vise trois publics : le grand public, les membres de notre réseau et les usagers de nos associations ou institutions. Nous avons défini les rubriques et leurs contenus qui concerneront les deux premiers publics. Nous prendrons plus de temps pour travailler la partie destinée au troisième public. Les formes et les couleurs commencent à se préciser, ce qui nous a amené à travailler sur un nouveau logo. Nous vous le présenterons bientôt. Mais comme nous n’entendons pas faire ce site tout seul dans notre coin, nous vous interpellerons bientôt pour que vous participiez activement à sa création.

Conventionnements

Une collaboration efficace suppose qu’on se connaisse bien et qu’on définisse quelques règles simples de travail en commun dans le cadre d’une convention. C’est ce que nous avons fait avec France Bénévolat. Le projet de convention sera soumis à nos prochains conseils d’administration. C’est ce que, en accord avec elle, nous allons entreprendre d’ici à la fin de l’année avec la C.A.O.

Débats

Le débat citoyen

Présidentielle et législatives au printemps prochain. Elections municipales au printemps d’après. Depuis cette année, les C.C.A.S., outils des différentes politiques sociales municipales, sont membres du Carrefour. Il va nous falloir inventer les règles internes des débats qui préservent l’autonomie de chacun tout en permettant les débats nécessaires.

Le Carrefour des solidarités est désormais un lieu de rencontre entre les différents projets associatifs des associations qui en sont membres et les différents projets de politiques sociales des Centres communaux d’action sociale de différentes municipalités. Projets associatifs et projets de politiques sociales portent sur les mêmes enjeux : permettre aux citoyens pauvres de vivre et de trouver leur place dans notre société. Ils n’obéissent cependant pas aux mêmes règles. Les projets associatifs sont constitués librement par des citoyens qui se regroupent volontairement dans ce but. Ils ne sont soumis qu’aux règles générales de la loi. Les projets de politiques sociales communales ou nationales font l’objet d’un débat public et de décisions d’orientations prises par la majorité des citoyens du territoire concerné, par l’intermédiaire des élections. Suffirait-il alors de permettre à chacun de parler selon sa spécificité en garantissant un temps de parole et une qualité égale d’écoute ? Pas si simple.

Les paroles des associations

Sur les questions sociales, les associations qui travaillent dans ce domaine ont des choses à dire, des revendications à faire valoir ou des points de vue à défendre. Le temps des élections est un moment fort où elles doivent faire entendre leurs voix. Le Carrefour des solidarités est un des lieux importants où elles peuvent parler ensemble et produire une parole commune. Elles se doivent aussi d’être, en partie, les porte-parole de ceux avec lesquels et pour lesquels elles travaillent. Les C.C.A.S. membres du Carrefour comprendront sans mal que ce travail associatif ne peut être mené en leur présence.

L’expérience locale

Pour autant, quand il s’agit de débats qui concernent les enjeux nationaux, les réflexions menées localement ou les expériences d’un territoire particulier peuvent être importantes à faire valoir. C’est bien d’ailleurs les raisons qui nous ont amenés à élargir le cercle associatif aux représentants des différentes politiques sociales communales. Pour le coup, sans doute avons-nous des choses communes à faire valoir.

Le débat démocratique

Les règles du débat démocratique veulent que dans le temps de la préparation des élections, ce qu’on appelle la campagne électorale, les différents points de vue puissent s’exprimer et les différentes propositions puissent être exposées de façon égalitaire. Il nous faudra donc veiller à ce que chacune des politiques démocratiques possibles puissent trouver sa présence dans nos échanges.

Les enjeux de pouvoir

Pour autant, personne ne se fait d’illusion. Malheureusement la recherche du pouvoir prime souvent sur la recherche de la mise en œuvre de telle ou telle politique. Et à ce jeu, tous les coups semblent être permis, y compris la mise en cause de la survie d’une association qui ne plaît pas au pouvoir en place localement. A nous d’être vigilants et à ne pas entrer dans ce jeu en risquant de faire des associations des terrains de propagande, à l’opposé direct du débat démocratique.

Les règles du débat

Les enjeux sont posés. Le terrain est en partie balisé. Il nous faut sans tarder profiter de ce que les différentes campagnes ne sont pas encore vraiment commencées pour définir entre nous quelques règles simples. Ce sera l’une des questions abordées lors d’un prochain conseil d’administration.

Appeler à la solidarité est un droit : Y prendre part est une exigence de fraternité

Dans notre dernier numéro, nous avons expliqué que l’appel à la solidarité était selon nous un droit. Les textes fondateurs de notre République garantissent à chaque personne des conditions de vie indispensables à sa dignité et à son développement. Mais alors, quel est le rôle des associations ? Il nous a paru important de faire aujourd’hui un peu d’histoire, avant d’aborder la question du rôle des associations dans notre prochain numéro.

Ces droits s’inscrivent en effet dans notre histoire commune. Rappelons-en quelques étapes importantes.

La déclaration universelle de droits de l’homme, votée le 26 août 1789 par l’assemblée constituante. Fruit du siècle des lumières et plus largement de notre héritage culturel, religieux et humaniste, elle affirme dans son article 1 que : « Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Dans l’article 4, elle indique les quatre droits « naturels et imprescriptibles » : la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression.

Au fil des années ces droits ont été explicités et complétés dans d’autres textes telle que La déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée en 1948 par l’Assemblée générale des Nations Unies. Elle précise ces droits notamment en matière économique, sociale, culturelle : droit au travail, droit à un niveau décent de vie en termes de santé, de logement, de soins médicaux, etc. Mais elle définit ces droits comme « l’idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations »

Pour sa part, la République Française, anticipant sur ce texte, faisait figurer dans le préambule de la constitution de 1946 des droits de cette nature, en indiquant qu’il appartenait à la Nation de les faire respecter. La constitution de 1958 fait référence à ce préambule. Les textes sont précis : La Nation (Française) garantit à tous, notamment, enfants, mères, vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité, le repos, les loisirs et, aux personnes dans l’incapacité de travailler, des moyens convenables d’existence.

Droits ? Certes. Mais ne voit-on pas aussi progressivement apparaître dans les mêmes textes une exigence ? Elle est en effet clairement explicitée dans l’article 1 de la déclaration de 1948 : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. »

Malgré les apparences le terme de « fraternité » n’a pas vraiment bonne presse en France. S’il faisait partie du vocabulaire du siècle des lumières et de la période révolutionnaire, il faut en effet attendre 1880 pour qu’il bénéficie d’une reconnaissance officielle par l’inscription sur les bâtiments publics de la devise républicaine : Liberté, Egalité Fraternité. Il est enfin repris dans les constitutions de 1946 et de 1958.

Ce petit rappel historique qui fonde le droit de chacun à des moyens d’existence convenables, fournis si nécessaire par la solidarité de la collectivité, permet de mieux situer le rôle des associations. C’est en effet dans ce contexte qu’il faut situer les relations entre l’Etat, les associations et les citoyens. C’est ce que nous vous proposerons dans la suite de cet article, le mois prochain.

La préférence locale…

Entendu cet été au cours d’une réunion de coordination : « les personnes qui nous arrivent de la métropole ou du valenciennois et qui ne savent pas se loger, voire manger, nous leur donnons un ticket de train pour rentrer chez elles. Nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde. » Evident ? Et si c’était là la fin de la solidarité !

Disons-le tout de go. Une telle formulation est l’exacte réplique à l’échelle locale des thèmes développés par l’extrême droite française autour de la « préférence nationale ». Il nous faut immédiatement ajouter, pour éviter tout amalgame, que les personnes qui tiennent ces propos ne peuvent être soupçonnés un seul instant de quelque sympathie que ce soit à l’égard des mouvements politiques xénophobes. Elles sont au contraire constamment sur la brèche pour venir en aide aux personnes en difficulté.

Mais alors, pourquoi une telle similitude dans les propos ? Le Ministre de l’intérieur aurait-il finalement gagné des sympathisants dans son attitude à l’égard des sans papier au point que certains auraient les mêmes attitudes à l’échelle locale à l’égard des personnes démunies ? Argument de circonstance qui n’explique rien sur le fond. Qu’y a-t-il de choquant au fond dans de telles affirmations ?

Evacuons d’abord les évidences. Personne ne peut prétendre que les capacités d’accueil et de soutien d’une collectivité, qu’elle soit associative ou communale, soient infinies. Il y a donc des limites concrètes à respecter au-delà desquelles la survie de cette collectivité pourrait être mise en danger. Mais ce principe étant admis, le problème devient beaucoup plus difficile quand il s’agit de fixer ces fameuses « limites concrètes ». On sait que ce sont souvent les familles les plus pauvres qui développent une plus grande hospitalité. Tant qu’il y a quelque chose dans la marmite, pour certaines d’entre elles, c’est toujours bon à partager. Leur « limite concrète », c’est « rien dans la marmite ». En est-on là localement ?

Autre évidence. Les lois de l’hospitalité ne sont jamais à sens unique. Celui ou celle qui est accueilli doit respecter les règles de vie commune de leurs hôtes. Mais de là, on ne peut tirer aucune règle générale a priori sur l’accueil ou le renvoi de quiconque.

Et c’est sans doute l’attitude a priori négative à l’égard de toute personne pauvre étrangère à la communauté locale qu’il y a de plus choquant. Tant que les personnes ont de l’argent à dépenser dans les commerces locaux, on subventionne la SNCF pour qu’elle les transporte au plus bas prix. Mais dès qu’elles sont dans le besoin, elles n’ont qu’à rester chez elles. Voire, on organise une grande opération d’une journée pour les accueillir en étant bien sûr que le soir même, elles retournent chez elles.

N’aurait-on pas atteint là, la fin de la solidarité ?

Et si nous en discutions avec les gens de la Métropole ou du Valenciennois ? _ Peut-être avons-nous des choses à nous dire sur le sujet ?

La pensée du mois

L’épreuve, c’est le moment de la vie qui dit la vérité des êtres.
Avant elle, on ne sait jamais tout d’un homme. Puis vient la tourmente : des arbres tombent, d’autres qu’on croyait forts plient et d’autres qu’on croyait lâches se redressent...
Et dans la vie il y a toujours une épreuve qui vient...

Martin GRAY

En mémoire de Stéphane HOURIEZ

Le 10 août dernier, il a été retrouvé mort, quai de Goole. Il était sans domicile fixe. Il était bien connu non seulement de ses copains, mais aussi des travailleurs de la maraude et des professionnels et bénévoles qui ont assuré, l’hiver dernier, l’ouverture du local grand froid. Il avait participé au mouvement qui avait obtenu que ce local reste ouvert jusqu’en mars.

La rue fait mourir. Les rapports officiels indiquent que la mort a été « naturelle », c’est-à-dire, sans cause externe. Mais ce naturel là ne l’est pas vraiment. Car, contrairement aux autres « morts naturelles » et au-delà de la propre liberté de cet homme, nous en portons tous, collectivement, une part de responsabilité. Le temps viendra où, en dehors du spectacle médiatique, nous devrons mesurer concrètement les erreurs qui ont participé à cette mort. Pour l’instant, nous préférons respecter cet homme et nous souvenir silencieusement de lui.

Stéphane, grand gaillard aux yeux brillants, avait, inscrite dans la peau de son visage et de ses bras, la trace d’une vie mouvementée. Le feu, il connaissait. C’était le drame de son histoire… Ses cendres ont été dispersées au « jardin des souvenirs » de notre ville. Le feu de l’amitié qu’il recherchait, brûlera longtemps dans le cœur de ceux qui l’ont fréquenté, qu’ils aient suivi la même route que lui, ou qu’ils se soient trouvé sur son chemin, dans le but de l’aider.

Nous soutenons le projet associatif d’ACL PROXIPOL

Dans le courant du mois d’août, nous avons appris que la municipalité de Saint Pol sur mer demandait à ACL Proxipol de déménager d’ici la fin du mois pour cause de travaux et sans solution immédiate de relogement. C’est l’ensemble du projet associatif, 14 salariés et plusieurs centaines de personnes dans la difficulté qui étaient ainsi menacés.

Nous pensons qu’une solution concrète est possible qui permettrait de respecter la continuité du projet associatif d’ACL PROXIPOL et les contraintes de la municipalité, pour peu que ne se mêlent pas au débat les sous entendus politiciens. Mais nous ne pouvons pas admettre que, pour ces mêmes raisons, un projet associatif évident pour tous soit mis en danger. Ce n’est pas la présence, désormais au Carrefour, du CCAS de Saint Pol sur mer qui nous fera changer d’avis. Si une table ronde entre les différentes institutions qui sont susceptibles d’apporter une solution concrète au problème s’avère nécessaire, nous sommes prêts à y aider.

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