Le journal n°62 - Mai 2006
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Sommaire

- J’ai honte !
- Immigration : l’inhospitalité organisée en notre nom !
- NOUS REFUSONS LE PROJET GOUVERNEMENTAL SUR L'IMMIGRATION
- En direct des associations
- L’association du mois : le P.A.C.T.
- Loger solidaire
- En direct du Carrefour
- Débat : Renouveler le bénévolat (suite)

J’ai honte !

Que penser, que dire quand on continue à voir sur nos côtes, à quelques centaines de mètres de nos maisons, ces HOMMES, ces FEMMES, migrants venus de loin, vivre dans de telles conditions ?

Etre présent à leur côté pour leur apporter le minimum vital. Envie de dénoncer ces conditions de vie. Oui, bien sûr. Mais dénoncer à qui ? La logique voudrait que nous le dénoncions auprès des pouvoirs de l’Etat. Certes, c’est de leur devoir de venir en aide à ce public ! Ce public de migrants qui fuit leur pays, qui ne cherche qu’une seule chose : vivre dignement. Dénoncer cette fatalité auprès des pouvoirs de l’Etat, donc auprès de Monsieur le Sous Préfet.

Pourquoi le dénoncer puisque les faits sont connus. La police passe tous les jours pour contrôler ces hommes, dans ce nouveau squat, avec en prime, quelques gestes de déni accompagnés de violence. C’est vrai, il ne faut pas dire cela... La violence policière n’existe pas en France et encore moins sur le dunkerquois ! Cet homme barbu à lunettes ainsi que cette femme, tous deux en uniforme, ne font certainement pas partie de la force publique de notre belle nation !

Se plaindre ? Mais à qui !!! S’il y a plainte cela veut dire que deux heures plus tard, sous n’importe quel prétexte (viol, contrôle de routine, mise à l’abri, salubrité publique, bonne action, plainte des riverains) le squat se verra une fois de plus rasé et tous ces hommes emmenés, soit à la Police de l’air et des frontières, soit dans un Centre d’accueil des demandeurs d’asile ou dans un CHRS, à quelques centaines de kilomètres de nos côtes. Lieux qu’ils quitteront aussitôt pour revenir sur nos côtes. Un seul objectif : la Grande Bretagne. Aura-t-on pour autant répondu au problème ? Aura-t-on trouvé une solution ? Aura-t-on fait avancer la dignité humaine ? Aura-t-on redoré le blason de la France terre d’accueil ? Peut être cela aura-t-il ramené, tout au plus, quelques points dans un sondage.

Nous avons proposé des rencontres régulières pour avancer et trouver des solutions entre les pouvoirs politiques et les associations caritatives ! Aujourd’hui c’est le statu quo. Dès qu’un squat est repéré, dès que les associations humanitaires interviennent, dès que .... le squat est rasé. La politique de la terre brûlée est de mise. Aujourd’hui, les politiques ne cherchent qu’une chose : ne pas avoir de réfugiés sur leur territoire. Chassons les, écoeurons les, pour qu’ils aillent ailleurs. Ailleurs mais pas chez nous (cf les bois élagués sur Grande Synthe, le camp rasé à Loon plage il y a quelques mois, les deux ruines rasées sur Loon Plage il y a une dizaine de jours, le squat dans le parc à Calais, etc.)

Aujourd’hui nous sommes une fois de plus intervenus pour fournir tentes, couvertures, alimentation. Aujourd’hui c’est une trentaine de personnes qui se cachent. Aujourd’hui, lundi de Pâques, ces hommes nous ont proposé de partager avec eux leur morceau de pain trempé dans de la confiture... J’ai honte et je suis partagé entre intervenir et les aider ou ne rien dire et ne rien faire. Le fait d’être présent met en danger ces hommes ainsi que ce squat. Ce squat qui sera très certainement dans quelques jours rasé à nouveau et cette fois ci pour quel motif ???

Jean Pierre MASCLET
Directeur de l’association « Emmaüs Dunkerque »

Immigration : l’inhospitalité organisée en notre nom !

Depuis plus d’un an, nous vous tenons informés du scandale organisé par notre propre pays et nos propres gouvernements dans l’accueil des personnes venant de pays étrangers. La région dunkerquoise située à quelques encablures du Royaume Uni en est le théâtre quasi quotidien.

Des associations, dont certaines font partie du Carrefour, se sont organisées pour apporter un minimum d’humanité à ces personnes. Ce que leurs membres, bénévoles comme profes-sionnels, vivent et ce dont ils sont le témoin est lourd à porter. Jean-Pierre Masclet exprime, dans le premier article du petit journal, la honte qu’il ressent pour son propre pays et le sentiment de tomber constamment sur des murs aveugles et sourds quand il cherche, avec les autres, à interpeller.

Nous vous avons proposé, il y a deux mois, la signature d’une pétition au Président de la République et au Président de la commission euro-péenne. Elle a recueilli plus de mille signatures et vient d’être envoyée aux intéressés.

A l’initiative de la Ligue des Droits de l’homme, un appel à l’opinion publique a été lancé par plusieurs partis et associations en début de ce mois contre la nouvelle loi sur l’immigration, en discussion parlementaire. Une confére-nce de presse s’est tenue. Une pétition a reçu plusieurs centaines de signatures. Nous vous en donnons le texte ci-après page 3.

Nous sentons bien tous que si le gouvernement et ses bras séculiers légifèrent et agissent ainsi sur le terrain, c’est que l’opinion publique n’y est pas clairement opposée. C’est donc que le débat sur l’immigration n’a pas été réellement mené. L’invitation faite par Emmaüs, le deuxième week-end de mai à l’occasion de ses portes ouvertes, peut être l’occasion de le mener. Nous vous y invitons chaleureusement.

Le Carrefour des solidarités

NOUS REFUSONS LE PROJET GOUVERNEMENTAL SUR L'IMMIGRATION

Texte signé par : L’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture, le Carrefour des solidarités, Emmaüs Dunkerque, le Groupe non violent Louis Lecoin, la Ligue des droits de l’homme, la Pastorale des migrants, Puissance T, les Alternatifs, Lutte Ouvrière, le Mouvement républicain et citoyen, le Parti socialiste, les Verts.

La nouvelle réforme du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) et les circulaires ministérielles récentes qui en découlent, ouvrant la chasse aux migrants, conduisent à une négation radicale des Droits Fondamentaux de la Personne (Déclaration Universelle des Droits de l’Homme inscrite dans la Constitution).

L’octroi de l’asile politique devient de plus en plus l’exception, le demandeur étant dans tous les cas suspecté de travestir la réalité, et cela quelle que soit la solidité de son dossier. Quant au droit au séjour pour les familles, les conjoints, les enfants, y compris ceux de ressortissants français, il est à chaque fois ou presque mis en cause. La carte de résident est de moins en moins souvent attribuée et quand la démarche semble avoir abouti, les services régionaux de l’Etat mettent parfois plus d’une année avant de régulariser la situation... des « régularisés » ! C’est le constat que font les bénévoles qui aident non sans difficulté les migrants à satisfaire aux exigences de l’administration.

Si le projet CESEDA est adopté, il sera de plus en plus difficile de fonder un foyer entre étrangers et français, de vivre en famille, d’avoir des enfants. Se marier devient un parcours d’obstacle qui passe par l’enquète de police et l’avis du procureur de la République. De quelle République s’agit-il ?

Et puis comme chacun sait, cette réforme s’inscrit dans une perspective utilitariste. Ne sera considéré comme acceptable que l’immigré réputé « rentable » pour l’économie française, et encore pour une durée de séjour limitée au bon vouloir de son patron ! Ce qui signifie concrètement que la « France libérale » continuera de piller les pays pauvres, en y renvoyant ceux qu’elle considèrera comme inutiles. En appliquant le concept de l’immigration « choisie », elle importera le savoir et réexportera la précarité.

Qui plus est : pour espérer obtenir un titre de séjour, les étrangers – à qui d’emblée est refusé le droit de travailler – devront donner des preuves de leur bonne intégration : s’exprimer en bon français, être bien vus par les autorités locales, en bonne entente avec leur conjoint, appréciés par leur patron, disposer d’un salaire confortable et d’un grand logement. Tout cela sans pouvoir assumer leur quotidien et celui de leurs proches !

Quant aux migrants de passage, qui n’ont pour perspectives que l’errance dans la rue et les campements de fortune régulièrement anéantis par les forces de « l’ordre », comme ce fut le cas à diverses reprises à Loon-Plage, leur sort n’est pas plus enviable. La France se déshonore en les obligeant à disparaître du paysage, à se terrer, comme en les pourchassant sans ménagement, alors même que la grande majorité d’entre eux, venus de pays en guerre, où les violences sont quotidiennes, sont « non reconductibles ». Et que penser du fait qu’oser leur venir en aide soit assimilé à un délit et susceptible d’amener devant les tribunaux les bénévoles qui les soutiennent pour des raisons strictement humanitaires ?

Pour ce faisceau de raisons, nous appelons les associations,les syndicats, les partis politiques à se mobiliser pour refuser le projet de loi CESEDA et exprimer ainsi leur solidarité aux privés de droit, aux précarisés, victimes d’ une attaque indigne et sans précédent.

En direct des associations

En avril, ne te découvre pas d’un fil
(bilan grand froid)

Pierre Morel de la Croix Rouge a gardé sa petite laine pour nous présenter le bilan de l’accueil des personnes à la rue pendant la période des grands froids. Il a été, avec d’autres, l’un des acteurs de cet accueil.

Au 14 de la Place Vauban à Dunkerque, les fenêtres se sont éclairées chaque soir pendant 109 jours du 1er décembre 2005 jusqu’au 31 mars 2006.

Vous le pensez bien, ce n’était pas pour faire joli, ni sur ordre du syndicat d’initiative. C’était tout simplement un rendez-vous… Le rendez-vous de celles et ceux qui risquaient de mourir, sous nos yeux, dans notre ville, parce que le thermomètre allait descendre bien en dessous de zéro, et qu’elles, ou ils, n’avaient pas de domicile.

Cent trente six personnes différentes ont été ainsi accueillies ; certains pour une seule nuit, d’autres en permanence, de 17 heures au lendemain matin.

Au menu :
accueil en liaison avec la C.A.O., l’A.A.E. et le F.L.I.U., puis café, pains, chocolat (par les Restos), mise à la disposition de la literie, soins d’hygiène ou infirmiers, vestiaire, repas chaud apportés par Emmaüs, télé. Puis, après la dernière cigarette, au lit !

L’ouverture prolongée en janiver, février et mars a permis d’assurer un suivi des personnes aux niveaux psychologique, sanitaire, relationnel, avec toutefois l’inconvénient d’une rupture annoncée : au 31 mars, chacun doit reprendre la quête d’un emplacement pour passer la nuit. Or, en avril… les nuits sont encore bien fraîches !

Pour faire oublier (pardonner ?) la séparation, les T.S. (travailleurs sociaux) ont organisé un repas, le dernier soir. Nos amis sans domicile fixe se sont trouvés dans la situation d’ »accueillants ». Un représentant de chaque association et organisme ayant participé à l’accueil et un représentant de chaque tutelle ont ainsi pu admirer les talents d’un imitateur de Johny Halliday, puis déguster un repas-plateau arrosé … de jus de fruit. Un moment d’humanité avant le retour vers la galère…

L’année prochaine, combien nous reviendront vivants ? En quel état ? Où pourrons-nous les recevoir ? En tout cas, nous, nous sommes déjà prêts !

Pierre Morel

Le Maître d’œuvre était, cette année encore, la C.A.O. (Coordination Accueil Orientation) de Dunkerque, titulaire du 115, le numéro d’appel d’urgence.

A ses côtés les participations ont été nombreuses :
A.A.E., AFEJI, CCAS, Croix Rouge, Centre Hospitalier de Dunkerque, Cottage social des Flandres, Emmaüs, Fondation Armée du salut, I.R.T.S. (formation des travailleurs sociaux), P.A.C.T., Restos du cœur, Secours Catholique, Secours populaire, Saint Vincent de Paul, Sous Préfecture, VISA, ACDR. Parmi ces associations et organismes nombreux sont membres du Carrefour des solidarités.

Les finances ont été apportées par : la D.D.A.S.S., la C.U.D., la Ville de Dunkerque, le Centre Hospitalier et Emmaüs.

Une maraude était organisée de 16 h à 20 h par l’A.A.E., de 19 h à 22 h par la Croix Rouge.

Quelques unes des personnes accueillies, fort de l’expérience, en ont profité pour rechercher et trouver un logement plus stable.

A quand la « maison relais » où ils pourront vivre en permanence ?

L’association du mois : le P.A.C.T.

Pour cause d’A.G., nous n’avons plus présenté d’associations depuis janvier dernier. Nous renouons ce mois-ci avec l’une des dernières associations à ne pas avoir été présentée, le P.A.C.T. Comme souvent, ce sont Isabelle et Jean-Marie qui sont les visiteurs.

Loger solidaire

Une maison bourgeoise, rue du Sud. Dans l’escalier, avec moquette, des niches pour accueillir des statues. Preuve que nous sommes à Dunkerque, l’une des niches est habitée par un tambour major, digne du carnaval. Nous apprendrons qu’il a été réalisé par l’un des usagers de la maison. Marie Agnès Capron, directrice générale du P.A.C.T. nous reçoit avec gentillesse.

Par où commencer ? A chaque fois que nous abordons l’une des nombreuses activités du P.A.C.T. nous sentons bien que chacune pourrait faire l’objet d’une présentation à elle toute seule : le service logement avec son patrimoine de plus de 600 logements, le service technique de maîtrise d’œuvre, le Centre d’hébergement et de réinsertion sociale Thérèse Caulier - nous sentons planer le sourire et la hargne de Thérèse -, le centre maternelle les moussaillons, les services d’accueil d’urgence dont le Foyer logement intercommunal d’urgence (F.L.I.U.), le service d’accompagnement social, l’atelier mobilier 5R.

Cela veut dire en fait que nous sommes en présence de l’une des quatre ou cinq entreprises sociales qui font partie du Carrefour. Nous en connaissons mieux les services, avec lesquels chacun a plus concrètement à faire, que le cœur associatif.

« Le fil rouge dans tout cela, nous dit Marie Agnès Capron, c’est le toit pour les personnes qui en manquent ou qui sont mal logées. » Le P.A.C.T., Protection et action contre les taudis, c’est un réseau qui couvre toute la France. Rien que pour le Nord-Pas de Calais, il y en a 13. Partant de la lutte contre les taudis, comme d’autres, ils ont cheminé avec les gens pour lesquels ils travaillaient. C’est ce qui explique la diversité des services qu’ils proposent aujourd’hui, du logement proprement dit à l’accompagnement social des personnes en passant par la réponse aux situations d’urgence. Au fur et à mesure de notre conversation, nous abordons des sujets plus immédiats, sans avoir beaucoup le temps de les approfondir : la misère cachée du secteur rural, la crise actuelle du logement qui bloque nombre de familles, la lutte contre les squats et les marchands de sommeil, etc. C’est Marie Agnès Capron qui nous relance sur la question du militantisme dans une association devenue « entreprise sociale ». Le temps n’est plus où des jeunes volontaires étaient mobilisés pour aller nettoyer et repeindre des logements. Aujourd’hui, les bénévoles n’ont plus ni balais ni pinceaux, ils se retrouvent administrateurs. Alors la volonté de l’équipe dirigeante est de développer les échanges entre les équipes de terrain, salariées, et les administrateurs. C’est un début.

En nous disant au revoir, Marie Agnès Capron nous a indiqué que l’adhésion du P.A.C.T. au Carrefour, c’était l’envie d’avoir du poil à gratter. Autant vous le dire, ça nous a plutôt rassuré.

Le P.A.C.T. de la région dunkerquoise
28 rue du Sud
B.P. 6 336
59379 DUNKERQUE CEDEX
Tél : 03 28 63 54 00
Fax : 03 28 63 15 20

Le C.A. est composé de : 15 membres à titre personnel et de membres représentant les collectivités locales et les partenaires.

Président : Jean-Pierre René
Vices Présidents : Marc Prudhomme, Sylvie Démarecaux, Henri Loorius.

Directrice générale : Marie Agnès Capron
100 salariés

Les établissements :
C.H.R.S. « Thérèse Caulier » :
03 28 66 00 40

Centre maternel « Les Moussaillons » :
03 28 63 02 45

PACT – Mobilier 5R :
03 28 88 66 44

Bureau local d’Hazebrouck :
03 28 41 64 71

Bureau local de Bourbourg :
03 28 62 30 39

F.L.I.U. : 03 28 59 11 09

Service d’accueil d’urgence « Les Myosotis » : 03 28 21 15 31

Service d’accueil d’urgence « Les Mimosas » : 03 28 41 74 08

En direct du Carrefour

Période d’adaptation après une assemblée générale et une réorganisation des responsabilités au sein de l’équipe d’animation. Le travail se poursuit dans le souci d’être au plus près des préoccupations de chacun des membres du Carrefour. Ce sont eux qui sont sur le terrain et qui encaissent les coups d’une actualité toujours lourde pour ceux qui souffrent.

La journée du refus de la misère se prépare

Premières réunions en vue de la préparation de la journée de refus de la misère sur Dunkerque. Le 17 octobre proprement dit sera plutôt consacré aux prises de parole des personnes en difficulté par l’intermédiaire des « rencontres citoyennes » éclatées dans les différents quartiers et les différentes villes qui voudront bien s’y associer. Le samedi suivant sera comme une grande résonance publique et festive de ces prises de parole auxquelles pourront se joindre celle des associations et des institutions. Thème proposé : et vous, que faites-vous pour faire reculer la misère ? D’autres réunions suivront. Le C.C.A.S. de Dunkerque continuera à coordonner la mise en place matérielle sur la place Jean Bart. Quant aux associations elles sont invitées à montrer aux visiteurs leurs façons de s’y prendre pour faire reculer la misère.

Du côté de Grande Synthe, on construit un « forum solidarités », appellation provisoire. Pour l’instant l’idée est de construire une journée en quatre temps : le matin, débat, le midi, pique-nique, l’après-midi, animations festives et stands. La date n’est pas arrêtée. Le groupe de travail préparatoire est formé, autour du CCAS, de plusieurs associations intervenant sur la commune.

Les travaux d’hercule du futur site web du Carrefour

Devant l’impossibilité de se réunir en avril le jour convenu, beaucoup étaient pris par des urgences de terrain, nous avons travaillé en groupe restreint avec les futurs concepteurs, Olivier et Benjamin. L’objectif est désormais d’ouvrir le site pour la fin de l’année. D’ici là, il nous faudra collectivement entreprendre quatre travaux : d’ici fin juin, définition des titres et contenus des rubriques et des sous rubriques, définition avec les associations et institutions d’une stratégie adaptée à chacune pour mettre en place l’utilisation du site par leurs membres, définition rubrique par rubrique et sous rubrique par sous rubrique du contenu de la première phase du site. D’ici octobre : définition du contenu et rassemblement des données concernant la rubrique « SOS ». Au fur et à mesure du possible, rassemblement des éléments de contenus à fournir aux concepteurs.

Les cartes de visite sont en panne

Chaque association et chaque institution devaient, pour la fin de l’année dernière, renouveler sa présentation en vue de composer un nouveau document de présentation des membres du Carrefour (la plaquette) et de préparer l’une des rubriques du futur site. Certains n’ont pas encore eu le temps de le faire… L’un des membres du comité de rédaction a même proposé que sans réponse de certains, il soit décidé de mettre à la place de la présentation de l’association ou de l’institution la photo de son président ou de sa présidente à l’âge de deux mois. Comment étiez-vous bébé ?

Du côté des CCAS

Nous avons pu rencontrer l’élue responsable du CCAS de Bray Dunes et ainsi apprendre que ce CCAS avait l’intention de devenir l’un des nouveaux membres. Un premier échange entre Pierre Mulliez, Vice Président et Frédéric Verhaerne a eu lieu sur les questions « documentation », l’une des préoccupations exprimées plus clairement par les CCAS. Du travail en perspective.

Un nouveau local

Une première visite des locaux susceptibles de nous accueillir a été faite avec les services de la Communauté Urbaine. Des locaux plus spacieux (avec une trentaine de membres nous ne pouvons plus nous réunir dans les locaux actuels), quasiment dans le même quartier (facilité d’accès et de stationnement). Nous n’attendons plus que les décisions administratives. Elles devraient aller vite compte tenu de la promesse que nous avait faite le Président de la CUD.

Débat : Renouveler le bénévolat (suite)

Un travail de médiation

Depuis 6 mois, notre petit journal vous a proposé une série de témoignages et de réflexions sur les rapports parfois confiants, parfois tendus entre bénévoles et professionnels au sein de nos associations et institutions. Nous vous proposons aujourd’hui d’approfondir la piste ouverte il y a deux mois sur le travail de médiation qui pourrait bien être la nouvelle définition du bénévole social.

Les points forts de notre cheminement

En octobre 2005 (n° 53), « Eric le pro » nous exprimait les difficultés rencontrées par les professionnels avec un certain nombre de bénévoles dans l’aide à apporter aux personnes en difficulté. En décembre de la même année (n° 56), une bénévole expérimentée nous présentait les joies de son engagement mais aussi ses exigences. Nous affirmions alors, dans un premier travail de réflexion, que bénévoles et professionnels devaient avoir la même exigence de compétence. Mais, en revanche, nous désignions les projets associatifs comme seuls responsables de la bonne répartition des rôles. En février de cette année (n° 59), nous concluions que le rôle du bénévole pouvait se définir comme « le parti pris de l’usager ». Quelles conséquences cela peut-il avoir ?

La fin de la substitution du bénévole au professionnel ?

Mais, d’abord, est-il si évident que, devant la professionnalisation de plus en plus importante des métiers du social, le bénévole n’ait plus jamais à se substituer aux professionnels ? Beaucoup d’associations membres du Carrefour démontrent, par leurs activités, le contraire. Qu’il s’agisse de l’aide alimentaire, de l’accueil et du soutien juridique des personnes migrantes, de l’éducation populaire au départ en vacances, du développement culturel des personnes d’origine étrangère ou des plus démunis, de la sauvegarde d’urgence des personnes subissant des violences familiales, de l’accompagnement des personnes de la rue, etc. Là où il n’y a pas de décision collective de consacrer un budget public ou privé à ces questions, les bénévoles interviennent à la place des professionnels. Même si la réactivité des responsables publics est de plus en plus grande, les bénévoles, grâce à leur sensibilité, leur disponibilité et leur bonne volonté seront toujours en avance sur eux qui sont soumis au rythme plus lent de la décision collective démocratique. Pourtant l’objectif demeure de faire en sorte que ces activités rentrent, dès que possible, dans la règle générale et soient assumées par des professionnels, financés par l’argent public ou au nom de la collectivité. Ils n’ont d’ailleurs de cesse de peser sur l’opinion publique pour que celle-ci reconnaisse le bien fondé de l’intervention publique. C’est le rôle particulier du Carrefour que d’aider les associations sur ce terrain.

Le bénévole, médiateur du pauvre

Rêvons ! Vous est-il possible d’imaginer une société dans laquelle tout le travail social serait réalisé par des professionnels ? Fini la nécessité de passer par une phase d’appel au bénévolat. Les institutions publiques seraient tellement réactives que tout problème social posé trouverait immédiatement sa parade par l’appel à des professionnels disponibles, payés normalement et organisés dans des structures adaptables à tout instant et à toute situation. Cela ne vous évoque-t-il rien ? Pas grand-chose sans doute en dehors de la fiction de certains films. La seule et unique raison, c’est que cette société-là ne peut pas exister parce qu’elle se serait dissoute faute de citoyens, devenus alors des zombies, pour la composer.

Revenons à la réalité. Pour être médiateur, il faut être trois : deux interlocuteurs et un troisième qui permet aux deux premiers de se parler et de se comprendre. L’exclusion que vivent les personnes les plus pauvres, c’est le sentiment et, très souvent, la réalité de leur coupure à l’égard des autres. Renouer des contacts, rétablir des liens, se reconstruire soi-même comme personne intéressante pour les autres, nécessite le plus souvent la présence attentive, chaleureuse et disponible de quelqu’un. Et il y faut parfois un temps infini et une conviction inébranlable.

La pauvreté, c’est quand on dépend totalement des autres dans les décisions les plus ordinaires de sa vie quotidienne. La personne qui vit la pauvreté dépend le plus souvent des institutions dans les décisions qu’elle doit prendre quotidiennement. Qui représente les institutions concrètement ? Des professionnels. Ceux-ci savent bien qu’il faudra très souvent construire longtemps la confiance. Celle-ci est même parfois impossible dans le seul face à face. La plupart des personnes qui vivent la pauvreté ont appris depuis longtemps toutes les stratégies qui leur permettent d’utiliser ce qui leur est offert tout en tentant de sauvegarder leur propre autonomie. C’est ce qu’ils estiment être la marque de leur dignité.

C’est là que doit se situer le rôle irremplaçable du bénévole. Quand il est là, ce n’est pas une institution qui se cache derrière lui. C’est d’abord une personne indépendante avec laquelle un lien de confiance pourra se créer. C’est ensuite quelqu’un qui sera capable de prendre fait et cause pour la personne, sans arrière pensée. Toute tentative d’enrôlement dans une idéologie est source de méfiance. C’est enfin quelqu’un qui, mieux que la personne dans la difficulté, pourra se faire entendre des institutions et donc des professionnels.

Quand ils jouent pleinement et consciemment ce rôle, ce que réclame la plupart des bénévoles de la part des professionnels, c’est que ce rôle-là de médiation leur soit reconnu. Ce qu’ils n’admettent pas, c’est qu’on ne leur confie que des rôles subal-ternes, trop vulgaires pour les professionnels. Ce qu’ils revendiquent, c’est d’être écoutés par les professionnels comme des interlocuteurs connaissant de façon différente d’eux les points de vue des personnes pauvres.

La construction de l’intérêt général

C’est au croisement entre la perception des manques de l’intervention publique et de leur rôle de médiation que se situe le rôle plus collectif, voire public des bénévoles. Passer de la prise en compte de chacune des personnes, et donc des cas individuels, à l’établissement de règles collectives ou à la gestion des organisations qui les mettront en oeuvre demande un vrai travail de réflexion, de créativité et de confrontation des différents points de vue. L’intérêt général n’est pas en effet la somme de la perception des intérêts particuliers. L’intérêt général n’est ni une donnée en soi, ni la résultante d’une construction technique dans les règles de l’art, fusse-t-elle parfaitement professionnelle. Il est l’objet d’une construction collective devant aboutir à un consensus ou, dans une organisation démocratique, à un compromis majoritaire.

Sur ce terrain se retrouvent à égalité d’importance les associations, les entreprises d’insertion et les institutions publiques chargées des questions sociales. Chacune de ces organisations, sans avoir évidemment le même rôle décisionnel, doit concourir à l’établissement de l’intérêt général. C’est là que se retrouve l’un des rôles essentiels des bénévoles, qu’ils soient membres d’une association, participant à son organisation et à sa direction ou démocratiquement élus dans une des nombreuses institutions publiques. Dans ce rôle, ils ont évidemment besoin de l’aide des professionnels et de leurs apports techniques. Mais, à nouveau, les uns ne peuvent pas se substituer aux autres. C’est d’ailleurs l’une des raisons du rejet de plus en plus grand de ceux qui, parmi les élus politiques sont devenus des professionnels à plein temps.

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