Le journal n°61 - Avril 2006
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Sommaire

- « Pauvreté 0 ! » pour les jeunes ?
- En direct du Carrefour : Echos d’A.G.
- Cahiers de témoignages et de doléances : (suite)
- En direct des associations
- Témoignages
- La Télé s’intéresse aux coupures d’eau

« Pauvreté 0 ! » pour les jeunes ?

Les débats nationaux et la diversité des opinions dans notre réseau associatif et institutionnel nous interdisent-ils de prendre position ? Ne nous obligent-ils pas au contraire de nous lancer de nouveaux défis ?

Il y a des actualités qui se croisent sans l’avoir cherché mais qui ont un sens. Le jour où jeunes et moins jeunes sont descendus dans la rue pour manifester contre le C.P.E. et la précarisation accrue des jeunes, Martin Hirsch, président d’Emmaüs France présentait au gouvernement le projet de banque sociale, en vue de permettre aux plus pauvres de construire des projets sans se sur endetter.

La même semaine, le Carrefour débattait au cours de son assemblée générale de la place des jeunes dans les associations et réaffirmait le scandale ressenti par tous devant la pauvreté qui s’accroît en lançant l’idée de la pauvreté 0 sur le dunkerquois.

Au sein des associations comme, désormais, des institutions réunies dans le Carrefour, les avis sur ces questions divergent voire sont contradictoires. Certains ont manifesté quand d’autres ont regardé ces mouvements de foule avec beaucoup de circonspection. Faut-il pour autant se taire et ne rien faire pour ne pas mettre à mal les éléments de consensus qui nous réunissent ?

Thérèse Caulier rappelait dans son introduction à l’assemblée générale que ce qui réunit les membres du Carrefour : « c’est la même volonté d’agir et d’être efficaces vis-à-vis des personnes démunies. » Le parti pris par le Carrefour, c’est d’aider à la mise en place d’actions et d’expériences, simples et concrètes, au bénéfice des personnes qui vivent la pauvreté. Mais c’est aussi de n’avoir peur ni du débat, ni de la remise en cause des évidences, ni de la construction de défis collectifs.

Certains portent une conviction qu’ils disent avec force. Ils ne peuvent pas admettre que les jeunes soient placés dans des incertitudes à l’égard de leur avenir que bien peu de personnes adultes auraient supportées pour eux-mêmes. D’autres estiment que cette précarité est devenu le lot commun des jeunes comme des adultes.

Est-ce alors absurde de lancer le défi « pauvreté 0 ! » ?

En direct du Carrefour : Echos d’A.G.

Le dernier C.A. avant l’A.G.

Le 13 mars dernier, ultime réunion du C.A. avant son renouvellement au cours de la prochaine assemblée générale. Il a pris un certain nombre de décisions :
- celle d’intégrer aux comptes de 2005 une provision pour la réalisation du projet de site web, conformément à la décision prise au cours de sa dernière réunion de mettre en chantier ce projet. Il a ainsi donné son accord aux comptes qui seront présentés en A.G.
- celle d’approuver le rapport d’activité 2005 et de définir les orientations qui seront proposées en A.G.
- celle d’accueillir 9 nouveaux membres : la Fondation Armée du salut, les C.C.A.S. (Centres communaux d’action sociale) de Dunkerque, Gravelines, Grande Synthe, Saint Pol sur mer, Fort Mardyck, Loon Plage, Leffrinckoucke et Bourbourg.
- celle de fêter la fin de son travail d’une année en partageant un verre de vin pétillant.

Et ne croyez pas qu’il ne s’agit que d’un travail pour la forme. Chaque décision a donné lieu à des échanges d’information, à des débats et à des propositions d’enrichissement des travaux préparés par le bureau. Mais c’est son travail. Rien d’exceptionnel.

Casser le mur de verre !

Discours d’introduction à l’assemblée générale du Carrefour par Thérèse Caulier.

Dix ans de fidélité aux mêmes missions

26 janvier 1996, date de la parution au Journal Officiel de la constitution de l’association « Carrefour des solidarités ». 23 mars 2006, dixième Assemblée Générale du Carrefour des solidarités. A l’origine nous étions quinze associations. Ce soir, nous sommes 22. Si ces associations sont diverses, leurs projets associatifs visent le même objectif : accompagner et soutenir les publics en difficulté, voire en situation d’urgence. Leurs actions envers et avec ces publics passent par des chemins différents allant de l’aide alimentaire à l’acquisition de droits élémentaires, à la cul-ture, à l’hébergement, au loge-ment, à l’emploi, à la formation.

Ce qui nous rassemble, c’est la même volonté d’agir et d’être efficaces vis à vis des problèmes des personnes démunies.

Les quatre missions du Carrefour des solidarités qui consistent à animer un lieu ressources, être un lieu d’interpellations réciproques, d’observation et d’analyse, et enfin de promotion de la citoyenneté sont semblables à ce qu’elles étaient à l’origine. Si elles ont évoluées, nous y sommes restés fidèles.

Par exemple la mission de promouvoir la citoyenneté et la participation des usagers a été au centre des débats d’une rencontre de Présidents et des responsables d’associations il y a quelques années. Ce qui nous paraissait difficile à réaliser à l’époque s’est concrétisé à la journée du refus de la misère d’ octobre 2005, avec la parution du premier cahier de témoignages et de doléances.

Peu à peu, nous prenons conscience que ces personnes ont besoin d’être écoutées et entendues. Cassons « ce mur de verre » établi entre elles et nous ! Chassons les incompréhensions et les jugements négatifs ! Recon-naissons leurs valeurs et leurs savoirs.

Nous devons être convaincus que les domaines de vie (logement, revenus, santé, vie familiale, travail, formation) correspondent à des droits fondamentaux inscrits dans la déclaration des droits de l’homme. Ils sont liés les uns aux autres, ils sont tous importants pour rompre l’engrenage de la misère, pour exister en tant qu’être humains. Ils sont indivisibles.

De nouveaux membres

Tout au long de ces dix années, nous avons cheminé avec les partenaires institutionnels. Nous nous efforçons de mieux les connaître, de comprendre leurs actions auprès des plus démunis. Des étapes sont encore à franchir et nous y travaillons ensemble.

Cette année, nous avons entrepris un chantier assez vaste, l’accueil des établissements publics com-munaux, les CCAS si vous préférez. Une convention entre les CCAS et le Carrefour des solidarités a été élaborée et sera signée avec huit CCAS de l’agglomération qui ont demandé à devenir membres du Carrefour des solidarités.

Quatre d’entre eux formeront le 5ème collège et représenteront les CCAS au Conseil d’Administration du Carrefour des solidarités, tels que le prévoient les statuts modifiés lors de l’Assemblée Générale Extraordinaire du 8 novembre 2005. Les associations sont prêtes à les accueillir bien sûr aux instances statutaires mais aussi et surtout dans les différentes réunions de travail que nous organisons.

Un nouveau défi : « Pauvreté 0 ! »

Et si tous ensemble, nous lancions un défi « Pauvreté 0 » sur l’agglomération dunkerquoise ? Martin Hirsch, Président d’Emmaüs et président de la commission « Famille, vulnérabilité, pauvre-té » préconise des objectifs d’éra-dication de la pauvreté plutôt que la réduction de cette pauvreté. Je cite l’orientation n°2, 2ème paragraphe de son rapport du début d’année 2005 : « éradiquer la pauvreté peut sembler irréa-liste ; l’histoire semble montrer qu’il y a toujours eu des pauvres et incite à penser qu’une société sans « pauvres » ne peut exister. Un objectif « zéro pauvre » pourrait faire sourire et nourrir le scepticisme… A l’inverse, se satisfaire de la fatalité de la pauvreté dans une société riche pourrait paraître cynique et semblerait dire que l’on accepte de passer par pertes et profits une partie de la population ».

Certes, il s’agit d’un objectif ambitieux et chacun de nous, là où il se trouve, ne peut avoir de solutions. En mettant ensemble nos moyens et en nous mobilisant tous, à commencer par ceux et celles qui vivent la pauvreté au quotidien, nous pourrions avancer vers cette pauvreté zéro sur l’agglomération.

Les jeunes : des « vagabonds »intéressants

Débat nourri au cours de notre assemblée générale autour des relations qu’entretiennent les membres du Carrefour avec les jeunes. Ils ne sont manifestement pas inconnus. Beaucoup savent ce que veut dire la solidarité. Mais leurs façons de faire ne ressemblent pas tout à fait à celles de leurs aînés. Comment tisser des liens avec ces « vagabonds » de la solidarité ?

Première évidence : chacune des associations et institutions présentes étaient en lien avec des jeunes. Elles les accueillent comme la Croix Rouge ou le Secours Populaire français dans le cadre de mesures de réparation ou dans celui de leurs propres activités. Les jeunes secouristes de la Croix Rouge sont formidables de présence et d’implication, par exemple. Elles vont à leur rencontre, comme les sociétés Saint Vincent de Paul, à l’occasion de la semaine de la solidarité dans les collèges ou lycées. Elles bénéficient de leurs interventions dans le cadre de stages comme à Emmaüs, par exemple. Mais cela ne se fait pas sans difficulté. « Ils ont plein d’idées, mais quand il s’agit de les réaliser et de rassembler les moyens pour le faire, cela relève de la prouesse, » dira quelqu’un. « Leurs propositions sont parfois étonnantes pour nous, voire farfelues », dira l’autre. « Alors j’ai plutôt choisi de les laisser faire et de les accompagner. » Bref, ils bousculent sans toujours convaincre a priori.

Deuxième évidence, cependant : il y a des contacts, de la collaboration, une écoute réciproque, mais ils demeurent, sauf exception, éloignés des associations. Sont-ils en train d’inventer de nouveaux modes d’organisation, plus souples, plus réactifs, mieux adaptés à des interventions immédiates ? Nos horaires de retraités travaillant en journée et nos organisations formalistes faites pour durer ne sont-ils pas inadaptés aux « veille tard » ou aux spontanéistes qu’ils sont souvent ?

Qu’importe au fond. Cela ne nous viendrait même plus à l’idée de « faire jeune ». Ces vagabonds de la solidarité nous intéressent et nous fascinent. A nous de faire en sorte que nos chemins se croisent, deviennent communs parfois, voire souvent.

Le nouveau conseil d’administration :

Collège des associations sans salariés :

Mr Hérant (Le Phare)
Mme Joseph (Saint Vincent de Paul)
Mr Legros (Les rues du monde)
Mr Vandercamer (Puissance T)

Collège des associations ayant entre 1 et 10 salariés
Mme Bittner (Louise Michel)
Mr Delhaye (Fondation Armée du salut)
Mr Kelma (Restos du coeur)
Mr Flamen (Emmaüs)
Mr Morel (Croix Rouge)

Collège des associations ayant plus de 10 salariés
Mme Bot (ACL)
Mme Fernandez (AAE)
Mr Héroguer (PACT)
Mme Sauvignon (AJS)

Collège des CCAS
Mr Bittner (Dunkerque)
Mme Desplancques (Gravelines)
Mme Hanon (Saint Pol sur mer)
Mme Thomas (Leffrinckoucke)

Collège des personnes qualifiées
Mme Caulier
Mr Gueuret
Mr Guirous
Mr Mulliez

Les orientations pour 2006

Les droits élémentaires des usagers restent notre priorité ainsi que leur participation et leurs expressions quelle qu’en soit la forme. Tous ensemble nous y avons déjà travaillé en 2005 et nous sommes convaincus et décidés à continuer dans ce sens.

D’autres partenaires nous ont rejoint, en particulier les CCAS et nous ne pouvons que nous féliciter de cette initiative : il nous faut maintenant construire ensemble le réseau partenarial afin que les bénévoles et les professionnels des associations et des institutions puissent se reconnaître.

Le Carrefour des Solidarités lors de cette décennie a pu donner l’impression que tout ce qui se créait en son sein était prioritairement destiné aux bénévoles. Il nous faut enrichir cette image et ensemble réfléchir à comment coopérer avec les professionnels. Des difficultés ne manqueront pas de surgir notamment la gestion du temps dont disposent les salariés pour investir dans l’échange et la réflexion hors des murs des structures et des équipements. Il nous faudra donc trouver ensemble comment s’ajuster, bénévoles et salariés, comment mieux se comprendre pour mieux se reconnaître. Les uns et les autres auront à changer de regard, de logique. Ce qui nous rassemble, bénévoles et salariés, c’est notre volonté de lutter contre la pauvreté qui engendre l’exclusion.

La pauvreté existe dans la région dunkerquoise, cette pauvreté qui consiste à devoir dépendre des autres dans les choix les plus élémentaires de sa vie. Ceux qui subissent cette pauvreté ne sont pas des asociaux, ni des personnes qui ont choisi cette situation. Cette pauvreté est insoutenable et nous en sommes tous responsables à cause des choix de société que nous avons pris. Renforcer la solidarité sur notre territoire est certes un objectif louable, mais éradiquer la pauvreté comme le préconise Martin HIRSCH que je citais en début de séance, me semble un but à nous fixer ensemble (élus, institutions, associations). Utopie, idéalisme…peut-être ! Ce qui est sûr c’est qu’il faut d’abord nous doter de moyens d’observation, nécessaires pour connaître et identifier les causes de la pauvreté sur le territoire.

Le nouveau bureau de l’association
Président : J.M. Gueuret
Vice Présidente : T. Caulier
Vice Président : P. Mulliez (chargé en particulier des finances)
Secrétaire : J. Bot
Membre : D. Bittner

Les animateurs et responsables des différentes activités :
Expression des personnes pauvres : T. Caulier
Commission aide alimentaire : C. Joseph
Comité de pilotage formation : P. Morel
Documentation : P. Mulliez
Observation : D. Bittner
Collectifs eau, énergie : JM Gueuret
(nous vous informerons des autres responsabilités le mois prochain)

Merci Thérèse !

Thérèse Caulier a présidé le Carrefour pendant 7 ans. Elle a souhaité en partie passer la main. Ca valait bien un portrait et un grand coup de chapeau à notre nouvelle présidente d’honneur.

Elle s’en souviendra toute sa vie. Son père, ouvrier agricole, vient d’être mis à la porte par son patron. La famille ne sait plus très bien comment on mangera le lendemain. Dans une petite commune, les choses se savent vite et la solidarité est parfois rapide. Arrive donc le représentant du bureau d’aide sociale de la commune pour proposer une aide. « Mon père n’a fait ni une ni deux. Il l’a pris par son col et l’a menacé de le jeter dans le canal s’il ne déguerpissait pas immédiatement ! »

Du haut de ses trois pommes et de ses soixante dix ans passés, Thérèse est comme ça. La misère la révolte. Mais ce qui lui est encore plus insupportable, c’est qu’on ne respecte pas la dignité et la liberté de ceux qui la connaissent. Elle vous le dit presque en rigolant. Mais elle a beau sourire, il y a dans la ligne de ses lèvres une droiture qui en dit long sur la hargne qu’elle peut développer et la volonté qui sous tend toutes ses actions. Ne vous y trompez pas. Elle donne parfois l’impression d’être volontiers d’accord avec le dernier qui cause. Stratégie maternelle. Pourquoi s’affronter sur des vétilles si l’essentiel n’est pas concerné ? L’important n’est-il pas que vous continuiez à croire en vous ? Mais le jour où l’essentiel est en jeu, vous ne passerez pas. Qu’on soit Sous Préfet ou gens de la rue, elle dira avec douceur et avec fermeté ce qu’elle pense et ce qu’elle croit juste.

Telle qu’elle est dans la vie, telle elle a présidé aux destinées du Carrefour des solidarités. Elle vous donnait l’impression de l’aisance et de la simplicité. La simplicité dans les relations avec quiconque, grands et petits ? C’est sûr. Mais l’aisance, c’est autre chose. Elle admet volontiers que ce qui a été le plus dur pour elle, c’est le poids quotidien que représentait la nécessité de faire vivre ce grand réseau. Et quand elle parle de quotidien, c’est la réalité. Tous les jours, elle a été à la tâche : pour accompagner les salariés de l’association, les soutenir, participer à telle ou telle réunion, rencontrer tel président d’association ou telle personnalité locale, pour intervenir en soutien à telle personne en problème, pour préparer la prochaine réunion de bureau, pour négocier telle ou telle subvention … Au point que, lorsqu’elle a songé à passer le relais, sa grande crainte a été le vide qu’elle risquait de créer dans sa vie.

Qu’elle se rassure. Personne ne la remplacera. Chacun espère qu’elle continuera à prendre toute sa place au Carrefour des solidarités. Merci Thérèse. On continue à compter sur toi.

Cahiers de témoignages et de doléances : (suite)

Suite à nos décisions concernant la mise en valeur de la parole des personnes qui vivent la pauvreté, nous avons pris l’initiative commune d’éditer, en 2005, le n° 1 des « cahiers de témoignages et de doléances ». Quelles suites voulons-nous leur donner ? Une réunion de travail s’est tenue le mois dernier sur ce sujet. Les idées ont fusé.

Les associations du Carrefour ne se sont pas montrées inactives en la matière. Peu ou prou, elles ont avancé. Des essais pour l’instant infructueux de l’une pour réunir en groupes de paroles les bénéficiaires de leurs actions jusqu’aux échanges toujours vivants autour d’un café de l’autre, en passant par la description de leur itinéraire au cours de l’assemblée générale d’une troisième, chacune a pu décrire l’expérience qu’elle menait. Rien n’est facile.

Les leçons de l’expérience

Il s’avère important pour les personnes qui vivent dans la pauvreté qu’elles puissent faire entendre leur cri. Elles ont enfin le sentiment de le dire à quelqu’un lorsque, par l’intermédiaire du cahier on reprend leur témoignage pour le transmettre, en particulier, aux politiques. Même dans l’état, les cahiers sont donc à maintenir, parce qu’ils sont essentiels.

On a parfois le sentiment que les gens n’ont pas trop envie de bouger pour parler. Ils préfèrent « faire des choses » plutôt que de « les dire ». L’écriture est en effet un mode d’expression difficile. Pourquoi ne pas envisager d’autres modes d’expression, plus visuels ? Plusieurs d’entre eux ont été cités : la mosaïque de témoignages, l’arbre de vie, la photo, les dessins, la vidéo, etc. Il a toutefois été remarqué que dès que le mode d’expression choisi doit devenir communication à l’autre, il devient plus difficile à manier, quelle qu’il soit.

Les témoignages qui concernent les réussites, la façon dont telle ou telle personne a su s’en sortir, sont aussi importants à mettre en valeur que les cris de douleur.

Il y a des occasions qui facilitent les échanges. On a cité le café. On a aussi cité les rencontres avec d’autres expériences, voire les voyages.

Le travail de témoignages parcourt le plus souvent plusieurs étapes :

- se raconter à quelqu’un ou à un groupe,
- le fixer dans un mode d’expression qui le fixe de façon moins fugace que la parole échangée : écriture, dessin, photo, vidéo, etc. communiquer le témoignage, ce qui suppose un vrai travail de composition quelle que soit le mode d’expression choisi,

- débattre avec d’autres pour imaginer des solutions, connaître les responsabilités, identifier les interlocuteurs pertinents, etc.
- négocier des solutions éventuelles.

Chacune des étapes doit être parcourue dans son temps et à son rythme. Ce qui paraît clair c’est qu’aucune étape n’est passée si la personne n’y trouve pas son plaisir ou n’y découvre pas son intérêt.

Les conclusions

1° Notre objectif est de faire en sorte que les personnes se prennent en main et inventent, avec les interlocuteurs pertinents, les solutions à leur misère. Mais nous devons respecter les différentes étapes à parcourir.

2° Il n’y a pas de modèle dans ce travail. Il est donc important de respecter la diversité des situations associatives.

3° Il est intéressant pour les associations d’échanger entre elles leur expérience.

4° A chacun de trouver son mode d’expression privilégié. Mais chaque mode d’expression a ses propres exigences à découvrir.

5° Nous construisons un cahier n°2 de témoignages et de doléances, en utilisant éventuellement des modes d’expression non écrits (photos, dessins par exemple)

6° Chaque mois, dans le journal du Carrefour, nous ferons le point avec une association sur l’avancement de son expérience et recueilleront un ou deux témoignages provenant de personnes suivies par l’association. Dessins et photos pourront être utilisés.

7° Chercher d’autres modes d’expression que le cahier pour la journée de refus de la misère : les idées de la mosaïque ou de l’arbre de vie pourraient être approfondies.

8° Pour faciliter ou provoquer l’échange, nous organiserons des rencontres inter-associatives, voire des voyages sur des thèmes qui peuvent intéresser les personnes qui vivent la pauvreté.

En direct des associations

Portage et ramassage du linge, un nouveau service créé par ACL Proxi Pol. Un exemple de bonne coordination de services. Description et témoignages.

Portage et ramassage du linge

Dans le cadre du développement des ses activités, notamment la laverie sociale et suite à une étude des besoins, ACL PROXI POL a créé un nouveau service : « portage et ramassage du linge ».

Ce service s’adresse à toute personne confrontée à une perte d’autonomie liée à la maladie, le handicap, la vieillesse, à une dépendance de maintien à domicile. Il peut s’agir de difficultés temporaires ou non.

A la demande de la personne, par l’intermédiaire de sa famille, d’un service social, d’un service d’aide à domicile, le service se rend au domicile de la personne pour y retirer son linge sale, le laver, le sécher, le repasser pour ensuite lui ramener.

Le service est complémentaire de l’action des familles et des auxiliaires de vie sociale et permet d’assurer la prise en charge du linge.

En effet, dans ces situations, le temps des aides à domicile est souvent compté. Elles doivent en un temps record assurer les soins quotidiens, le ménage, les repas, les courses, le linge. L’intervention du service « portage et ramassage du linge » peut soulager les aides à domicile, en prenant en charge le linge, ce qui permet de dégager du temps pour l’aide à la personne.

ACL PROXI POL
Marc PRAZ
29, rue des roses
59430 Saint Pol sur Mer
Tél. 03 28 58 13 84
Email : proxipol.acl@wanadoo.fr

Témoignages

Madame W… vit seule, ses enfants ne vivent pas à proximité de chez elle. Suite à des problèmes de santé, elle ne peut plus assumer son quotidien. Une conseillère de vie sociale l’aide au quotidien pour sa toilette, l’habillage, ses repas et le ménage. L’intervenant du service « portage et ramassage de linge » permet à l’aide à la vie sociale de dégager du temps pour la personne.

Madame X…, vit seule, elle est atteinte de la maladie d’Alzheimer, une assistante de vie sociale l’aide au quotidien. Là aussi, la mise en place du service « portage et ramassage de linge », permet à l’aide à domicile de se concentrer sur l’aide à la personne, de ne plus se soucier de la prise en charge du linge.

Monsieur Y…, est une personne dépendante, sans machine à laver, vivant seul et éloigné de sa famille. Là également le service « portage et ramassage de linge » lui sera d’un grand secours.

Madame Z… sort de la maternité, et a déjà 2 enfants en bas âge, son mari est en déplacement. Le service « portage et ramassage de linge » lui sera fort utile.

Echos du Conseil de Développement

Dans le numéro de février, nous vous indiquions que le conseil de développement, au sein duquel siègent deux personnes du Carrefour des solidarités, était appelé à donner son avis sur le Plan local de l’habitat et sur le Plan d’aménagement et de développement durable : textes d’orientation sur les politiques de l’habitat et de l’urbanisme pour les années futures. Deux réunions de commission et une séance plénière. Bref compte-rendu.

Des avis pour quoi faire ?

La production essentielle du conseil de développement est de formuler des avis au conseil de la Communauté urbaine de Dunkerque en prévision de ses prises de décision. Cet avis comprend une synthèse votée par l’ensemble du Conseil à laquelle est jointe des contributions écrites par les membres qui le veulent.

Politique de l’habitat

Nous avons proposé deux contributions. L’une a repris ce que nous vous avons longuement présenté dans l’avant dernier numéro (cf Alerte au logement ! Les personnes pauvres sont les premières victimes du logement en crise, pages 5, 6 et 7 du n° 59 du petit journal, février 2006). L’autre a insisté sur certains points comme la façon d’attribuer les logements ou la prévention des expulsions. Quelques éléments ont été intégrés dans la synthèse finale de l’avis du conseil de développement. Mais, à bien écouter le Vice Président de la C.U.D. venu présenter son projet de Plan local de l’habitat, son texte était tellement parfait et avait tellement fait l’objet de concer-tations, qu’on ne voyait pas bien ce qu’il pouvait encore attendre de l’avis du conseil de développement.

Programme de développement

Ce programme a fait l’objet d’une contribution écrite du V.P. du Carrefour. Celle-ci a repris les éléments présentés à votre réflexion dans le même numéro du petit journal de février sous le titre : « Pauvreté 0 ? ». La contribution s’est conclue en souhaitant que le Plan soumis pour avis :

1° fixe comme objectif majeur pour notre région d’exclure la pauvreté de son territoire d’ici à 2015,

2° décide de doter le territoire des moyens d’observation et d’analyses capables d’identifier l’étendue de la pauvreté sur le territoire et les principales causes de celle-ci, (l’absence de thermomètre permet, il est vrai, de ne pas savoir qu’on a la fièvre),

3° décide de la mise en place d’Etats généraux de la lutte contre la pauvreté à l’échelle locale, sous la responsabilité de ce conseil de développement, dans les 18 mois qui viennent et engagent les futurs candidats aux élections locales à intégrer dans leurs programmes les résultats de ceux-ci,

4° engage chacune des communes du territoire à mettre en place les dispositifs permettant que l’accès aux services publics essentiels ne soit retiré à quiconque pour manque de ressources.

Mais, à nouveau, il nous a été rétorqué, en se cachant derrière la loi, que le Plan en question ne devait traiter que des questions d’urbanisme. Etonnante objection pour un Plan dont la moitié du texte traite de développement économique. Il est vrai que l’économie a besoin d’espace. Mais les pauvres qu’elle produit n’en auraient-ils pas eux aussi besoin !

Commission consultative des services publics

Avec pour composition la moitié de membres issus du conseil de développement, la C.U.D. a réuni sa commission consultative des services publics. Avec près de 15 mois de retard, on nous y a soumis quelques bilans sur le ramassage des déchets et leur traitement et sur les questions concernant l’eau.

Evidemment, nous avons soumis à la commission le problème des coupures d’eau pour raison sociale. Partant de l’expérience menée sur Saint Pol sur mer nous avons souhaité que le cahier des charges de concession oblige le concessionnaire à mettre tout en œuvre avec les partenaires locaux concernés, en particulier les C.C.A.S., pour éviter toute coupure d’eau pour manque de ressources. La réaction des élus a été mitigée et c’est tout juste s’ils n’ont pas regretté que la C.U.D. n’y puisse rien. La question concernerait plus le S.M.A.E.R.D. qui s’occupe de la distribution, mais non de l’assainissement ? Peut-être. Mais les élus en question ne siège-t-il pas au S.M.A.E.R.D. au titre de la C.U.D. ?

Bref, les questions posées au nom de notre réseau associatif sont en général comprises comme perti-nentes, mais elles se trompent toujours de lieu ! On finira bien par le trouver.

NB : les contributions écrites de L. Mestdagh et de JM Gueuret sont disponibles sur simple demande au Carrefour SMAERD : Syndicat Mixte d’alimentation en eau de la région dunkerquoise.

La Télé s’intéresse aux coupures d’eau

Le courage de Sabrina

France 2 s’est intéressé à l’expérience menée par le collectif eau de Saint Pol sur mer : pas de coupure pour raison sociale. Résultat : trois minutes d’une grande simplicité dans le témoignage, un peu simplistes sur le travail collectif.

Une jeune femme qui tire de l’eau au robinet de sa cuisine. Quoi de plus simple ? Et Sabrina de raconter comment, le jour où son eau a été coupée, il lui a fallu dire à ses deux filles de ne plus boire, de ne plus se laver les mains et de ne plus se laver du tout.

Elle a fait ressentir l’isolement dans lequel elle s’est trouvée et la culpabilité qui naît à l’intérieur d’elle même à ne plus pouvoir assurer, avec son seul R.M.I., les besoins essentiels de sa famille. C’est de la honte qu’elle a éprouvé à devoir aller chercher de l’eau chez une voisine. « On invente n’importe quoi pour ne pas dire qu’on a été coupé. »

Le partenariat C.C.A.S., associa-tions et Lyonnaise des eaux a été nommé d’une phrase. Dans le cas de Sabrina, c’est le Secours Catholique qui a apporté les ressources nécessaires pour payer la facture.

Pour finir, le coup de patte. Nos voisins belges ont des tarifs qui varient en fonction des ressources, contrairement à la France où, quelles que soient celles-ci, vous payez le même prix.

Merci à Sabrina pour son témoignage courageux. Un regret cependant. Que nos journalistes n’aient pas entendus le travail de prévention que le partenariat local avait essayé de mettre en place. Mais, ce n’est pas télégénique. C’est trop compliqué pour les petites têtes de téléspectateurs.

Et puis, dirons les communiquant, une idée en trois minutes, c’est déjà limite.

Les dessous de la télé

Reportage sur le reportage. En français : making off ! Du moins, sur ce qu’on en a vu.

Deux petits bouts de femmes, un homme. La première les mains dans les poches. La deuxième, une caméra au poing. Le troisième armé d’une perche avec un micro au bout, un magnétophone en bandoulière et des écouteurs à l’oreille. Ils sont arrivés avec un quart d’heure de retard sur l’horaire prévu.

Nous, C.C.A.S., associations et Lyonnaise des eaux, on s’était pomponné. On avait répété. On devait tenir une réunion pour qu’il la prenne à la Télé. On l’a donc fait sérieusement. On a pris soin de montrer comment nous nous y prenions pour éviter les coupures pour manque de ressources. Manifestement, ça n’avait pas l’air de les intéresser beaucoup. La caméra a tourné autant ce qui se passait dans la salle que les extérieurs à la fenêtre. Elle s’est même absentée en plein milieu pour aller aux toilettes ou pour se faire recharger. On n’a pas su au juste. Pour finir, ils nous ont demandé de rester là pour faire le bruit de fond pendant qu’ils interviewaient les deux personnalités du groupe.

On a su, après cette réunion d’une bonne demie heure, qu’ils n’en retiendraient, éventuellement, que deux minutes.

Au paravent, nous avions trouvé deux familles pauvres qui avaient bien voulu témoigner devant la caméra de leur galère. Le témoignage de l’une d’entre elles a été retenu et bien mis en valeur. En ce qui nous concerne, on a gardé notre bruit de fond. C’est toujours ça.

A la fin, on avait soif, à force. Evidemment on a bu de l’eau. Elle ne venait même pas du robinet.

La réflexion du mois

"Les 7 milliards de dollars requis chaque année pour assurer l’accès à l’eau potable à 2,6 milliards d’individus, représentent moins que ce que les Européens dépensent en parfum et moins que ce que les Américains dépensent en crème glacée."
Programme des Nations Unies pour le développement.

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