Le journal n°59 - Février 2006
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Sommaire

- Vers la pauvreté 0 ?
- En direct du Carrefour
- En direct des associations
- Migrants : L’Etat bulldozerise
- Dossier : Alerte au logement !
- Débat : Bénévoles et professionnels (suite) : Ont-ils le même métier ?

Vers la pauvreté 0 ?

Régulièrement, les collectivités locales du territoire qui s’étend du littoral du Nord jusqu’aux environs de Cassel, se définissent des objectifs qu’elles s’engagent à traduire concrètement en plan d’action dans les années qui suivent. Cette fois-ci, c’est pour l’horizon 2015. Elles ont décrit ces objectifs dans un document qu’elles soumettent à notre avis. Pourquoi ne pas leur proposer l’objectif de la pauvreté 0 ?

Associations caritatives et humanitaires, nous ne cessons de clamer que la pauvreté est un scandale. Nous affirmons, haut et fort, que cette pauvreté que nous rencontrons tous les jours devrait être bannie de notre société. Au moment où nos élus se fixent des objectifs à 15 ans pour notre territoire, ne devons-nous pas leur demander d’inscrire comme objectif prioritaire de l’action collective le bannissement de cette pauvreté ?

Nous retrouvons bien dans les objectifs proposés que les collectivités vont faire tout ce qui est en leur pouvoir pour développer l’emploi et attirer les entreprises. Admettons avec elles qu’il ne leur est pas possible de s’engager pour autant sur la réalisation à quinze ans du plein emploi. Il est vrai aussi qu’elles ne peuvent pas grand-chose sur le niveau des rémunérations individuelles. Est-ce à dire pour autant qu’elles doivent se satisfaire de « renforcer l’équité et la solidarité sur leur territoire » ou qu’il y a en la matière « des marges de progrès à réaliser » ?

Pauvreté 0, rêves d’idéalistes ? Prenons le problème par l’autre bout, celui des personnes qui subissent des situations de pauvreté économique. Elles ne peuvent pas s’en sortir, y compris dans la recherche d’emploi que la plupart entreprennent, parce qu’elles ont faim ; l’eau, l’électricité, le téléphone et la TV leur sont coupés ; elles sont mal logées ou pas logées du tout ; leur santé se dégrade, etc. En d’autres termes, elles ne peuvent plus bénéficier des droits fondamentaux de tous les citoyens pour mener une vie digne : manger à sa faim, être logé dignement, bénéficier des services élémentaires de l’eau, de l’électricité, du téléphone et de l’information, du suivi efficace de leur santé, de la capacité de s’exprimer collectivement, etc.

S’engager à ce que, dans les quinze ans qui viennent, tous les citoyens résidant sur ce territoire puissent bénéficier, quelle que soit leur situation économique, des services fondamentaux : nourriture, logement, eau, électricité, transports, santé, culture, etc., est-ce idéaliste ? Nous ne le croyons pas. Que l’accès à ces droits fondamentaux doive se faire sous forme d’assistance, sans échange, nous ne le croyons pas non plus. Mais tant qu’on n’aura pas posé cet objectif, on ne pourra pas discuter des échanges auxquels le bénéfice de ces droits devrait donner lieu.

Qu’en pensez-vous ?

En direct du Carrefour

Janvier. Ça sent la préparation de l’assemblée générale. On fait les bilans et les rapports d’activité. On regarde les finances et on se demande comment on va s’en tirer. Le Carrefour fait comme toutes les associations qui la composent ? Pas tout à fait

Un bureau chargé

Thérèse Caulier, la Présidente, et son équipe avait préparé un ordre du jour chargé pour le dernier bureau. Il ne s’agissait pas moins de faire le tour de toutes les activités du Carrefour et d’avoir, à chaque fois, une réflexion stratégique sur la façon de les mener et de proposer de nouvelles évolutions. Là ! On n’a pas pu aller plus loin que la moitié des questions.

Finances : Passera-t-on l’année ?

A force de se poser la question presque chaque année, vous n’allez plus nous croire. Nous finissons l’année 2005 dans les clous, grâce à la décision prise par le Conseil Général du Nord de participer à notre financement. Mais la décision n’est intervenue qu’au cours du dernier trimestre. Jusque là, malgré les promesses, nous restions tendus.

Mais, pour 2006 ? A nouveau des incertitudes. Comment va-t-on remplacer les financements que nous obtenions de l’Etat et du Conseil Régional dans le cadre de la politique de la ville ? L’Etat local nous soutient. Mais aura-t-il des financements disponibles ? Le revirement du Conseil Régional qui soutenait la société civile des agglomérations dès lors qu’elle s’organisait de façon cohérente dans chacun des territoires, demeure incompréhensible. Si le Conseil régional nous lâche, qui va le remplacer ?

Nouveaux locaux

Comme plusieurs associations membres, nous cherchons depuis plus d’un an de nouveaux locaux. Nous avons une piste. Mais ça va nous coûter directement. Alors nous en revenons au problème précédent ? Notre espoir, c’est que la Communauté Urbaine qui assure notre hébergement, continue à le faire sous d’autres modalités.

Cahiers de témoignages (suite)

La mise en valeur de la parole des usagers de associations et des personnes qui vivent pauvrement fait partie de nos objectifs prioritaires. Les cahiers de témoignages et de doléances lors de la dernière journée de refus de la misère, ont été une étape importante de l’année 2005. Mais comment apporter une suite et un développement à cette initiative ? Les continuer sous le même mode ? Crier sa souffrance ou parler de ses réussites, c’est important. Mais ce n’est pas suffisant. Nous avons évoqué quelques pistes : ateliers d’écriture, ateliers de travail sur les problèmes sociaux, conseil de vie sociale à l’échelle inter-associative, etc. Une certitude cependant. Nous ne prendrons aucune initiative sans y avoir réfléchi avec les associations et sans qu’elles en soient elles-mêmes promotrices. Un groupe de travail en préparation.

L’aide alimentaire se questionne

Cette aide et ce soutien sont menés par près de la moitié des associations du Carrefour. 6 000 citoyens éprouvent la nécessité de faire appel à cette aide. Pas question donc de la mettre en danger par des interrogations qui ne colleraient pas à la réalité du terrain. Pour autant, n’y a-t-il pas à se poser des questions sur sa réelle efficacité, sur ses modalités proche de l’assistanat, sur son articulation avec les interventions des institutions publiques, sur la coordination inter-associative, etc. Nous sentons bien qu’à travers ces questions, c’est le projet social de chacune des associations qui est en jeu. C’est pourquoi il nous semble préférable de ne pas perturber le travail de coordination au jour le jour que mène la commission aide alimentaire et de proposer plutôt cette réflexion aux responsables des associations et à leurs partenaires institutionnels.

Energie : Il y a du travail à faire

Comme annoncé dans notre dernier numéro, une première réunion de travail s’est tenue avec les responsables d’EDF. Les premières réunions servent souvent à s’écouter plutôt qu’à prendre des décisions communes. Une piste cependant semble s’être ouverte. Mener une action préventive sur une commune particulière à l’image de ce qui a été fait sur l’eau à Saint Pol sur mer. On a évoqué Grande Synthe. Mais aucune décision n’est encore prise.

Projet de site

Une première réunion de travail s’est tenue. Une certitude. Nous n’avancerons ce projet que si le site en préparation répond réellement aux besoins de leurs utilisateurs potentiels. Les premiers visés, pour l’instant, sont les bénévoles et les professionnels des associations, même si nous ne perdons pas de vue les usagers des associations et les personnes en difficulté. A l’ordre du jour de la prochaine réunion : étude du projet de dossier de demande de financement, analyse des cartes de visite renvoyées par les associations, remontée des besoins des bénévoles.

Formations : Faire le point pour mieux rebondir

Qu’il s’agisse des formations sur le surendettement, sur les conduites addictives ou sur les questions des jeunes, le moment est de faire le point avec les participants pour mieux adapter la suite des formations à leurs besoins. Cela dit, nous avons retenu dans les formations proposées par l’URIOPSS : accueil, écoute, conduite de réunion, montage de projet et régulation non-violente des conflits.

En direct des associations

Erratum

Dans la présentation de la Ligue des Droits de l’homme, deux erreurs se sont glissées. La « casquette de base balleurs » de Jean Séname n’était pas bleue, mais noire. Le n° de téléphone par lequel on peut joindre la Ligue des droits de l’homme ou laisser un message est le 03 28 20 30 40 (et non le 03 28 30 30 40, comme il était indiqué). Mille excuses.

Regrets

Il se passe plein de choses d’intéressant dans les associations du Carrefour. Mais si vous ne prenez pas le minimum de temps pour nous appeler et nous le raconter, comment voulez-vous qu’on en rende compte ici ?

Conseil de développement : l’appel aux compétences citoyennes

Depuis les dernières élections, la Communauté Urbaine de Dunkerque a mis en place un Conseil de développement, sorte de conseil économique et social local. Où en est-il aujourd’hui ?

Les élus communaux et ceux qui siègent à la Communauté Urbaine de Dunkerque font leur travail et prennent leurs responsabilités. Ils votent les budgets, décident des orientations propres à leur territoire, assument les services publics qui relèvent de leur autorité et mènent des projets qu’ils jugent être intéressants pour l’ensemble des citoyens. Contents ou mécontents, les citoyens pourront le dire lors des prochaines élections.

Pourtant, les élus savent bien que même s’ils ont la légitimité nécessaire pour prendre des décisions, ce n’est pas celle-ci qui les fait devenir, du jour au lendemain, compétents dans tous les domaines où ils doivent intervenir. Ils ont certes à côté d’eux des services qui, techniquement, sont compétents. Mais, dans la définition de l’intérêt général, la technique ne sert pas toujours à grand-chose.

C’est pourquoi ils ont constitué le conseil de développement, formés de citoyens, qui vont pouvoir, grâce aux avis qu’ils sont appelés à formuler, ajouter leurs propres compétences.

Pour faire court, depuis trois ans que le conseil a été installé, ça a l’air de fonctionner. On dit que plus de 80 % des avis formulés par cette instance ont été pris en compte par les élus dans leurs décisions.

Mais, le paradoxe ce serait que cette instance se coupe elle-même de l’ensemble des citoyens et devienne un repaire de spécialistes sans rapport avec ceux dont ils sont sensés rassembler les compétences.

Le secteur associatif du domaine social a deux représentants : Madame Lucienne Mestdagh, présidente de l’A.A.E. et Monsieur Jean-Marie Gueuret, vice-président du Carrefour des solidarités. A vous de vous en servir pour faire remonter les conseils à prodiguer à nos élus. De leur côté, par l’intermédiaire de ce petit journal, ils vous tiendront au courant des questions qui leurs sont posées et des avis qu’ils seront appelés à formuler.

Ainsi, dans les prochaines semaines, le conseil de développement est appelé à formuler un avis sur : le plan d’orientation pour les 15 ans qui viennent, le programme local de l’habitat et le projet de budget de la Communauté Urbaine de Dunkerque. Notre premier article sur l’objectif de la pauvreté 0 est une esquisse de l’avis qui pourrait être formulé sur la première question. Le long article portant sur les questions de l’habitat esquisse pour sa part, l’avis qui pourrait être formulé sur le plan local de l’habitat.

La composition du conseil de développement

Le conseil est composé de 6 collèges :
collège 1 : acteurs socio-économiques non salariés (13 membres)
collège 2 : acteurs socio-économiques salariés (13 membres)
collège 3 : acteurs associatifs (21 membres)
collège 4 : représentants des dispositifs participatifs de proximité (26 membres)
collège 5 : représentants des services publics (14 membres)
collège 6 : personnalités quali-fiées (4 membres)

Migrants : L’Etat bulldozerise

Après Calais, Dunkerque. Nous avons évoqué dans notre dernier numéro l’intervention de la police sur le Calaisis rappelant à certains des époques qu’on croyait révolues. En janvier, c’est à coup de bulldozer que la police est intervenue pour empêcher les personnes migrantes de s’arrêter sur notre territoire. Témoignage et pétition.

Témoignage

Leur regard est rempli de colère de ce qu’ils ont subi : « Police ! Police ! »

La honte, le silence, la culpabilité, la trahison, la haine : tous ces sentiments se bousculent quand un des jeunes réfugiés explique qu’il avait adopté un petit chien et qu’il l’a vu étouffer dans le sable par le bulldozer pendant que la police les emmenaient au commissariat de Gravelines pour les relâcher un peu plus tard… Méprisés, humiliés, provoqués, ignorés, tabassés, insultés, agressés, rejetés : c’est ainsi qu’en France, dans un lieu perdu où personne ne viendrait « pique-niquer » la police, en attente d’une décoration sans doute, obéissant aveuglément aux ordres… aidé d’un bulldozer qui fera la sale besogne à leur place, exécute un ordre dépourvu de sens mais significatif au regard : NETTOYER !!! Ca rappelle le « karcher »… Ici, c’était le bulldozer !!!

Pourquoi ? Pourquoi cet acharnement face à la misère humaine ? Des hommes anéantissent d’autres hommes. Au nom de quoi ? Au nom de qui ? Quel être en quête d’une vie meilleure, loin de la guerre et de la famine, mérite un tel mépris ? Je n’ai pas connu la guerre. Je ne connais pas la misère. Mais ce que je vois aujourd’hui me terrorise. C’est çà la France, comme l’a dit rageusement un réfugié. Je découvre avec horreur que c’est aussi çà la France ! Mais je ne veux pas être de cette France là.

Alors, Aïssa et Christian écoutent, échangent, tentent de comprendre et rassurent… Ils sont une quinzaine de retour sur les squats dévastés… Christian et Aïssa leur fournissent denrées et tentes… Ils repartent un peu plus loin… A demain et… Bonne fête de l’Aïd…

On pourrait croire à un film de télévision évoquant l’histoire. C’est la réalité de la vie de quelques réfugiés, un certain mardi de janvier 2006.

Nous avons un devoir face à cette situation : un devoir de désobéissance. Nous savons que nous sommes hors la loi. Mais cette expulsion méprisante et acharnée avait avant tout un seul objectif : atteindre ces hommes dans leur dignité la plus profonde. Alors nous sommes toujours là, « toujours prêts » à faire notre devoir de désobéissance civique et rien, ni personne, ne nous empêchera de venir en aide à ceux qui doivent affronter l’hiver, seuls, démunis et abandonnés de tous !

A nos yeux, c’est avant tout çà, la France !!!

Martine Koch, Loon Plage

Pétition La misère, les guerres chassent des milliers de personnes de leur pays. Depuis des années des personnes transitent par les pays européens dont la France. La France se déshonore en laissant ces personnes à la rue. La situation des migrants s’aggrave, ils sont de plus en plus pourchassés, leurs campements sont régulièrement détruits, les exemples ne manquent pas sur notre territoire français comme dernièrement sur le littoral Nord Pas de Calais …

Pourtant plus de 80 % de ces hommes ne peuvent être renvoyés dans leur pays, ils sont « non reconductibles » leur pays étant classé comme pays dangereux ; par contre ils sont indésirables en France. Ils doivent disparaître du paysage, se transformer en ombres, en fantômes. Seuls des citoyens engagés ou non dans des associations ou organisations se sentent concernés et leurs viennent en aide !!!

DES CITOYENS S’INDIGNENT NOUS DEMANDONS AVEC FORCE POUR CES HOMMES, ET CES FEMMES

A Monsieur BARROSO, Président de la Commission Européenne, • Le Respect et la mise en pratique de la convention de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. • Leur libre circulation en Europe • La possibilité pour eux de demander l’asile dans le pays de leur choix • L’application du droit au rapprochement familial

A Monsieur Jacques Chirac Président de la République Française. • L’ouverture de lieux d’accueil où les migrants pourront trouver écoute, couvertures, nourriture, soins et hygiène, • L’arrêt des contrôles tatillons, l’arrêt de la pression policière et judiciaire tant sur les migrants que sur les citoyens et les militants • Arrêt des expulsions de familles logées en C.A.D.A (centres d’accueil des demandeurs d’asile) ou en centres d’accueil d’urgence, avec et sans papiers, sans les avoir relogées. • De laisser travailler les associations, les organisations, les citoyens leur venant en aide ; la Solidarité n’est pas un délit ! L’octroi d’aides financières et matérielles à ces associations et organisations pour qu’elles puissent mener à bien leurs actions humanitaires

Dossier : Alerte au logement !

les personnes pauvres sont les premières victimes du logement en crise.

L’association « expressions » a consacré, il y a quelques jours, l’une de ses soirées aux questions du logement. Elle avait demandé à Thérèse Caulier, présidente du Carrefour des solidarités et ancienne professionnelle de la question, d’intervenir sur le logement des personnes en difficultés. Voici de larges extraits de son intervention.

1954 – 2006 : La situation a-t-elle vraiment changé ?

La crise du logement n’est pas une nouveauté en France. Beaucoup se souviennent de l’hiver 1954 et de l’appel de l’abbé Pierre alors qu’un enfant avait été mordu par un rat dans un taudis. A l’époque, régulièrement, des personnes sans domicile mourraient de froid dans la rue.

En 2005, les gens vivent et meurent encore dans la rue ; des hommes mais des femmes aussi avec des enfants.

Entre ces deux dates, beaucoup d’efforts ont été faits. La construction de logements a progressé tant en quantité qu’en qualité, dans le domaine social comme dans le domaine privé. Cet effort de construction a trouvé son point culminant dans les années 1970.

Mais, aujourd’hui, de nouveaux éléments de crise réapparaissent. La question du logement devient la préoccupation de presque toutes les familles. Le logement est cher, les aides au logement ne suivent pas les ressources des familles. Le foncier se fait rare.

Dans un monde générant précarité et insécurité, le logement aurait dû garantir stabilité, sécurité, bien être, identité. Le manque de logements contribue à générer l’exclusion, aggrave les inégalités et les difficultés sociales.

Une situation qui se dégrade à très grande vitesse

La dégradation de la situation sociale de bon nombre de concitoyens s’accélère, l’écart entre loyers et salaires s’accentue et fait monter la pression sur la demande de logement à caractère social. De ce fait, les familles les plus démunies se retrouvent encore plus éloignées de l’accès à un logement social.

Parmi ces personnes, citons les salariés en CDD, en emploi intérimaire, en formation, les femmes seules avec ou sans enfants, y compris avec un salaire, les sortants de structures d’hébergement et d’accueil d’urgence, les étudiants, les jeunes, les populations immigrées ou d’ethnies différentes, les gens de la rue.

Parmi les gens démunis, nombreux sont ceux qui ont obtenu un logement depuis plusieurs années. Bien souvent, leurs logements ne sont plus adaptés à la composition de la famille (ils sont ou trop grands du fait du départ des enfants ou trop petits à cause des cohabitations). Pourtant ils sont assignés à résidence dans des quartiers en périphérie, quartiers situés bien souvent à l’ouest de l’agglomération. S’ils ont fait une demande de relogement, celle-ci n’aboutit pas.

Mixité sociale ?

Tous ceux qui présentent une faiblesse se retrouvent regroupés dans les mêmes lieux. Leurs problématiques sont semblables. Ces personnes n’ont bien souvent plus travaillé depuis de nombreuses années et pour certaines d’entre elles, elles n’ont jamais travaillé. Du fait du manque de ressources, essentiellement composées de minimas sociaux, elles éprouvent des difficultés à payer les charges relatives au logement : loyer, eau, énergie. Lorsque la famille a payé ses charges de logement, elle ne peut plus s’alimenter. 68% des personnes inscrites à l’aide alimentaire auprès des associations habitent ces quartiers. C’est ce que nous relevons dans les statistiques du Carrefour des solidarités.

La mixité sociale préconisée par le ministre du logement me semble cependant bien difficile à réaliser. Elle doit faire l’objet d’un engagement et d’une volonté forte de tous. Elle ne peut se décréter par une loi, une obligation de faire. Elle se construit dans la relation, la connaissance de l’autre. J’ai le souvenir du tollé général, lors de l’annonce de la mise en place d’une résidence sociale dans un quartier de l’Est de Dunkerque.

Le recours au privé ?

Devant l’impossibilité d’avoir accès à un logement social ou parce que certaines familles ont éprouvé des difficultés à s’y maintenir, le recours à un bailleur privé reste une solution. Si certains de ces bailleurs louent des logements corrects, d’autres tirent profit de logements à la limite de la décence. Les bailleurs privés exigent un travail en CDI et des fiches de paie correspondant à 3 fois le montant du loyer. Devant cette difficulté, les plus démunis se retrouvent forcément dans des logements de moins bonne qualité voire dégradés.

L’hébergement d’urgence ?

L’hébergement d’urgence peut être aussi un palliatif au manque de logements. Ces lieux d’accueil sont indispensables pour les personnes, hommes, femmes avec ou sans enfant, jeunes mais encore faut-il prévoir des sorties possibles vers un logement autonome.

J’ai rencontré un directeur de structure d’hébergement qui constate que l’offre de logements sociaux diminue. De ce fait les bailleurs sociaux sont assez frileux et exigeant vis à vis du public à loger. Ces bailleurs sociaux évoquent pour justifier leur positionnement : la composition familiale ; l’équilibre de population dans un escalier, dans un immeuble ; la méfiance et la médisance par rapport aux personnes d’ethnie différente ; la monoparentalité également est mal vécue. Il y a aussi la faiblesse des ressources et à cela s’ajoute parfois le comportement des familles. Les personnes en attente de régularisation de papiers sont hébergées en centre d’urgence, celui ci ayant pour mission d’héberger et de protéger. Les sorties de cet accueil sont pratiquement insolubles du fait de leur situation. En 2004, sur 48 familles suivies en accompagnement à la sortie des structures d’hébergement (CHRS urgence) 17 ont obtenu un logement chez un bailleur social, 13 ont été relogées par le PACT, et 18 dans le privé. Les associations gérantes des CHRS des accueils d’urgence doivent usées de diplomatie avec les bailleurs de toutes natures. C’est un travail important de négociation et de médiation qui est engagé. Les professionnels constatent pour toutes les familles un allongement des durées de séjour, dû c’est certain, au manque de logements mais aussi au peu de motivation des personnes de quitter ces lieux d’accueil. Les personnes y sont entourées, accompagnées. Leur passé chaotique leur fait craindre de se retrouver seule devant les difficultés multiples auxquelles elles seront confrontées.

D’autre part, les familles ayant bénéficiées d’un parcours d’insertion par le logement : urgence, logement passerelle, logement géré par le PACT, retrouvent les mêmes difficultés que les sortants d’accueil d’urgence. Elles sont aussi assignées à résidence dans ces logements de transition.

La galère de la rue

Les personnes dans la galère, à la rue depuis de nombreuses années, souvent victimes d’accident de la vie, perte d’emploi, séparation, ont parfois fréquenté les accueils d’urgence mais elles ne souhaitent plus les intégrer donnant de bonnes raisons pour justifier de leurs décisions. La désocialisation de ces personnes est telle que lorsque les associations arrivent à les reloger, elles ne s’habituent pas à vivre enfermées entre 4 murs et réintègrent la rue où il y a l’espace...

Elles vivent dans des squats ou sous des tentes de camping même si elles ont la possibilité d’être accueillies en période hivernale dans un local grand froid qui ferme, sauf cette année, suivant les caprices du thermomètre.

Les maisons relais, plusieurs projets sont portés par les associations depuis de nombreuses années, seraient une alternative à leurs besoins de se loger dignement.

D’autres ménages ou personnes dans la difficulté font le choix ou sont contraintes de louer une caravane, mobil home sur des terrains de camping ouverts à l’année là aussi les conditions de logement et les charges sont élevées et dépendent du propriétaire du terrain.

L’accession sociale - Une fausse bonne idée

Dans la loi de cohésion sociale, l’accession à la propriété est préconisée comme un accès au logement autonome. Il est certain que la solution est alléchante, le taux des prêts sont peu élevés. Mais les durées de prêt laissent craindre pour l’avenir (chôma ge, enfants majeurs quittant le domicile…) et peuvent mettre les familles en difficulté. D’autre part, avoir un logement à soi encourage la famille a contracté d’autres prêts pour l’aménagement ce qui risquent de la mener dans un surendettement.

Pour un véritable droit au logement

Le droit au logement se justifie pleinement parce qu’il s’agit d’un besoin humain fondamental. Il doit donc rester la priorité de tous. Il faut s’y engager tous progressivement et résolument notamment pour les familles avec enfants et pour les citoyens les plus démunis.

L’obligation faite aux communes des 20 % de logement sociaux devrait être complétée de solutions multiples et diversifiées, adaptées à tous types de population notamment les plus démunis, hébergement, résidences sociales, maisons relais et autres lieux d’insertion par le logement… Eviter le basculement de la situation des personnes fragilisées en particulier celles qui sont en voie d’expulsion sans prévision de relogement. La garantie du maintien dans les lieux comme le prévoit la couverture logement universelle peut y concourir.

Mais indépendamment de cela, la précarité croissante, les accidents de parcours peuvent survenir dans un monde difficile pour beaucoup, et représente un risque de difficultés sociales auxquelles il faudra faire face pour éviter la désocialisation et l’exclusion définitive des publics fragilisés.

Accéder à un logement pour les personnes sans emploi stable relève du parcours du combattant.

Dans un monde où l’on demande à chacun d’évoluer, de s’adapter, où l’emploi est moins assuré que par le passé, avoir un logement stable, pouvoir rester chez soi est essentiel et constitue un progrès relativement facile à réaliser.

Aujourd’hui en France

- 150 000 personnes sans domicile fixe

- 809 000 personnes privées de domicile personnel (hôtel, squat, meublé, centre d’accueil pour demandeurs d’asile, centre d’hébergement et de réinsertion sociale, cabane, tente de camping…) certaines de ces personnes sont salariées

- les structures d’hébergement sont saturées (pas de sortie, de fluidité)

- 2 187 000 logements indécents : sans eau, sans électricité, sans chauffage

- plus de 5 670 000 personnes sont prêtes à basculer (impayés de loyer)

- 715 000 personnes risquent l’expulsion

- d’innombrables situations de surpeuplement, d’hébergement chez les tiers

- près de ç millions de personnes en France connaissent d’importantes difficultés de logement.

(statistiques citées par la Fondation de l’Abbé Pierre lors de la réunion du groupe Alerte, le 7 février 2005)

Aujourd’hui à Dunkerque

Ce jeune, en demande récente de logement, travaille en CDI. Sa compagne est étudiante. Une société de bailleur social lui propose un choix… entre 2 appartements.

Un homme seul. Il vit dans un accueil de nuit. Il est en formation à l’AFPA. Sa demande de logement a été faite depuis plusieurs mois. Il n’obtient aucune réponse des bailleurs sociaux.

Un couple avec 4 enfants vit dans un F2. Monsieur a un emploi intérimaire régulier. La demande de logement social n’aboutit pas. Madame est très déprimée et vit très mal dans ce logement bien trop petit….

Etc.

(Voir aussi d’autres témoignages dans les « cahiers de témoignages et de doléances » édités par le Carrefour des solidarités. Sur une quarantaine de témoignages, près de la moitié portait sur les difficultés liées au logement.)

Débat : Bénévoles et professionnels (suite) : Ont-ils le même métier ?

Au sein des associations réunies dans le Carrefour des solidarités une question reste latente. Jamais exprimée clairement, elle suscite cependant des tensions, voire des incompréhensions. Il s’agit de la question des rapports entre les bénévoles et les professionnels. Cette question a été posée récemment dans les colonnes du journal par « Eric, le pro ». Pour tenter de la clarifier nous avons commencé par emprunter une première fois le chemin de la compétence. Nous vous proposons aujourd’hui d’emprunter celui des métiers ou des rôles.

« Etre bénévole, ce n’est justement pas un métier » vont immédiatement rétorquer les personnes qui ont décidé de donner de leur temps, de leur énergie et de leurs capacités affectives sans rechercher a priori de retour. Ne nous arrêtons pas trop longtemps sur ce terme. Nous l’entendons ici comme la mobilisation d’un ensemble de compétences dans le but de créer quelque chose, que cette création se fasse dans le cadre d’un échange monétaire ou non. Dans ce sens, on peut dire que chacun d’entre nous fait son métier d’homme ou de femme.

Une façon de l’approcher est de s’intéresser aux fonctions remplies par les bénévoles et à celles remplies par les professionnels dans les associations regroupées au sein du Carrefour.

Les bénévoles dirigeants

Pour les associations qui développent des activités assurées par des salariés, les bénévoles se retrouvent pour l’essentiel dans leurs instances dirigeantes : conseil d’administration et bureau. Ils y siègent souvent à côté des personnes qui représentent les institutions publiques qui participent au financementde l’association. Que leur demande-t-on alors ? Participer aux décisions stratégiques qui engagent l’avenir de l’association. Tenir un rôle de veille sur la conformité de la vie de l’association avec ses orientations fondamentales. Réfléchir à leurs évolutions nécessaires. Participer au recrutement et au suivi-évaluation des dirigeants salariés.

A bien y regarder, leur présence n’est-elle pas autre chose qu’une délégation des puissances publiques ? On sait que les institutions publiques, comme les communes, par exemple, ne peuvent pas gérer directement, sous des modalités qui relèvent du droit privé, les services déployés par l’association et qui sont des quasi services publics. Ces bénévoles ne sont-ils pas d’ailleurs de fait, cooptés par les institutions publiques ? Ne peut-on pas alors les assimiler à des élus ? Sans doute, pas tout à fait.

Les bénévoles à tout faire

A l’autre extrémité de la palette des associations, on peut observer qu’à taille plus restreinte ou d’initiatives citoyennes plus directes, les bénévoles assument la plupart des fonctions permettant à celle-ci de fonctionner. Ils accueillent, organisent, assurent les transports des marchandises quand cela est nécessaire, gèrent, dirigent, etc. En d’autres termes, ils assument les fonctions dirigeantes, mais aussi la mise en œuvre des services, les fonctions de gestion et d’administration qui dans les associations précédentes étaient assurées par des professionnels.

Les régimes de l’ambiguïté

Entre ces deux figures associatives, on peut avoir quasiment tous les cas de figure. Les associations qui maintiennent jalousement le statut de bénévole de tous leurs membres. Les associations où les bénévoles d’un moment sont devenus le lendemain, grâce à de plus amples financements, des salariés. Des salariés qui assument les fonctions de dirigeants associatifs laissant aux bénévoles un rôle d’enregistrement. Les associations où les bénévoles bénéficient d’avantages, hormis des salaires, qui les rapprochent du statut de salarié sans le dire. Les associations de bénévoles où les bénévoles, grâce aux compétences qu’ils ont acquises ou qu’ils avaient acquises auparavant, sont des quasi professionnels sans salaire. Etc.

Le secteur social est d’ailleurs friand de ces situations, réellement ambiguës, le plus souvent induites par la rareté des ressources disponibles, publiques ou privées, pour faire face à la demande sociale.

Faire la clarté

Pas étonnant alors que la plupart des salariés acceptent mal ce qu’ils vivent comme une espèce de braderie de leurs professions. Certains bénévoles occupent des fonctions que, faute de ressources, on ne peut pas ou on ne peut plus affecter à des professionnels, sans toujours avoir les compétences nécessaires. En poussant le bouchon plus loin et à voir certaines assemblées, on peut même se demander si on n’est pas en train d’assister à une confiscation d’une partie du travail social par les retraités, travailleurs disponibles et compétents, sans nécessité de rémunération.

Agir sur le social est toujours compliqué. Le plus souvent, il faut le faire dans l’urgence. Le problème n’est pas de s’être engagé sur une route ambiguë, par nécessité ou sans bien s’en rendre compte. Il est celui d’analyser le plus sereinement possible la situation et de trouver le bon chemin.

La fausse piste

Dans l’une des dernières conversations proposées par notre petit journal, la professionnelle interrogée notait avec regret que les personnes pauvres semblaient faire peur à certains professionnels. Dans d’autres circonstances, on met volontiers en valeur la qualité des relations humaines que seules des bénévoles, libérés de toute contrainte réglementaire ou déontologique pourraient entretenir avec des personnes en difficulté. Reconnaissons-le. La peur devant l’inconnu n’est pas l’apanage des professionnels. Les réactions de défense de certains bénévoles devant des comportements qui leur paraissent incompréhensibles ou inclassables par rapport à leurs propres normes sont du même ordre. Nous connaissons tous des professionnels qui ont une qualité d’écoute souvent formidable. La différence entre professionnel et bénévole n’est pas à rechercher du côté des qualités humaines ou des capacités à entrer en relation.

Le bénévole : le parti pris de l’usager

Devant la multiplicité des situations et parfois l’extrême difficulté de déterminer les rôles respectifs entre bénévoles et professionnels, ne convient-il pas d’explorer des fondamentaux simples et de proposer une hypothèse de travail ?

Alors que le professionnel a toujours à composer avec sa propre structure, ses règles de fonctionnement voire ses objectifs pédagogiques, le bénévole est dans une situation où il peut prendre, à tous les coups, le parti de l’usager ou de la personne en difficulté. Qu’il soit dirigeant ou qu’il soit bénévole à tout faire, quelles que soient ses compétences, quelles que soient les circonstances, n’est-ce pas le seul rôle qu’il doive assumer et que personne, institutions ou professionnels, ne peut jouer pleinement à sa place et encore moins lui dénier ?

N’est-ce pas d’ailleurs ce qu’attendent le plus souvent des bénévoles les personnes en difficulté sociale : un allié ?

Si notre hypothèse de travail est juste, cela a des conséquences directes sur la façon de mettre en œuvre le métier de bénévole dans le domaine social. Cela a aussi des conséquences sur les rapports entre professionnels et bénévoles. Ce sera la troisième partie de ce débat.

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