Le journal n°56 - Décembre 2005
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Sommaire

- Planètes associatives et institutionnelles !
- Carole, Aïcha, Bertrand et les autres
- Le Collectif C’SUR témoigne
- Le collectif C’SUR lance un appel urgent :
- La communication du Carrefour des solidarités en débat
- Débats, enquêtes, témoignages : C’est quoi être bénévole ?
- Faire le bien, avec le souci de bien faire…
- Bénévoles ou professionnels, question de compétence ?
- Conversation avec Carole la rêveuse, pour ses enfants (suite)

Planètes associatives et institutionnelles !

A l’approche de l’hiver et des grands froids chacun se mobilise. Les associations réunies dans le Carrefour des solidarités comme d’autres associations ou institutions, voire l’Etat lui-même, s’organisent pour parer à l’urgence. Et chacun de communiquer. La presse s’en fait l’écho. Elle fait son métier. Mais d’où vient cependant l’impression douloureuse que c’est l’image de chacune des associations ou institutions qui se vend plutôt que le scandale commun de voir dans notre propre société des personnes risquer leur peau parce qu’ils sont pauvres ?

Pleine page sur les Restos du cœur qui ouvrent à nouveau pour quelques mois sans parler des autres associations qui assurent une présence tout au long de l’année. Au passage on confond gaillardement les chiffres du littoral de Calais à Dunkerque avec ceux de l’agglomération dunkerquoise. La banque alimentaire fait son appel aux dons et mobilise, les autres, pour mener les collectes. La Sous Préfecture communique le plan grand froid du gouvernement, en faisant travailler les autres, dans des conditions parfois limite. Etc.

Nous avons tous raison de nous mobiliser et de faire en sorte que l’hiver et sa rigueur soient moins insupportables à ceux qui vont avoir faim et froid. Ils vont avoir besoin de notre aide et aussi de notre tendresse.

Mais trois messages essentiels sont souvent oubliés.

Ce n’est pas telle ou telle association ou institution qui se mobilisent. C’est l’ensemble d’un réseau humanitaire, caritatif et institutionnel qui tente d’apporter un peu de chaleur. Les associations du Carrefour ne sont d’ailleurs qu’un bout de la chaîne de la solidarité locale. Ce sont les bénévoles et les professionnels de tout poil qui sont en première ligne.

Cette chaîne n’aurait aucune signification et aucune force si les citoyens se reposaient uniquement sur elle pour agir. C’est à chacun d’eux qu’il appartient, dans son quartier, dans son immeuble ou dans sa propre famille d’être solidaire.

Enfin, nous sommes tous responsables de cette situation. Notre société possède tous les moyens nécessaires pour que personne ne souffre de la faim ou du froid. Comment accepter que de nombreuses personnes dépendent de la solidarité collective pour manger à leur faim, avoir un toit et se chauffer ?

C’est cette société là qu’il faut changer !

Carole, Aïcha, Bertrand et les autres

Depuis quelque temps, un débat court dans les associations sur la façon de nommer les personnes avec lesquelles et pour lesquelles elles travaillent. Ce débat n’est pas neutre. A travers le nom qui leur est donné ou qu’ils se donnent se joue la place qui leur est réservée au sein des associations et de notre société.

Pauvres, citoyens pauvres, usagers, bénéficiaires, personnes démunies, personnes exclues, personnes du quart monde, nos familles, personnes dont le droit n’est pas respecté, gens de la rue, personnes socialement fragiles, cas sociaux, etc. La liste n’est pas exhaustive. Et chacun a une bonne raison de justifier son choix.

N’ajoutons pas aux difficultés réelles que vivent ces personnes, le poids de supporter une appellation particulière qui les stigmatise plus qu’elle ne les aide ? Certes. Mais ne serait-ce pas encore plus insupportable de ne jamais être nommé à l’instar d’une maladie qui serait honteuse ? Ne pas utiliser de mots pour désigner ce que vivent ces personnes ne nous interdirait-il pas d’identifier ce qu’elles ont en commun et de reconnaître la solidarité qui les lie ?

Que les associations qui apportent des services spécifiques parlent d’usagers est assez compréhensible. Mais ce nom ne convient pas pour celles qui entendent développer un lien d’échange avec ces personnes et reconnaître ainsi leurs propres richesses.

Au bureau du Carrefour, nous avons choisi de les appeler les « citoyens pauvres ». Pauvres, parce que nous pensons que la pauvreté n’est pour l’essentiel ni une situation d’ordre économique, ni un jugement sur les capacités personnelles de quelqu’un. Nous suivons en revanche Michel Autès, chercheur sur le travail social et la pauvreté, quand il définit au minimum l’état de pauvreté comme « celui où il y a l’intervention d’un tiers dans la vie privée. » Citoyens, parce que nous reconnaissons ainsi avoir avec elles une identité de droits et de devoirs reconnue dans la charte de notre société : la déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

Mais qu’ils soient citoyens pauvres ou citoyens habitant les banlieues de nos villes, ils demeurent avant tout : Carole, Aïcha, Bertrand et les autres.

Le Collectif C’SUR témoigne

Calais, le 27 novembre 2005
Un SDF est mort de froid, cette nuit à Calais.

Nous voulons juste un peu d’humanité et de solidarité

Combien faudra-t-il encore de drames semblables pour que l’Etat réagisse à ce qui se passe dans notre ville ?

Cette nuit c’est un français qui nous a quitté dans des conditions horribles. Demain ce sera peut être l’un des 500 migrants qui sont actuellement dans les rues.

500 migrants qui errent toute la journée dans la ville, de terrain vague en abri de fortune, en plein vent avec la pluie qui les transperce, le vent froid qui les gèle, les giboulées qui leur font plier le dos. La nuit impossible de dormir, ils marchent, se terrent mais le froid est le plus fort…3

13 H aujourd’hui « cabina » : Distribution d’un peu de thé chaud par des bénévoles. En face d’eux des hommes, des femmes, des ados, des enfants qui frissonnent, qui tremblent, des visages bleuis par le froid, des traits durs, harassés, marqués par la fatigue. Des corps meurtris, qui se recroquevillent pour essayer d’échapper à la froidure, certains n’ont pas de blousons. Il manque terriblement de bonnets, de gants, de couvertures.

Alors ils gardent le gobelet de thé chaud entre leurs mains, le boivent brûlant. Un peu de chaleur passagère, un sourire fugitif en nous remerciant.

Mais qu’ont fait ces hommes, ces femmes, ces enfants pour subir un tel traitement ? Pensaient-ils, ceux qui viennent d’Afrique, d’Irak, d’Afghanistan et d’ailleurs, que la France c’était ça ?

La France pour le monde entier c’est pourtant un pays civilisé, le berceau des droits de l’homme, liberté égalité fraternité …

Le gouvernement demande aux préfets de prendre toutes les mesures nécessaires pour que personne ne dorme dehors. La ville de CALAIS ne fait elle donc pas partie de la France ?

Combien faudra t il de morts ? Combien de tragédies ? Combien de larmes ? Combien de honte ? Combien d’horreur ?

L’année dernière à pareille époque nous avions pu trouver une salle pour les héberger. Ce n’est plus possible aujourd’hui et malgré nos différents messages d’alerte aux politiques, l’indifférence est toujours de mise et CALAIS risque fort de connaître d’autres morts.

Aussi, c’est un SOS que nous lançons.

Nous voulons un abri pour ces migrants. Nous voulons qu’ils puissent manger assis au chaud, qu’ils puissent se reposer, qu’ils puissent simplement se poser … avant de reprendre leur errance.

Nous voulons juste un peu d’humanité et de solidarité.

Le collectif C’SUR lance un appel urgent :

Les stocks de vêtements sont épuisés. Le collectif a besoin EN URGENCE de :

- vêtements masculins : parkas, jeans, baskets, chaussettes
- articles de couchage : couvertures, sacs de couchage.
- produits d’hygiène : rasoirs, savons, brosses à dents…
- produits de premiers soins : pansements, désinfectants, crèmes cicatrisantes…
- aliments non périssables : riz, pâtes, huile, sucre, conserves

Vous pouvez aussi aider financièrement ces associations en adressant vos dons (par chèque) à :
- La Belle Etoile, 18 rue Dampierre – 62100 CALAIS
- SALAM : M.P.T. 81, boulevard Jacquard – 62100 CALAIS

Associations du Collectif C’SUR :
La Belle Etoile, Salam, Secours Catholique, Emmaüs, Attac, AC Calais, Artisans du Monde.

La communication du Carrefour des solidarités en débat

Les présidents et présidentes des associations membres du Carrefour des solidarités se sont réunis dans le courant du mois de novembre. Au menu de leur rencontre : la communication du réseau. Deux questions ont fait l’objet d’une discussion plus approfondie : le renouvellement de la plaquette de présentation des associations et la question d’un éventuel site web spécifique.

D’entrée de jeu, Pierre Mulliez, Vice Président, a rappelé les grands éléments de la communication du Carrefour et leurs liens étroits avec l’objet même de l’association.

Ses objectifs : Faire connaître les membres du Carrefour, alerter et interpeller sur les situations de pauvreté, faire connaître les activités du Carrefour, mettre en valeur la parole des citoyens pauvres, participer à la formation des bénévoles et des professionnels.

Ses cibles : les bénévoles et professionnels des associations, les citoyens pauvres, les élus et les administrations, le grand public, enfin, jeunes et adultes.

Les supports existants : les manifestations comme la journée du refus de la misère, la plaquette de présentation des associations membres, le petit journal mensuel, les cahiers de doléances et de témoignages, le centre de documentation et le dossier annuel sur « ces dunkerquois qui ont faim ».

Une plaquette de présentation à refaire

La plaquette de présentation des associations membres du Carrefour arrive à épuisement. De plus, depuis qu’elle a été faite, de nouvelles associations ont adhéré. Bientôt certains C.C.A.S. le rejoindront. Il devient donc urgent de la renouveler.

Chacun a reconnu qu’il fallait en rendre l’écriture plus directe et donner des informations plus immédiatement utilisables par ses lecteurs.

Un nouveau canevas a donc été proposé. Les associations se sont engagées à le remplir d’ici à la fin de l’année en vue d’une édition au début de l’année prochaine.

Faut-il un site web pour le Carrefour ?

L’essentiel du débat a porté sur cette question à partir de la présentation d’un pré-projet travaillé avec deux spécialistes de la question : Olivier Thomas et Benjamin Briquet.

Un premier constat. Une seule des associations membres du Carrefour possède à ce jour un site, l’AFEJI. Si 9 associations, membres d’un réseau national sont présentes sur le net par l’intermédiaire du site national de ce réseau, sauf exception, aucune n’informe sur ses actions locales. La plupart du temps, en cherchant bien, on peut juste obtenir ses coordonnées.

Un site, peut-être ! Mais pour qui ?

Trois hypothèses ont été présentées. Un site destiné au grand public pour les informer sur les associations membres du Carrefour et sur leurs activités. Un site destiné aux bénévoles et aux professionnels des associations pour répondre à leurs questions et participer à leur formation. Un site destiné aux citoyens pauvres pour participer aux réponses à leurs propres problèmes et mettre en valeur leurs paroles et leurs expériences.

Au bout du compte, les associations présentes ont manifesté leur intérêt pour le projet. Le débat a montré que chacun souhaitait que le développement du site se fasse progressivement et en collant au plus près à l’utilisation qu’en feront le grand public, les bénévoles et professionnels, puis les citoyens pauvres eux-mêmes. Un comité de suivi du site, rassemblant un correspondant par association, se mettra en place d’ici à la fin de l’année.

Et les finances ?

Nous n’avons pas le premier euro pour financer le projet. Cependant, la Caisse d’Epargne, présente à notre réunion, s’est dite intéressée et prête à y participer. D’autres financeurs sont à trouver : la Région Nord-Pas de Calais, le FEDER, etc… Ils ont déjà participé à des projets similaires. Et puis, pourquoi ce projet ne ferait-il pas partie des actions auxquelles les C.C.A.S., nouveaux adhérents, s’associeraient financièrement ?

Débats, enquêtes, témoignages : C’est quoi être bénévole ?

Les bénévoles deviendraient-ils une denrée rare ? On pourrait le croire à écouter nombre d’associa-tions aujourd’hui. C’est peut-être que pour bon nombre de vieux routards (et de vieilles routardes) qui président souvent à l’animation des associations, leur façon d’être bénévoles est devenu tellement évidente qu’ils ou elles en oublient de s’interroger sur ce que cela veut dire aujourd’hui. Nous entamons donc ici une série de témoignages, enquêtes et réflexions sur cette question.

Faire le bien, avec le souci de bien faire…

Nous avons reçu, en vue du journal, de la part de F.M., une bénévole de l’association Emmaüs, le témoignage ci-dessous. Le propos tombait à pic. Nous l’en remercions vivement.

Occuper ses journées

Cela fait 19 ans que je suis bénévole dans la même association caritative. Je ne me vanterai pas en disant que j’y suis entrée pour venir en aide à plus malheureux que moi, car c’est tout d’abord pour « moi » que j’ai voulu faire du bénévolat. Je voulais occuper mes journées, ne travaillant plus pour élever mes enfants. Après quelques années de tri et de distribution, j’ai voulu aller plus loin et en savoir plus sur le « mal être » des familles que nous accueillons.

S’ouvrir en se formant

De là, j’ai suivi plusieurs stages sur l’accueil et l’écoute, la violence, le surendettement et bien d’autres encore, tout cela avec le Carrefour des solidarités. Ces formations m’ont ouvert les yeux et m’ont fait découvrir que j’avais des capacités à mettre au service des familles en précarité. Je me suis affermie, et de là, je suis plus ouverte envers les autres bénévoles qui oeuvrent avec moi.

Partager et confronter ses opinions

La discussion est pour moi très importante. Quelque soit mon opinion sur l’organisation de l’association, il faut la partager avec les autres pour essayer d’avan cer ensemble. Nous avons tous et toutes nos différences de caractère, nos petits soucis personnel, mais face à la misère des autres, nous nous devons de tout oublier en ce qui nous concerne et ne voir que ce que l’on peut faire pour venir en aide aux autres. Tous ensemble, avec le même objectif, nous pouvons faire de belles choses. Pardon si je choque, mais j’ai envie de dire que : « si tu ne sais pas laisser tes ennuis à la maison, tu n’as pas ta place dans l’association ». Les gens qui viennent vers nous sont continuellement moroses et découragés, alors offrons leur un sourire, une parole aimable, écoutons ce qu’ils ont à nous dire sans les juger… Nous aurons l’impression de ne pas avoir servi à grand chose mais pour eux, cela aurait été une bénédiction d’avoir été écouté par une personne souriante et attentive à leurs problèmes.

Le souci de bien faire

Même si nous n’apportons pas de solution dans l’immédiat, nous avons été là, présent, rien que pour eux. Il faut savoir se dire que « chacun aime se sentir reconnu comme un être humain » eux comme nous. En conclusion, je dirai qu’il ne faut pas oublier que « être bénévole » c’est accepter de faire le bien avec le souci de bien faire… ».

Bénévoles ou professionnels, question de compétence ?

Au sein des associations une question reste latente. Rarement exprimée de façon claire, elle suscite cependant des tensions, voire des incompréhensions. Quels rapports entretenir entre les bénévoles et les professionnels ? Cette question a été posée récemment dans les colonnes du petit journal par « Eric, le pro ». Tentons de la clarifier. Elle est suffisamment complexe et importante pour que nous prenions le temps d’emprunter plusieurs chemins. Aujourd’hui nous vous proposons celui des compétences.

Pour faire du travail social
Il faut être compétent

Les personnes ou les familles qui vivent de graves difficultés sociales sont dans une situation de grande fragilité. Leurs points de repères ne sont plus ceux de la société qui les a exclus, voire dont ils se sont exclus. Accompagner leur processus de réinsertion demande du doigté, de l’attention, une bonne connaissance de leur situation et de leur propre fragilité. Bref, il est nécessaire d’avoir acquis de véritables compétences. Or les professionnels du social ont acquis par leur formation, souvent longue, et par leur expérience, ces compétences nécessaires. A écouter certains d’entre eux cependant, le bénévole qui n’aurait, le plus souvent, que sa bonne volonté, du temps disponible et un cœur gros comme ça, risquerait de faire de grosses bêtises. En particulier, sur le chemin de l’autonomie sociale qui se construit, ses interventions risqueraient de faire régresser des personnes qui avaient chèrement acquis les quelques progrès réalisés. C’est sur cette question que s’établit souvent une méfiance, a priori, de beaucoup de professionnels vis-à-vis des bénévoles.

Bénévoles ! De qui parle-t-on ?

Est bénévole toute personne qui se met au service d’autres sans avoir à recevoir un salaire pour le temps qu’elle passera et le travail qu’elle réalisera. C’est dire que la question des compétences utilisées, quelles qu’elles soient, n’intervient pas a priori dans la définition du statut de bénévole. Qu’en est-il en réalité ? Le plus souvent, le bénévole est celui qui a acquis, par sa vie professionnelle, par ses propres démarches de formation personnelle ou par sa propre expérience une série de compétences qu’il a décidé de mettre au service d’autres à titre gratuit. Qu’il espère avoir en retour de vrais enrichissements personnels, développer sa vie sociale, avoir le sentiment d’être utile et bien d’autres choses de cet ordre est aussi évident. Mais, de ce point de vue là, est-il si différent du professionnel ? Non, bien sûr. On est donc loin de l’image d’Epinal du bénévole qui n’a que son bon cœur à mettre en partage.

Allons plus loin. A y regarder de plus près, un certain nombre d’associations ont été créées par des professionnels qui, ne réussissant pas à mettre en œuvre dans le cadre de leur profession, le service qui leur paraissait plus pertinent, ont pris la voie associative et donc bénévole, pour le créer. L’exemple de l’A.J.S. créé par des jeunes professionnels en stages, visant particulièrement les personnes issues de l’immigration, est patent de ce point de vue. Plus récemment, autre exemple, la création de Lugova par une assistante sociale au début des années 90, en vue de permettre le départ en vacances de familles en difficultés sociales, est du même ordre. Y aurait-il alors des bénévoles compétents parce qu’étant passés par des filières professionnels et des bénévoles incompétents issus des filières de la bonne volonté ?

Interroger le projet associatif

Le débat entre professionnels réputés compétents et bénévoles réputés incompétents est en fait un faux débat. Ce qui est en question, en réalité, c’est le projet et l’organisation de chacune des associations. Pour réaliser son projet, de quelles compétences a-t-elle besoin et comment articule-t-elle entre elles les compétences dont elle dispose ? Que ces compétences soient le fait de professionnels ou qu’elles soient le fait de bénévoles.

Aucun bénévole n’agit, en effet en dehors d’un projet associatif. Les questions pertinentes que posent souvent les professionnels ne doivent donc pas être adressées aux bénévoles à titre personnel, mais aux associations dont ils font partie. En retour, les bénévoles doivent inscrire leur action dans le cadre d’un projet associatif auquel ils se soumettent.

Par exemple, il appartient au projet associatif de déterminer si l’action de l’association est essentiellement d’intervenir pour faire face à l’urgence des manques essentiels éprouvés par un certain nombre de personnes : manques alimentaires, manques de logement, manques de revenus pour faire face aux besoins en eau ou en énergie, manque en matière sanitaire, etc. Il est clair que si le projet associatif est prioritairement d’accompagner ces personnes dans un retour à l’autonomie sociale et personnelle, la façon dont on opérera l’aide alimentaire, par exemple, sera très différente. Les compétences mobilisées ne seront pas totalement les mêmes. L’important sera moins l’aide alimentaire que la construction d’un projet à partir de l’aide alimentaire. Mais il n’appartient à aucune personne particulière, qu’elle soit bénévole ou professionnelle, de déterminer ces priorités. Il s’agit bien là d’une décision collective qui relève de l’association.

C’est l’association qui décide toujours d’affecter tel professionnel ou tel bénévole, en fonction de sa compétence, à telle ou telle tâche. Ce n’est donc pas au bénévole qu’on peut reprocher de ne pas avoir la compétence voulue pour accueillir les personnes dans la construction de leur projet par exemple, mais à l’association qui a confié cette tâche à tel ou tel bénévole sans toujours se soucier de ses compétences réelles.

Pour autant, le métier de bénévole associatif dans le social et celui de professionnel dans le même cadre sont-ils identiques ? C’est le chemin que nous vous proposerons la prochaine fois.

Conversation avec Carole la rêveuse, pour ses enfants (suite)

Carole, le mois dernier, nous a raconté son voyage merveilleux. Elle nous a dit aussi combien l’aide de Tabgha avait été précieuse pour elle dans le montage de son projet. Mais elle ne cessait pas, dans notre conversation de dire que c’était très différent de l’aide qu’elle avait reçue jusqu’à maintenant des associations caritatives. Du coup, nous l’avons interrogée un peu longuement sur ces différences.

« Je travaille depuis quelques années maintenant. Ca va mieux, même si c’est toujours très juste. Dès qu’on travaille, même un peu, on n’a plus droit à bon nombre de choses qui permettent de survivre quand on est vraiment pauvre et je l’ai été : l’aide à l’énergie disparaît, le loyer augmente, plus d’accès aux aides des associations ou du C.C.A.S., etc. Au bout du compte, je me demande souvent si ça vaut le coup d’avoir un travail. Bien sûr, on est mieux dans sa peau. On rencontre d’autres personnes. Mais quand on fait les comptes, on n’est pas forcément gagnant.

Ma fille, c’est vrai, elle en avait marre. On est « social ». Ca vous marque et les gens n’ont pas le même rapport avec vous. Parce qu’on est « social », on dirait que pour eux, on est des délinquants. Attention ! Sans les associations, souvent on n’aurait pas pu s’en sortir. Et souvent, ce qu’elles font, c’est bien. Mais les gens ne s’en rendent pas compte. Avec 11 € par jour pour toutes les trois, (elle et ses deux filles), on nous a dit, parfois, que nous n’avions pas droit à l’aide alimentaire. Ou encore, nous avons été reçu quelque part et, à la fin du séjour, on est venu devant nous faire l’inventaire de notre chambre, comme si nous étions susceptibles d’avoir volé quelque chose. Ca fait mal.

J’ai aussi fait des colis. Je sais qu’il y a des jouets qui arrivent dans les associations provenant directement de certains magasins. Et puis, quand c’est vous qui touchez le colis, vous ne retrouvez que des jouets cassés.

Le colis, le repas, c’est bien parce que c’est nécessaire. Mais le plus souvent, rien d’autre. Pas d’accueil personnalisé, pas de soutien moral, par de conversation.

A certains moments, pour mes filles, je fais un petit extra. Attention ! Mes filles connaissent le budget familial. Elles savent nos limites. Et je n’ai jamais fait de dettes. D’ailleurs, quand on est pauvre, les banques ne vous font aucun crédit et elles ne vous préviennent même pas quand on fait un petit découvert. Mais dans les associations, on vous regarde de travers. Quand on a faim, on ne peut pas se le permettre.

Avec tout ça, il s’agit de ne rien dire. Si jamais vous parlez, comme par hasard, l’assistante sociale passe quelques jours après pour voir. Et puis, on risque toujours de ne plus avoir d’aide.

C’est pour toutes ces raisons que j’ai tenu à rester anonyme. »

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