Le journal n°55 - Novembre 2005
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Sommaire

- Paroles de pauvres, paroles sacrées ?
- En direct du Carrefour
- En direct des associations
- Conversation avec Carole, la rêveuse, pour ses enfants
- Débats, enquêtes, témoignages : C’est quoi être bénévole ?
- La pauvreté, c’est…
- Pour la reconnaissance d’une identité sociale pour le Quart Monde
- A quoi ça sert qu’on se décarcasse ?

Paroles de pauvres, paroles sacrées ?

La journée de refus de la misère aura permis, à Dunkerque, que les personnes pauvres fassent entendre leurs paroles. Cette prise de parole, entre nous et sur la place publique, est l’un des objectifs permanents du Carrefour. Pour autant est-il juste d’aller jusqu’à sacraliser ces paroles au point de ne plus avoir rien à ajouter une fois qu’elles ont été prononcées ?

Regardons comment certains d’entre nous réagissent. Dans le groupe de préparation des cahiers de doléances et de témoignages, certains souhaitaient que les paroles recueillies soient entièrement retranscrites, comme elles avaient été dites, voire écrites. C’est tout juste s’il n’aurait pas fallu faire une photo des témoignages écrits de peur de les trahir.

Pour sa part, la Voix du Nord a donné la parole à une personne qui a affirmé tranquillement que la misère était un fond de commerce…

Faut-il rappeler enfin que dans la tradition chrétienne dont un certain nombre d’associations du Carrefour se réclament, le pauvre a une place centrale au point que pour certains sa parole équivaut à une parole sacrée ?

Disons-le tout net. La bêtise n’est pas l’apanage des riches.

Pour nous, les personnes pauvres sont des citoyens comme les autres. C’est à ce titre qu’ils ont droit, comme tout le monde, à prendre la parole sur la place publique. Ce droit leur est théoriquement reconnu, nous sommes en république. Mais il leur est, la plupart du temps, inaccessible. C’est pourquoi nous nous efforçons de le leur restituer en leur donnant une place particulière.

Au-delà, comme tout citoyen, cette parole a droit au respect de leur propre intimité. C’est pourquoi nous avons exclu parfois des cahiers de doléances et de témoignages tout ce qui aurait pu relever de cette intimité. C’est aussi pourquoi nous souhaitons que leur lecture se fasse dans le plus grand respect de leur parole.

Mais surtout, celle-ci a besoin d’être débattue et confrontée à celle d’autres citoyens, qu’ils soient pauvres ou non. C’est ainsi que nous pouvons collectivement nous approcher de la vérité.

C’est dans ce sens que nous allons réfléchir aux suites à donner à cette initiative. Pourquoi ne pas imaginer un « comité de vie sociale » à l’échelle de l’agglomération dunkerquoise, par exemple ?

En direct du Carrefour

Octobre aura été marqué par la reprise des inscriptions à l’aide alimentaire et par les journées consacrées au refus de la misère. Nous vous rendrons compte en décembre de ces dunkerquois qui ont faim et auxquels les associations viennent en aide. Mais le Carrefour, ce n’est pas que les évènements. Quelques mots pour en rendre compte.

Journée mondiale du refus de la misère

Nous en ferons collectivement le bilan. Mais on peut dire dès maintenant que ce qui a vraiment marqué la manifestation, cette année, ce sont les prises de parole des gens pauvres. De quoi nourrir le futur cahier n°2 de témoignages et de doléances. Il nous faudra réfléchir cependant aux suites à donner. Comme le disait l’une des participantes, « c’était chaleureux. Mais le dimanche, je suis revenue à ma solitude et à ma misère. » Nous ne faisons pas de rêve de grands soirs. Mais quel prochain pas ferons-nous ensemble ?

Etrange presse
Etranges lecteurs

Un certain nombre de membres des associations se sont émus de voir la place accordée par la presse locale aux élucubrations d’un personnage. Rien à dire pourtant. N’est-ce pas ce que nous faisons avec les cahiers ? Mais, elle a pris un malin plaisir à mettre en avant le thème de type populiste : misère, misère, y en a qui en profitent ! Sous entendu, les associations en profiteraient au passage. C’est là que le bât blesse. Chacun a droit de penser ce qu’il veut et donc aussi des bêtises.

Les journalistes ont fait leur travail. Nous n’avons rien à y redire. Mais que le responsable du journal décide de mettre ces faits en valeur au moment même où se manifestait un appel à la solidarité et que ceux qui l’achètent, acceptent de les lire, c’est une autre histoire. Faut-il que nous stigmatisions ces faits ? Ce serait leur procurer une valeur supplémentaire. Est-il préférable de se taire ? Ce serait accepter avec une certaine lâcheté ce qui pourrait bien être une véritable ignominie. Nous préférons en débattre entre nous. Et si nous organisions, de temps en temps, une grève de l’achat de la presse locale ?

Drogues, on en parle

Nous avons commencé une formation sur les drogues et leurs prises : consommation de substances psychoactives, comme on dit. La première demi-journée a été consacrée à la présentation des différentes substances et à celle des législations européennes en la matière. La suite de cet atelier comme celle de l’atelier consacré au surendettement ont fait l’objet d’un comité de suivi, la semaine dernière. Nous vous en reparlerons.

Priorités 2006

La fin de l’année n’est plus très loin. Il va bientôt falloir commencer à tirer les bilans de nos actions et réfléchir aux priorités de la prochaine année. Comme nous venons de le dire, nous commençons un cycle d’ateliers sur les drogues et les situations des personnes qui en consomment. Depuis plusieurs années la question des jeunes en errance est constamment présente dans nos conversations. Il nous faudra bien trouver l’angle par lequel l’aborder. La ré-insertion des personnes exclues fait évidemment partie de nos préoccupations constantes. Comment l’aborder de façon inter associative ? Sans compter les thèmes de travail que nous avons entrepris et qu’il ne s’agit pas d’abandonner. Mais si tout devient prioritaire, comment nous en sortirons nous ?

Un site Web pour le Carrefour ?

Nous ne le savons pas encore. C’est en tout cas l’une des questions qui seront abordées lors de la prochaine rencontre avec les Présidents et Présidentes des associations membres du Carrefour. On y a réfléchi avec deux spécialistes de la question. On fera donc quelques propositions. On vous en reparlera.

En direct des associations

Parents d’élèves mobilisés

A l’initiative de la société Saint Vincent de Paul, des parents d’élèves de Notre Dame des Dunes ont décidé de parrainer un certain nombre d’enfants de familles dans la difficulté pour la dernière rentrée scolaire. 68 enfants ont donc pu avoir un complément financier de 20 € chacun pour l’achat de fournitures scolaires et de vêtements. La société remercie ces parents. Elle compte bien renouveler l’opération l’année prochaine.

Mains d’or a encore frappé

Vous vous rappelez ? Les mains d’or de ces femmes regroupées dans l’association IMANI, qui, d’un bout de tissu, vous faisait apparaître des parures et des coussins merveilleux. L’un de ces derniers lundis, elles ont invité les associations de Saint Pol sur mer à se retrouver autour d’une table pour partager un goûter. Elles avaient confectionné des plats comoriens, malgaches, sénégalais, créoles, arabes et locaux. Mais comme l’a rappelé Salmata Tabibou, la présidente, l’important n’était pas ce qui était sur la table. Le vrai partage, c’était celui du sourire et de l’accueil des différences. Façon pour elles, sans trop le dire, de marquer le ramadan.

L’association du mois : La couveuse de vacances

Nous aurons bientôt fait un premier tour des 21 associations du Carrefour des solidarités. Depuis le début de l’année dernière, nous avons ainsi rendu visite à 16 associations, sans compter deux de plus qui sont nos partenaires. Cette fois-ci, il s’agit de l’une de celles qui nous ont rejoint dernièrement : Lugova.

« Quand j’ai vu le regard épanoui des cinq enfants et de leur maman qui descendaient du train, de retour de leurs vacances, je me suis dit que notre travail de bénévoles valait vraiment le coup. » Thérèse et Gillette, -merci pour elle, on lui a déjà fait toute petite le coup du rasoir-, nous accueillent autour d’une tasse de café et de quelques gâteaux. Dehors, il fait chaud. Bien que nous soyons fin octobre, la porte du local est restée ouverte. Nous sommes à Grande Synthe, au cœur du quartier du Courghain, sorti de terre dans les années soixante dix.

Si elles nous parlent de retour de vacances, c’est que l’association a comme travail essentiel de permettre à des familles qui n’en ont pas les moyens financiers de partir en vacances. Et la fin des vacances, c’est la période des cueillettes. Il aura fallu travailler avec les familles toute une année. Car, les vacances, c’est un sacré projet à construire pour qui n’en a pas l’habitude ou qui, faute de moyens, n’osaient pas même en rêver.

« Nous commençons par les aider à travailler leur budget familial », nous raconte Gillette. Cela permet de déterminer les familles qui auront vraiment besoin d’une aide financière, mais aussi de regarder avec elles quelle participation elles pourront apporter. C’est tout l’esprit de la démarche. Aider des familles qui n’ont pas les ressources nécessaires pour partir en vacances, mais ne pas faire le travail de construction du projet à leur place. A chaque étape, la famille sera active et participera. Après l’étude des ressources, il faut en effet choisir le lieu, l’ambiance souhaitée, les moyens de transport, puis réunir valises, sacs, chaussures adaptées, vêtements, etc. Tout cela se fait par la présence, chaque semaine, à une réunion collective. Les familles qui sont déjà parties, aident celles pour qui c’est la première fois. Avant de partir, on partage un repas ensemble et, au retour, on raconte comment ça s’est passé. On fait le bilan de façon conviviale.

Depuis que l’association existe (1992), ce sont près de 52 familles qui auront pu bénéficier de cette couveuse de vacances. Depuis lors, d’ailleurs, elles font toutes partie de l’association. Devant le scepticisme de certains professionnels : « Vous feriez mieux de leur trouver du travail », ont-elles déjà entendu. Thérèse, Gillette et les autres répondent par le sourire des enfants, ou par la reprise de la recherche de boulot pour certaines femmes ou encore d’études. Mais au fond, ont-elles vraiment besoin de se justifier ? En France, depuis 1936 et les congés payés, le droit aux vacances pour tout un chacun, est reconnu comme aussi vital que celui de se nourrir ou d’aller à l’école.

Elles nous ont raconté les soutiens qu’elles recevaient pour réaliser leurs actions. Les aides financières viennent pour une grande partie de la ville de Grande Synthe, (80 % des familles concernées viennent de cette commune), du Conseil Général, etc. Elles sont en réseau avec Emmaüs, le Secours Catholique, ATD Quart Monde et d’autres encore. Les lieux de vacances sont issus du réseau Wresinsky qui rassemble des lieux possibles pour les familles (du nom du fondateur d’ATD), etc. Et si l’association a adhéré au Carrefour, c’est parce que « tout seul, on s’enferme » nous a affirmé Thérèse, la Présidente. « Pouvoir être critiqué, bénéficier du savoir faire d’autres, c’est important. Et puis, nous aimerions pouvoir articuler notre action avec celles d’autres associations. » De fait, ce n’est pas la seule association à se préoccuper du droit aux vacances pour les personnes pauvres. Le soutien dans la construction de projets familiaux est aussi le travail d’autres associations. En partant sous le chaud soleil de midi, nous nous sommes dit qu’il y avait une réunion de travail qui pourrait chauffer dans quelque temps.

Lugova

Lutte contre la morosité – Goût de vivre – Vacances possibles

-  Coordonnées : Résidence H. Boucher, Rue Charles Tillon, 59760 Grande Synthe
-  Tél : 03 28 26 48 08

Objet :
- Bâtir la citoyenneté
- Faire échec à l’isolement
- Rendre les vacances accessibles à tous
Activités :
- Bâtir des projets de vacances
- Trouver des moyens pour les réaliser avec des familles à faibles revenus, en partenariat avec divers services et associations.
Permanences :
Tous les lundis et les vendredis de 14 h à 16 h
Charte, construite par les familles

Sourire, bonne humeur
Régularité aux rencontres du Vendredi
Respect de chacun, chacune
Confidentialité
Adhésion à l’association
Participation à l’autofinancement
S’écouter… ponctualité
A.G. : présence indispensable
Prévenir en cas d’absence (raison valable)
Repas convivial avant le départ
Sortie familiale au retour du séjour
Se rendre service
Les familles adhèrent à LUGOVA

Conversation avec Carole, la rêveuse, pour ses enfants

Nous poursuivons ce mois-ci nos conversations avec Carole, celle qui a réalisé le rêve de ses enfants. Carole n’est pas son vrai prénom. Ses deux filles ne s’appellent ni Patricia, ni Isabelle. Elle habite une commune de l’agglomération. Elle en a marre de porter l’étiquette « sociale » sur elle. Alors, si on la reconnaissait ! Qu’importe. Ce qu’elle nous a raconté était merveilleux.

« Vous ne pouvez pas savoir, » m’a raconté Carole. « Lorsqu’au pied de la Tour Eiffel, ma fille est restée un quart d’heure à la regarder et puis, se tournant vers moi, elle m’a dit : Maman, je t’aime … » Non, ça, je ne pouvais pas le savoir. Carole, dans ses beaux habits tout noirs, m’a reçu dans la salle de réunion de Tabgha, derrière l’épicerie. Au début de notre conversation elle m’a remis un mot de Patricia, sa fille. Je l’ai découvert après. Elle y a écrit ces quelques mots : « Je rêvais d’aller à Paris, depuis l’âge de 8 ans pour voir la tour Eiffel. » Elle en a maintenant 15. « J’ai pu réaliser mon rêve. On a pu enfin y aller en famille à trois pendant deux jours. » Les trois, c’était elle, sa mère et sa grande sœur. « J’ai rêvé. J’ai visité plein de monuments. Quand j’ai été sous la tour Eiffel, mon rêve s’est enfin réalisé. J’étais heureuse. Un grand moment de bonheur. Tout ça, grâce à eux et à ma mère. J’ai pu réaliser un rêve d’enfance et leur dire au carré, un grand merci. »

Eux ? C’est Tabgha, bien sûr, l’épicerie solidaire et son équipe. « Ici, » m’a souligné Carole, « c’est pas comme à l’aide alimentaire. C’est pas pour les indigents qui ne peuvent pas manger tous les jours à leur faim. C’est pas que je sois riche. Je travaille à mi-temps et je gagne un peu plus que le R.M.I.. On a ce qu’il faut pour manger tous les jours. Mais quand on veut réaliser un projet, on ne peut pas. Ma fille, comme elle vous le dit sans doute, j’ai pas lu sa lettre, elle rêvait depuis qu’elle était toute petite de venir à Paris. J’ai été malade et j’ai failli y passer. Alors je me suis mis dans la tête de faire tout pour que ma fille réalise son rêve. Avec Tabgha, c’est non seulement une aide financière qui permet de mettre un peu d’argent de côté pour son projet, c’est aussi un soutien. Ils vous aident à régler votre budget. Si on n’était pas poussé, quand on ne gagne pas beaucoup, à la fin du mois on trouverait toujours quelque chose d’autre à faire avec le peu d’argent qui reste. C’est aussi les réunions qu’ils proposent. On peut rencontrer d’autres personnes. On peut confronter ses idées et ainsi sortir de soi. On peut aussi construire des projets collectifs. Par exemple, on est en train de monter un atelier de décorations pour les enfants, en vue de Noël qui approche. D’ailleurs, j’ai demandé tout de suite. Lorsque mon projet sera réalisé, est-ce que je pourrai continuer à venir aux réunions ? On a répondu oui et ça m’a rassurée. »

« Visiter Paris pour la première fois, ça fait pas sérieux pour certains. Acheter une cuisinière, un frigo ou autre chose comme ça, pour eux, oui. Ils ont tort en fait. Ils ne peuvent pas imaginer. C’était magnifique : les Invalides, on n’imaginait pas que le tombeau de Napoléon était couvert, le Champ de mars, des pelouses où parfois des gens mangent sur le pouce, un petit café, j’ai pu parler avec plein de gens, le Jardin des Plantes, on n’a pas pu tout faire, le métro, le resto où elles ont pu manger pour 8 €, pas plus, ils n’ont pas fait de différence dans leurs services avec ceux qui mangeaient pour beaucoup plus cher, c’est pas comme sur la digue de Dunkerque, les Champs Elysées, c’est encore plus grand que je l’imaginais, etc. etc. »

« Cette fois là, à trois avec mes filles, on était comme tout le monde. Il n’y avait plus cette étiquette « sociale » qui collait à la peau. Et puis, on a construit concrètement le projet avec la grande. Ça nous a rapprochées. On a fait toutes les démarches nous-mêmes, calculé tous les prix au plus juste, négocié sans honte les tarifs les moins chers. J’ai encore un projet finalement. C’est de repartir. Nous n’avons pas tout vu ce que nous voulions et dont nous rêvions. »

Débats, enquêtes, témoignages : C’est quoi être bénévole ?

La pauvreté, c’est…

La pauvreté peut être définie en termes économiques, politiques, sociologiques. Mais parce que les chiffres ne disent rien des souffrances, les meilleures définitions de la pauvreté sont celles des personnes qui vivent dans les difficultés. Témoignages trouvés sur « Résistances »

La pauvreté, c’est pas seulement dans les poches, c’est dans la tête.
La misère, c’est quand tu ne sais pas comment fonctionne le monde, un peu comme si tu étais hors du monde.
La pauvreté, c’est avoir les mêmes rêves que tout le monde pour l’avenir, mais aucun moyen pour pouvoir les réaliser sur terre.
La pauvreté, c’est devoir mieux me comporter avec mes gosses que quiconque, parce que quelqu’un m’observe.
La pauvreté, c’est marcher partout, tout le temps, par tous les temps.
La pauvreté, c’est garder ses secrets, devoir dire des mensonges et faire semblant.
La pauvreté, c’est avoir besoin d’aide, mais avoir trop peur d’être jugée comme une mère incapable pour la demander.
La pauvreté, c’est être traité comme rien, moins que rien, et l’accepter.
La pauvreté, c’est raconter toute ma vie, encore et encore, simplement pour obtenir ce à quoi j’ai droit.
La pauvreté, c’est ne pas avoir une seule personne à qui parler qui ne soit payée pour m’écouter.
La pauvreté, c’est que chacun pense avoir le droit de dire son opinion à mon sujet, simplement parce que je demande un peu d’aide.
Dans le fait d’être pauvre, le pire c’est de regarder la vie passer et de ne jamais être dedans. C’est difficile, car même si on fait des efforts pour être dedans, on n’y arrive pas. On ne veut pas de nous. Le plus dur quand on est pauvre ce n’est pas de ne pas avoir de sous, c’est de ne pas être reconnu, c’est de ne pas avoir de place dans la société.

Pour la reconnaissance d’une identité sociale pour le Quart Monde

Texte lu devant la stèle des droits de l’homme à Dunkerque, le 15 octobre 2005, tiré de « La gaffe de Dieu », de Francine de la Gorce, aux éditions Quart Monde.

Au cours d’une université populaire (ndlr : d’ATD Quart monde), un magistrat a lancé cette boutade : si un clochard hérite d’un milliard et que personne ne lui dise, il reste aussi pauvre qu’avant.

Améliorer les lois, les avantages sociaux, c’est essentiel pour le Quart monde. Encore faut-il qu’il soit capable d’en tirer profit : non seulement qu’il en soit informé, mais aussi que soient réveillées en lui la conscience de ses aspirations, de ses droits et, mieux encore, la volonté d’y aboutir.

La prolongation de la scolarité a été vécue par beaucoup de familles du Quart Monde comme une absurdité, un allongement de la punition-école. Il faut que les parents deviennent partie prenante, utilisateur de l’école, non qu’elle leur soit assénée comme une sanction « si vous n’envoyez pas les enfants, on coupera les allocations familiales. »

Sans cette volonté politique de base, qui mobilise à la fois l’opinion publique et le Quart Monde, toutes les améliorations offertes risquent de se retourner contre les plus pauvres, comme ces gens bien intentionnés qui offrent à un enfant de trois ans une grue chère, fragile et compliquée, qu’il ne pourra que détruire ou délaisser. « C’est fini, tu n’auras plus de cadeaux. »

Jamais, on a permis au Quart Monde de prendre possession, de formuler et d’exprimer sa pensée, de se faire entendre.

Si l’on réclame la reconnaissance d’une identité sociale pour le Quart Monde, ce n’est pas, comme certains feignent de le croire, pour l’enfermer définitivement dans une sorte de sous classe marginale, mais pour qu’il puisse se situer en tant que partenaire ayant droit de parole dans le jeu d’intérêts qui construit notre société.

Quoi ? Donner au Quart Monde un rôle politique ? N’est-ce pas ridicule ou dangereux ? Accorder la parole à des gens qui non seulement ne savent pas s’exprimer, mais semblent être incapables de conduire leur propre sort ?

La reconnaissance d’une identité sociale au Quart Monde, c’est permettre à la fois à l’ensemble de la nation de s’interroger à son sujet, d’envisager des réponses et permettre au Quart Monde de savoir qu’il existe, qu’il a droit de cité, droit à ses aspirations, que ses intérêts seront défendus.

Se parler dans une association ?
Pas toujours facile de pratiquer l’évaluation !

Se parler entre membres d’une même association est essentiel. Mais ce n’est pas toujours facile. Surtout si c’est pour émettre des doutes ou des critiques. Quand on est bénévole dans une association, on en fait parfois la dure expérience. Mais c’est vrai aussi pour les salariés ou pour les personnes qui bénéficient de son aide. Le plus souvent, on se tait et on endure. Il arrive aussi que, de façon inconsidérée, on mette ainsi en péril son association. Pourtant, il existe des solutions. Parlons-en.

La période des bilans et des assemblées générales se pointe déjà à l’horizon. Pour que ces dernières soient autre chose qu’un exercice formel, il vaut mieux y réfléchir un peu à l’avance. Or, l’un des critères de vitalité d’une association, c’est la capacité qu’elle a à donner la parole à tous ceux qui la composent : bénévoles, salariés lorsqu’il y en a, usagers. Surtout lorsqu’il s’agit de manifester un désaccord ou une critique.

Or, il n’y a pas beaucoup d’organismes collectifs qui pratiquent l’autocritique. Plus. Il est extrêmement rare de trouver des organisations qui prévoient les mécanismes nécessaires à la critique interne entre membres. Encore plus. Quand il s’agit des personnes, nous faisons difficilement la différence entre la façon dont on exerce une responsabilité, ce qui peut s’améliorer, et le fait d’être habilité à l’exercer, ce qui relève d’une décision collective. N’y aurait-il aucune autre solution que de pratiquer le silence ?

Certaines associations ou certains collectifs pratiquent l’évaluation collective. Il s’agit de moments organisés où chacun des membres de l’association ou du collectif a droit à la parole pour critiquer positivement ou négativement chacun des aspects de l’association.

Ce n’est pas toujours facile. Surtout, quand il s’agit de parler de la façon de faire de tels ou tels. Alors, en règle générale, elles font appel à une tierce personne étrangère à l’association ou au collectif. Sa présence permet le plus souvent de faciliter la parole. Malgré les tensions, évidemment normales dans toute organisation, elle facilite le dialogue. Et ça marche. Au minimum les causes des tensions sont regardées ensemble. Au mieux, des solutions, même si elles sont douloureuses, sont recherchées.

Quelle pratique en avez-vous ? Cela nous intéresse de connaître votre expérience en la matière.

A quoi ça sert qu’on se décarcasse ?

Nous recevons, de ci delà, des échos de certains de nos lecteurs qui nous manifestent de l’intérêt. Parfois, cependant, on se demande si ce bulletin est bien utile. Pourquoi, en particulier, n’est-il pas mieux diffusé au sein des associations ? Ça vaut le coup qu’on y réfléchisse ensemble. Non ?

C’est bien connu, en effet. Aux dires de certains responsables d’association, les bénévoles ne lisent pas. Ils ne sont pas venus dans ces associations pour réfléchir à ce qu’ils font, nous dit-on, mais pour être utiles. D’ailleurs, nos grands communicateurs n’ont-ils pas observé qu’au-delà de 1500 signes, un peu moins de 300 mots d’affilée, les gens ne lisent plus. Sauf quelques rares intellectuels. Grosso modo, les lecteurs du Monde. Il y a heureusement plus de bénévoles associatifs que de lecteurs du Monde. Il y a malheureusement beaucoup plus de pauvres que ces mêmes lecteurs. (586 signes)

Pourquoi alors tenons-nous, au Carrefour, à vous écrire chaque mois ce bulletin ? Nous avons fait les statistiques du dernier numéro. Sur une vingtaine d’articles, quatre dépassaient les 2000 signes. Est-ce un hasard s’il s’agissait des quatre articles qui vous proposaient une modeste réflexion ? (896 signes)

C’est parce que nous pensons que les bons sentiments et la bonne volonté ne suffisent pas pour mettre en œuvre une solidarité efficace et respectueuse de ceux auxquels elle s’adresse. C’est parce que nous pensons que les bénévoles ne sont ni des veaux, ni des idiots et qu’ils sont capables de lireplus de 300 mots de suite, pourvu que ça les intéresse. C’est parce que nous pensons que l’une des responsabilités des associations est d’aider les bénévoles qui les composent à se former. (1396 signes)

Nous n’avons pas aujourd’hui les moyens financiers de rendre chacun des bénévoles et chacun des professionnels de nos associations destinataires de ce bulletin. (vous venez de lire plus de 1500 signes, le quota est dépassé. Encore un petit effort !) Nous diffusons à 400 exemplaires, là où il en faudrait plus de 2000. Certaines associations affichent ce bulletin pour qu’il soit lu. Bravo. Mais, entre nous, vous vous arrêtez souvent pour lire une affiche de plus de 20 mots, vous ? D’autres le photocopient avant de le distribuer. Un grand merci. Mais le temps de le faire et l’agenda est devenu en partie obsolète.

Le coût de l’impression et de l’envoi de ce bulletin sur une année est de l’ordre de 12 € par personne. Ne peut-on imaginer que chacun, bénévoles, salariés et associations y participent ? Qu’en pensez-vous ? (Vous venez de lire 2203 signes ou 363 mots. C’était pas la mer à boire !) NB : 1 signe = 1 caractère d’imprimerie ou 1 espace

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