Le journal n°53 - Octobre 2005

Sommaire

- Associations, quantité négligeable ?
- En direct du Carrefour
- Dans quelques semaines, le vent du Nord
- En direct des associations : L’Armée du Salut
- Conversation avec Eric le pro
- A la Ligue des Droits de l’Homme : La spirale répressive
- Le dossier : Journée mondiale du refus de la misère
- Réunion autour des cahiers de témoignages et de doléances
- Cahiers de témoignages et de doléances : Extraits
- On nous communique :

Associations, quantité négligeable ?

Dans le débat public nos interlocuteurs institutionnels sont souvent perplexes ou, parfois, largement condescendant à l’égard des associations qui remuent beaucoup, mais qui ne représentent pas grand-chose à leurs yeux. Finalement, nous, les associations, qui souhaitons être une force d’interpellation, que représentons-nous ? Au nom de quoi pouvons-nous prétendre faire bouger les choses ?

« Je vous demande de savoir résister aux pressions de tels ou tels « collectifs » ou « coordinations » qui ne représentent qu’eux-mêmes. » Ainsi s’est exprimé notre actuel ministre de l’intérieur s’adressant aux préfets, le 9 septembre dernier, les rappelant à l’ordre sur leur manque d’efficacité concernant les retours à la frontière des étrangers en situation irrégulière. Cela a le mérite d’être clair. L’Etat, sous les ordres d’une majorité gouvernementale représentant un peu plus du tiers du corps électoral, n’a rien à faire des « pressions » de ces associations qui ne représentent qu’elles-mêmes. Les élus locaux, plus proches de leurs électeurs, ne le disent pas avec autant de mépris. La « vitalité de la vie associative » de leur commune fait partie de leur carte de visite. Mais beaucoup n’en pensent pas moins, au fond d’eux-mêmes.

Les regroupements de citoyens, qu’ils soient sous forme d’associations, de partis ou de mouvements peuvent-ils prétendre représenter autre chose que leurs propres membres ? Mathématiquement, il n’y a pas de rapport entre un élu délégué par le suffrage universel et la plupart de ces regroupements citoyens. Institutionnellement, la légitimité des élus ne fait pas de doute non plus. Faudrait-il alors se résigner à se taire pour raison de non représentativité ?

Le ministre de l’intérieur et certains élus locaux, pas tous heureusement, se trompent en fait trois fois de suite.

Les associations sont souvent, pour celles qui sont membres du Carrefour des solidarités, le bras séculier ou la force d’intervention de courants d’opinion qui les dépassent largement. L’origine confessionnelle ou philosophique de beaucoup d’entre elles est révélatrice de ce fait.

Même si, en démocratie, la majorité a toujours raison, il ne faut jamais oublier qu’être majoritaire est toujours provisoire. D’autant plus que la justesse d’une opinion ne se mesure jamais par la quantité de ceux qui la partage, mais par la rigueur de son argumentation et la pertinence de son rapport à la réalité.

Enfin, les associations et ceux avec lesquels et pour lesquels elles travaillent ont la force de leur expérience, de leurs souffrances et de leur vitalité. Aucune idéologie ne peut résister devant les 10 000 dunkerquois qui ont besoin de la solidarité pour manger à leur faim.

Vigilance, pourtant. L’adhésion des autres citoyens est nécessaire aux associations pour rappeler la légitimité de leurs interventions et rendre plus crédibles leurs interpellations. La confrontation permanente avec ce que vivent les personnes avec lesquelles et pour lesquelles nous travaillons est notre force.

En direct du Carrefour

La rentrée s’est faite au pas de charge, comme pour toutes les associations du Carrefour. L’été n’a été favorable ni pour les gens de la rue, ni pour les gens qui ont faim, ni pour les migrants. Les vacances commencent à être loin pour les bénévoles comme pour les professionnels. Il nous faut reprendre notre quête insatiable de solidarité. Notre dernière réunion de bureau aura permis de faire un tour rapide de ce que nous entreprenons. En voici l’essentiel.

Aide alimentaire : Les inscriptions vont reprendre

La formation des bénévoles des associations qui assurent l’accueil des demandeurs d’aide alimentaire va bon train. Une innovation, cette année : l’introduction d’une première fiche de pré inscription. Elle permettra, en particulier, de connaître les demandeurs auxquelles certaines associations ont été obligées de refuser leur aide. Certaines associations se questionnent au point de se demander si elles vont continuer à faire « de l’aide alimentaire » comme aujourd’hui. Des réorientations se préparent. Mais chacune sait bien que la décision qu’elle risque de prendre aura des conséquences directes sur l’activité des autres associations. Toutes ont donc décidé de faire face à la rentrée. Les évolutions envisagées ne se feront qu’après une réelle coordination avec les autres. On s’en reparlera donc.

Migrants : Une coordination à reprendre

La situation des personnes en migration se durcit encore, comme si c’était possible. Vous pouvez lire par ailleurs des extraits de l’en-tretien que la Ligue des droits de l’homme a donné à la presse locale à ce sujet. D’autres associations du Carrefour se mobilisent aussi pour ces personnes. Il va nous falloir reprendre un travail de coordination surtout en perspective de l’arrivée du mauvais temps. Nous sommes sur la piste d’un bénévole qui accepterait d’animer ce travail. Nous vous en reparlerons.

L’accueil des C.C.A.S. au sein du Carrefour

Nous avons tenu une dernière réunion, en juillet, pour finaliser le texte de révision de nos statuts en vue d’accueillir les C.C.A.S. . Toutes les associations membres actuels du Carrefour y étaient invitées. Ce texte sera soumis à une prochaine Assemblée Générale extraordinaire qui a été fixée au 8 novembre prochain. En attendant, nous répondons volontiers aux C.C.A.S. qui souhaitent avoir de plus amples informations sur le Carrefour. Nous venons d’être reçus par Bourbourg et Zuydcoote. Nous sommes prêts à répondre à toute autre invitation.

Finances :
On boucle 2005
On a des sueurs froides pour 2006

On a encore serré la ceinture d’un cran. Grâce à l’arrivée du Département du Nord comme financeur, nous bouclerons vraisemblablement l’année sans déficit. Mais 2006 s’annonce encore plus rude. Plus d’Etat du tout. La Région en réduction des 2/3. Pourra-t-on durer ?

Dans quelques semaines, le vent du Nord

Dans quelques semaines, le vent du Nord soufflera sur le port. Les nuages assombriront notre ville. La température, si clémente jusqu’à ce jour, avoisinera le zéro. C’est alors que les conditions de vie changeront pour un certain nombre de nos compatriotes. Des nuits deviendront difficiles, dangereuses, voire mortelles …

Bien sûr, vous avez compris qu’il s’agit des quelque vingt, cinquante dunkerquois et dunkerquoises, jeunes et moins jeunes sans domicile fixe.Vous les rencontrez d’ailleurs régulièrement sur les parkings, les places, la gare, le porche des églises,les portes des magasins, les abris de bus. Pour eux, le froid sera l’ennemi. Pour eux, des organismes, des administrations, des associations mettront en œuvre le « Plan Grand Froid » issu d’une circulaire officielle. Ce dispositif a pour but de rechercher et placer à l’abri toutes celles et ceux que les conditions climatiques locales pourraient mettre en danger. Il fonctionne depuis plusieurs années déjà à la satisfaction des « locataires ». Certains d’entre nous se souviennent encore de la figure épanouie de Christian, tout propre et bien au chaud dans « son » lit et dans « sa » chambre du local de la place Vauban, l’année dernière.

A ce jour restent à définir pour 2005/2006 les niveaux d’accueil, l’embauche de travailleurs sociaux, le gardiennage de nuit, les locaux. La volonté d’aboutir de toutes les instances impliquées dans le processus permet de croire que le Plan Grand froid sera cette année encore, efficace et d’une grande qualité d’accueil. Toutes les associations caritatives seront sollicitées pour mettre à disposition :
- des heures de bénévoles ;
- des vêtements de rechange pour adultes ;
- des produits et articles d’hygiène ;

et viendront renforcer la DDASS, la Sous-préfecture, la CAO, les CCAS, la CUD, le FLIU, le PACT, l’AFEJI, l’AAE et autres, dans notre mission de justice et d’humanité.

A suivre …
Pierre MOREL.

En direct des associations : L’Armée du Salut

Coïncidence ? Le lendemain de notre rencontre avec E. Delhaye, directeur pour Lille (et pour Dunkerque, par intérim) de la fondation « Armée du salut », la Voix du Nord faisait paraître un excellent article d’Olivier Dufourg sur la réhabilitation de ses locaux, rue de la Verrerie, pour laquelle étaient employés dix usagers de l’établissement.(cf VdN, du 23 sept.). Au passage, le journaliste confondait le travail de la C.A.O. qui assure l’hébergement d’urgence tout au long de l’année et le Carrefour des solidarités qui ne mène, sauf exception, aucune action particulière de cet ordre. Le Carrefour ne se substitue jamais au travail des associations qui en sont membres. Il n’empêche. Faisons à notre tour connaissance.

Dans les souvenirs d’enfance, l’Armée du Salut c’est le soldat ou la soldate en uniforme qui fait la quête, au son de la cloche ou de la musique, aux alentours de Noël. C’est aussi l’accueil de nuit des personnes de la rue. Image d’Epinal qui a parfois la vie dure.

« Annoncer l’Evangile de Jésus-Christ et soulager en son nom, sans distinction aucune, les détresses humaines ». Ça, c’est la philosophie de la Congrégation de l’Armée du Salut, l’aile religieuse de ce mouvement, membre de la Fédération Protestante de France. Elle mène son travail religieux en même temps que certaines activités humanitaires : l’aide alimentaire, les vacances des jeunes, etc. Sa responsable locale actuelle est Madame Münch.

Depuis le début de l’année 2000, s’est constituée à côté de cette congrégation, une association selon la loi 1901 : la « Fondation de l’Armée du Salut. » Il s’agit là d’une branche professionnelle qui reçoit, pour son travail social, des financements publics. C’est d’ailleurs à la demande des institutions publiques que la séparation s’est faite. Les pouvoirs publics étaient attentifs à ce que l’argent du contribuable serve réellement l’action sociale destinée à tous les publics qu’elle doit viser et non un mouvement religieux, aussi respectable qu’il puisse être. Cette association nationale gère donc un certain nombre d’établissements sous l’autorité d’un conseil d’administration dans lequel se retrouve des membres de la « congrégation », mais aussi les représentants des financeurs publics. Son organisation est territorialisée. Ainsi, l’établissement de Dunkerque relève de la Zone Nord-Ouest dans laquelle on retrouve aussi les établissements de Saint Malo, de Rouen, de Radepont, du Havre et de Lille.

Avec tout ça, on est loin, apparemment, des cinq cents personnes que cette association accueille tout au long d’une année avec une moyenne journalière de 50. C’est qu’une telle tâche, pour être efficace, demande de l’orga-nisation, des compétences et une idée claire du métier. « Notre travail n’est pas de se substituer, auprès des personnes que nous accueillons, aux services qu’ils peuvent normalement trouver autour d’eux. Bien au contraire, il s’agit de les aider à connaître, à utiliser à nouveau ces services et à se faire reconnaître par eux dans ce qu’ils ont de spécifiques, » nous a affirmé le directeur régional de la fondation. Evidemment, les besoins les plus urgents peuvent trouver sur place leur solution : manger, se laver, laver ses vêtements, recevoir éventuellement les premiers soins, avoir un lieu où déposer provisoirement ses affaires, être domicilié, être aidé dans les démarches administratives, etc. Mais, dans la mesure du possible, le meilleur service à leur rendre, c’est de les renvoyer, par exemple, vers la médecine de ville.

La petite équipe locale constituée de 5 salariés permanents et de quatre emplois aidés (cuisinier, secrétaire, comptable, agents de propreté et travailleurs sociaux) attendent un nouveau coordinateur pour adapter au mieux leur organisation. Le directeur a été depuis quelque temps remplacé de façon provisoire. « Ce que nous voulons développer, a conclu le directeur par intérim, c’est que les personnes que nous accueillons s’expriment, se fassent respecter et apprennent ou ré apprennent à vivre dans notre société. » C’est pourquoi le conseil de vie sociale est un moment extrêmement important. C’est aussi pourquoi le projet actuel est de proposer, au-delà de l’accompagnement individuel qui est assuré, des plages de formations collectives, de découvertes des ressources en tous genres dont ils pourraient se servir, etc. « Pour cela, nous comptons bien faire appel, en particulier, à nos partenaires locaux ». Appel entendu ?

Fondation armée du salut à Dunkerque

- Accueil :

39 rue de la Verrerie,
habituellement 6 jours sur 7, en hiver, 7 jours sur 7.
de 9 h à 14 h : petit déjeuner, laverie, douche, dépôt consigne, premiers soins, repas du midi
à partir de 14 h : accompagnement individuel ou actions spécifiques

- Siège :

1 rue de Saint Pol (près de la gare),
Tél . : 03 28 29 09 37,
Site : http://www.armeedusalut.fr

Conversation avec Eric le pro

Nous vous avons donné l’habitude de ne pas pratiquer, dans la mesure du possible, la langue de bois. En tout cas, dans cette rubrique, nous recueillons la parole de gens qui n’entendent pas envoyer dire par d’autres ce qu’ils pensent ou ce qu’ils vivent. Notre dossier étant consacré cette fois-ci aux paroles des gens pauvres dans le cadre des cahiers de témoignages et de doléances, il nous a paru intéressant d’aller interroger un professionnel de l’action sociale et de l’écouter sur les rapports qu’il soutient avec les bénévoles. Dure, dure ! Voilà de beaux débats en perspective.

Eric est un grand bonhomme. On le sent outillé comme un taureau de combat, prêt à foncer pour ce qu’il croit être juste ou pertinent. Pressé, efficace. Dangereux ? Non, car on a vite le sentiment, lorsqu’il s’arrête et qu’il s’assoit à votre table, qu’il vous écoute avec chaleur et avec humour. On n’a pas besoin de répéter plusieurs fois la même question sous des formes différentes pour se faire comprendre. Il pige vite, surtout lorsqu’il est en confiance. Son visage passe constamment de la fixité de l’attention soutenue à la légère crispation de l’effort que demande la réflexion lorsqu’elle demande de la rigueur, en passant par le sourire. Le langage est clair et direct, parfois rude à cause même de cela. « Tu sauras traduire pour que ça ne blesse pas », demande-t-il. Blessant. Il pourrait l’être. Mais ce n’est ni son intention ni sa volonté. Il sait trop ce que sont les hommes et les femmes et leurs tâtonnements dans la vie.

La conversation est venue sur les bénévoles et sur les rapports que lui, professionnel, entretient avec eux. « Difficiles, ces rapports », convient-il. « Le travail social exige de la compétence et, souvent, les bénévoles sont là pour autre chose que de mettre une compétence que souvent ils n’ont pas acquise, au service des personnes en difficulté. » « Je me rappelle de jeunes en recherche de diplôme, qui venaient animer bénévolement certaines activités. Les personnes pour lesquelles nous travaillons sont si fragiles, les chemins qu’ils parcourent pour se reconstruire sont si tortueux, qu’une présence un peu naïve peut parfois produire de vraies catastrophes. » « Pour des professionnels, la présence de bénévoles est parfois un poids supplémentaire parce qu’il faudrait s’occuper d’eux comme on travaille pour les gens en difficulté. Malheureusement, compte tenu des moyens médiocres que les autorités publiques nous accordent, nous n’en avons pas le temps ». « Comprenez-moi bien. Les bénévoles peuvent apporter beaucoup. Ils sont même, dans certaines conditions, des partenaires de travail nécessaires et irremplaçables. Mais cela demande que leurs interventions se fassent dans un cadre collectif rigoureux, pensé, évalué et négocié avec les autres intervenants. Au contraire, dès qu’il s’agit pour eux de se substituer, voire de remplacer des professionnels qui seraient absents faute de moyens, c’est souvent la catastrophe pour tout le monde, à commencer pour eux ».

Eric est reparti comme il était arrivé. Vite. Quelqu’un d’autre l’attendait et il était déjà en retard. Restait une envie d’aller plus loin dans la conversation. Qu’est-ce qu’ « un cadre collectif rigoureux, pensé, évalué et négocié » ? A plus !

A la Ligue des Droits de l’Homme : La spirale répressive

Le discours de notre ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy, n’a pas fini de faire couler de l’encre, des sueurs froides aux bénévoles et des larmes aux autres… La Ligue des droits de l’homme vient de donner un entretien au Phare, qui en a rendu compte dans son numéro du 22 septembre. Extraits.

« Claude Bernard [présidente de la section locale] résume : « Nous aidons les étrangers dans le cadre des recours. » A hauteur de six dossiers par mois, devant une commission juridique. « Il y avait quand même des résultats » soupire Jean Séname. La moitié des dossiers présentés étaient retenus. Sauf que voilà, le discours de Nicolas Sarkozy, le 9 septembre dernier, devant les préfets semble être passé par là.

En août aucun dossier n’a été retenu. Sans motivation. Et la section locale de Dunkerque n’est pas seule dans le cas. (…) « Sur nos quinze dossiers, aucune régularisation »… On sent la situation se durcir de manière incroyable ! » Jean Séname rajoute : « Nous sommes dans une spirale répressive dont on ne voit pas la fin. »

Le dossier : Journée mondiale du refus de la misère

Traditionnellement, cette journée a lieu le 17 octobre. Mais dans l’espoir de rassembler le maximum de monde, le samedi 15 octobre prochain, le dunkerquois manifestera dans le cadre de cette journée. Le travail conjoint entre le C.C.A.S. de Dunkerque et les associations caritatives et humanitaires a abouti à un programme de journée que nous vous présentons. A cette occasion, nous avons pris l’initiative de rassembler des paroles de ceux qui vivent la misère : les cahiers de témoignages et de doléances. Les premiers témoignages ont été regroupés lors d’une réunion de travail que nous vous racontons. Vous trouverez aussi quelques extraits de ces témoignages.

Les programmes :

- Le samedi 15 octobre
11 h – rassemblement à la péniche mosaïque, derrière le centre Marine, puis marche vers l’hôtel de la communauté urbaine
12 h – rassemblement devant la stèle des droits de l’homme, sur le parvis de l’hôtel communautaire. Lecture de témoignages. Remise des premiers cahiers de témoignage et de doléances aux autorités présentes.
13 h – Déjeuner en commun sur la place Jean Bart.
de 14 h à 17 h – musiques, accueil et partage sous des tentes, témoignages publics.

- Le lundi 17 octobre
De 14 h à 16 h – Rendez-vous citoyens

Salle communale de Grande Synthe
Estaminet du cœur à Dunkerque
Maison des services à la population à Saint Pol sur mer
Maisons de quartier du Jeu de Mail et de la Tente Verte à Dunkerque
Locaux de l’A.J.S. à Petite Synthe

Réunion autour des cahiers de témoignages et de doléances

Autour de la table : bénévoles de diverses associations, usagers et professionnels. On discute de la journée de refus de la misère et des cahiers. Le chant choisi pour la stèle des droits de l’homme pose question. « Quand les hommes vivront d’amour… Nous serons tous morts mes frères ! ». « C‘est désespérant. On n’aurait pas pu trouver quelque chose de plus euphorique » demande avec conviction Carole. « ça signifie plutôt pour moi que c’est ce que j’espère laisser à mes enfants et que je pourrais leur transmettre un monde où on pourra vivre d’amour », reprend Thérèse. « Désespérant ou réaliste », demande Jean-Marie. « Tant qu’il y aura des hommes, il faudra constamment entreprendre un travail acharné de solidarité. » Carole n’est pas convaincue. Elle est chargée de proposer un autre chant, peut-être pour l’année prochaine.

« Les cahiers, à quoi ça sert ? Serons-nous écoutés ? Cela changera-t-il quelque chose ? », demandent les usagers autour de la table. « Pas garanti. Mais on l’espère. » leur répond-on. Les cahiers seront remis devant la stèle des droits de l’homme aux autorités qui auront bien voulu être présentes. Elles ont été invitées. Mais, faut pas rêver. Ce n’est qu’un début et on espère bien continuer à rassembler les témoignages des gens qui vivent dans la difficulté au-delà du 15 octobre. Pour que ça change, il faudra continuer à travailler.

« C’est encore des papiers », reprend Didier : « On pourrait pas leur parler en face à face ? ». « Il faudrait que ce soit les gens eux-mêmes qui lisent leur papier », insiste Jimmy, « sans quoi, ce ne sera pas authentique ! » « Ne pourrait-on pas faire un enregistrement vidéo des paroles des gens et les passer en boucle sur grand écran ? », demande Jean, « comme ça, les gens qui passent Place Jean Bart pourrait s’arrêter quelques instants pour les écouter. » On fera ce qu’on pourra, leur est-il répondu. Pour l’instant, ce qui est prévu, c’est la lecture de quelques témoignages devant la stèle des droits de l’homme, la remise des cahiers aux autorités et aux associations puis la possibilité d’échanges en direct sous des tentes, Place Jean Bart. Dans les intervalles sans musique, il sera aussi possible de lire des témoignages au cours de l’après-midi.

Témoignages et doléances commencent à être rassemblés. C’est le Carrefour des solidarités qui se charge de les regrouper et de les mettre en forme. Vous pouvez encore les envoyer jusqu’au lundi 3 octobre.

Cahiers de témoignages et de doléances : Extraits

Carole, 40 ans

Difficile de trouver un travail fixe.

Je suis étonnée de constater qu’en 2005, beaucoup de gens dorment dehors… Dans un pays comme le nôtre, dit « civilisé », je trouve cela aberrant ! Que font les services sociaux ?!!!... Pourquoi les foyers de nuit sont-ils fermés ? (L’été, il pleut !)

Beaucoup de gens n’ont plus d’idéal.

La justice française est à revoir.

L’éducation, la formation et la culture : ça va.

Dans une société où l’enfant est roi, les parents finissent pas avoir peur de leurs « propres enfants ».

Sila, 44 ans

Je suis mère de famille de 4 enfants. Mon mari est chauffeur poids lourds. Nous faisons tout pour nous en sortir. J’espère avoir une aide de vous. Car je suis très ennuyée. Le refus d’emploi est partout pareil. Pour cause de nationalité. Car mon nom, (à consonance étrangère) dérange certaines personnes. Je suis prête à faire n’importe quel emploi. Mon mari est chauffeur poids lourds + lafimo. Et aucune réponse pour lui à ce jour. Car en faisant toutes les boîtes d’intérim, les journaux et les coups de téléphone, aucune réponse. Car il a une carte de résident. Nous sommes très en colère. Car il y a une loi pour des personnes comme nous. Je voudrais avoir une réponse à ça.

Didier, 45 ans

Beaucoup de papiers. Il faudrait voir les gens à l’œuvre pour juger. Beaucoup de papiers, je suis allé à l’ANPE et je n’ai rien compris. Atelier de l’ANPE mal adapté, informatique trop compliquée. Pas assez payé quand on travaille, plus le temps de bien faire le travail, rendement.

Pour le logement, trop de caution, trop d’argent à donner d’un coup quand on rentre dans l’appartement. Souvent trop cher, crise du logement… Petit et sale. Veux se sentir chez soi.

Personnellement, ma santé s’est améliorée. Papier en règle. Avant pas de CMU. Maintenant plus de prise en charge. Plus de gens de la santé.

La justice, c’est de la merde. Pas y mettre un pied là dedans. Avocat, je l’ai payé. Trop long et papier trop long. Beaucoup de papiers pour se faire défendre (il faudrait juste montrer un justificatif de ressources).

Je connais rien du tout. La formation, c’est pas rémunéré. Longtemps, je ne suis pas allé au ciné ou au théâtre. J’écoute souvent la radio et la musique. Certaines émissions ou théâtres sur la misère sont intéressants. Pas eu de vacances.

Presque pas connu mes parents. Enfance malheureuse. Fille pas connue. Tout du passé. Pas de présent.

Aïcha, 28 ans

La Préfecture a donné son accord : je vais être régularisé, mais mes papiers, huit mois plus tard, ne m’ont pas encore été remis.

Je suis enceinte de sept mois. Et la CAF m’a dit que je n’avais pas le droit à l’allocation prénatale aussi longtemps que je ne pourrais pas présenter mes papiers.

C’est urgent. Je vais perdre les droits à cause de retards administratifs. C’est la première fois que ma famille devait toucher quelque chose. Elle n’avait déjà pas eu droit à l’allocation rentrée.

On nous communique :

La Croix Rouge de Dunkerque est désormais habilitée à domicilier à l’adresse : 27 rue Marengo, Dunkerque, 59140

les personnes sans domicile fixe, dans le cadre de la délivrance de la carte nationale d’identité, des courriers avec les CPAM, CAF, ANPE et autres administrations.
Arrêté préfectoral du 26 juillet 2005

les demandeurs d’asile dans le cadre de leurs démarches auprès de la Préfecture et de l’OFPRA. Arrêté préfectoral du 13 septembre 2005.

Les rues du monde : Le 7 octobre à 18 h, A.G., à bord de la péniche mosaïque

Emmaüs Dunkerque organise une collecte de produits d’hygiène et d’entretien au profit de Tabgha, les 7 et 8 octobre, aux portes des magasins : Auchan, Grande Synthe, Attac, Dunkerque, Intermarché, Saint Pol sur mer, Champion, Bourbourg.

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