Le journal n°50 - Juin 2005
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Sommaire

- En direct du Carrefour
- En direct des associations
- Débats : La triple peine sociale (suite)
- Dossier : Le surendettement
- Conversation avec : Fred, le nomade

Agenda

Vendredi 3 juin - Bilan de l’épicerie solidaire

Mercredi 8 juin - Commission aide alimentaire - de 10 h à 12 h - au Carrefour

Mercredi 22 juin - Conseil d’administration - à 18 h - au Carrefour

Jeudi 23 et vendredi 24 juin - A.F.P.S. - Formation aux gestes qui sauvent - À la Croix Rouge - 27 rue Marengo

En direct du Carrefour

Du mieux pour les finances

Nous étions dans le brouillard. Nous sommes désormais dans la brume. C’est dire que nous n’y voyons par encore complètement clair. L’Etat et le Conseil régional nous ont indiqué qu’ils continueraient à nous apporter leur soutien financier. Pour un montant à peu près identique de la part de l’Etat. Manifestement en baisse, près de 70 % en moins, pour le Conseil Régional. Pourquoi ? Personne ne sait vraiment l’expliquer. Nous sa-vons d’expérience qu’aucune rai-son administrative ne peut aller contre une volonté politique lorsqu’elle existe. Le Conseil Général, de son côté n’a pas encore pris sa décision. Mais il semble qu’elle pourrait être positive. Nous vous tiendrons au courant.

Surendettement

Les premières réunions du nouvel atelier « échanges et découvertes » sur le surendettement se sont tenues au cours du mois de mai. Au total, elles ont réuni plus d’une trentaine de personnes : bénévo-les, professionnels, personnes vivant ces difficultés. Chacun y apportant ses interrogations, voire ses solutions ou ses jugements, ces réunions ont été parfois proche du fouillis. Mais c’était la règle du jeu. Elles nous auront permis de voir l’étendue des questions à traiter ensemble. Nous vous en rendons compte par ailleurs. Les prochaines réunions se feront avec la Banque de France qui nous présentera les commissions de surendettement, là où elles se tiennent.

Témoignages et doléances

La parole des personnes pauvres, c’était l’une des orientations principales décidées au cours de notre dernière assemblée générale. Nous venons de prendre trois initiatives en ce sens. La première est la constitution d’un groupe de travail sur ce sujet. Animé par Monique Dubois avec l’appui du bureau de l’association, il rassemblera deux personnes par association : un membre bénévole et une personne pauvre proche de cette association. Son premier travail sera de composer un cahier des témoignages et doléances en vue de le présenter lors de la prochaine journée de refus de la misère. Enfin, nous inaugurons dans ce journal une nouvelle rubrique : conversation avec. Nous désirions donner la parole, dans notre journal, aux personnes pauvres et dans la difficulté. L’écriture n’est pas souvent leur mode d’expression favorite. Alors, pourquoi ne pas les rencontrer et vous raconter ensuite ?

Des élus militants

Nous vous avons rendu compte, dans notre dernier journal, de l’expérience positive menée à Saint Pol sur mer concernant l’arrêt des coupures d’eau pour raison sociale. Un élu nous a indiqué qu’il avait photocopié le document pour le passer à des collègues maires que cela pourrait intéresser et qui n’étaient pas destinataires de notre journal. Bravo et merci.

A propos des coupures d’eau, grâce à l’aide d’un certain nombre de militants, nous avons pu obtenir le libellé des arrêtés d’interdiction des coupures d’eau pris par certaines municipalités sans que la tutelle légale n’y trouve à redire. Nous vous en reparlerons lors d’un prochain numéro.

En direct des associations

Compagnons

Ils viennent de célébrer leurs 20 ans d’existence sur le dunkerquois. Il y a un mois, ils organisaient deux journées portes ouvertes. Visite à Emmaüs Grande Synthe – Dunkerque.

Emmaüs

62 rue de la Gare,
59760 Grande Synthe
Tél : 03 28 21 24 88
e-mail : emmaus.dk@wanadoo.fr

La communauté est sur Grande Synthe (près de la gare)
Les actions sociales : SOS famille, Epicerie solidaire, logements sociaux et logement de parentalité, friperie sont sur Dunkerque.
L’insertion : l’atelier d’utilité sociale, le projet de gîte social et 5 logements sociaux sont sur Spycker.

- Une cinquantaine de compagnons
- Une centaine d’amis bénévoles
- Une cinquantaine de membres actifs.

L’association :
Pour faire partie de l’association, il faut en faire la demande et être agréé par le conseil d’administration.

Président : Pierre Flamen, il anime le bureau de la branche sociale.
Vice Président : Jean Bonduelle, il anime le bureau de la branche communautaire.
Vice Président : Gabriel Van Eeghem, il anime le bureau de la branche insertion.

L’équipe professionnelle :
- Jean-Pïerre Masclet, directeur de l’association et responsable de la communauté.
- Gérard Ladrière : co-responsable de la communauté. et 4 autres salariés : Laurence, Virginie, Stéphane et Françoise.
Une ancienne ferme. Un grand hangar. Des bâtiments nouveaux organisés autour d’une grande cour ensoleillée. Au centre de la cour, des arbres. Un atelier. Là, une vieille roulotte. Plus loin, une série de camions, bien connus des habitants de l’agglomération. L’accueil est simple et chaleureux. Jean-Pierre et deux compagnons racontent.

La route ou la rue. La misère ou l’impossibilité de vivre pour l’instant comme les autres. La communauté, c’est un lieu de passage pour se reconstruire, « pour se remettre en projet », précise Jean-Pierre. Le passé ? « On n’en parle pas quand on arrive, c’est trop douloureux », dit Alain.. L’important, c’est d’accepter les règles communes. La principale. Le travail aux horaires prévus. C’est lui qui permet de vivre de façon autonome et qui permet aussi de mener des projets collectifs de solidarité. « Avec d’autres associations, nous venons d’envoyer du matériel médical en Roumanie, par exemple ».

Cela dit, pas facile de construire une vie communautaire, avec ses moments de détente, mais aussi ses moments de tensions. Les « tire au flanc », les « pétages de plomb », ça arrive partout. Une petite cinquantaine de personnes dont un tiers qui se renouvelle tous les mois, ça demande souplesse, humour et rigueur, tout en même temps. Des commissions ont été mises en place, avec des délégués élus. On y fait le point collectivement une fois par mois.

« Le cœur du projet d’Emmaüs, c’est l’accueil de l’homme de la rue. C’est l’accompagnement des gens les plus en difficultés. La pauvreté, les différentes formes d’esclavage, l’exil, la mise en danger des plus faibles, comme les enfants, malheureusement ça se renouvelle sous des formes jusqu’à maintenant inconnues de nous. » Jean-Pierre revient d’une assemblée générale du mouvement où l’Abbé Pierre a rappelé l’axe essentiel du travail des communautés. Pas question de s’endormir dans un ron ron d’activités. Il faut être constamment attentif, réactif et créatif.

Emmaüs, c’est aussi un réseau d’amis bénévoles, plus d’une centaine ici. C’est une association qui appuie et développe toute une série de projets : aide alimentaire, épicerie solidaire, friperie, SOS familles, logements alternatifs, logement dédié à la parentalité, atelier d’utilité sociale, formations, etc. Cette profusion de projets est formidable. Elle témoigne qu’Emmaüs tente une approche vraiment globale de l’accompagnement des personnes. Mais, rançon du succès, cela pose des problèmes d’organisation, de maintien de l’unité et des valeurs fondamentales. Crise de croissance ? Sans doute. Mais on n’a pas tous les jours vingt ans.

Débats : La triple peine sociale (suite)

Nous avons consacré en mars dernier un article à « la triple peine sociale ». Il s’étonnait du droit que s’octroient parfois les associations qui font partie du Carrefour d’imposer à ceux auxquels elles viennent en aide non seulement le contenu de l’aide qu’elles leur apportent, mais en plus un jugement sur leurs comportements. Cette question a fait débat et a provoqué parfois des oppositions. Voici quelques éléments de ces débats qu’ont bien voulu nous transmettre certaines associations. Nous les en remercions.

De quoi je me mêle !

Etre bénévole d’une association caritative ou humanitaire, c’est une démarche difficile. On donne de son temps et de son énergie aux autres. C’est autant qu’on ne se garde pas pour soi-même ou pour sa famille, ce qui serait somme toute légitime. Il faudrait en plus accepter qu’on remette en cause la façon dont nous nous y prenons ! Les premières interrogations ont ainsi porté sur la légitimité de la question posée. C’est vrai, ont répondu d’autres, être bénévole demande parfois un sacré effort. Mais la solidarité n’est-elle pas avant tout une démarche de rencontre d’une personne ou d’une famille dans le besoin ? Alors, qui dit rencontre, dit échange de points de vue et donc, parfois, remise en cause de ce que l’on pensait jusqu’à maintenant. L’important c’est de discuter librement et de prendre le risque de se laisser convaincre par l’autre. C’est d’ailleurs aussi prendre le risque d’avoir raison, peut-être.

Quand on est professionnel, ont rétorqué d’autres, on a fait suffisamment d’étude ou on a acquis une telle expérience qu’on sait analyser chaque situation et, finalement, ce qui est bon pour les gens. Qu’est-ce que c’est que ces interrogations qui, au fond, mettent en doute notre compétence ? Attention, ont alors répondu certains vieux professionnels. Ne vous trompez pas sur la compétence que vous avez acquise. C’est celle de savoir entrer en relation avec les personnes ou les familles que votre institution a décidé d’aider, voire de leur faire un certain nombre d’offres de service. Comme pour les bénévoles, c’est de faciliter une rencontre et donc, de prendre le risque de voir votre jugement a priori remis en cause. La relation d’aide, pour être efficace, se doit d’être constamment équilibrée. D’un côté, la compétence acquise par la formation, la réflexion et de nombreuses expériences, et l’offre d’aide, de l’autre la compétence de l’usager et la libre décision du sujet de définir l’aide dont il a besoin.

Quand on est élu, ont pensé d’autres encore, nommé par le peuple et en situation d’écouter et de comprendre tout un chacun, qu’a-t-on besoin de rentrer dans une telle discussion ? Nous savons les besoins de ces personnes ou de ces familles qui sont dans une situation contrainte : retrouver leur autonomie. En attendant, pas de discussion réelle, sinon pour leur réapprendre à discuter. Pas si simple, leur ont répondu certains. L’autonomie que vous revendiquez pour eux, ne doit-elle pas commencer par la reconnaissance de celle qu’ils ont déjà en tant que citoyen, pauvre certes, mais citoyen tout court qui doit participer au même titre que les autres aux débats publics ?

A l’écoute de l’exclusion

« D’un lieu d’écoute à un autre, les expériences des professionnels et leurs pratiques différent, mais elles reposent toujours sur une représentation du public en termes de déficit : ressources insuffisantes, logement insalubre, difficultés scolaires ; mais également, défaillance des pères, affaiblissement des liens sociaux, perte des repères moraux, manque de références culturelles. Une telle représentation (…) empêche de penser la diversité des situations et, paradoxalement, alors que tout semble mis en œuvre pour une individualisation des traitements, on assiste souvent au contraire à des opérations intellectuelles de généralisation (« les jeunes ») et d’assignation (« leur origine migrante »). Il arrive alors que la souffrance ne soit plus qu’une souffrance présumée et que les lieux d’écoute deviennent des lieux où l’on ne sait plus écouter. »

(Extrait d’un article de Didier Fassin, professeur à l’université de Paris XIII, intitulé « A l’écoute de l’exclusion », tiré d’un dossier de la revue Sciences humaines, d’avril 2005 consacré à l’évolution du travail social. NDLR : cette revue n’est plus disponible au centre de documentation du Carrefour, faute d’argent pour l’acheter.)

La pauvreté n’est pas une excuse

« Si tout le monde était honnête, on ne devrait pas demander des comptes. » « Il y a toujours des plus malins et on ne peut pas tout leur accorder. » Telle est la deuxième objection formulée. Pourquoi ne pas le dire carrément ? La pauvreté, comme la richesse d’ailleurs, ne sont gage ni d’intelligence ni de droiture.

Don, échanges ou droit ?

« L’aide, c’est bien. Mais il faudrait une contrepartie comme en Belgique par exemple. Dans ce pays voisin, les ASSEDIC sont versées sans limitation de durée. Mais les personnes indemnisées doivent être disponibles pour répondre à des convocations pour le nettoyage des plages, par exemple, ou pour la préparation des salles pour diverses animations. » Cela éviterait de tomber dans l’assistanat. « On a l’impression que, pour certains, pas tous bien sûr, l’aide est un droit acquis. Ils ne cherchent même pas à s’en sortir. »

Est-il utile de rappeler que le droit au travail est inscrit dans notre constitution ? Cela veut dire que notre contrat social est construit sur l’échange entre le travail et la possibilité de subvenir à ses propres besoins. Quand ce droit n’est plus respecté, ceux de l’indemnité versée ou du don octroyé n’en sont que des substitutions bâtardes puisqu’ils ne sont plus construits sur l’échange. Question posée au législateur qui n’a, pour l’instant, construit les indemnités ou les aides que comme une aide passagère dans l’attente imminente de retrouver un travail, en d’autres termes de la restitution de l’échange. Il n’a jamais pris en considération que le droit au travail et donc à subvenir à ses propres besoins, pouvait être durablement altéré. Question posée aux associations caritatives et humanitaires qui, dans un élan de générosité parfaitement humain, pensent répondre immédiatement aux besoins élémentaires des personnes, sans se préoccuper au-delà du fait qu’elles contribuent à détruire durablement les règles de l’échange. Finalement, la bonne question à se poser ne serait-elle pas : « comment, dans l’aide que nous apportons, pouvons-nous rétablir un véritable échange ? » Chaque association, avec ses propres caractéristiques, a tenté de répondre à cette question. La communauté des compagnons d’Emmaüs en est une forme par exemple.

Les tentations de la société de surconsommation

« Lorsque nous rencontrons les familles que nous aidons achetant, au supermarché, des surgelés, des légumes sous vide, des habits ou des jouets, alors qu’elles ont des moyens très limités, nous sommes choqués. » « Alors les pauvres n’auraient que le droit de s’acheter à manger ? Pourquoi seraient-ils plus résistants que les autres à la société de consommation ? » « Leurs enfants seraient-ils différents de ceux qui ont les moyens ? » « Quand on voit toutes les possibilités de crédit qui s’offrent à tout le monde, on est en droit de se poser des questions sur notre société de surconsommation. »

N.B. Un certain nombre d’éléments de ce débat nous ont été proposés par les conférences de Saint Vincent de Paul. Mais n’y voyez aucune prise de position de l’association en tant que telle.

L’inversion

Notre enjeu culturel est ce qu’on appelle en mathématiques l’inversion : ce qui est à la marge se retrouve au centre et inversement. Au centre du travail social se trouve l’entrée dans les dispositifs, tandis que la relation à la personne se trouve à la marge. L’enjeu pour nous, l’inversion, est de mettre la relation au centre de notre travail et dire que les dispositifs n’ont de raison d’être que s’ils sont en relation entre eux avec la personne, et celle-ci avec les autres personnes. Les dispositifs séparés, sans relation entre eux, perdent leur sens.

Pour nous, la réponse viendra de l’inversion. Au lieu de partir de la catégorisation des individus en fonction de leurs manques, de leurs handicaps, il faut partir de ce qu’ils sont personnellement en organisant la démarche autour de leur créativité potentielle : structurer la personnalité à l’intérieur pour mieux agir à l’extérieur ; développer ce que nous appelons le droit à l’intériorité. Tel est l’enjeu culturel du pari de notre travail quotidien : être pour devenir plus et mieux.

Pedro Meca des Compagnons de la nuit

(texte tiré de l’introduction à « Poèmes de la nuit », aux éditions Cana, consultable au centre de documentation du Carrefour)

Dossier : Le surendettement

1° séance des ateliers « Echanges et découvertes »

La première séance d’atelier a permis de mettre toutes les différentes questions liées au surendettement sur la table. Il fallait tenter d’en faire le tri pour permettre d’organiser les séances qui vont suivre. En voici une proposition.

Les associations en première ligne

A travers les différents témoignages, il apparaît qu’être surendetté n’est jamais une situation vraiment voulue par ceux qui la vivent. Le plus souvent, on en prend conscience lorsque les gros ennuis arrivent : perte d’emploi, décès, huissier, mise à la porte du logement, etc. Et, à ce moment là, pour la plupart, c’est la honte, l’aveu d’impuissance personnelle, l’incapacité de mobiliser, quand il existe, son réseau d’amis ou de copains. C’est pourquoi, le plus souvent, on n’est pas prêt pour faire face à une administration, même à un service social. C’est pourquoi, l’association qu’on connaît ou auquel on fait appel pour une aide alimentaire, par exemple, est souvent le premier recours ou le premier lieu où on est amené à en parler. Au dire des associations, elles rencon-trent de plus en plus souvent des personnes dans ces situations. D’où leurs questions.

Le dossier de surendettement

Les premières questions qui se posent en effet tournent toutes autour du dossier de surendettement. Comment ouvre-t-on un dossier ? A partir de quel montant de dette convient-il de le faire ? Qui peut le remplir ? Quelles dettes doit-on mettre dans le dossier ? Comment lire un plan de surendettement ? Quelles en sont les conséquences ? Garde-t-on la possibilité d’utiliser son compte en banque ? Peut-on aller encore tirer de l’argent ? Etc. La rencontre à la banque de France commencera à apporter des réponses. Mais on a aussi envisagé que l’atelier consacre une séance entière à construire concrètement un dossier. Au-delà, il est demandé qu’une information sur la nouvelle loi instituant la possibilité de « faillite sociale » soit présentée.

Mais comment en arrive-t-on là ?

Si on veut aider les gens qui sont dans cette situation, c’est important de les comprendre. C’est d’autant plus vrai que, sur la maîtrise de l’argent et des dettes, nous sommes tous remplis de préjugés et que les jugements à l’emporte pièce vont toujours bon train. Pour des gens qui ont des revenus réguliers, même modestes, c’est souvent difficile de savoir ce que vivent, par exemple, ceux qui sont dans la précarité permanente. On a donc décidé que chacun dans son association, mènerait une enquête pour recueillir les témoignages de ceux qui ont vécu la situation de surendettement. Qu’est-ce qui s’est passé ? Comment l’ont-ils vécu ? Quelles questions se posent-ils ? On va aussi rechercher si des études ont été menées sur ce sujet. On trouvera bien un universitaire pour venir nous en parler.

Les cartes de crédit

Presque dans tous les cas, les cartes de crédit permettant, sans contrôle, d’accéder à de l’argent sans contrainte apparente sont présentes. Du coup, on s’aperçoit que ce sont les gens en situation de faiblesse ou de fragilité qui les utilisent le plus. Les conséquences sont redoutables.

Ce sont les gens les plus pauvres qui paient les crédits les plus chers. Au lieu de les aider, les crédits les enferment dans des situations qui deviennent inextricables. Peut-on contrôler l’attribution de ces cartes ? Comment lutter contre leurs caractères néfastes ? Y a-t-il une législation en la matière ? Existe-t-il des crédits plus sociaux ? Juristes, économistes, expérimentateurs de banque sociale seront sans doute appelés à la rescousse pour nous aider par rapport à ces questions.

Qui sont les personnes surendettées ?

Les études menées sur la question font apparaître trois types de surendettement :

- celui des personnes pauvres : faute de revenus suffisants, elles ont beaucoup de difficultés à faire face aux factures de loyer, d’eau, d’électricité ou de téléphone.
- celui des personnes qui doivent faire face à un évènement imprévu et malheureux : mort d’un proche, perte d’un emploi, maladie, etc.
- celui des personnes qui se laissent prendre dans la logique dominante de consommation. Elles agissent souvent par impulsivité, ayant intégré, à leur corps défendant, les habitudes et les valeurs de la société dans laquelle elles vivent. Il s’agit plutôt d’une attitude culturelle.

Rarement, ces trois types se superposent. Les observateurs notent que c’est le premier type de surendettement qui augmente le plus aujourd’hui.

Prévenir ?

Quand on en arrive à devoir constituer un dossier de surendettement, c’est le plus souvent qu’on en est arrivé à une situation impossible. Peut-on intervenir avant ? N’y a-t-il pas un travail à engager pour aider les personnes et les familles à ne pas se retrouver dans ces situations ? Informer sur les dangers des cartes de crédit ? Apprendre à se défendre ? Créer des ateliers de défense des consommateurs de crédit ?

Conversation avec : Fred, le nomade

Nous commençons aujourd’hui cette nouvelle rubrique avec Fred, le nomade. Il en avait tellement à nous (Isabelle et Jean-Marie) dire qu’on vous le narrera en plusieurs fois.

Regard bleu. Beau gosse. Visage émacié. Bouche édentée. Paroles rapides, parfois hésitantes, parfois en rafale. L’écouter ? Pas facile. Il saute d’une idée à l’autre. Il en a trop à dire.

D’abord, il a la haine. Il a de la révolte. Ça déborde. Contre les éduc’, contre D, contre telle ou telle institution. Il leur rentrerait volontiers dedans. Sans doute l’a-t-il fait d’ailleurs. Et ça n’a rien arrangé. Incompréhension réciproque. Quand on ne s’écoute plus, on s’exclut mutuellement. Lui, il a l’habitude de voir très vite si vous l’écoutez. C’est visuel. « On voit le visage », dit-il. « Pourtant, vous ne pouvez pas savoir combien j’ai besoin de communiquer. Mais avec certains, c’est pas possible. » Il a fait des conneries. Il le sait et il vous le dit. Mais on n’en parlera pas trop. Tout juste de la drogue « où on s’enfonce et on se perd. » Il en est sorti. Difficilement.

Ce qui est intéressant ? C’est les copains qu’il s’est fait dans la rue. « Même certains éduc’ » reconnaît-il. Son meilleur ami ? « Un clodo, handicapé de la tête. » Personne ne lui parlait. Il l’a fait et ils se sont aidés. Il fait partie de ceux qui l’ont le plus aidé. Comme ce musicien avec lequel il a longtemps fait la manche. « Avec lui, tu vois, le 25 décembre, on jouait pour les gens sans rien leur demander. » Ou cet autre vieux routard qui lui a tout appris. Il lui a forgé le caractère. « Tu fais ce que tu veux », lui disait-il souvent, « mais il faut toujours aider les autres. » Telle était sa philosophie qui est devenue celle de Fred. « Car pour beaucoup de gens de la rue, ils gardent en eux leur haine et leur révolte. Leur honte parfois. Ils se ruinent pour oublier. Alors ils se défoncent à l’alcool ou à la drogue. Ils ont besoin de communiquer. Ils ont besoin d’un regard qui reconnaisse leur dignité. »

De son histoire personnelle, nous ne saurons pas grand-chose. Pudeur de part et d’autre. Gosse de riche. B.T.S. « Mais, à 15 ans, je savais que j’allais être dans la rue. » Perte de deux personnes très chères. Depuis, il a fait deux fois le tour de France. Il est même allé jusqu’en Espagne. Il est ici à Dunkerque depuis plusieurs années. Aujourd’hui, il hésite à s’arrêter. Quand il le fallait, il travaillait. « Ne pas travailler, c’est se laisser aller », affirme-t-il. Il paye des impôts. C’est même cela l’une des sources de ses révoltes. Nous le verrons le mois prochain. « Mais, ajoute-t-il, il faut du temps pour sortir de la rue. Je ne sais pas encore. Ça va mieux dans ma tête. Mais je suis encore perdu. Ce que j’aimerais, c’est devenir éducateur. » Sa peur ? « Ne plus connaître les gens d’avant, ne plus communiquer, se retrouver seul. » Et puis, il y a l’appel du voyage et de la liberté. L’appel de la rue.

Le Carrefour des solidarités, c’est 18 associations

Plus de 850 bénévoles, plus de 1000 professionnels et plusieurs milliers de citoyens pauvres.

L’A.A.E. (Association d’Action Educative), l’A.F.A.D. (Association d’aide familiale à domicile), l’AFEJI, l’A.J.S. le bon emploi de la solidarité, l’Armée du Salut, A.T.D. (Aide à toute détresse) Quart Monde, A.C.L. (Association Cité Liberté) Proxi Pol, Emmaüs, IMANI, La Croix Rouge, le P.A.C.T. (Protection, amélioration, conservation, transformation de l’habitat), Le Phare, Puissances T, le Secours Populaire, les Restaurants du Cœur, Association Louise Michel, le Secours Catholique, la Société de Saint Vincent de Paul.

Comité de rédaction : Christine Ammeloot, Jocelyne Bot, Thérèse Caulier, Isabelle Damiani, Monique Dubois, Jean-Marie Gueuret, Pierre Morel, Pierre Mulliez, Arnaud Saindenis, Stéphanie Tant 6-8 rue du Ponceau, 59140 Dunkerque - tél 03 28 63 70 40 - fax 03 28 63 70 60 - mail. carrefourdessolidarites@wanadoo.fr

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Le Carrefour des Solidarités - 15 rue de l’Ecluse de Bergues - 59140 Dunkerque - Tél. : 03 28 63 70 40 - Fax : 03 28 63 70 60 - Mél : chantiers@carrefourdessolidarites.org

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