Le journal n°48 - Avril 2005
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Sommaire

- Après l’accueil d’urgence les expulsions !
- En direct du carrefour : Echos d’A.G.
- Des rires et des larmes
- L’organisation d’A.T.D. ?
- Un baiser de loin
- Portes ouvertes à Emmaüs
- Le dossier : les nouveaux ateliers « Echanges et découvertes »
- Débats

Agenda

Lundi 4 avril - Conseil d’administration - à 18 heures

Lundi 25 avril - Préparation de la journée de refus de la misère au CCAS de Dunkerque

Mardi 26 avril - Comité de pilotage des ateliers « échanges et découvertes » de 14 h 30 à 16 h 30 au Carrefour

Vendredi 29 avril - Présentation de la Fondation de la 2° chance à 10 h au Carrefour

Les 30 avril et 1° mai - Portes ouvertes chez Emmaüs - Cf page 4

Après l’accueil d’urgence les expulsions !

Pendant la période d’hiver et de grands froids, le gouvernement a mis en place, comme chaque année, le plan « grand froid ». Tout un dispositif d’accueil, auquel participent un certain nombre d’associations, permet de proposer à ceux qui vivent dans la rue ou qui y ont été mis de la chaleur pour la nuit, matérielle et humaine.

Parce que le thermomètre est repassé au-dessus de la barre du zéro et que les beaux jours reviennent, ces dispositifs exceptionnels sont arrêtés, comme s’il était plus facile de passer la nuit dans un coin à 6° et que, miraculeusement, avec l’allongement des jours, il serait plus facile de trouver un logement. Pire ! Pendant l’hiver, les expulsions pour non paiement de son loyer ont été arrêtées. Pour certains, ce ne sont pas le chant des oiseaux que permet de redécouvrir le printemps, mais l’arrivée des huissiers et de la force publique pour opérer l’expulsion de son logement.

Alors, les associations, chacune à la mesure de ses moyens et de ses habitudes, essayent de faire face. Ici, on accueille la famille avec des enfants en bas âge provisoirement en attendant de trouver avec elle une solution. Là, on intervient pour que la force publique ne soit pas envoyée de telle façon que l’expulsion ne puisse pas avoir réellement lieu. Là encore, devant la révolte compréhensible d’un salarié, on tente de trouver un compromis difficile.

Pourquoi ne pas le dire simplement, les expulsions aveugles comme les fermetures de compteurs d’eau ou d’électricité sans considération de ce qu’elles produisent humainement nous révoltent. Les solutions ne sont jamais simples à trouver. Il n’y a pas de raison que les mauvais payeurs volontaires utilisent notre solidarité. Il n’y a pas de raison que, parce qu’ils existent, des familles pauvres en fassent les frais.

Pas d’expulsion sans prise en considération de la famille concernée et sans solution alternative proposée ! Un chantier à entreprendre.

En direct du carrefour : Echos d’A.G.

Jeudi 17 mars, le Carrefour a tenu son assemblée générale. Difficile d’en tirer une synthèse. Il y a eu les échanges collectifs. Mais on a aussi parlé avant, pendant et après. En voici quelques échos.

Citoyens pauvres et nouvelles associations

Des citoyens pauvres ont participé à notre assemblée générale, ceux que parfois nous appelons aussi les usagers des associations du Carrefour. Ils ont pu s’exprimer pendant le pot mais pas dans le débat collectif. Faudra-t-il prévoir l’année prochaine un temps de parole qui leur soit réservé ? A eux de nous le dire. De nouvelles associa-tions étaient aussi présentes. Imani, nouvelle adhérente. Mais aussi La Ligue des droits de l’hom-me, France bénévolat, qui demandent à devenir membres du Carrefour.

Accueil à la sud africaine

C’est sous les auspices de Nelson Mandela que Thérèse Caulier, la présidente, a accueilli l’assemblée en citant ce dernier : « Comme l’esclavage et l’apartheid, la pauvreté n’est pas naturelle. Elle est fabriquée par l’homme. Elle peut être vaincue et éradiquée par les actions des hommes. »

Des élus à l’écoute et à la parole

Fruit de nos rencontres, un certain nombre d’élus étaient là. Maire, adjoints et conseillers généraux ont participé activement à nos débats, tout en restant attentifs. On a même pu continuer à discuter avec tel ou telle pendant le pot. Ça donne envi de continuer à travailler avec eux et avec leurs services. Un espoir encore, non garanti pour l’instant : qu’ils confirment leurs bonnes intentions lorsqu’il s’agira de convain-cre leurs assemblées de voter le budget du Carrefour.

Interpeller

Tel était l’objet de notre débat. Nous reviendrons évidemment sur les objets de ces interpellations : logement, montée de la précarité, surcharge administrative, nécessité de l’insertion, paroles des citoyens pauvres, le statut des migrants, etc. Quelques découvertes et quelques questions. Qui interpeller ? Les pouvoirs publics et les administrations, évidemment, mais pas seulement. Nous-même, a dit l’un, personnellement et collectivement, nos propres associations. L’opinion publique, a dit l’autre. Sur ce point, il s’agit d’ailleurs d’être inventif. Les symboles sont parfois beaucoup plus forts que les discours ou les manifestations classiques. Quelqu’un a même cité l’exemple de l’enterrement collectif des personnes de la rue ou des personnes isolées pratiqué dans la région parisienne. Les élus locaux nous ont fait comprendre qu’on ne pouvait pas leur faire porter toutes les responsabilités du monde et qu’ils étaient les premiers à vouloir interpeller les politiques nationales, par exemple. Personne n’a eu le réflexe de leur demander si cela était vrai même lorsque leurs partis étaient au gouvernement. Mais ce sera un débat à continuer avec eux. Dans tous les cas, chacun a reconnu qu’interpeller, en particulier pour un collectif d’associations comme l’est le Carrefour, cela demandait un long travail de préparation voire d’action.

Le Carrefour pourra-t-il survivre ?

Rien n’est moins sür. Dans l’état actuel des engage-ments financiers, nous ne sommes qu’au quart de nos capacités de survie. Nous attendons avec espoir les décisions du Conseil Régional et celles du Conseil Général. Sans eux, nous ne passerons pas l’année.

Un C.A. en partie renouvelé

La moitié des postes était à renouveler. Particularité. Cette année, pour la première fois depuis longtemps, il y avait plus de candidats que de postes à pourvoir dans un des collèges. Il fallait donc faire le choix d’éliminer l’une des candidatures. Difficile quand on sait l’abnégation que représente souvent la décision de se porter candidat.

Personne ne s’est ennuyé

Classique. Les A.G., c’est assommant et, pourquoi ne pas le dire, endormant. Mais il faut bien faire avec ce moment incontournable de la vie démocratique d’une association. Cette fois-ci, l’avis semble avoir été unanime. On n’a pas vu le temps passer. Bravo à ceux et celles qui l’ont préparé, de la table du pot au montage diapo en passant par l’aménagement de la salle. En direct des associations

Aide à Toute Détresse Quart Monde

Coordonnées : Le Plan d’eau - 12 rue Caulier - Saint Pol sur mer

Activités :

Permanences : tous les mercredis de 14 h à 16 h 30 (N.B. entre gens du quart monde le moyen de communication le plus répandu est le bouche à oreille)

Réunion des membres actifs du groupe local, une fois par mois.

Réunion de l’Université populaire, environ toutes les 6 semaines à Lille. Chaque réunion a un thème : la violence, la presse, l’eau et l’électricité, par exemple. Chaque réunion est soigneusement préparée au niveau local. Elle consiste à recueillir les expériences et les réflexions exclusivement des personnes du quart monde, à partir d’une grille de questions communiquée par Lille. Un compte-rendu en est fait et envoyé à Lille qui reprendra, mot pour mot, les propos recueillis dans les 15 antennes du mouvement pour les transmettre à la délégation à Paris. Là, ils orienteront les choix du mou-vement. L’Université populaire sera un temps d’échange avec des invités. Tout est transcrit.

La défense des intérêts des plus pauvres : droits fondamen-taux, partenariats, collectifs, comité de quartier, droits de l’homme, réseaux Wresinski, Tapori (8/13 ans), Jeunesse quartier (11/25 ans), etc.

Des rires et des larmes

Comment moi, citoyen pauvre, je peux faire confiance à des gens qui m’ont tenu dans la misère et la précarité depuis ma tendre enfance ? Peuvent-ils comprendre, ces gens, que pour moi, demain, c’est rien. Ce qui compte, c’est comment je peux survivre maintenant.

« Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’Homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré ». Tel était le langage de Joseph Wresinski, fondateur du mouvement A.T.D. Quart monde. Etre proches des familles dans la misère, c’est ce que tentent de vivre la bonne quinzaine de membres du groupe local de ce mouvement. « Pour ceux qui n’ont pas connu la misère, cela suppose que ceux qui la connaissent vous aient accordé leur confiance », nous a dit Monique Dubois, l’une des membres de ce groupe que nous avons interrogée. Il n’y a rien de plus formateur que d’apprendre directement de ces familles comment la maintenir. Et réciproquement d’ailleurs. « On s’engueule. On s’embrasse. On agit. On pleure ensemble parfois. On rit ensemble aussi », a-t-elle ajouté.

L’objectif principal du mouvement, c’est de faire entendre la voix des plus pauvres et ainsi de créer un courant qui interpelle les responsables politiques, économiques, religieux, culturels et institutionnels. Même si parfois leurs actions défraient la chronique, ce n’est pas leur principal objectif. « C’est de résoudre concrètement, avec les personnes concernées, les lourds problèmes que les familles rencontrent », nous précisera Monique. « Nous ne sommes pas des casseurs. Nous sommes des noueurs de fil », le fil de la confiance depuis longtemps interrompu avec les diverses administrations, par exemple.

L’organisation d’A.T.D. ?

Difficile à comprendre pour qui n’est pas à l’intérieur.

Plutôt qu’à celle d’une association avec ses règles démocratiques, elle ressemble à celle d’une famille. Tous les problèmes sont abordés à plusieurs, jusqu’aux comptes-rendus de réunion qui sont systématiquement faits à deux, par un du quart monde et par un qui n’en est pas. « On rend systématiquement compte de ce que nous faisons à la délégation régionale de Lille, voire à celle, nationale, de Paris. En retour, ils nous aident de leurs expériences, de leurs savoirs et de leurs réflexions. » N’imaginez pas une quelconque personnalisation. Monique, on la connaît au Carrefour. Michel et Marcel sont les correspondants de l’université populaire, Cécile tient les permanences, Jean, Claude, Laurent et Serge s’occupent plutôt des droits fondamentaux, Françoise s’attache à faire connaître l’histoire du mouvement, etc. Reste que cette grande famille, ça risque de vous manger de l’intérieur et de ne pas vous laisser beaucoup d’espace pour vivre votre vie. En ont-ils, ceux qui sont du quart monde ? La misère est intolérable et inacceptable.

Un baiser de loin

Il y a des jours où tu me demandes
une cigarette toute faite.
Une autre fois, tu me demanderas du tabac et des feuilles
et tu te la rouleras, toute seule.
Si tes doigts sont engourdis par le froid,
tu me demandes de la rouler pour toi
et nous restons un moment ensemble tous les deux.
Il y a toujours le cérémonial du feu
où tes mains si douces enveloppent les miennes.
J’aime bien quand il y a du vent,
comme ça tes mains restent plus longtemps
sur mes mains.
Mais le meilleur, c’est quand on partage une cigarette
tous les deux : ta dernière ou ma dernière.
C’est comme un baiser de loin,
comme si on échangeait
un petit morceau de nous-mêmes,
c’est juste entre nous.
Souvent il ne me reste qu’une cigarette,
je le fais un peu exprès,
et j’attends que tu n’en aies plus toi aussi
pour la partager avec toi.

Jérôme

Ce poème est tiré du livre : Poèmes de la nuit, édition Cana, 2000, « Paris, La Moquette. Lieu magique animé par les compa-gnons de la nuit, espace créateur de liens entre les personnes, blessés de la vie ou ex-clus de la société, qu’ils soient avec ou sans domicile fixe, d’enrichissement intérieur, d’espérance humaine. Chaque semaine, ces hommes, ces femmes se retrouvent pour un temps de création et d’expression, en atelier d’écriture, afin de dire leur vie, d’écrire leur vérité, d’imaginer leur a-venir, avec leur intelligence et leur cœur. Ces poèmes de la nuit sont le fruit de leur inspiration personnelle et collective…. » Ces poèmes sont disponibles au Carrefour.

Portes ouvertes à Emmaüs

les 30 avril et 1° mai de 10 h à 18 h

Des ventes exceptionnelles
Visite guidée de la communauté
Restauration
Buvette – crêpes
Animations

Emmaüs Dunkerque
62 rue de la Gare 59760 GRANDE SYNTHE
tél 03 28 21 24 88 - fax 03 28 21 23 34

20 ans au service des hommes
Le Carrefour souhaite à Emmaüs un bon anniversaire !

Le dossier : les nouveaux ateliers « Echanges et découvertes »

Nous vous avions informé, dans un précédent numéro, de l’évolution que nous allions donner à l’ancienne commission « femmes, familles ». Tout en gardant, nous l’espérons, ceux et celles qui ont apprécié cette commission, cette nouvelle formule devrait attirer d’autres bénévoles et d’autres professionnels. Simple changement de nom ? Mise au goût du jour ? Découvrons la première série de réunions auxquelles nous vous invitons.

Auparavant, chaque réunion était l’occasion d’aborder un nouveau thème. Nous gardons le même principe tout en permettant de prendre un peu plus son temps. Ainsi nous commençons l’année 2005 en vous proposant le thème du surendettement.

Nous vous proposerons d’y revenir au cours de plusieurs séances, une par mois, d’ici l’été. Et, à chaque séance, nous aurons une façon différente d’aborder le même thème suivant un cheminement que nous bâtirons ensemble.

Ainsi, au cours de la première séance prévue le avril de 14 h 30 à 16 h 30, nous vous proposons d’apporter votre propre expérience du surendettement ou celle des gens que vous connaissez bien. Comment ça se passe ? Quels problèmes ça pose ? Comment vous en êtes-vous sorti ou qu’ont fait les gens que vous connaissez ? Ce qui serait encore mieux, c’est que vous ayez eu le temps de préparer cette réunion avec des gens de votre association qui ne pourront pas venir.

Un groupe de travail actif à la mesure de chacun

Ce que nous cherchons, c’est que vous participiez, chacun à votre mesure, au travail du groupe. Nous prendrons donc des méthodes différentes pour chaque séance. Après la séance d’échanges d’expérience, nous projetons d’aller voir la salle de la banque de France où se déroulent les séances de la commission de surendettement. Nous avons l’accord de principe de son directeur et on pourra nous expliquer comment cela se déroule, quelles décisions sont prises, dans quelles circonstances. Pour la séance suivante, pourquoi ne pas imaginer que quelqu’un nous présente les dispositions de la dernière loi sur la faillite personnelle. A quelles conditions les dettes contractées peuvent être effacées ? Et puis d’autres idées que vous pourriez nous proposer.

Un groupe de pilotage et d’évaluation

Pour tenter de coller au plus près de vos demandes et de vos besoins, nous avons formé un groupe de pilotage dont vous trouverez ci-joint les membres. Tous les deux mois, c’est lui qui construit les séances sui-vantes et qui choisit les thè-mes que nous pourrions abor-der.

Il aura aussi pour tâche de faire l’évaluation des séances de travail. Evidemment, ce travail d’évaluation se fera avec l’aide des participants. Qui mieux qu’eux sont susceptibles de savoir si ce qui a été entrepris correspond bien à ce qu’ils en attendaient.

N’hésitez pas à transmettre aux membres de ce comité de pilotage, vos réactions et vos idées.

Chaque mois une présence régulière dans le journal

Dans le but, toujours, de faciliter nos échanges et de permettre à chacun de profiter des découvertes de ce groupe de travail, notre journal rendra compte tous les mois de ce qui se sera passé dans le groupe. Il se fera l’écho des discussions. Au besoin, il consacrera régulièrement un dossier au thème qui aura été choisi.

Les futurs thèmes

Nous avons commencé à réfléchir aux futurs thèmes qui pourraient être abordés dans le cadre de ces nouveaux ateliers. Après débat au sein du comité de pilotage, nous avons pensé aux questions suivantes :

- les conduites dépendantes (drogue, alcool, tabac, etc.)
- les jeunes : leurs galères et les solutions qu’ils trouvent pour passer à travers
- les nouvelles formes prises aujourd’hui par les familles (femmes ou hommes seuls avec leurs enfants, couples recomposés, unions sans contrat, PACS, etc.)

Nous en reparlerons dans une prochaine séance afin que les participants puissent indiquer leurs préférences.

L’endettement vu par l’aide alimentaire

Voici ce que nous disions de l’endettement dans le dernier bilan de l’aide alimentaire.

« les personnes ou foyers qui ont des problèmes de dettes cumulent en moyenne un peu plus de deux types de dettes. L’origine de celles-ci évolue peu en masse, d’une année sur l’autre.

Entrent dans la catégorie, dettes de consommation, les dettes contractées pour des consommations de première nécessité comme l’eau, l’électricité ou le logement.

La baisse globale du nombre de foyers ayant des dettes s’explique essentiellement par les nouveaux critères d’accès aux aides retenus par les associations. Celles-ci ont en effet décidé, en 2004, de ne plus intégrer dans leurs calculs les dettes contractées par les personnes ou par les foyers.

Difficultés financières au Carrefour !

Nous accueillons pour la première fois ce mois-ci, Arnaud Saindenis et ses dessins. Il s’est offert de nous accompagner bénévolement de son regard décalé et parfois féroce.

Qu’il en soit ici remercié.

Débats

Lieu d’échange et de confrontation, le Carrefour est souvent le théâtre de débats et de recherches lancés par certains et repris par d’autres. A l’occasion, cette nouvelle rubrique vous en rendra compte. Si vous voulez y participer, il n’est pas besoin de savoir écrire comme à l’école. Vous nous téléphonez ou, à l’occasion, vous en parlez à l’un des membres du comité de rédaction. On va discuter le coup avec vous et on le racontera dans notre prochain numéro. Ce que vous pensez nous intéresse et peut intéresses d’autres que vous.

Paradoxe

Le souhait exprimé par le C.C.A.S. de Dunkerque et les élus qui le président de devenir membre du Carrefour fait débat au sein du Carrefour, même si le C.A. a décidé d’y répondre positivement. Les points de vue présentés par certains élus au cours du débat de notre A.G. en sont le témoignage éclairant.

Nous sommes confrontés, élus, C.C.A.S. et associations à la même dure réalité, nous a dit le premier. Des gens vivent dans la misère et cela est inacceptable pour tous. Travaillons ensemble. Interpellons d’une même voix. Les responsabilités de cette situation ne sont pas locales. Elles sont nationales, voire au-delà.

Elus et associations n’ont pas la même perspective, a affirmé le second. Etre partenaire, ce n’est pas forcément avoir le même point de vue. Il n’est pas toujours possible de parler d’une même voix. J’attends des associations qu’elles nous disent leur point de vue sur les problèmes que nous avons en commun. Elles doivent faire des propositions et mener des actions pour les faire aboutir. Comme élu, je ne suis pas sûr de les suivre.

Responsable communale, je n’attends pas forcément de solutions à l’échelle d’agglomération où se situe le Carrefour, a enchaîné la troisième.

Points de vue contradictoires ? Paradoxe ?

Le Carrefour des solidarités n’est pas une simple association. Elle est elle-même le rassemblement de points de vue différents, de philosophies qui ailleurs s’opposent, voire d’organisations qui sont en concurrence vis-à-vis des financements, par exemple. Lorsqu’elle mène une action, c’est après avoir fait un long travail de débats et de réflexions communes. Elle fonctionne parce qu’aucun de ses membres n’entend imposer aux autres son point de vue.

L’urgence

faillite des politiques publiques

En février, nous vous avions invité à participer à la rencontre organisée par le collectif régional « Alerte ! » à Valenciennes. Quelques membres du bureau du Carrefour ont pu s’y rendre. Carnets de note.

Pierre Mulliez, vice président, a noté que malgré quelques figures imposées de certains politiques, un grand consensus s’était dégagé dans les approches de la situation, sur l’importance du dialogue et de l’écoute, sur la nécessité de créer du lien entre les gens. Dans les discussions, deux certitudes, partagées par les responsables politiques quelles que soient leurs tendances, l’ont particulièrement frappé. D’une part, la politique d’urgence, réponses collectives aux situations de précarité, ne devrait pas exister. Elle est le résultat d’une carence, d’une faillite des politiques publiques. D’autre part, cette politique d’urgence elle-même est en crise. Plutôt que de construire des réponses aux situations d’urgence, ne devrait-on pas plutôt travailler à anticiper pour éviter ces situations.

Thérèse Caulier, quant à elle, a noté avec un grand intérêt la présence à Valenciennes de nombre de personnes en difficulté et ce qu’elles ont dit. Florilège. « On ne dit pas S.D.F., mais usager. D’abord je ne suis pas sans domicile. Je vis dans la rue. » « Je ne suis pas un moins que rien, un pestiféré. » « Le revenu minimum d’insertion, c’est un dû du gouvernement. » « Je vais t’apprendre. (sous entendu, tu ne sais pas faire). » « Quand j’arrive à l’université populaire, j’ai l’impression de retrouver des gens que je connais, des gens de ma famille. »

L’un comme l’autre ont noté que l’important n’est pas de « faire pour », mais de « faire avec » et de redonner la parole aux citoyens pauvres.

La carpe et le lapin

Au Carrefour, on n’est pas à une contradiction près. Aucune des associations qui le constituent ne se ressemble vraiment au point qu’on peut parfois se demander s’il ne s’agit pas du mariage de la carpe et du lapin. Mais on sait que ce qui nous rassemble ce sont les gens qui souffrent et auxquels on vient en aide. Lorsqu’on est bénévole, on choisit son association pour s’y retrouver avec des gens qui vous ressemblent un peu et avec lesquels on est grosso modo d’accord. Au Carrefour, c’est presque le contraire. Plus on est différent, mieux on s’en trouve. Parce qu’on est différent, on essaye de n’éviter aucun des sujets qui fâchent. Mais, dans le même temps, on le fait avec prudence en respectant l’expression de tous les points de vue et en essayant de s’approcher de la vérité des choses.

Pas facile. Les discussions au sein du comité de rédaction du journal en sont le témoin vivant. Comme vous pouvez le voir, on a veillé à ce que ce comité soit composé de personnes qui ont des sensibilités associatives, philosophiques voire politiques différentes. Les expériences de travail de solidarité y sont aussi diverses. Chaque mois nous prenons deux bonnes heures pour choisir les sujets qui seront traités dans le journal et pour ajuster l’expression de chacun des articles.

Au fur et à mesure de l’expérience, nous avons défini les thèmes de chaque feuille du journal et les règles

de rédaction que chacune devra suivre. Dans la première vous trouvez, en dehors de l’agenda des activités du Carrefour, un point de vue qui lance un débat ou participe à l’expression d’un problème. La deuxième est réservée aux actions que mène le Carrefour. Puis vient la présentation de l’une des associations membre du Carrefour. Là nous avons voulu éviter la langue de bois ou le point de vue trop technique. C’est donc sous la forme d’une visite ou d’une rencontre que la présentation en est faite, jamais sous celle d’une présentation de l’association par elle-même. Nous ne demandons à l’association concernée que de rectifier les erreurs qui auraient pu se glisser dans l’article rédigé par les visiteurs. La quatrième feuille est habituellement réservée à une expérience menée par une association. Mais elle peut accueillir d’autres sujets. Enfin, les feuilles centrales sont constituées par un dossier qui tente de faire le tour d’une question ou d’une expérience. Nous ouvrons aujourd‘hui les dernières pages qui, lorsque l’occasion s’en fera sentir exprimera les débats qui nous traversent.

Nous croyons savoir que cette formule est accueillie positivement par beaucoup de lecteurs. Mais nous n’en sommes pas sûrs. Les lapins parlent, comme chacun sait. C’est beaucoup plus difficile pour les carpes qui sont pourtant de charmants poissons. Foin de métaphore animalière, on aimerait bien savoir ce que vous en pensez. N’hésitez pas à nous en parler.

Le comité de rédaction

Emmaüs communique :

Tabgha « Epicerie »

Une deuxième présentation du projet d’Epicerie solidaire, désormais mis en place, aura lieu

le jeudi 21 avril à 14 h à Tabgha
21 rue Vauban - 59140 Dunkerque - tél : 03 28 25 01 77

Merci de prévenir de votre présence.

Le Carrefour des solidarités, c’est 17 associations Plus de 850 bénévoles, plus de 500 professionnels et plusieurs milliers de citoyens pauvres.

L’A.A.E. (Association d’Action Educative), l’A.F.A.D. (Association d’aide familiale à domicile), l’A.J.S. le bon emploi de la solidarité, l’Armée du Salut, A.T.D. (Aide à toute détresse) Quart Monde, A.C.L. (Association Cité Liberté) Proxi Pol, Emmaüs, IMANI (Initiative, Médiation, Accompagnement, nécessaire à l’intégration), La Croix Rouge, le P.A.C.T. (Protection, amélioration, conservation, transformation de l’habitat), Le Phare, Puissances T, le Secours Populaire, les Restaurants du Cœur, Association Louise Michel, le Secours Catholique, la Société Saint Vincent de Paul.

Comité de rédaction : Christine Ammeloot, Jocelyne Bot, Thérèse Caulier, Isabelle Damiani, Jean-Marie Gueuret, Françoise Lavoisier, Pierre Morel, Pierre Mulliez
6-8 rue du Ponceau, 59140 Dunkerque - tél 03 28 63 70 40 - fax 03 28 63 70 60 - e-mail : chantiers@carrefourdessolidarites.org

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