Le journal n°45 - Février 2005
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Sommaire

- Alerte au Tsunami à Dunkerque !
- Ne te laisse pas mourir lentement !
- Coupures d’eau des solutions municipales ?
- En direct des associations : Le Secours Catholique
- La solidarité est un délit !
- Le dossier : URGENCE SOCIALE !
- La société de l’urgence sociale ?
- La Maraude
- Crève, misère !

Agenda

7 février - journée alerte à Valenciennes - voir page 5

18 février de 16 h 30 à 18 h - dans les locaux de la Maison de quartier de la Basse ville à Dunkerque, rue de Soubise - rencontre de Mr Jean LeGarrec, député

21 février - de 18 h à 20 h - Conseil d’administration du Carrefour

25 février - de 14 h à 17 h - groupe de parole n° 2

25 février - à 14 h, salle Michel à l’A.A.E. - 41 rue du Fort Louis - Présentation par Emmaüs de l’épicerie solidaire « Tabgha »

Alerte au Tsunami à Dunkerque !

Radios et télévisions n’ont cessé de nous entretenir ces dernières semaines de la catastrophe de l’Asie du Sud Est et des milliers de morts et de sans abris qu’elle a créé. Elles ont célébré la solidarité enfin retrouvée des français qui, généreusement, ont participé financièrement aux besoins humains ainsi suscités. Elles nous ont raconté les grandes décisions prises pour, à l’avenir, prévoir suffisamment à l’avance de telles catastrophes.

Les associations membres du Carrefour des solidarités, par leurs réseaux internationaux, ont participé à leur mesure à cette mobilisation. Elles ont réuni des fonds et les ont transmis à leurs correspondants locaux, mieux capables qu’eux-mêmes de bien connaître les besoins réels des populations locales. Quand on a l’habitude de faire pour ses voisins, on ne se pose pas de question pour venir en aide à ceux qui souffrent et qui sont loin de chez soi.

Oui, mais ! Nous ne pouvons pas ne pas ressentir comme un malaise devant ce déploiement inattendu de solidarité internationale et ce sursaut de générosité générale si médiatisés.

Question. Pourquoi faut-il attendre que nos médias fassent du papier ou de l’image en profitant d’une catastrophe pour émouvoir la ménagère de cinquante ans ?

Autre question. Toute proportion gardée, un tsunami, nous en connaissons un tous les ans à côté de chez nous. A Dunkerque, l’année dernière, près de 5000 personnes ont dépendu de la solidarité de leurs semblables pour pouvoir manger tous les jours, parce qu’ils n’avaient pas de travail. Nous n’avons pas besoin d’organismes internationaux pour savoir qu’il y a de grandes chances que nous revoyions la même chose en 2005. Catastrophe naturelle inévitable ? Catastrophe sociale dont nous sommes tous solidairement responsables.

Ne te laisse pas mourir lentement !

Il meurt lentement
Celui qui ne voyage jamais,
Celui qui ne lit pas,
Celui qui n’écoute pas la musique,
Celui qui ne sait pas trouver grâce à ses yeux.

Il meurt lentement
Celui qui détruit son amour propre,
Celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement
Celui qui devient esclave de l’habitude,
Refaisant tous les jours les mêmes chemins,
Celui qui ne change jamais de repères,
Ne se risque jamais à changer la couleur de ses vêtements
Ou qui ne parle jamais à un inconnu.

Il meurt lentement
Celui qui évite la passion
Et son tourbillon d’émotion
Celles qui redonnent la lumière dans les yeux
Et réparent les cœurs blessés.

Il meurt lentement
Celui qui ne change pas de cap
lorsqu’il est malheureux au travail ou en amour,
celui qui ne prend pas de risques pour réaliser ses rêves
celui qui, pas une seule fois de sa vie,
n’a fui les conseils sensés.

Vis maintenant !
Risque-toi aujourd’hui !
Agis tout de suite !

Ne te laisse pas mourir lentement !
Ne te prive pas d’être heureux !

Pablo Neruda

Coupures d’eau des solutions municipales ?

Depuis deux ans, nous travaillons pour réduire totalement les coupures d’eau pour raison sociale sur le territoire de la commune de Saint Pol sur mer. Nous rendrons compte dans notre prochain journal des résultats positifs de ce travail mené tant par le C.C.A.S. de la ville que par les associations, la Lyonnaise des eaux et les autres services sociaux. Mais, venant de Saint Denis, il semble qu’une solution plus systématique puisse être trouvée. Ainsi en témoigne la déclaration du Maire, Monsieur Didier Paillard. Loin de s’opposer, ces deux solutions semblent à y réfléchir complémentaires.

« La sous-préfecture de Saint Denis vient de me faire savoir que l’arrêté municipal pris par la ville de Saint Denis contre les coupures d’eau pour les familles en difficulté économique et sociale, est déclaré recevable. Sa légalité est reconnue par l’Etat. Il est donc exécutoire sur le territoire de notre commune.

Au nom de la municipalité, je me réjouis de cette décision. En prenant cet arrêté le 9 novembre dernier, nous répondions à une demande de familles qui avaient été victimes de ces coupures d’eau ou étaient sous la menace de cette mesure. Des professionnels de santé et des travailleurs sociaux nous avaient également alertés.

Elément indispensable à la vie, l’accès à l’eau est reconnu dans de nombreux textes nationaux et internationaux comme un droit fondamental de toute personne. Priver des familles en difficulté de ce droit constitue une atteinte à la dignité humaine et une mise en danger de leur santé.

Notre arrêté municipal étant conforme à la loi, il s’applique sans tarder. J’en informe dès maintenant tous ceux qui sont concernés par cette décision : syndicat des eaux, distributeurs, syndics privés, bailleurs sociaux, amicales de locataires.

Cette avancée importante nous incite également à poursuivre notre action pour obtenir l’arrêt définitif des expulsions de locataires de bonne foi, ainsi que l’interdiction totale des coupures de gaz et d’électricité des familles en difficulté.

Saint Denis, le 17 janvier 2005 »
(dossier à suivre)

En direct des associations : Le Secours Catholique

17 Quai de Mardyck - Tél. 03 28 66 90 90
Sur le dunkerquois : 7 secteurs, 133 bénévoles

Trois axes :
- promouvoir la place et la parole des pauvres.
- agir pour la transformation sociale et la justice.
- témoigner de l’évangile

Son organisation :

Bien que née juste après la deuxième guerre mondiale, elle est dans la lignée du centralisme napoléonien dont notre propre administration est un exemple encore vivace. Le Secours Catholique est une association nationale. Dans chaque diocèse, ce qui correspond à peu près à nos départements, une déléga-tion, qui elle-même est divisée en sous délégation comprenant plu-sieurs secteurs (7 ici). Chaque délégation a un président, béné-vole, et un délégué diocésain, salarié. Chaque secteur a un animateur, bénévole ou salarié. « C’est un service d’église », nous a dit Michel Hanscotte, son délégué. « Le délégué diocésain est nommé par l’évêque. Mais nous venons en aide évidemment à toute personne. »

le Secours Catholique ou Caritas France est membre de Caritas Internationalis. Cela facilite gran-dement la circulation directe des aides d’un pays à l’autre sans passer par les gouvernements.

Le service solidarité emploi,

Situé 7 rue de Saint Pol, recherche d’emploi, cv, journaux, internet, photocopies, timbres, gratuit pour les sans emploi, on y remplit beaucoup d’imprimés, surtout pour les étrangers.

Efficace et responsable

En quasi voisin du Carrefour, nous avons rendu visite ce mois-ci au Secours Catholique dont le local, à Dunkerque, est à quelques pas de nos locaux. Comme à chaque fois, notre délégation est composée d’Isabelle et de Jean-Marie.

Nous entrons dans une maison, d’extérieur bourgeois. A gauche, un petit bureau largement éclairé, fait pour l’accueil des personnes. A droite, une grande salle où des vêtements sont rangés sur des tables ou des penderies dans un ordre et une propreté impeccables. C’est le vestiaire. Papiers peints et peintures n’ont pas été refaites depuis longtemps. On sent bien que l’important, c’est l’aide qu’on apporte concrètement ou la relation personnelle qu’on établit, pas l’environnement. On ne s’y paye pas de mots ou de faire semblant.

A l’étage, nous sommes chaleureusement accueillis dans une salle de réunion par un groupe de personnes qui s’éclipsent au moment où nous nous installons autour d’une grande table. Jean, sourire aux lèvres, nous raconte le Secours Catholique. Il sera bientôt rejoint par Andréa, retenue quelques instants pour clore des opérations comptables qui ne peuvent pas attendre. Efficacité, nous vous disions.

C’est d’ailleurs cette efficacité qui a convaincu Jean d’y venir, il y a plus de dix sept ans. « Efficacité et responsabilité », nous précise-t-il. « Tu peux décider, par exemple, de toi-même, d’attribuer une aide financière, après avoir fait le tour de la question avec la personne que tu reçois ». Andréa complètera en précisant que l’aide n’est attribuée que si la personne ou le foyer a su utiliser toutes les aides légales. « Au besoin, on les aide à les obtenir », souligne-t-elle. « Et si l’aide nécessaire dépasse 75 €, la décision est prise en commission », ajoute Jean. C’est d’ailleurs ce qui les frappe le plus actuellement. Le nombre de gens sans ressource augmente fortement. Près de 30 % de sommes supplémentaires ont été attribuées de 2003 à 2004. L’aide alimentaire existe. Mais quand les factures d’assurance d’habitation ou de mutuelle arrivent, certains ne savent pas comment faire face.

Ce n’est bien sûr pas la seule activité du Secours Catholique : vestiaires, club de personnes âgées, accueil d’enfants en vacances, soutien scolaire, groupes d’ados, groupes de convivialité, service solidarité emploi, etc. « Nous répondons aux besoins concrets d’un secteur », décrit Jean. « Souvent, d’ailleurs, nos initiatives ont été reprises par les municipalités. Et c’est bien ainsi. » L’objectif, c’est de promouvoir la place et la parole des pauvres, par des actes créateurs de dignité, de solidarité et de partage.

L’adhésion au Carrefour ? Elle a coulé de source. On ne peut pas « s’associer avec les pauvres », comme le proclame la plaquette de présentation du Secours Catholique, sans vouloir se coordonner avec ceux qui ont la même ambition. Mettre des visages sur le nom des personnes avec lesquelles on est en relation, s’épauler, se former ou apprendre avec eux, c’est ce que nous apporte le Carrefour.

Les horaires du Secours Catholique

solidarité emploi : ouvert le lundi et le jeudi de 9 à 11 h 15
vestiaire : le mardi de 14 à 16 h
permanence : les lundi, mercredi, jeudi et vendredi de 14 à 17 h 30

Bon anniversaire au Secours Populaire

Il y a soixante ans naissait le Secours Populaire pour accueillir et venir en aide aux « éclopés de la vie ». L’anniversaire a été fêté en grande pompe à Lille, dimanche 23 janvier. Nous vous avons présenté le comité dunkerquois et son action dans notre n° 35 de février de l’année dernière. Depuis, le comité s’est doté d’un nouveau responsable : Jean-Marie Sornin. Nous l’interrogerons dans l’une de nos prochaines éditions. En attendant : Bon anniversaire !

Asie du Sud Est
La solidarité continue

Les associations qui reçoivent les dons pour les sinistrés du Sud Est asiatique nous signalent qu’elles continuent à les recueillir. Les besoins de la reconstruction ne cesseront pas avant longtemps.

La solidarité est un délit !

Deux personnes inculpées d’aide à des étrangers en situation irrégulière sont passées devant le tribunal de Dunkerque. Elles ont été condamnées à une amende de 1 500 € avec un sursis de 5 ans. A Dunkerque donc, la solidarité à l’égard d’un étranger est un délit. Au moment où nous commémorons la fin d’Auschwitz et où nous nous demandons comment un peuple a pu en arriver là, cette scène de fascisme ordinaire et rampant nous est insupportable. Nous avons signé, avec plusieurs autres associations et avant que ne soit prononcée la condamnation, le communiqué suivant.

« Vendredi dernier, deux personnes ont été mises en jugement au tribunal de Dunkerque pour avoir apporté leur aide à des personnes migrantes en extrême difficulté. Les associations signataires de ce communiqué affirment leur entière solidarité avec elles. C’est chacun de leurs membres qui auraient pu être à leur place devant le tribunal. Ces associations ont d’ailleurs apporté une aide concrète, couvertures, nourritures, médicaments, produits d’hygiène courante, soutien juridique, aux personnes migrantes soit directement soit par l’intermédiaire des deux inculpés.

Les associations signataires affirment leur indignation devant les propos homophobes entendus au tribunal. Leur conviction est que la solidarité s’entend toujours sans contrepartie mais aussi qu’une accusation sans preuve relève de la diffamation. Elles confirment ici que leur soutien aux deux personnes inculpées s’est fait dans la clarté et s’est exercé bien avant leur inculpation.

Les associations signataires affirment avec force leur désaccord complet avec l’interprétation de la loi que pourrait faire le tribunal si elle les condamnait. La solidarité humaine ne peut être un délit dans une République construite sur la fraternité. »

Les associations qui suivent ont signé ce communiqué : Le Carrefour des solidarités, La ligue des droits de l’homme, Le groupe Louis Lecoin, Emmaüs., Les Verts, Les associations qui suivent étaient présentes au Tribunal pour soutenir les deux prévenus et n’ont pas eu le temps de donner leur accord au communiqué : Le collectif « C’est sûr », Le Secours Catholique, la C.L.C.V.

Le dossier : URGENCE SOCIALE !

« Du normal pour tout le monde ! »
Eliot, 8 ans

La journée de travail organisée par le Collectif Alerte se déroulera

le 7 février 2005 - de 9 h à 17 h - au Royal Colisée de Valenciennes
13 rue Tholozé
59300 Valenciennes (face à la gare)

L’hébergement d’urgence dans la région dunkerquoise

Toute demande d’hébergement d’urgence doit trouver sa solution en appelant le 115. Dans la région dunkerquoise, c’est la C.A.O. (coordination, accueil, orientation) qui est chargée de mettre en œuvre concrètement les réponses avec l’aide du réseau associatif et de ses capacités d’accueil. Les personnes qui sont à la rue éprouvent-elles les mêmes difficultés rencontrées dans le reste de la région du Nord-Pas de Calais ? Le bilan de la C.A.O. pour 2004 n’est pas encore paru. Dès qu’il le sera, nous vous en reparlerons plus longuement. Notons toutefois, que l’année précédente, ce sont près de 4000 personnes qui avaient fait appel à ses services, moitié par l’intermédiaire du téléphone, moitié en se présentant à ses bureaux, rue du Ponceau, à la même adresse que le Carrefour.

La société de l’urgence sociale ?

Le 7 février, le collectif Alerte régional organise une journée de travail à Valenciennes sur l’urgence sociale et sur l’expression des personnes en difficulté. Le Carrefour des solidarités fait partie de ce collectif. En voici le texte introductif. On y reconnaîtra la plupart des thèmes de nos propres actions et interrogations.

Le collectif Alerte a souhaité, avec l’ensemble des partenaires associatifs oeuvrant dans la lutte contre les exclusions, organiser une journée régionale pour mesurer les actions engagées face aux situations d’urgence et développer l’accès aux droits fondamentaux, avec des maires qui prennent des arrêtés de lutte contre les expulsions. Le Collectif Alerte souhaite également sensibiliser l’opinion publique et promouvoir les engagements citoyens.

Sur le département du Nord, entre le 1er janvier et le 30 septembre 2004, 6000 personnes ont effectué une demande d’hébergement d’urgence, dont 2500 personnes sont restés sans réponse d’hébergement. Parmi ces personnes, des hommes, des femmes, des enfants doivent, faute de réponses positives du 115, trouver des solutions précaires afin de pouvoir dormir ! Cartons, couvertures, voitures… sont les moyens de survie pour un nombre de personnes de plus en plus nombreuses !

Mais l’urgence sociale prend plusieurs formes, et ne s’arrête pas à l’hébergement, c’est aussi l’alimentaire, la santé…, la situation serait catastrophique, si les acteurs de l’urgence sociale ne se mobilisaient pas dans la région Nord/Pas de Calais.

Les difficultés d’accès effectif aux droits fondamentaux restent malheureusement encore d’actualité, la preuve en est la mobilisation de certains élus locaux contre les coupures d’énergie.

Nous devons également nous interroger sur le droit à l’expression et la participation des personnes en difficulté, afin d’évacuer toute opposition entre la démarche d’aide à la personne, et sa reconnaissance en tant qu’acteur en capacité réelle ou potentielle de participer à la construction des réponses à sa propre situation.

La Maraude

Autrefois, dans le village où ma famille fuyait les bombardements, marauder consistait à cueillir les pommes qui dépassaient les haies des vergers … Aujourd’hui ce ne sont plus des pommes que les « maraudeurs » cueillent le long des rues de nos villes, ce sont ces hommes et ces femmes de l’ombre qui choisissent ou subissent la vie de la rue.

C’est lui, cheveux et barbe à la Victor Hugo, les grands yeux bleus noyés de larmes de froid ou d’alcool, mais les pieds dans un état ! … C’est lui, l’anglais perdu dans notre Flandre, avec son caddy plein à craquer , qui se couche sur un banc d’arrêt de bus un soir, puis un autre soir à vingt kilomètres de là ! C’est elle, jeune mère de famille, incapable de tenir son rôle, et qui refuse tout hébergement tant que son fils ne lui sera pas rendu … C’est lui, ce jeune, vieilli par tant de cachets et de piqûres aux contenus incertains, qui s’étonne de ne plus avoir de gencives pour soutenir des dents creusées par autant de caries, mais qui remercie d’un …sourire ! C’est toutes celles et ceux que le plan grand froid, décidé par une circulaire, mais réalisé par toutes les bonnes volontés, va sauver d’une mort par hypothermie.

Qu’ils soient de l’AAE ou de la Croix-Rouge, les maraudeurs passent, dans la journée et la nuit, et visitent tous ces endroits de l’ombre où un carton, un sac, un matelas sont le témoignage d’une nuit passée à la belle étoile …dans la mesure où les étoiles sont belles par vent de nord-ouest et par moins six degrés à Dunkerque.…

Et les maraudeurs sortent de leur sac … non pas des pommes, mais un café bien chaud, une couverture, une parka bien doublée, un bonnet… pour celui ou celle qui a décidé de braver la nuit et le froid, serrant dans sa poche l’adresse ou le numéro de téléphone … au cas où !

Pierre Morel.

Crève, misère !

Nous reprenons ici un article paru dans Metro du 20 janvier 2005 à Lille, sous la signature de Guy Le Flécher, journaliste. Il nous a semblé traduire nos constats et notre état d’esprit.

« Cela revient chaque année. Comme les engelures ou les mauvais rhumes, comme la galette des rois ou la Saint Valentin. En hiver la France redécouvre ses pauvres. Pour eux, l’hiver commence souvent à l’automne. Pour eux, l’hiver finit-il un jour ? A l’arrivée des premiers froids qui vous tombent dessus comme la vérole dans les temps anciens du bas clergé, il y a ceux qui s’aperçoivent avec horreur que, à quelques mètres de chez eux des personnes luttent pour passer l’hiver vivantes. Ou ceux qui haussent les épaules déplorant un phénomène qu’il faudra bien un jour faire disparaître, « mais tant qu’il y aura la crise… »

Combien sont-ils à dormir dehors chaque nuit. Nous les comptons mal. Nous ne les comptons plus. Comptent-ils encore ? Les pauvres, ça ne parle pas, ou peu. On les désigne quand on ne peut pas les étiqueter. SDF, Rmistes, « nouveaux pauvres », « fins de droits »… Les catégories s’entrecroisent, s’additionnent jusqu’à former ceux qu’on a fini par mal nommer « les exclus ». Les statistiques qui ignorent les visages, ont repérés les « grands exclus ». Désespoirs, divorces, dérives, alcool, drogues ? Le vrai visage de l’ennemi public numéro qui hante les rues de France, celles de Lille comme les autres, est affublé d’un patronyme désormais connu des plus jeunes avant même qu’ils aient eu à user leurs fonds de culotte sur les bancs de l’école : chômage. Dans beaucoup de familles il est la hantise du présent et l’angoisse d’un avenir aussi incertain qu’une file d’attente à l’ANPE. Dès que le travail est perdu, la dégringolade va vite, très vite.

La galère : terrible et redoutée, toujours tapie derrière la nuque, agrippée à l’épaule gauche comme un sale oiseau de malheurs. Les plans : plans pour survivre, plan pour dormir, plan pour manger, plan pour se protéger. Froid devant, tous aux abris. Rien n’est jamais acquis, tout peut se dérober. La manche, autour de la gare, de l’église Saint Maurice, rue Faidherbe, au pied de telle boulangerie, près du distributeur de la Poste, là bas à l’entrée du métro, côté Gambetta. Ici, et puis encore là. Et là. Des clochards gelés, des SDF morts de froid, de trouille. Que les flancs de leurs chiens réchauffent à peine. Des corps émaciés, suppliciés. La manche, ce faible maillon qui relie l’affamé à ceux « qui ont encore ». Pour l’instant… Dans une autre vie, « avant », ils étaient tous quelque chose de différent. Ils avançaient à pas timides et à sous comptés. Mais maintenant ? Le passé s’évade à mots hésitants, comme à confesse, entre ombre et lumière.

On donne une pièce, on se donne bonne conscience. Leurs consciences à eux sont éteintes : par l’hiver, l’épuisement, la faim, l’alcool, le fardeau de leurs perpétuelles gueules de bois. De leurs cartons crasseux, de leurs plastiques lamentables sortent des doigts gourds et bleuis par l’air piquant, des visages ébouriffés et mal rasés, des bouches édentées d’affreuses sorcières, des épaules engoncées dans des manteaux pouilleux, des corps sous-nourris et à l’odeur forte qui feront des cadavres hypothermiques. Survivre dans la rue demande une ingéniosité rare, un courage rien de moins qu’héroïque. La mort guette à l’horizon de quelques heures. La folie n’est pas loin. Les bandits rôdent. Les rats sont là, à même la couche. Ils ont froid, très froid. L’enfer est froid. »

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