Le journal n° 93 - janvier 2009

Sommaire

- Edito : Tenons le coup !
- Réseau, dignité de la personne et complémentarité des membres
- Compagnons de galère
- La participation des familles
- Un calendrier qui donne à penser
- Le Fonds Solidarité Logement en pratique
- La pensée du mois

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journal de janvier 2009

Edito : Tenons le coup !

Il y a des moments où on sent que tout va aller mal, que ça va être de plus en plus dur.

Il y a des moments où, qu’on soit professionnels ou bénévoles, on sent la fatigue proche de vous envahir puis de vous submerger.

Il y a des moments où aucune porte ne s’ouvre et où l’on doit prendre sur soi toute la misère du monde.

Il y a des moments où vous n’avez plus le courage d’imaginer de nouvelles solutions.

Alors chacun en revient aux gestes de survie qu’il a appris d’expérience : marcher quoi qu’il arrive, crier, continuer, manifester, tenir, taper aux portes, recommencer, se serrer les uns contre les autres pour échanger le peu de chaleur qui vous reste, pleurer parfois, tenir, continuer, tenir …

Tenir le coup !

Tenez le coup !

Tenons le coup !

Tel est le vœu que nous avons décidé de vous envoyer en ce début d’année.

Les grains sont déjà arrivés. Les tempêtes s’annoncent. Tenons le coup !

La solidarité sera le premier fruit de cette tenacité.

L’équipe d’animation du Carrefour des solidarités

Réseau, dignité de la personne et complémentarité des membres

Les Assises de la solidarité ont témoigné de la vitalité du réseau que constitue le « Carrefour des solidarités ». Mais …

Celle-ci s‘est manifestée par le nombre des participants, plus de 200, par la présence de la quasi-totalité des associations et structures membres du Carrefour, par celle de nombreux partenaires qui nous accompagnent, par leur présence, et plus encore pour certains par leur engagement formel, ces partenaires ont dit leur reconnaissance de la réalité, de l’utilité de ce réseau.

Une vitalité également manifestée par la convivialité de la rencontre et la multiplicité des échanges, Une vitalité enfin qui témoignait que les intuitions des fondateurs du Carrefour, les missions qui lui ont été fixées restent toujours d’actualité, toujours nécessaires.

Les travaux de nos Assises ont montré combien ce réseau pouvait constituer une réponse à cette exigence qui a été un des fils conducteurs de ces deux journées : le respect de la dignité des personnes, marqué par une attention portée à la diversité des personnalités, des attentes de ceux que nous rencontrons ; un respect de la dignité qui se manifeste également à l’occasion des démarches d’accompagnement ou à travers l’aide matérielle ou financière apportée, par l’attention à la diversité des situations, des problèmes rencontrés, à la complexité des solutions et la nécessité de faire appel à des compétences et des partenaires divers et complémentaires.

Les Assises ont manifesté que ce réseau de compétence existait, qu’il se structurait, que des progrès importants ont été réalisés par les partenaires dans la compréhension de leurs missions et responsabilité respectives, la reconnaissance mutuelle de leurs spécificités et compétences, notamment entre le « monde » des professionnels salariés et celui des bénévoles.

S’il faut se réjouir de ces points positifs, il convient aussi de repérer les points sur lesquels il nous faut encore progresser.

Nous voulons évoquer ici un de ces points d’attention : La participation nombreuse, les interventions des responsables des associations et des structures membres du Carrefour, celles de nos partenaires, disent quelque chose de fort des orientations de chacune, de leur souci de mener des actions cohérentes et complémentaires pour apporter une aide appropriée à toutes les personnes en difficulté. Cette participation ne dit pas nécessairement que tous les membres de ces structures, salariés ou professionnels se sont accaparés cette vision, et qu’ils s’efforcent de faire en sorte que leurs actions se situent dans cette perspective. Il n’est pas utile de citer ici des exemples, chacun en a.

Il ne faut pas s’étonner de ce décalage entre des orientations, et la mise en œuvre des actions correspondante dans la mesure où celles-ci nécessitent non seulement la modification de pratiques mais souvent aussi un changement de regard et d’appréciation sur les situations. Sil ne faut pas s’en étonner, nous pensons au Carrefour qu’il ne faut pas s’y résigner.

Il nous paraît que s’il appartient Aux associations d’assurer suivant des modalités à préciser la mise en œuvre des projets dont les Assises ont dit l’importance et la priorité, il entre dans les missions du Carrefour d’aider les membres des structures et des associations à comprendre et s’approprier les finalités et réalisation du réseau, nous nous y efforcerons.

Pierre Mulliez

Accueil Grand Froid Effet boule de neige dans le grand Nord !

Pour Noêl, l’appel des associations a été entendu par les mairies concernées. Paliant provisoirement aux carences de l’Etat, un accueil « grand froid » provisoire a été organisé par leur soin sur chacun de leur territoire. Les associations ont toujours besoin d’aides, en particulier de bénévoles. L’association Salam

Pierre qui roule, pour une fois, amassant mousse, la commune de Téteghem a donné le ton, samedi soir, à quelques jours de Noël, en ouvrant les portes d’une salle communale aux migrants dans le cadre de l’accueil grand froid.

Le Lundi qui a suivi, la commune de Grande-Synthe suivait le mouvement installant 2 chapiteaux chauffés.

Ce mardi la situation s’arrangeait également pour les réfugiés de Loon-Plage où un chapiteau chauffé à également été dressé.

Très vite des volontaires de tous horizons se sont mobilisés sur place. Les municipalités ont apporté un soutien concret en terme d’aide alimentaire en complément des aides existantes.

De plus, la gestion des sites a été confiée aux associations de terrain, qui se chargent de coordonner le planning des volontaires :

- Téteghem : ASSOCIATION SALAM
Contact : J.L. Willem :06 86 84 67 22 ou 03 28 26 16 31
Accueil de nuit

- Grande-Synthe : MRAP
Contact : A. ZAIBET : 06 63 81 56 74
Accueil 24h/24h

- Loon-Plage : SECOURS CATHOLIQUE & ASSOCIATION SALAM
Contact : J. FLAMEN : 06 14 55 41 29
Accueil 24h/24h jusqu’au 15 janvier 2009 minimum

Un grand merci à Emmaüs pour sa réactivité concernant le transport en urgence de palettes et de couvertures et en général à tous ceux qui se sont et continueront à se mobiliser.

Sur chacun de ces sites, des moyens ont été mis en œuvre pour permettre un accueil grand froid. Les migrants en ont été informés et libre à eux d’accepter ou non d’être abrités.

De bonnes volontés masculines sont activement recherchées pour assurer la sécurité sur les lieux mais avant tout une présence humaine. Prière de diffuser ces informations dans vos réseaux. En effet, il est impératif d’avoir 2 personnes par site en permanence.

Les bénévoles de SALAM

Compagnons de galère

Une nouvelle expérience a vu le jour à Emmaüs Dunkerque….

Quelques 46 compagnons vivent actuellement à la communauté. Il y a une heure, un jour, un mois ou 25 ans, ils ont frappé à la porte de cet accueil. Tous sont arrivés avec peu de bagages… besoin d’un toit…d’une main tendue… la communauté de l’abbé pierre était là… Une main pas forcément parfaite mais qui a le bonheur d’exister.

Aujourd’hui, à quelques mètres de la communauté, il y a plus pauvres qu’eux…et c’est là que toute l’équipe d’Emmaüs a décide d’intervenir…

Des dizaines de migrants, comme disait un enfant : « pareils à des oiseaux qui partent en hiver pour trouver le soleil… », survivent à nos proximités. Des hommes, jeunes pour la plupart, des femmes et des enfants qui espèrent en un avenir, fuient leurs pays… l’Afghanistan, l’Irak, l’Iran… des milliers de kilomètres, de frontières, d’obstacles… ils sont partis depuis 8 jours ou un an et arrivent à la dernière étape de leur rêve : traverser la mer du nord pour atteindre l’Angleterre. Ils sont aujourd’hui à Loon Plage, Grande Synthe ou Tétèghem.

Personne ne les attend ni les accueille ici. Ils vivent donc en « invisibles ». Ils se cachent, dans les bois, fabriquent leurs abris, se font des repas de « fortune »… Des bénévoles appartenant à l’association SALAM partent deux fois par semaine « dans la jungle » distribuer des repas, des habits, des tentes, des bâches. Des médecins les accompagnent pour leur prodiguer des soins…

Et voilà qu’Emmaüs se sent interpellé… « servir premier le plus souffrant » !!!

Une équipe se met en place : compagnons, bénévoles, salariés… tous fédèrent leur cœur, leurs forces et leurs envies et accompagnent Salam sur le terrain.

Un compagnon mijote la soupe du samedi, d’autres préparent le thé deux fois par semaine… et ils partent sur les lieux… Ils découvrent ou redécouvrent les installations précaires, le froid, l’instabilité, la faim… Une merveilleuse magie s’instaure alors…toi qui n’avais plus rien il y a quelques temps, aujourd’hui, tu deviens acteur et c’est toi qui a le pouvoir de la tendre, cette main que d’autres attendent !!!!

Ils agissent, s’affairent… découper le pain, servir le thé, offrir un repas. Ils sont ébahis par la joie de vivre et les sourires de remerciements qu’ils reçoivent. Un compagnon témoigne « j’ai tellement de chance d’avoir un toit, un repas, un travail et de l’affection !!!! » ; « une autre planète à quelques pas d’ici, j’hallucine !! ».

Nous découvrons cette misère…et la nôtre nous semble légère…

Régulièrement, des compagnons s’occupent des livraisons de palettes…indispensables pour fabriquer leurs abris et cuire les repas…ils s’activent à trier chaussures, manteaux chauds, et tout le matériel indispensable qui soulagera un minimum ces frères.

Pas de point d’eau pour se laver ? Nous décidons de permettre aux femmes et enfants de venir une fois par semaine prendre une douche à la communauté. Nous vivons alors un grand moment d’Emmaüs : imaginer l’abbé pierre, du haut de ses « vacances » se régaler de bonheur de voir un compagnon offrir un chocolat chaud à cet enfant tout souriant sortant de sa douche… Les familles SALAM et EMMAUS réunies pour faire la « guerre à la misère »…

Merci à tous, petits grains de sable, oasis de fraîcheur, dans ce désert de misère….

Sylvie DJKR ET TOUTE L EQUIPE EMMAUS

La participation des familles

Il est légitime de se poser la question de la participation des familles quand le personnel de l’AFAD et les membres du Conseil d’Administration œuvrent ensemble pour que le travail de l’association soit reconnu comme étant un véritable travail social. Le travail social est fondé sur la mobilisation de l’individu ou de la famille pour atteindre des objectifs négociés entre le travailleur social et la famille. C’est cet investissement qui est l’élément moteur du chemin vers « l’insertion » et la seule contrepartie qui soit demandée à la famille. C’est la raison pour laquelle le directeur de l’AFAD met aujourd’hui au débat la question de la participation financière demandée aux familles et usagers de l’association. En aucun cas cette réflexion qu’il souhaite partager avec vous n’a prétention à être exhaustive ou à cerner le sujet de la gratuité de l’aide aux familles.

Les militants historiques de l’aide aux familles ont souhaité que les familles aidées puissent « donner un petit quelque chose… », ou ont affirmé « ne pas souhaiter que cela soit gratuit… ». Le sens de cette démarche a été voulu car les militants pensaient sincèrement que la famille nommée aujourd’hui « usager » ne soit pas privée de sa dignité en entrant dans « l’assistanat ».

Les militants voulaient clairement sortir la famille des formes d’aide dites charitables et de l’assistanat. Ils souhaitaient œuvrer dans le champ de l’action sociale. Ces militants souhaitaient que la famille s’implique et s’investisse. L’Aide apportée ne devait pas être « gratuite ».

Aujourd’hui, l’AFAD de Dunkerque se pose légitimement la question de l’impact de cette « participation financière de la famille » et de la notion de la gratuité.

Quel sens la participation financière a-t-elle pour la famille vivant de revenu social ? Quel rôle cette participation financière poursuit-elle socialement ou économiquement ? N’y aurait-il pas d’autres formes de « participation » possibles pour la famille ou doit-elle être obligatoirement « monétisée » ?

Pour cela, il y a lieu de s’interroger sur certains termes tels que « participation, gratuité, don… ».

Par ailleurs, nous constatons que les participations financières des familles, suivies par les services du Département, augmentent de plus en plus. Pour certaines familles cette participation financière demandée peut être un frein à l’accessibilité au droit d’être aidées.

Aujourd’hui, avec l’augmentation du coût de la vie, de l’inflation, de la recherche d’un meilleur pouvoir d’achat, les participations et quotients actuels appliqués rendent l’accès aux intervenantes à domicile très onéreux, bon nombre de familles y renoncent. La simultanéité des charges amplifie le problème. De plus, le travail généré par la présence de deux ou trois petits enfants, ne croît pas de façon « arithmétique » mais « géométrique ».

De l’assistanat à la gratuité et au don

Concevoir la « gratuité » n’est pas une chose aisée, surtout en ce moment. Les discours de notre époque pro libérale souhaitent rompre définitivement avec la société ayant basé le champ social dans l’assistanat et, en ce qui concerne l’Aide aux familles, à vouloir les fondre dans les services à la personne.

En effet le terme « assistanat » est utilisé pour qualifier un système de redistribution ou de solidarité. Il est trop souvent considéré comme manquant d’efficacité, car il encouragerait les individus bénéficiaires d’aides publiques à ne pas chercher à améliorer durablement leur situation économique, voir à reprendre un travail dans la plupart des cas. Ce terme est employé de manière critique par les libéraux pour dénoncer les « excès » et la mauvaise gestion de l’ex-Etat-providence. De ce point de vue, l’assistanat caractériserait les situations où des personnes bénéficieraient d’une aide (c’est-à-dire d’une assistance), notamment financière, de la part des pouvoirs publics ou d’organismes publics en France, de la Sécurité sociale, parce qu’ils seraient en situation de pauvreté ou de perte de revenus, temporaire ou permanente, mais où ces aides seraient accordées de manière inconditionnelle et sans contrôle. Par ailleurs, l’assistanat aurait tendance à nier la « liberté et la responsabilité » de l’individu et, trop souvent, il place l’usager dans un état de dépendance permanent. Il le place sous une forme de sentiment de domination ou encore de clientélisme rendant l’aide et le soutien pervertis donc démagogiques. Aussi la question que nous souhaitons poser aujourd’hui est la suivante : « Peut-on intervenir gratuitement dans la famille sans que cela apparaisse pour de l’assistanat ou encore comme un acte de consommation ? »

(suite et fin dans le prochain numéro)

Un calendrier qui donne à penser

Lorsqu’il faisait partie du comité de rédaction de ce journal, Pierre Morel, alors Président de la Croix Rouge à Dunkerque, avait lancé l’idée de proposer à nos lecteurs, chaque mois, une pensée tirée des plus grands auteurs. Depuis, chaque mois, sauf parfois lorsque nous manquons de place, nous vous proposons la pensée du mois. Et c’est Pierre qui, depuis l’origine, les récolte. Il le fait encore régulièrement aujourd’hui qu’il s’est retraité de ses responsabilités associatives. Nous le remercions chaleureusement en votre nom et vous proposons pour 2009, grâce à son aide, un calendrier qui donne à penser…

Janvier
L’éternité, c’est long, surtout vers la fin.
[Woody Allen]

Février
Un sot ne voit pas le même arbre qu’un sage.
[William Blake]

Mars
A la liberté de provocation, répond la liberté d’objection.
[ Bernard Pivot ]

Avril
Une mauvaise herbe est une plante dont on n’a pas encore trouvé les vertus.
[ Ralph Waldo Emerson ]

Mai
L’homme qui n’a rien à perdre est le plus dangereux de tous les adversaires.
[ Chris Carter ]

Juin
La compréhension est le plus grand cadeau qu’un être humain puisse faire à un autre.
[Christine Orban]

Juillet
Etre contesté, c’est être constaté.
[Victor Hugo]

Août
Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs et rigoureux
de tous ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l’ouvrir.
Pierre Dac

Septembre
Quand les hirondelles volent bas, les pavés se prennent pour des nuages.
[Proverbe français]

Octobre
Citerne contient, fontaine déborde.
[William Blake]

Novembre
La moindre chose contient un peu d’inconnu. Trouvons-le.
[Guy de Maupassant]

Décembre
Ceux qui aperçoivent la lumière avant les autres
sont condamnés à la poursuivre en dépit des autres.
[Christophe Colomb]

Le Fonds Solidarité Logement en pratique

Trouvé dans le dernier journal du Département du Nord.

Les conditions d’attribution du FSL reposent principalement sur le niveau de ressources :

Aide au paiement du loyer et des charges locatives (plafonnéé à 2000 €) : le plafond de ressources est fixé à deux fois le R.M.I.

Aide aux impayés d’énergie (gaz et électricité, plafonnées à 1200 €) : le plafond de ressources est fixé à 1,5 fois le R.M.I.

Aide aux impayés d’eau (plafonnée à 920 €) : le plafond de ressources est fixé à 1,5 fois le R.M.I.. Sont également bénéficiaires les ménages qui perçoivent un peu plus de 1,5 fois le R.M.I. mais à qui il reste très peu d’argent pour vivre, une fois les factures payées (ce qu’on appelle le Reste à vivre)

Aide financière à l’installation (plafonnée à 878 € pour le parc locatif social et à 1446 € pour le parce locatif privé). Cette aide comprend un mois de loyer, un forfait assurance habitation de 70 € et la caution. Le plafond de ressources est fixé à 2 fois le R.M.I. Il faut aussi ne pas avoir de logement (sauf si celui-ci est insalubre, surpeuplé ou précaire). Il faut enfin ne pas être éligible au Locapass ou ne pas disposer de garant solvable.

Pour faire une demande de FSL, s’adresser à l’Unité Territoriale de Prévention et d’Action Sociale du Département, à la Mairie ou au Centre social.

La pensée du mois

Une injustice faite à un seul
est une menace faite à tous.
Montesquieu

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