Le journal n° 88 - juillet - août 2008

Journal de juillet-août 2008, n° 88

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journal de juillet 08

Sommaire

- Sonnent les vacances !
- Les orientations du Carrefour des solidarités
- Dernières nouvelles des assises de la solidarité
- Jardins familiaux : nourrir les esprits et les cœurs
- Jardins familiaux : de l’idée à la mise en œuvre…
- Boire et ne plus pouvoir s’arrêter de boire, c’est une maladie
- Ne pas manger tous les jours à sa faim : le coin de l’observatoire
- L’aide alimentaire : les bonnes pratiques de l’inscription
- Etats généraux de l’insertion professionnelle et de l’accompagnement social
- Marche pour les réfugiés
- Le travail social est-il soluble dans la charité compassionnelle ?
- Les associations ne font pas relâche pendant l’été
- Les dates de fermeture des associations pendant l’été

Sonnent les vacances !

Quand on est, comme nous, au carrefour du travail de solidarité, il y a des mots qui ont plus de difficultés que d’autres à sonner juste. Il en va ainsi du mot « Vacances ».

Vacances : prendre l’air, changer d’activité, découvrir d’autres mondes, se reposer, faire relâche, ne rien faire…

C’est un mot que ne connaissent pas bon nombre de ceux pour lesquels nous agissons tout au long de l’année. Ce n’est pas parce qu’il fera un peu plus chaud que leur sort en sera amélioré. Au contraire, pour beaucoup, l’été se traduira en renforcement de la solitude et des souffrances. C’est un mot que ne connaissent pas non plus les personnes étrangères de passage sur notre territoire et auxquelles viennent en aide associations et bénévoles. Ce n’est pas parce que le ciel est un peu plus clément, que leur squat n’en demeure pas moins sordide surtout s’ils sont « secourus* » par des policiers qui leur enlèvent régulièrement tous leurs moyens de survie. C’est aussi pour d’autres une belle perspective que beaucoup de familles remettront à plus tard, comme d’habitude. Leurs ressources ne leur permettent rien de ce qui pourrait ressembler à des vacances.

Les associations le savent bien, elles qui mettent au point leurs permanences d’accueil pendant l’ensemble de l’été. Vous les trouverez en dernière page. Elles, les C.C.A.S. et la Caisse d’allocations familiales, le savent bien qui travaillent toute l’année pour permettre à certaines familles de partir respirer d’autres airs ou qui leurs proposent, surtout à leurs enfants, des solutions à leur portée.

On peut se demander toutefois, s’il ne faudrait pas envisager de créer, avec d’autres bénévoles que ceux qui interviennent tout au long de l’année, des réponses associatives spécifiques à la période d’été, à l’image des nombreuses initiatives prises par la plupart des communes en matière de centres aérés ou autres activités proposées essentiellement durant la période d’été.

Pourtant, si vous le pouvez, pensez à autre chose qu’à vos préoccupations quotidiennes, prenez de la distance, respirez d’autres airs, découvrez d’autres mondes, rigolez un bon coup, n’oubliez pas le livre que vous n’avez jamais le temps de lire, regardez avec un nouvel œil votre compagnon ou votre compagne, laissez-vous embêter jusqu’à plus soif par vos enfants et pour certains, par vos petits enfants. Votre vie en dépend. Notre vie en dépend.

C’est ce que nous souhaitons pour vous. A ceux qui ne le pourront pas, qu’ils sachent que notre chaîne de solidarité ne sera pas interrompue pendant cette période.

Le comité de rédaction

• C’est ce que prétendent officiellement les autorités

Les orientations du Carrefour des solidarités

Notre assemblée générale s’est tenue tardivement cette année. Compte tenu de la présence désormais parmi les membres du Carrefour des Centres communaux d’action sociale, il nous a fallu attendre qu’ils renouvellent eux-mêmes leurs membres et leurs responsables suite aux élections municipales. C’est désormais chose faite. Vous avez pu prendre connaissance ici de la nouvelle composition de notre conseil d’administration et du renouvellement de notre bureau. Mais le travail principal d’une assemblée générale, c’est de choisir les orientations pour l’année en cours. En voici les éléments essentiels.

Notre priorité : la survie des gens dans la galère et le respect de leur dignité

C’est la raison d’être unique de notre réseau associatif et institutionnel. Nous sommes à l’unique service des personnes et des familles qui vivent les plus grandes difficultés sociales, quels que soient leur mode de vie, leurs choix de vie ou leurs origines.

Cette priorité à l’échelle du réseau, se déclinera toutefois suivant trois directions :

- faire franchir une nouvelle étape à la prise en compte de la parole des personnes qui vivent les plus grandes difficultés sociales en menant l’expérimentation d’ateliers de travail social. Recueillir leurs témoignages et leur donner la parole est une étape essentielle. Mais l’objectif est bien qu’elles deviennent citoyennes, c’est-à-dire qu’elles exercent leur pouvoir, au sein des organisations qui leur sont vouées. Chaque association, chaque C.C.A.S. invente quotidiennement leurs propres solutions. A nous d’inventer celles du réseau pour, à terme, que puisse exister un sixième collège dans notre conseil d’administration où elles seront représentées.
- construire un véritable observatoire de la pauvreté sur notre agglomération. Depuis le temps que nous en parlons, nous espérons que les Assises de la solidarité nous permettront d’en jeter les bases sérieuses.
- continuer à interpeller les responsables publics et les organisations. C’est notre travail.

Réussir les Assises de la solidarité locale et construire leurs suites

Notre objectif, en laissant l’idée de ces assises, était d’arriver à identifier des solutions nouvelles pour répondre à notre priorité rappelée à l’instant ou de choisir ensemble, avec nos partenaires, les quelques chantiers qu’il fallait ouvrir. Le travail a avancé. Nous vous indiquons plus loin la suite que nous vous proposons. Mais ces Assises n’auront vraiment servi que si ensuite, nous nous retrouvons à intervalle régulier, pour en évaluer concrètement les conséquences.

Accompagner la vitalité de notre réseau associatif et institutionnel

Il nous faut ici réaffirmer les vocations de notre réseau : interpeller, développer la citoyenneté, assurer un certain nombre de services communs comme la formation, la coordination de certaines actions, la réflexion permanente, le soutien à certaines expérimentations, l’observation, la documentation et la communication.

Toutefois, ce travail permanent devrait se décliner avec deux préoccupations plus particulières.

- territoires et intercommunalité : comment croiser efficacement les préoccupations des C.C.A.S. qui, par définition, travaillent sur un territoire donné et celles des associations qui se préoccupent plus des personnes et des solutions à inventer que de leur implantation territoriale ?
- exprimer les convergences et les divergences et développer les coopérations. Notre diversité est notre richesse. Elle risque parfois de devenir un frein quand s’y substituent concurrences et particularismes. L’important n’est-il pas de développer les bonnes pratiques et de les multiplier ? Cela passe par la confrontation, la reconnaissance des convergences et des divergences. C’est à ce prix que les coopérations peuvent se développer.

Dernières nouvelles des assises de la solidarité

Elles se tiendront à la fin du mois d’octobre prochain ou au début du mois de novembre en fonction des disponibilités des principaux élus concernés. En attendant, les deux premières phases de leur préparation viennent de se terminer. Nous entrons dans la dernière étape avant les assises elles-mêmes. En voici l’organisation.

Dès octobre dernier, profitant des « rendez-vous citoyens » préparatoires à la journée du refus de la misère 2007, nous avons réuni toute une série de témoignages des personnes qui vivent les plus grandes difficultés sociales. Ces témoignages réunis avec ceux que nous avions déjà rassemblés et avec l’expérience des associations nous ont permis de lancer le travail des rencontres. De mars à juin, 10 rencontres se sont déroulées rassemblant au total plus d’une centaine de personnes. Leurs comptes rendus dont les derniers sont sur le point de se faire sont disponibles sur notre site. Avec les autres contributions, dont celle du conseil de développement durable de l’agglomération dunkerquoise, nous avons pu identifier une soixantaine de points qui peuvent faire l’objet d’une décision de mise en œuvre ou définir un chantier précis à ouvrir. C’est à partir de ce travail, qui sera bientôt disponible, que va se dérouler la dernière phase de préparation. Celle-ci revêtira deux formes.

Les « rendez-vous citoyens » de septembre

Après le travail réalisé, il nous a paru important de revenir auprès des personnes qui vivent les plus grandes difficultés sociales pour vérifier auprès d’elles que nous ne faisions pas fausse route, qu’elles donnent leurs priorités ou fournissent des idées complémentaires.

C’est ce qui sera entrepris tout au long du mois de septembre et au cours de la première semaine d’octobre dans des « rendez-vous citoyens » comme nous en avons désormais l’habitude, en prévision de la journée du refus de la misère. Il appartient désormais à chacune des associations et à chacun des CCAS, mais aussi aux partenaires qui voudraient prendre cette initiative, Maisons de service, maisons de quartier ou centres sociaux, d’organiser pendant cette période un ou plusieurs de ces rendez-vous. Nous leur proposons de choisir un thème et de travailler avec leurs usagers à partir des conclusions prises sur ce thème dans nos rencontres. Nouveaux témoignages, critiques constructives, ajouts et priorités seront attendus.

L’ensemble de ces travaux sera présenté une première fois en public et mis en discussion lors de la journée mondiale du refus de la misère.

Les tables de travail avec les partenaires

Un certain nombre des préconisations issues de nos rencontres auraient peu de chance de voir le jour si elles n’étaient pas confrontées avec le propre regard et les propres choix de nos partenaires institutionnels et administratifs. C’est pourquoi nous organiserons pendant les mois de septembre et d’octobre une série de tables de travail avec eux pour recueillir leurs points de vue, leurs conseils, voire leurs positions sur chacune des conclusions de nos rencontres.

C’est avec l’ensemble de ces matériaux que nous pourrons réunir les Assises de la solidarité avec quelque chance qu’elles puissent arriver à des conclusions concrètes au bénéfice de ceux qui vivent dans la galère.

Jardins familiaux : nourrir les esprits et les cœurs

Notre article consacré aux jardins familiaux a suscité de l’intérêt et des questionnements. Voici la lettre que nous a adressé Shibani, qui nous a accompagné quelque temps, comme aujourd’hui, par ses dessins.

« Lu avec beaucoup d’intérêt l’article consacré aux « jardins familiaux » dont la mise à disposition des familles en situation de précarité serait une excellente chose. Elles y feraient pousser, j’en suis sûr, autant de fleurs que de légumes. En ayant la totale maîtrise de quelques mètres carrés de terrain, ces familles retrouveraient une assise réelle, c’est-à-dire un « Royaume ». Ces anciens jardins « ouvriers », partout où ils subsistent, inspirent un sentiment de nostalgie, doublé d’admiration et d’envie.

L’utilité que votre article met en avant en matière économique s’accompagnerait de dimensions créatives et ludiques, lesquelles, seules, font échapper les bénéficiaires d’une aide à son aspect trop restrictif. Car il ne s’agit jamais seulement d’aider à survivre, mais à vivre, ce qui implique que l’aide satisfasse aux multiples besoins de l’être pour qu’il se ressente comme tel. Partout où ces jardins subsistent, ils apparaissent aux yeux des passants comme un luxe. Ce ne sont pas seulement les ventres que ces jardins nourrissent mais les esprits et les cœurs.

Les Mairies, un peu partout, trouvent les ressources nécessaires à l’embellissement de leur commune. Ronds points décoratifs et lampadaires coûteux en marquent les rues. Il n’est donc pas illusoire de vouloir ces jardins familiaux dont le bénéfice n’ennoblirait pas seulement les familles concernées.

Me voilà parti à exalter ces jardins qui ont disparu près de chez M… au profit d’une espèce de Dysney world de pacotille. Nous disposions à notre arrivée du Maroc, d’une des ces petites parcelles. Aucun d’entre nous n’avait les mains très vertes. Mais le profit était immense… Nous vivions dans un appartement très petit, sans aucun confort, mais auquel le carré de jardin ajoutait une dimension d’espace sans fin… »

Jardins familiaux : de l’idée à la mise en œuvre…

En quelques semaines, l’idée a fait son chemin. Elle a même rencontré des réflexions qui se menaient déjà. Nous avons ainsi été amené à rencontrer à sa demande, Monsieur Mercier, le responsable des « jardins de Cocagne », entreprise d’insertion gérée par l’AFEJI. Avec lui nous avons parlé « jardins citoyens » en pied d’immeuble H.L.M., microcultures comme des cultures de pommes de terre en vertical, ateliers de cuisine des légumes, tickets modérateurs permettant à des gens sans ressources de se payer, chaque semaine, un panier de légumes entrant dans leurs maigres capacités financières, soutien technique aux personnes qui se lancent dans le jardin, etc.

Bref, une tonne de projets très concrets à construire en réseau entre les associations gestionnaires de jardins d’insertion, associations pratiquant l’aide alimentaire et C.C.A.S., voire d’autres partenaires encore. Du pain sur la planche ou des légumes dans le panier pour un futur « collectif des nouveaux jardins de la solidarité ». Nous projetons une première réunion d’échange sur ces questions dès les premières semaines de septembre. Pour en avoir déjà parlé autour de nous, les échos sont très positifs. On vous en reparle à l’occasion d’un courrier qui devrait partir dans les prochains jours.

Boire et ne plus pouvoir s’arrêter de boire, c’est une maladie

Dans le cadre de notre atelier santé, nous avons reçu, il y a quelques semaines, des membres de l’association des Alcooliques anonymes et des groupes familiaux Al Anon. Visages souriants. Ils plaisantent aujourd’hui en évoquant certains mauvais souvenirs. Mais leurs témoignages, mélange de souffrance et d’espoir, parlent d’eux-mêmes. Mélanie les a noté.

« J’ai bu longtemps. » nous a raconté l’une d’entre elle. « Cela a commencé avec mon travail que je n’aimais pas. Je suis tombée de l’autre côté de la barrière ! Mes filles m’ont poussé à faire une cure. En consultation, j’ai rencontré un très bon docteur. J’ai appris que l’alcoolisme était une maladie. Je ne voulais plus vivre sans et je ne voulais plus vivre avec. J’ai décidé de faire un sevrage puis une cure complète. J’ai rencontré les Alcooliques Anonymes au Centre Hospitalier de Dunkerque. Je me suis retrouvée dans chacun de leurs témoignages. Toutes mes angoisses, tous mes soucis, ils avaient les mêmes ! On avait tous perdu le contrôle de nos vies ! »

« Au départ, je buvais au boulot », a poursuivi un autre. « Puis j’ai vite perdu le contrôle de ma vie. Je me suis rendu aux Alcooliques Anonymes tout seul. Aujourd’hui, je vis une abstinence heureuse. Je vis sans alcool et je suis heureux sans alcool. »

« Mais comment en arrive t-on là », a demandé l’un des participants. Y a-t-il un élément qui déclenche l’alcoolisme ? »

« Cela dépend des personnes », lui a-t-on répondu. « C’est sûr, parfois il y a un mal être. Mais il ne faut pas chercher des excuses. L’alcoolisme, c’est avant tout une dépendance et une maladie. »

« Le conjoint peut-il vous aider ? » a questionné une autre.

« Oui, par son comportement et sa compréhension, » lui a-t-on répondu en chœur. « Mais prendre la décision d’arrêter de boire, ce doit être un choix personnel. »

« Quant on s’est marié, » a alors poursuivi une femme, « sa première cuite et sa deuxième cuite, je m’en souviens ! J’étais très malheureuse ! J’ai voulu le faire arrêter de boire par la menace ou le chantage. J’étais folle de souffrance. Je n’étais plus moi. Et puis, il a fini par faire une cure au bout de 10 ans d’alcoolisme. Mais quand il en est sorti, il était malheureux. En fait, ce n’était pas son choix. Il s’est remis à boire. Aujourd’hui, il est abstinent. En fait, il faut arrêter de boire pour soi-même. »

« Moi, je ne comprenais pas, » a renchéri une autre. « Je devenais violente avec mon mari. Je basculais sans cesse entre la haine et l’amour. J’ai poussé la porte des groupes familiaux, les Al-Anon. Je ne connaissais pas la signification du mot abstinence. Et puis, mon attitude a changé. J’ai compris que ça ne servait à rien de crier sans cesse. Car mon mari était malade. Aujourd’hui, cela fait 12 ans que mon mari ne boit plus »

« Que conseillez-vous à quelqu’un qui ne s’en sort pas ? », a-t-on finalement demandé.

« Partager sa souffrance avec nous, aux Alcooliques Anonymes », a été la réponse collective. « Car ce que nous conseillons, c’est du vécu. On est passé par là. Et puis, si tu restes aux Alcooliques Anonymes, tu ne seras jamais plus seul ! On se comprend, on s’entraide et on a tous trouvé de véritables amis ! »

Contact

Les Alcooliques Anonymes
Téléphone 03/20/73/54/64
Site Internet : http://asso.nordnet.fr/aanonymes5962

Les groupes familiaux les Al-Anon
Téléphone 01/42/81/97/05
Site Internet : http://assoc.wanadoo.fr/al-anon.alateen.france/

Ne pas manger tous les jours à sa faim : le coin de l’observatoire

Au cours de leur dernière réunion, les associations qui font de l’aide alimentaire régulière ont préparé leur campagne d’inscription qui débutera au début de l’automne prochain. Elles voient avec angoisse le nombre de demandeurs d’aide ne pas baisser alors que la quantité et parfois la qualité des ressources dont elles peuvent disposer baissent, elles, régulièrement. Dans ces conditions, qui aider ? Peut-on apporter la même aide à tout le monde ? N’est-il pas urgent de mieux coordonner ses efforts avec les autres associations et les C.C.A.S. dont les modes d’intervention sont différents ? Pour les aider dans leur réflexion, l’observatoire a repris les données de la campagne d’aide qui s’achève. Il s’est demandé si le mode d’aide pratiqué jusqu’à maintenant permettait réellement à toutes les personnes aidées de manger tous les jours.

Il existe dans notre agglomération quatre façons différentes de pratiquer l’aide alimentaire : la restauration sociale qui propose des repas chauds à déguster sur place, l’appoint financier soit direct soit par la remise de bons d’achat, la mise à disposition dans une épicerie de produits à prix réduits, l’apport régulier de denrées alimentaires sous la forme de paniers ou de colis de produits. C’est cette dernière forme d’aide que pratiquent les associations qui font de l’aide alimentaire régulière. Les quantités de produits distribués varient d’une association à l’autre. Mais on peut reconnaître qu’en moyenne, elles apportent de quoi manger trois à quatre jours par mois.

Il était donc intéressant de confronter cette pratique aux besoins réels des familles. Les informations recueillies par les associations permettent en effet de connaître avec une bonne précision ce qui reste chaque mois à chaque ménage une fois les autres dépenses essentielles opérées pour se loger, se chauffer, avoir de l’eau. C’est ce qu’il est convenu d’appeler le reste à vivre. Les principaux chiffres ont déjà été présentés dans ce journal. Mais cette fois, plutôt que de s’intéresser au reste à vivre journalier, nous nous sommes demandé combien de jours par mois, chaque famille pouvait manger sans trop avoir faim. Nous avons retenu la somme de 4,5 € par jour, suivant en cela les indications fournies par la Croix Rouge nationale sur le prix d’un repas distribué. Voici les résultats de notre observation.

Pour près de 60 % des familles aidées, l’aide alimentaire apportée par les associations représente de fait une amélioration à un ordinaire à peine suffisant. Rappelons en effet que le reste à vivre doit permettre non seulement de manger, mais aussi de se vêtir, de se chausser, de s’informer, etc. Mais pour 40 % de celles-ci, leur reste à vivre ne leur permet pas de manger chaque jour sans avoir faim. Voici comment se répartissent, en nombre de personnes concernées et de jours dans le mois, les capacités maximales de manger à peu près chaque jour.

Au total, ce sont 286 familles regroupant près de 1000 personnes qui ont une capacité maximum de manger moins de 25 jours par mois. Elles sont 150 à ne pouvoir manger qu’un jour sur deux. Ces données statistiques sont d’ailleurs recoupées par les témoignages de ces personnes. L’une d’elles indiquait, au cours de la dernière réunion des associations, qu’elle ne mangeait pas tous les jours et que parfois elle choisissait de donner à manger à son enfant plutôt que de manger elle-même. Ceci veut donc dire très concrètement que, dans son organisation actuelle, l’aide alimentaire régulière n’a pas la capacité de faire en sorte que tous ceux qui frappent aux portes des associations mangent tous les jours à leur faim.

L’aide alimentaire : les bonnes pratiques de l’inscription

Pas évident d’accueillir les personnes qui viennent demander l’aide alimentaire de votre association. Surtout quand c’est pour la première fois. Alors, Thérèse, qui a une longue expérience en la matière, s’est mise dans la peau d’une bénévole qui vient d’arriver. Pour le coup, elle s’appelle Ursula.

Ursula s’est engagée à remplir les dossiers d’inscription des personnes à l’aide alimentaire. Pour elle, c’est la première fois. Elle s’est portée bénévolement volontaire pour assurer cette tâche dans son association.

Pleine de bonne volonté, elle a lu et relu le dossier qu’elle devra remplir, pour essayer de le comprendre. Elle en a aussi parlé avec les autres bénévoles. Ce n’est guère facile de comprendre par exemple les différentes factures que le service des eaux ou l’EDF vous envoie, etc.

Maintenant, il va falloir assumer. Bien que paniquée par ce dossier à remplir, Ursula voudrait bien faire. Demander les ressources à la famille ainsi que ses dépenses, tout de suite, dès le premier contact ? C’est gênant. Ursula n’aimerait pas que la question lui soit posée. Elle se demande en effet de quel droit elle peut entrer ainsi dans l’intimité de la famille. Pour elle, la famille demande de l’aide. Elle en a besoin. Et pourquoi ça ne s’arrête pas là ? Mais il faut faire des statistiques. Car il va falloir ensemble, avec le Carrefour des solidarités, interpeller les pouvoirs publics, alerter sur la précarité. Cela Ursula l’a bien compris et s’y résout donc.

Le jour J arrive. Ursula se retrouve à une table, dans un coin d’une grande salle ; d’autres tables sont installées où d’autres bénévoles prennent place. Dans la salle d’attente d’autres familles attendent leur tour. La personne qu’Ursula a fait entrer est assise et n’a pas l’air à l’aise. Par contre dans un sac, elle a tous ses papiers. Elle a manifestement l’habitude. Partout il faut justifier de sa situation pour avoir une aide. Comment, se dit Ursula, vais-je bien pouvoir entrer en contact avec cette personne et créer du lien comme le demande l’association ?

Ursula décide alors d’oublier le dossier, dans un premier temps, et d’entamer une conversation avec la personne qui lui semble assez crispée. Elle lui offre une tasse de café ce qui détend l’atmosphère. Puis elle lui demande comment elle a choisi l’association pour obtenir une aide alimentaire.

En fait, la personne vient pour la première fois à l’aide alimentaire et à l’association. Ursula en profite alors pour parler de l’association et des activités auxquelles la famille pourra s’inscrire. Et puis, tout naturellement, la question de l’aide alimentaire est abordée. « Pourquoi votre demande d’aide alimentaire ? » lui demande-t-elle. Cela semble à Ursula une bonne démarche qui va lui permettre dans un dialogue de connaître les difficultés de la famille : chômage, divorce, ressources insuffisantes, arriérés de paiement, dettes et pourquoi pas surendettement ?

Ursula mémorise les réponses de la personne et les inscrit à la volée sur un petit bout de papier volant. Elle pourra faire préciser lors de l’écriture du dossier. Celui-ci d’ailleurs a été oublié. Et c’est après que la famille se soit exprimée sur ses difficultés qu’Ursula peut dire « et si nous remplissions ce dossier que vous pourrez signer si vous le souhaitez ».

Les conditions d’échanges ont été posées, les papiers peuvent sortir du sac. La personne est détendue, confiante, le lien a été créé. C’était bien le but qu’elle poursuivait, non ?

Etats généraux de l’insertion professionnelle et de l’accompagnement social

L’URIOPSS a organisé ce 23 juin, les « Etats généraux de l’insertion professionnelle et de l’accompagnement social » à Lens, dans le cadre prestigieux du Stade Bollaert. Une trentaine de personnes venues du dunkerquois y ont participé. Premières impressions.

Depuis mars 2008, plusieurs réunions de travail dans les différents territoires de la région du Nord – Pas de Calais avaient été organisées. Elles ont réuni différents partenaires : professionnels de l’insertion, personnes en précarité, élus, référents sociaux, partenaires sociaux. Les thèmes abordés concernaient l’insertion, la formation et l’accès à l’emploi. Pour ce qui nous concerne, c’est par l’intermédiaire des travaux préparatoires aux assises de la solidarité de région dunkerquoise que nous y avons participé.

Environ 500 personnes étaient présentes à cette rencontre.

Cette journée a permis de présenter les différents constats, observations et propositions recueillis lors de ces rencontres. La matinée était réservée à l’intervention des instances politiques et administratives en particulier du Conseil Régional et des Conseils Généraux du Nord et du Pas de Calais. Beaucoup de chiffres, de constats d’experts parfois difficiles à comprendre.

Puis le repas. Il a été simple et convivial. Il a permis d’échanger avec d’autres structures et aussi avec les personnes qui vivent dans la précarité.

L’après-midi, les personnes en situation d’exclusion ont pu prendre la parole et expliquer de vive voix les difficultés rencontrées en matière d’emploi, de formation, d’insertion, d’accompagnement social… La partie qui a manifestement le plus intéressé les participants. Mais si ce débat a permis à ces personnes de s’exprimer, parfois rudement, que dire des réponses concrètes qui ont été parcimonieusement proposées ? On les retrouve cependant dans un catalogue qui a été remis à chacun des participants. Mais quels sorts leur seront faits ?

Marche pour les réfugiés

Ce 20 juin, à l’occasion de la journée internationale des réfugiés, une centaine de personnes ont manifesté de la place Jean Bart à la stèle des droits de l’homme. En passant devant la Sous Préfecture, Elles ont rappelé au représentant de l’Etat que les droits de l’homme faisait toujours partie de la constitution. Elles lui ont demandé à ce titre d’intervenir pour améliorer les conditions d’accueil des personnes étrangères passant par notre territoire.

A cette occasion, plusieurs témoignages ont été lu, dont celui-ci, d’une bénévole.

« En allant jusqu’aux squats pour aller voir les "amis" nous avons entendu un chant de canari : surprise ! il y avait une grande cage avec cet oiseau très heureux sans doute d’être auprès des plus démunis puisqu’il chantait - ce qui m’a fait penser que l’homme reste un Homme et a besoin de poésie dans sa misère ! Cela aide à vivre ! »

« Un jour nous sommes arrivés et avons été surpris par l’attroupement des "amis" autour d’un gars qui avait fabriqué à partir d’un bidon de 5 l de javel (vide évidemment) une guitare (creusé au milieu correctement avec cordes et chevalet !) et tous ensemble chantaient des chansons du pays. »

« Pour nous remercier le jour où nous avions organisé une journée de fête des voisins sur leurs lieux, ils se sont mis avec un gars "chef d’orchestre" à chanter encore et frapper dans les mains, nous n’avons pu nous empêcher d’esquisser un pas de danse ! »

« Dans leurs yeux il y a toute la tendresse du monde mais aussi de la tristesse et bien souvent cette phrase : "no chance !" »

« Parfois, mais très rarement, ils ont du mal à accepter un peu de discipline et même il m’arrive de leur dire "respect !" Un jour, un jeune à qui j’avais donné une bouteille d’eau après avoir bu une gorgée m’en verse sur la tête une bonne partie. Aussitôt, je cours après lui et lui reprends la bouteille que je verse sur sa tête ! Il comprend et aussitôt vient me dire : "excuse madame !"

Le travail social est-il soluble dans la charité compassionnelle ?

Nathalie Boivent, Directeur du Service Adultes de l’AAE, Thierry Gheeraert et Rosald Dermy, chefs de service, nous ont fait parvenir des éléments de réflexion qu’ils ont accepté, à notre demande, de faire paraître dans notre journal. Nous les en remercions.

Longtemps la charité s’est exercée à l’égard des plus démunis tout comme son corollaire la répression à l’encontre cette fois de cette portion qu’il convenait de « remettre dans le droit chemin », à savoir les moins reconnaissants d’entre eux. L’expression de cette charité s’apparentait à une vertu.

L’institutionnalisation de la société française a fait évoluer les fondements de cette action. Il ne s’agit plus aujourd’hui uniquement de faire le bien parce que la charité chrétienne nous l’imposerait mais plutôt de faire exister une société fondée sur la notion de droits. Rappelons ici que l’édifice des lois de protection sociale en France s’appuie sur le droit de l’aide et de l’action sociale qui repose sur des compétences de l’Etat et/ou des collectivités territoriales. Les associations (organismes privés) dont l’objet est de se consacrer localement à la mise en œuvre de solutions face à des situations jugées inacceptables parce que le(s) droit(s) de certaines catégories ne sont pas respectés remplissent se faisant des missions de service public, pour lesquelles elles sont fondées à recevoir des subsides – soulignons au passage que le cadre budgétaire est de plus en plus contraint, ce qui ne manque pas de précariser l’avenir si ce n’est le présent.

Le postulat qui inspire l’action quotidienne des travailleurs sociaux est bien celui qu’à tout individu est attaché des droits et des devoirs qu’il lui appartient de faire valoir et de respecter. Par ailleurs, le face à face constitutif de nos interventions, nous amène à déployer une forme d’accompagnement non dénuée de sentiments et d’émotions à l’égal de toute relation.

Aussi, si l’affect n’est pas absent de notre travail, une forme d’équilibre est à rechercher pour nous préserver de deux formes d’excès. Face aux détresses humaines, dont nous sommes les témoins, nous nous devons d’adopter une posture qui doit se préserver de tomber dans l’indifférence ou dans la commisération.

Nous pensons qu’il n’est pas nécessaire de développer en quoi l’indifférence n’est pas adaptée au cadre de notre travail, il paraît davantage souhaitable de tenter de dire en quoi un excès compassionnel est contraire, au but de notre action.

La compassion est le contraire de l’analyse, le contraire du fait politique. Là où se trouve le compassionnel le fait politique n’est plus et le droit disparaît. Ce sentiment représente en effet une fausse évidence extrêmement réductrice où très vite il n’est à nouveau plus question que d’un manque d’amour, manque d’amour que l’on décèle chez les autres mais que soi même investi d’une posture morale haute on se propose de combler. Un chanteur français bien connu pour être en délicatesse avec le fisc (les impôts servant pourtant à faire exister ce socle de protection sociale) nous explique dans sa chanson à succès « bienvenue chez moi » que pour venir en aide à une personne sans abri, il suffit en quelque sorte d’ouvrir son cœur, d’être « quelqu’un qui t’aime pour les regrets que tu laisses ».

Pour autant la question SDF se résume t’elle à un manque d’amour, manque facilement comblé dès lors que nous ouvrons nos portes ? Quel est l’intérêt de la promotion de cette idée ? Quel est l’intérêt de se poser ainsi du côté des victimes, de compatir aux effets – dans ce cas précis d’une désocialisation extrême- en se dispensant d’en examiner précisément les causes ?

Le compassionnel se prête très bien au format du spectacle, s’apitoyer sur la souffrance d’autrui est depuis longtemps un marronnier en accord avec l’exploitation médiatique qui cherche à réaliser de l’audience. La part de marché sera ici d’autant plus forte que l’époque est bien à l’insécurité sociale. Le ressort est celui de l’identification qui se décline de cette manière : si jamais demain cela m’arrivait à moi j’aimerais bien que ces personnes m’ouvrent leur portes.

Or, répétons le, il ne s’agit pas d’une charité que quelques bonnes âmes veulent bien exercer mais d’une réponse organisée collectivement. La promotion de ce sentimentalisme est dangereuse au sens où elle sert l’exercice d’une forme de pouvoir, pouvoir sur l’autre qui reste l’objet de ma bonne volonté. Or, la mise en œuvre de l’aide et de l’action sociale ne repose jamais sur une seule personne mais bien sur une organisation collective à laquelle chacun appartient.

Les associations ne font pas relâche pendant l’été

Nous le savons et aurions voulu vous en parler un peu plus complètement. Mais tout à leur préparation, elles n’ont sans doute pas eu le temps nécessaire pour nous communiquer quelques informations sur les initiatives qu’elles étaient en train de préparer. Et puis, c’est tellement évident pour elles que nous connaissons tout des initiatives qu’elles prennent chaque année… La journée à la mer du Secours Populaire Français, la préparation des vacances faite par LUGOVA, l’envoi d’un groupe d’enfants en Hollande fait par la Congrégation de l’Armée du Salut, l’accueil de familles par Saint Vincent de Paul au camping de Leffrinckoucke, l’organisation par l’AJS d’un voyage au Maroc pour 26 jeunes, etc. Si on ne sait pas tout maintenant, peut-être nous le raconteront-elles au retour de l’automne ?

Les dates de fermeture des associations pendant l’été

L’AJS : du 4 au 17 août, réouverture le 18 août
La congrégation de l’Armée du salut : fin juillet à fin août, réouverture début septembre.
Le Phare : ouvert juillet et août pour les familles inscrites et les dépannages réservés aux personnes de St Pol,
Saint Vincent de Paul : fermé tout le mois d’août
Emmaüs : fermé du 28 juillet au 25 août réouverture le 26 août
La Croix Rouge : ouvert du 15 juillet au 24 août tous les mardis matin (8h30/11h30), le jeudi après midi (13h30/16h30) et le vendredi matin (8h30/11h30)
La fondation de l’armée du salut : pas de fermeture
L’Estaminet du cœur : à partir du 30 juin et jusqu’au 1er septembre ne sera ouvert que le matin de 7h30 à 10h
Tabgha : fermeture du 15 au 30 août

Documents joints

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