Le compte rendu de la 8° rencontre

REUNION N°8 : LA SANTE

En date du 22/05/08, animée par Brigitte DEROO, Centre de Prévention de Grande-Synthe

Si la région Nord Pas-de-Calais bénéficie comme l’ensemble du pays d’une amélioration de l’espérance de vie due aux progrès techniques, elle reste toutefois touchée par les réalités socio-économiques qui entrainent des répercutions directes sur la santé des publics en précarité sociale.

L’OMS en 1946 prend en compte cette problématique en donnant une définition plus large de la santé, comme un « état complet de bien-être physique, mental et social ».

La Charte d’Ottawa de 1986 détermine à partir de cette définition les conditions d’une bonne santé : « Pour parvenir à un état complet de bien-être physique, mental et social, l’individu ou le groupe doit pouvoir identifier et réaliser ses ambitions, satisfaire ses besoins et évoluer avec son milieu ou s’y adapter. La santé est donc perçue comme ressource de la vie quotidienne, et non comme but de la vie ; c’est un concept positif mettant l’accent sur les ressources sociales et personnelles, et sur les capacités physiques. La promotion de la santé ne relève donc pas seulement du secteur de la santé ( …) son ambition est le bien-être complet de l’individu. (…) La santé exige un certain nombre de conditions et de ressources préalables, l’individu devant pouvoir notamment : se loger, accéder à l’éducation, se nourrir convenablement, disposer d’un certain revenu, bénéficier d’un écosystème stable, compter sur un apport durable de ressources, avoir droit à la justice sociale et à un traitement équitable."

Durant la journée mondiale du refus de la misère, des personnes sont venues témoigner de leurs difficultés :

Hélène, « L’alcool, c’est le moyen le plus accessible pour oublier les soucis. Mon père était malade de l’alcool. Le seul endroit où ma mère et moi, on a trouvé un endroit où on pouvait être aidés, ça a été Vie libre. Ca été pour nous deux un espoir formidable. Trouver des gens qui croyaient qu’on pouvait s’en sortir ensemble ».

Jeune femme « J’ai 2 enfants et ne touche que le RMI. Je suis donc en CMU. Mes enfants ont besoin de soins pour leurs dents, oreilles. C’est vraiment difficile de se faire passer comme un moins que rien quand on arrive chez le médecin et que vous présentez votre CMU ou lorsque c’est indiqué en grand dans le secrétariat.

Brigitte, « La CMU, superbe ! lorsqu’on ne peut avoir sa propre mutuelle mais dégradant pour la même raison. En plus, si le ministre de la santé supprime certains remboursements de médicaments, les familles modestes et les plus démunis vont en souffrir ».

Paul, « J’ai droit à un bilan de santé annuel à la CRAM. Je ne connais pas le docteur et ce sont tous des charlatans. Je ne donne plus mon sang depuis le sida, il y a trop de risque avec les seringues. Il faut me changer mon appareil cassé, le médecin ne veut pas, mon état ne s’est pas empiré me dit-il ».

Mélanie, « La santé, c’est vivre avant tout dans les normes, dans le logement, avoir une alimentation à peu près normal. La santé nous permet de travailler, d’élever nos enfants d’avoir des projets ».

Nathalie, « Grâce à la CMU, on peut se soigner facilement même lorsqu’on n’a pas d’argent. J’ai plus de soucis d’être sûre d’avoir 20 euros pour aller chez le médecin. Au contraire grâce à la CMU, dès qu’un enfant est malade, je suis rassurée de savoir qu’il va être soigné ».

Ces divers témoignages recueillis, pendant trois ans, lors de la journée mondiale du refus de la misère, soulignent les problèmes vécus par certaines familles sur le plan de la santé. La mise en place de la CMU a, certes, été une avancée considérable dans l’accès aux soins des publics en difficulté mais il subsiste encore des lacunes dans la prise en charge globale des problématiques vécues par les usagers.

A partir d’un état des lieux partagé, nous tenterons donc d’identifier quels types de réponses construire collectivement pour améliorer les services existants ou préciser des services vacants pour une meilleure accessibilité et prise en charge des personnes en difficultés sociales.

I. LE RELEVE DE DECISIONS

LES DIFFICULTES REPEREES :

- Complexité du Droit de la santé entraînant une méconnaissance générale des dispositifs existants

- Peu de demandes spontanées de la part des publics en précarité sociale sur les questions liées à la santé

- De nombreuses personnes vivent la maladie comme un châtiment : « qu’est-ce que j’ai pu faire au bon Dieu ? »

- Cadre de la CMU trop strict « tout le monde ne rentre pas dans les petites cases » : ce qui entraîne des problèmes d’accès aux droits et de prise en charge des personnes ayant des problématiques spécifiques tels que les personnes sans domicile fixe, migrants, étrangers, toxicomanes, souffrance psychique…

- PASS existante mais mal identifiée

- Temps d’attente parfois longs pour obtenir des attestations de soins face à certaines urgences sanitaires, ex : risque important de contamination (gale, tuberculose) chez des populations ne bénéficiant pas de couverture santé

- Stigmatisation et marginalisation de certains publics par des professionnels de santé (bénéficiaires de la CMU, toxicomanes…)

- Frais médicaux difficiles voire impossible à avancer pour certaines personnes, ex : salariés « pauvres », retraités…

- La non-assistance à personne en danger de quelques pompiers sous couverts du caractère non urgent des situations

- Le nombre insuffisant de certains médecins spécialisés (tels les ophtalmologues) face à une forte demande dans le bassin Dunkerquois

DES PISTES DE SOLUTIONS

Au niveau de l’accès aux droits :

- Rapprocher l’information des habitants de quartier à travers un travail de formation des professionnels et des bénévoles sur les droits à la santé.

- Développer une meilleure coordination entre les actions menées par les professionnels de santé et celles des acteurs de proximité pour repérer et traiter plus rapidement les difficultés de santé

- Favoriser un climat de confiance avant d’aborder les problèmes de santé. Partir de la demande et des attentes des usagers en s’adaptant à leur rythme. « Derrière une question d’ordre administrative, il y a peut être un problème de santé »

- Développer la PASS mobile en se référant aux expérimentations régionales, voire nationales ex : Médecins solidarité Lille (MSL)

Au niveau de la prévention :

- Prévenir les risques de santé « autrement », de manière ludique, (jardinage, cuisine, théâtre…) afin de dédramatiser la maladie
- Avoir un langage adapté aux publics afin de leur permettre de se réapproprier les conseils de santé. « Attention aux messages renvoyant aux incapacités financières, culturelles ou éducatives ! »

- Savoir porter des messages de santé crédibles et pertinents face à des populations qui luttent au quotidien pour leur survie. « la santé, c’est pas triste ! »

Au niveau de la prise en charge des malades :

- Travailler en amont la revalorisation de soi et l’estime de soi avant de traiter les symptômes. « L’écoute est primordiale et équivaut à X séances chez le psychologue »

- Appréhender les personnes en tant qu’individu ayant des caractéristiques propres et non en tant que groupe. Attention aux préjugés !

- Il faut dénoncer les médecins qui exigent des dépassements d’honoraires de la part des bénéficiaires CMU

- Former les médecins à la précarité sociale « La misère ne doit pas être psychiatrisée », elle doit être traitée dans un environnement global. La santé pour les familles pauvres relève d’abord de leur équilibre dans la vie : se nourrir, se vêtir, se loger

Au niveau du réseau partenarial :

- Favoriser un esprit de complémentarité professionnelle et non de concurrence. « Quand le médecin dit je ne peux pas être travailleur social, l’intervenant social répond je ne peux pas être médecin ». Apprenons alors à travailler davantage en réseau, chacun en fonction de son niveau de compétences ».

- Développer le travail partenarial en distinguant l’acteur et l’échelle pertinents pour atteindre un objectif de cohérence territoriale

- Etablir et formaliser des échanges partenariaux entre les professionnels de la santé et les intervenants sociaux. Ex : Préparer conjointement les sorties hospitalières et l’accompagnement des suivis médicaux des personnes isolées ou sans domicile fixe

- Développer des relations partenariales avec la Belgique pour répondre aux besoins sanitaires ou proposer aux nouveaux diplômés (dont la formation est financée par le Conseil Régional) de travailler pendant 2 ou 3ans pour le territoire.

II. LES ECHANGES

AFEJI :

Dans le cadre de l’accompagnement des demandeurs d’asile, l’équipe de l’AFEJI décrit un tableau inquiétant sur la situation sanitaire actuelle : Sur 40 personnes accueillies à Dunkerque, 9 comportent des risques de tuberculose importants qui ne peuvent être traités, faute de CMU. Les tests étant trop onéreux, il existe un réel danger de contamination.

L’Association Michel est une structure socio-médicale, qui accompagne et aide les publics souffrant de dépendance toxicomaniaque. Acteur prépondérant en matière addictive dans l’agglomération Dunkerquoise, l’association a constitué progressivement un réseau partenarial de médecins généralistes autour de cette problématique. Cependant, face à aux besoins croissants et le renvoi systématique des personnes vers le réseau, ce dernier est actuellement saturé. L’association dénonce le comportement de nombreux médecins généralistes à l’égard des toxicomanes qui refusent de les accompagner et participent à leur stigmatisation.

SALAM

Rappelons également que les migrants vivent dans des conditions de vie insupportables. Démunis de tout, certains souffrent de gale et probablement de tuberculose. Médecins du Monde se déplacent une fois par semaine sur les lieux de squat mais cette intervention reste insuffisante face aux besoins. D’où le projet d’une PASS mobile, nécessaire aux publics ne pouvant se déplacer.

AAE : Le service Adultes de l’AAE rencontre des publics en situation d’exclusion sociale qui ne se font pas soigner par méconnaissance de leurs droits. Ex : une personne SDF souffrant d’une gangrène cet hiver a été renvoyée d’un service hospitalier à un autre pendant plusieurs mois jusqu’à ce que la nécrose se propage à ses deux jambes qui ont finalement été coupées.

L’AAE souhaite travailler avec le Centre hospitalier Dunkerquois sur la gestion comportementale des personnes SDF et le suivi des soins lors des sorties hospitalières.

TRISELEC :

Au sein de son entreprise d’insertion, Triselec observe les difficultés financières rencontrées par certains salariés dans l’accès aux soins. Face au coût des consultations médicales, certains n’osent, en effet, pas se faire soigner.

CLCV :

Selon la CLCV, les usagers se sentent perdus dans les dépassements d’honoraires, la complexité du droit à la santé, les difficultés d’accès aux soins…qui donnent l’impression d’avoir une médecine à deux vitesses.

CPAM ;

Les services de la CPAM sont en cours de restructuration et seront regroupés par région. Quatre antennes seront maintenues dans la région Nord Pas de Calais.

CONCLUSION :

Tous les acteurs s’accordent pour souligner le manque d’information relatif aux droits à la santé. Il apparaît ainsi nécessaire de former tous les intervenants de proximité afin de diffuser l’information auprès des usagers et leur faciliter l’accès aux soins.

Enfin, cela passe aussi et principalement, par une mise en synergie de l’ensemble des acteurs institutionnels et associatifs sur les moyens mis en œuvre pour faciliter l’accès aux soins des plus démunis.

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