Le compte-rendu de la 6° rencontre

REUNION N°6 : LES RESSOURCES FINANCIERES

Selon la définition de la pauvreté en vigueur, la France comptait en 2005 entre 3,7 et 7,1 millions de personnes pauvres. La part de personnes pauvres serait ainsi comprise entre 6,3 et 12,1 %.

Une frange considérable de la population manque de ressources. Il ne s’agit pas (dans la plupart des cas) de dénuement total, comparable à ce que l’on rencontre dans les pays les plus pauvres. Il n’empêche que des millions d’enfants, d’hommes et de femmes vivent à l’écart des normes de la société. Ils n’aspirent pas seulement à manger, mais à avoir un logement décent, à étudier ou travailler, à se soigner... comme les autres.

Un certain nombre de témoignages de personnes en difficulté ont été recueillis durant trois ans par le Carrefour des Solidarités, lors de la journée mondiale du refus de la misère, pour évoquer les difficultés de survie liées à l’insuffisance ou l’absence de ressources financières :

- André, « la misère, c’est toujours pareil. On tourne en rond. L’argent : à gauche ou à droite cela ne change rien. Une famille avec 4 ou 5 enfants ne peut plus s’en sortir. C’était mieux avant. Il y avait plus de solidarité ».

- Lucie « Comment on peut juguler la misère ? Moi, j’aime pas les choses qu’on dit sous la table. Si ça va mal, il faut le dire franchement. »

- David, 32 ans « Ca fait 2 ans que je vis dans la rue à Dunkerque. J’ai fait une demande de RMI mais comme je suis de nationalité belge, mon dossier pose problème. J’ai fait des démarches auprès d’un avocat pour faire valoir mes droits. Pour l’instant, j’attends. Dans l’avenir, ce que je souhaiterais c’est avoir un petit revenu et un logement convenable. Avoir une vie normale ».

- Frédéric, 29 ans « Les structure ne branlent rien pour les gens. A chaque fois, que l’on demande un service, soit ça doit passer en commission, soit c’est pas possible. Le seul moyen de s’en sortir c’est de se débrouiller soi-même ».

- Khadija, « Je vis seule avec trois enfants. Je vis avec le RMI. Je viens à l’accueil de jour pour prendre mon petit-déjeuner et prendre ma douche. Je suis contente ».

- René, 69 ans « Je me suis enfoncé dans les crédits. Avec les remboursements et les factures que je devais payer, je me suis enfoncé, enfoncé, enfoncé. Il arrive un moment où je ne pouvais pas payer plus payer. Donc, je me suis retrouvé sans logement.

- Salmata « C’est vrai qu’on peut s’en sortir tous les jours même quand on n’a pas grand-chose. On peut même se faire belle avec peu de choses. C’est important de se faire belle. Quand on fait découvrir aux gens d’où on vient, Madagascar, Comores, Maroc et de plein d’autres pays. On peut emmener les gens dans des voyages pour lesquels ils n’auront rien à débourser. Avec un simple fil, on peut faire des merveilles de broderie.

Il y a des riches, il y a des pauvres. Il y a des gens qui ont du pouvoir. Il y en a qui ne peuvent pas grand-chose. Il y a des beaux, il y a aussi des moches. Mais il y a un soleil pour tout le monde. C’est le même. C’est pourquoi, il devrait il y avoir des la justice pour tout le monde. Nous en Afrique, nous avons l’habitude. Nous connaissons le malheur ou la misère mais cela on le fait en chantant et ça change tout ».

Les accidents de parcours comme le chômage, séparation, veuvage, problème de santé…, aggravés par faiblesse des revenus face aux charges de la vie courante et l’inflation des prix sont des facteurs qui condamnent de nombreuses familles à des situations de pénurie financière.

Un grand nombre de services publics (Conseil général, CAF, CCAS…) et d’associations mènent de nombreuses actions pour aider ces personnes. Mais ces moyens montrent leurs limites face à des situations problématiques qui tendent à se pérenniser et à se généraliser.

Quel type de partenariat peut-on construire collectivement pour soutenir de façon pertinente les usagers qui rencontrent des problèmes financiers ?

1ère partie : Etat des lieux de la situation globale dans le bassin Dunkerquois

- Contexte global de l’action sociale dans le bassin Dunkerquois

- Evaluation du nombre de personnes touchées par ces difficultés financières :

Y- a-il une traçabilité des actions menées et le nombre de familles concernées ?
Peut-on rassembler nos données pour construire une étude commune permettant d’avoir une vision d’ensemble. Une preuve formelle de façon à interpeller l’ensemble des élus.

2ème partie : Quelles sont nos pratiques en matière d’aide financière et quelles solutions proposons-nous aux usagers chacun à notre échelle ?

- Types de secours possible selon la typologie des publics

- Accompagnement social, conditions de mise en oeuvre…

3ème partie : En fonction des services rendus par chaque structure, peut-on coordonner nos actions pour rendre l’aide aux familles plus efficiente ?

Constitution d’un groupe de travail pour construire un outil de travail inter-partenarial.

Objectif : mettre en commun nos moyens pour aider plus efficacement les familles

I. LE RELEVE DE DECISION

LES DIFFICULTES REPEREES :

1. L’absence de revenus pendant le temps d’instruction d’une demande d’ouverture de droits. L’analyse des fiche alimentaires montre qu’un part importante des dépannages sont liés à une rupture, une redéfinition, ou une raison administrative (temps de décision pour une demande d’aide sociale).
2 conséquences :
- Les associations apportent une solution là où l’Etat n’apporte aucune réponse adéquate.
- Les dépannages alimentaires financés entièrement par les associations sont très limités et ne satisfont les besoins des familles que pendant 2 jours, mais ensuite que font-elles pour survivre le reste de la semaine ?

2. Un manque de visibilité et une absence de coordination clairement formalisée entre les organismes publics et associatifs dans leurs actions menées auprès des personnes en difficultés financières.
Conséquences : Travail peu efficient. « On travaille au jour le jour »  sans stratégie d’anticipation des besoins « dans notre coin avec nos propres moyens »  sans mutualiser nos moyens

3. De grandes disparités entre les territoires urbains et ruraux dans la fréquentation des services sociaux. Par méconnaissance ou par peur des préjugés, de nombreuses familles résidant dans les zones rurales ne pas sollicitent pas l’aide des travailleurs sociaux et privilégient la solidarité familiale.

4. L’augmentation inquiétante des situations de surendettement : Le bilan des aides alimentaires souligne que 20% des usagers accueillies dans les associations caritatives sont surendettés. Malgré un taux d’endettement moyen (10 à 15%), ces personnes n’ont, en effet, pas les capacités financières suffisantes pour faire face à des dépenses trop importantes. Toute nouvelle charge facture les fait ainsi vaciller dans une situatione d’endettement.

Par ailleurs, il a été souligné qu’une certaine vigilance devait être portée sur la pratique de certains travailleurs sociaux qui usent trop rapidement des dossiers de surendettement tels des « boucliers juridiques » face à la pression des huissiers de justice, sans avoir travailler au préalable avec les familles l’origine des dettes.

PROPOSITIONS ET PISTES DE REFLEXION

1. Le développement des jardins ouvriers ou familiaux pour faire face à la pénurie alimentaire vécue par de nombreuses familles démunies.

Exemple d’Acl Proxi Pol : Mise en place du projet « les jardins de la cité » pour les familles Saint Poloise résidant en habitat collectif dans le but des les sensibiliser au jardinage et créer du lien social. Formidable tremplin de réinsertion sociale et professionnelle, cette activité vise également au bien être et à l’amélioration du quotidien en apportant un complément de ressources. 4 familles sont actuellement investies dans ce projet en partenariat avec le CCAS de Saint Pol sur Mer

2. La mise en œuvre d’une politique inter-communale sur les questions d’aides financières octroyées aux familles en difficulté dans le but d’aboutir à une gestion plus efficiente des secours et mieux adaptée aux problématiques locales.

3. La mise en place d’outils communs permettant d’avoir une meilleurs visibilité sur l’ensemble des action entreprises à la fois par les services publics et associatifs auprès des familles en difficulté financière (observatoire, fiche de liaison…)

4. Le développement des projets de micro crédit social

Exemples : l’association Tabgha d’Emmaüs travaille avec des familles sur la mise en place d’une épargne solidaire et l’accès au prêt « SOS familles » à 0%

La Croix rouge est en cours de réflexion pour mettre en place un projet lié au micro crédit social adapté aux problématiques des bénéficiaires de l’aide alimentaire.

Le CCAS de Dunkerque développe également un projet sur la même thématique à destination des personnes en contrat d’insertion et des publics jeunes sous certaines conditions.

5. Un travail plus approfondi sur la gestion des dettes avec les ménages en difficulté, via, notamment d’une constitution d’épargne pour leur permettre de retrouver une autonomies financière.

6. La mise en place de réunions interpartenariales entre les huissiers de justice et les travailleurs sociaux semble nécessaire pour comprendre les pratiques professionnelles respectives et aboutir à un meilleur accompagnement des familles endettées.

II. LES ECHANGES :

Les services sociaux et les associations sont des acteurs incontournables auprès des personnes en difficulté financières :

- Les services publics :
Outre les aides de l’Etat, les collectivités locales financent en effet un grand nombre de dispositifs financiers en direction des familles les plus démunies : personnes âgées, ménages avec enfants, bénéficiaires de minima sociaux, étudiants…

Par ailleurs et sous certaines conditions, des secours financiers ponctuels sont, octroyés aux personnes ne disposant d’aucun revenu : usagers en attente d’ouverture de droits, factures trop élevées, problème bancaire…

Dans le cadre de la gestion budgétaire ou les situations de surendettement, les usagers ont également la possibilité d’être aidés et accompagnés par les Centres Communaux d’Action Sociale et les Unités Territoriales de Prévention et d’Action Sociale.

- Les associations caritatives du Carrefour des Solidarités complètent l’offre des services proposée par les services publics en distribuant de l’aide alimentaire aux familles sans ressources.

Exemple de la Croix rouge : 180 personnes ont ainsi bénéficié de dépannages alimentaires ponctuels au mois d’avril. La moyenne mensuelle étant de 120 à 130 pers/mois, 1dépannage=2 jours d’alimentation et aucune famille accueillie n’est repartie sans colis

- Cette situation inquiétante en constante augmentation pose le problème des limites financières des associations caritatives et leurs faibles capacités à absorber une telle demande.

L’étude des fiches alimentaire menée par le Carrefour des Solidarités montre que :
- sur 1300 familles, un peu plus de la moitié perçoit le RMI.
- 30% sont des personnes salariées (en évolution constante)

Le reste à vivre moyen est de 5,6/ j/ personne (moyenne allant de restes à vivre négatifs et certains allant jusqu’à 10 euros). (Le reste à vivre= ressources – charges réelles des personnes accueillies de manière régulière)

Cette analyse souligne d’une part, l’importance du dispositif RMI pour les personnes sans ressources et d’autre part, la faible capacité financière des salariés pauvres dont le reste à vivre peut être quasiment identique aux bénéficiaires des minima sociaux.

Le dispositif Revenu Social d’Activité, dans ce cadre, semble pertinent pour réajuster les revenus des salariés et des Rmistes.

Les autres associations :

Exemple : le CHRS de l’AAE accompagne les familles hébergées dans le cadre d’un suivi social qui prend en compte l’ensemble des problématiques. En matière d’aide financière, le suivi passe principalement par une régularisation administrative en vue d’obtenir une ouverture aux droits sociaux ainsi qu’une orientation des personnes vers les associations caritatives. L’association dispose également d’un petit budget dépannage pour les secours éventuels. Depuis la loi de 2002, Le CHRS et les familles contractualisent leurs engagements respectifs à travers un livret d’accueil et un contrat de séjour définissant les grands axes de l’accompagnement proposé.

Entreprises d’insertion :

Exemple :Triselec est une entreprise d’insertion qui donne l’opportunité à des personnes en parcours d’insertion de bénéficier d’une expérience professionnelle avant le retour à l’emploi. Triselec travaille principalement avec les services sociaux pour accompagner leurs salariés rencontrant des difficultés financières.
Résultat en 2007 : 40 personnes ont retrouvé du travail en CDD +6 mois ou CDI après leur passage à Triselec

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