Le compte-rendu de la 5° rencontre : l’insertion

Réunion n°5 : L’insertion professionnelle des personnes en difficulté

La mise en place des Assises locales de la solidarité dans l’agglomération dunkerquoise offre l’opportunité d’organiser une concertation avec l’ensemble des acteurs locaux sur la situation des personnes démunies. La question de l’insertion professionnelle des publics en difficulté est assez vaste et interroge la politique d’insertion sur le plan national et local, les dispositifs d’insertion, les structures d’insertion par l’activité économique (SIAE), les contrats aidés… Aussi, tenterons-nous de cibler notre débat avant tout sur le travail d’accompagnement mis en œuvre par les acteurs de terrain pour aider les personnes les plus éloignées du marché du travail à se réinsérer socialement et professionnellement.

Pendant 3 ans, de nombreux témoignages ont été recueillis auprès des publics touchés par l’exclusion sociale lors de la journée mondiale du refus de la misère le 17 octobre :

- Tony, 21 ans, « Travailler c’est s’épanouir, pouvoir accéder à un confort de vie raisonnable, pouvoir construire un avenir concrétisant ».

- Amélie, 40 ans, mère de famille, divorcée, 5 enfants à charge est décrite par une association : « Elle décide pour subvenir aux besoins de sa famille de trouver soit du travail soit un stage rémunéré. Elle possède un CAP couture mais sa recherche est rendue difficile sans moyen de locomotion. Sans se désespérer, elle continue. Elle va à l’ANPE très souvent et fait elle-même des recherches par voie de presse dans les petites annonces. C’est ce qu’elle appelle la galère. Cependant, elle dit ne pas vouloir vivre dans l’assistanat et s’acharne à trouver du travail. »

- Jean-Luc, 58 ans « Tant que l’on a du travail, on intéresse la France car on rapporte. On paie des impôts, on s’occupe de nous. Mais quand la maladie arrive, et qu’on est reconnu inapte à tout travail, on nous met en situation d’exclusion parce qu’on ne peut pas travailler. On ne rapporte plus rien à l’Etat ».

- Karine, « On en eu une mauvaise passe avec mon mari. Il ne voulait plus travailler tellement ça allait mal et puis ici on a trouvé quelqu’un à qui parler. On a été soutenu. Depuis c’est grâce à vous, mon mari a retrouvé du travail ».

- Sébastien, 18 ans, « Maintenant j’ai retrouvé du travail, le patron est sympa et je suis fier. Je marche la tête haute. Ceux qui cherchent du travail, je les encourage car quand tu es dans la rue, tu te dis « je vais crever ».

Ces différents témoignages soulignent le rôle intégrateur du travail pour des personnes éloignées du marché du travail. Le travail est donc non seulement une réalité économique, un moyen de produire plus efficacement mais aussi un moyen de se réaliser personnellement en trouvant une satisfaction personnellement et en nouant des relations sociales. Outre un revenu, le travail procure en effet une identité, un statut et une reconnaissance sociale. Ce modèle est cependant aujourd’hui remis en cause par le développement du chômage de masse.

Pour répondre à ces difficultés et grâce à une volonté politique forte des élus locaux, tous les acteurs de la sphère économique se sont rassemblés autour de la MDE pour ouvrir un guichet unique aux demandeurs d’emploi, entreprises, salariés et porteurs de projets associatifs et publics. Parmi les membres et partenaires de la MDE, on distingue notamment l’Etat, CUD, ASSEDIC, DDTEFP, Conseil Régional, Conseil Général, AGUR, Entreprendre Ensemble … Le dispositif MDE vient ainsi compléter l’effort de mobilisation des élus locaux depuis 15 ans sur les questions liées au développement local, ainsi qu’à l’accompagnement des personnes en précarité sociale.

Malgré cet arsenal technique, le taux de chômage dans la région Flandre-Dunkerque reste élevé en comparaison de la moyenne nationale (12%) et touche un grand nombre de familles vivant dans des situations d’exclusion sociale. Par ailleurs, certaines personnes sont suivies par des structures d’action sociale pour des difficultés d’ordre financière voire de survie mais ne sont pas nécessairement accompagnées dans leur démarche de réinsertion et inversement. Pourtant, les volets insertion social/professionnel sont indissociables pour des personnes en grande précarité.

1. Quel type de solidarité concrète construire collectivement pour mieux accompagner les publics en difficulté ?

Autrement dit, quels types de liens pouvons nous créer entre les organisations de proximité (notamment les petites associations) et les actions entreprises dans le cadre de la MDE de l’agglomération Dunkerquoise pour mener un accompagnement efficace auprès des publics en difficulté ?

a) Au niveau du repérage des publics
b) Pendant leur parcours d’insertion
c) Et l’accompagnement vers une prise d’autonomie progressive

2. Comment susciter une citoyenneté active auprès d’un public marginalisé en tant que chômeur ? Ou comment aider les demandeurs d’emploi éloignés du marché du travail à devenir davantage des usagers critiques et responsables dans leur parcours d’insertion ?

a) Place de la parole des usagers au cœur de leur projet professionnel (conditions de représentation des usagers, procédé d’auto-évaluation de l’ensemble de leur parcours d’insertion…).

I. LE RELEVE DE DECISIONS

La situation actuelle de la politique de l’insertion est très préoccupante. La diminution des crédits alloués par le Fonds Social Européen et la baisse significative de la dotation de l’Etat ont, en effet, eu des répercussions considérables sur les structures d’insertion par l’activité économique.

Le budget 2008 du ministère de l’Emploi a, en outre, revu fortement à la baisse le nombre de bénéficiaires de contrats aidés par rapport aux nombres d’entrées dans ces dispositifs en 2007, entraînant dès lors un accès plus restreint des bénéficiaires. Dorénavant "les contrats aidés seront limités aux seules personnes très éloignées de l’emploi, c’est-à-dire aux bénéficiaires des minima sociaux et aux demandeurs d’emploi" qui ont le plus fort risque de chômage de longue durée.

Les difficultés repérées par les acteurs locaux :

- Politique d’insertion très exigeante et peu réaliste : Nous sommes face à une véritable politique de résultat visant des personnes qui sont en réelle difficulté d’insertion sociale et professionnelle.

- Les SIAE sont menacées et fonctionnent plus en plus grâce à de l’auto-financement, ce qui limite leurs actions auprès des personnes en parcours d’insertion.

- Problème des personnes en difficulté qui ne fréquentent pas les antennes Maison de l’emploi de l’agglomération Dunkerquoise. Quelles solutions construire pour les repérer et les accompagner collectivement ?

- Face à un taux de chômage élevé, notre bassin d’emploi offre paradoxalement l’avantage de créer des emplois qui ne sont pas pourvus, faute de main-d’œuvre qualifiée. Cette situation pose question quant à l’adéquation entre l’offre et la demande de formation sur le territoire communautaire

- Problème de mobilité des personnes pour accéder à un emploi, qui sont confrontées notamment à un coût élevé du permis de conduire.

- Problème des usagers non employables pour qui il convient de trouver une solution autre que l’emploi.

Les pistes d’orientation à approfondir dans des groupes de travail :

- Le développement d’un travail en partenariat avec les structures de proximité (autres que les SIAE)
o pour repérer des personnes aptes à l’emploi qui méconnaissent les dispositifs de réinsertion.
o Et les accompagner à la fois vers une réinsertion sociale et professionnelle.

L’individu doit en effet être pris en considération dans son ensemble en prenant en compte toutes ses difficultés pour augmenter ses chances d’employabilité : santé, logement, mobilité, loisirs…

- Dans le cadre du projet national des grenelles de l’insertion, la Communauté Urbaine de Dunkerque a déposé une proposition relative à un contrat unique d’insertion.

- L’idée d’un comité inter-organisation à l’image de la Structure d’Insertion Dunkerquoise ou d’un comité d’entreprise octroyant des avantages aux demandeurs d’emploi en matière d’accès aux loisirs …est intéressante et reste à être creusée.

II. LES ECHANGES AVEC LES PARTENAIRES :

L’insertion n’est pas seulement limitée à la recherche d’emploi. L’accompagnement des personnes en difficulté nécessite, en effet, la prise en compte de l’environnement global des individus. C’est dans cet esprit que se sont développées un grand nombre d’actions d’insertion mises en place par des structures spécifiques (ateliers ou de chantiers d’insertion), ou d’organismes à vocation sociale.

Quelques exemples :

• en matière d’aide au logement :
o Rôle majeur des structures d’hébergement
o Dispositif 1Toit/1 travail mis en place par la Mission Locale d’Entreprendre Ensemble avec les bailleurs sociaux du territoire communautaire.

• En matière de réinsertion sociale :
o L’AFEJI a mis en place un certain nombre d’outils tels que ASI (appui social individualisé) ou l’AIAD (Accompagnement individualisé à l’accès aux droits) auprès des personnes en parcours d’insertion pour leur faciliter l’accès aux dispositifs de droits communs et le maintien dans l’emploi.

• En matière de santé :
o L’AJS, Triselec et l’AFEJI ont mis en oeuvre des actions d’accompagnement relatives à la santé des usagers en matière de prévention et d’accès aux soins.

• En matière de mobilité :
o A travers son atelier mobilité, l’AFEJI offre aux personnes, ayant des ressources faibles et dépourvues de moyen de locomotion, l’opportunité de disposer de vélos, cyclomoteurs et voitures d’occasion pour faciliter leur recherche d’emploi.
o Triselec offre une participation au financement des déplacements de travail pour les personnes en parcours d’insertion.

• En matière de loisirs :
o Un certain nombre d’associations membres du Carrefour des Solidarités travaillent conjointement pour offrir l’occasion à des ménages pauvres d’accéder à des sorties familiales. Ex : Lugova (accompagnement de projets de vacances), secours populaire, Restos du Cœur, Secours populaire, Armée du salut, Structure d’Insertion Dunkerquoise…

• En matière de réinsertion professionnelle :
o Le pôle emploi de la Maison de l’Emploi, en partenariat avec l’ensemble des professionnels de l’emploi, travaille auprès des entreprises dans le but de réinsérer des personnes éloignées du marché de l’emploi.

Véritables tremplins de resocialisation, les structures d’insertion par l’activité économique travaillent en collaboration avec les antennes MDE afin de permettre à des personnes en difficulté, de construire un projet professionnel. Cependant, ces chantiers d’insertion sont aujourd’hui les premiers menacés par les coupes budgétaires et sont contraints de fonctionner grâce à leurs propres fonds.

Le nombre de personnes en précarité sociale augmente et conduit des familles de plus en plus nombreuses à solliciter de l’aide alimentaire pour survivre. Une grande partie de ces usagers se sentent exclus des dispositifs de droit commun et ressentent de l’appréhension face à de grandes institutions telles que l’ANPE ou les antennes MDE. Leur seul relais reste les services de proximité (association de quartier, caritative, maison de quartier, assistante sociale de secteur…) qui sont des lieux de socialisation clairement identifiés.

Les associations et services de proximité ont par conséquent un rôle majeur pour repérer et informer ces personnes de leurs droits. Quelles solutions collectives inventées pour « aller vers » ces personnes et les accompagner en confiance vers la voie de l’insertion ? La constitution d’un groupe de travail sur cette problématique semble nécessaire pour accompagner les usagers vers les dispositifs de droit commun.

Pour certains publics dont la réinsertion sociale et professionnelle est plus longue, il est important de construire des parcours personnalisés s’échelonnant dans le temps. D’où l’idée d’un contrat d’insertion unique proposée par la Communauté Urbaine de Dunkerque qui a été transmise aux Grenelles de l’insertion.

Document annexe :

Lors de la séance du Sénat du 29 janvier 2008 consacrée aux questions orales, M. Jean-Pierre Bel (Ariège, PS) a interrogé le gouvernement sur la diminution des dotations du Fonds social européen (FSE) sur la période 2007-2013, qui financent les actions d’insertion et qui sont actuellement gérées par les départements au travers du plan départemental d’insertion.

M. Jean-Pierre Bel a demandé au gouvernement quelles dispositions l’État entendait prendre afin de compenser cette baisse qui affecte les départements, et rétablir une répartition territoriale des crédits plus équitable.

M. Luc Chatel, secrétaire d’État chargé de la consommation et du tourisme, lui a répondu que cette baisse devait être assumée par tous les niveaux de responsabilités.

Ainsi le secrétaire d’État a déclaré que le Gouvernement a demandé aux préfets de région, en charge de la programmation des crédits FSE, de faire de l’insertion par l’activité économique une priorité. Entre 2007 et 2013, 183 millions d’euros devraient programmés pour financer les structures d’insertion par l’activité économique, auxquels s’ajouteront les 21 millions de la ligne nationale pour le financement des têtes de réseau de cette forme d’insertion. Les préfets ont en outre été autorisés, sur 2007 et 2008, à programmer des actions au titre des reliquats de crédits 2000-2006.

Il a rappelé qu’il fallait également prendre en compte la possibilité qu’ont les conseils généraux de financer les structures d’insertion par l’activité économique au titre de la subvention globale qu’ils gèrent. Il a enfin souligné que l’insertion par l’activité économique avait bénéficié ces dernières années de moyens accrus avec notamment une augmentation des crédits d’État au titre du plan de cohésion sociale en 2008,de l’aide à l’accompagnement des associations intermédiaires et des dotations des fonds départementaux d’insertion, ainsi que la création d’une aide à l’accompagnement dans les chantiers d’insertion, dotée de 24 millions d’euros et le maintien du volume des contrats aidés pour le secteur de l’insertion. http://www.senat.fr/cra/s20080129/s20080129_0.html

Les jeunes de moins de 25 ans risquent d’être les grands perdants de cette nouvelle orientation de la politique de l’emploi, car ils ne perçoivent pas le RMI et sont nombreux à occuper des contrats aidés, en particulier dans le secteur public, faute de pouvoir accéder à un contrat de travail classique. Les jeunes "vont être traités plus globalement dans le cadre du Grenelle de l’insertion", assure le Haut commissariat aux solidarités actives.

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