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La solidarité est-elle un droit ?

Faire appel à la solidarité est un droit ! Y prendre part est une exigence de fraternité

A écouter certains d’entre nous, les gens pauvres se diviseraient en deux catégories. Il y aurait d’un côté ceux qui seraient les bons pauvres, dignes de la compassion des bénévoles et des associations et donc de leur aide. De l’autre côté, il y aurait ceux qui sont indignes de cette aide. Cela se dit rarement dans des termes aussi crus. Mais comme au Carrefour, on n’a pas l’habitude de mettre sa langue dans sa poche, autant aborder le problème de front. Cela résiste-t-il à l’analyse ?

Dans le temps, on parlait de « pauvres dignes » ce qui s’accompagnait d’un doute permanent sur la dignité de la personne ou de la famille qui demandait de l’aide. Car, chacun le sait ( ???), quand on est pauvre on a tendance à profiter de la solidarité des autres. On se couvre de dettes pour acheter n’importe quoi, en tout cas des choses non essentielles (télé, voitures, vêtements de luxe, etc). On détourne constamment les règles en allant d’une association à l’autre pour recevoir de l’aide. On se permet même, scandale suprême, de réclamer l’aide qui est apportée comme un dû !!!

Reconnaissons le. De façon explicite ou de façon implicite, c’est bien ce que pense un certain nombre de bénévoles voire de professionnels du social ou encore, un certain nombre d’élus. Ne dit-on pas, d’ailleurs, que le travail social consiste à « rendre leur dignité aux pauvres » ? Comme si la pauvreté rendait les gens « indignes » ! Cette façon de penser est largement répandue. Elle se construit sur la conviction que tout ce qui arrive à un individu serait essentiellement, voire uniquement, dépendant de ses propres actes et donc de sa propre volonté.

Chacun sent bien que cette position ne résiste ni à l’observation, ni à l’analyse. Elle est d’abord contraire aux principes qui nous régissent depuis que nos prédécesseurs ont décidé que nous serions régi par les lois de la république. « Les Représentants du Peuple Français, constitués en Assemblée Nationale, considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’Homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une Déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l’Homme… », rappellent les rédacteurs de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen dans son préambule. Est-il besoin de rappeler le premier article de notre charte commune fondamentale ? « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. »

Tous les témoignages que nous recevons et que nous vous présentons ici montrent bien que les personnes qui vivent dans la pauvreté la ressentent d’abord comme une situation subie et non voulue par eux. Chacun, à sa mesure, tente d’y faire face, voire, dès que l’horizon se dégage un peu pour eux, de s’en sortir. Le reconnaître, c’est cela d’abord leur rendre leur dignité de citoyen.

Au fond, rejeter la responsabilité de la pauvreté sur ceux qui la subissent, n’est-ce pas une façon très habile de se dédouaner de notre responsabilité collective et donc de notre incapacité à construire une société où chacun pourrait vivre selon ses besoins ? Faut-il encore le rappeler ? Dans notre République des droits de l’homme, le recours à la solidarité est un droit qui répond à la dignité d’être citoyen. Seule la loi, donc la justice, peuvent déclarer l’indignité. Celle-ci ne peut donc être le fait du jugement personnel d’un autre citoyen.

Un peu d’histoire

L’appel à la solidarité est selon nous un droit. Les textes fondateurs de notre République garantissent à chaque personne des conditions de vie indispensables à sa dignité et à son développement. Il nous a paru important de faire un peu d’histoire, avant d’aborder la question du rôle des associations.

Ces droits s’inscrivent en effet dans notre histoire commune. Rappelons-en quelques étapes importantes.

La déclaration universelle de droits de l’homme, votée le 26 août 1789 par l’assemblée constituante. Fruit du siècle des lumières et plus largement de notre héritage culturel, religieux et humaniste, elle affirme dans son article 1 que : « Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Dans l’article 4, elle indique les quatre droits « naturels et imprescriptibles » : la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression.

Au fil des années ces droits ont été explicités et complétés dans d’autres textes telle que La déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée en 1948 par l’Assemblée générale des Nations Unies. Elle précise ces droits notamment en matière économique, sociale, culturelle : droit au travail, droit à un niveau décent de vie en termes de santé, de logement, de soins médicaux, etc. Mais elle définit ces droits comme « l’idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations »

Pour sa part, la République Française, anticipant sur ce texte, faisait figurer dans le préambule de la constitution de 1946 des droits de cette nature, en indiquant qu’il appartenait à la Nation de les faire respecter. La constitution de 1958 fait référence à ce préambule. Les textes sont précis : La Nation (Française) garantit à tous, notamment, enfants, mères, vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité, le repos, les loisirs et, aux personnes dans l’incapacité de travailler, des moyens convenables d’existence.

Droits ? Certes. Mais ne voit-on pas aussi progressivement apparaître dans les mêmes textes une exigence ? Elle est en effet clairement explicitée dans l’article 1 de la déclaration de 1948 : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. »

Malgré les apparences le terme de « fraternité » n’a pas vraiment bonne presse en France. S’il faisait partie du vocabulaire du siècle des lumières et de la période révolutionnaire, il faut en effet attendre 1880 pour qu’il bénéficie d’une reconnaissance officielle par l’inscription sur les bâtiments publics de la devise républicaine : Liberté, Egalité Fraternité. Il est enfin repris dans les constitutions de 1946 et de 1958.

Ce petit rappel historique qui fonde le droit de chacun à des moyens d’existence convenables, fournis si nécessaire par la solidarité de la collectivité, permet de mieux situer le rôle des associations. C’est en effet dans ce contexte qu’il faut situer les relations entre l’Etat, les associations et les citoyens. C’est ce que nous vous proposerons dans la suite de cet article, le mois prochain.

Le rôle des associations

Les textes fondateurs de notre République garantissent à chaque personne des conditions de vie indispensables à sa dignité et à son développement. C’est à l’Etat que revient de mettre en oeuvre ce droit. Mais alors, quel est le rôle des associations ?

Le Président du Conseil national de la Société de Saint Vincent de Paul a écrit récemment : « L’aide alimentaire ne constitue plus pour nous ni un défi à relever, ni un engagement d’avenir. Nourrir les habitants d’un pays est une responsabilité d’Etat » Cela ne voulait pas dire que l’association se montrait indifférente à la situation des personnes qui, encore aujourd’hui, ont faim. Cela indiquait que les rôles de l’Etat et des associations étaient différents. Expliquons-nous.

Quelque soit sa bonne volonté, il est évident que la Nation n’assure pas à chacun les engagements explicités dans les constitutions successives. Une des raisons est qu’une disposition d’ordre général ne peut prendre en compte, de façon satisfaisante, tous les cas particuliers. Une autre est qu’un droit proclamé par une institution n’a pas de réalité tant que celle-ci ne met pas en œuvre les moyens collectifs et individuels pour que ce droit soit opérationnel. C’est sans doute la raison pour laquelle la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 parle d’une mise en œuvre progressive des droits.

Les citoyens, par l’intermédiaire des associations, ont donc un rôle essentiel pour repérer, signaler, éventuellement corriger, les disfonctionnements, les lenteurs dans la mise en œuvre de droits proclamés, voire innover. Cette démarche est de nature à aider les responsables publics à poser un autre regard sur les situations et les solutions de droit proposées.

Il ne faut donc pas s’étonner que, au delà d’une reconnaissance officielle du rôle essentiel des associations par les pouvoirs publics, nous les dérangions. D’abord en appuyant là où cela fait mal et en pointant les difficultés ou les échecs. Puis en exigeant de l’Etat des moyens d’agir chaque fois que nous nous sentons obligés d’intervenir à sa place.

Dans cette mission d’interpellation les associations ne sont cependant pas dispensées d’une réflexion forte et approfondie sur la pertinence de leurs interrogations et de leurs solutions. Au-delà de la mise en place de dispositifs corrigeant les carences manifestes, le domaine spécifique des associations ne serait-il pas d’abord la promotion du lien social, de la Fraternité ?

On peut en effet imaginer qu’il soit possible de quantifier les droits et exigences concernant les « moyens convenables d’existence » et d’attendre de l’Etat qu’il prenne les dispositions nécessaires pour mettre en place les dispositifs appropriés. Mais est-ce par l’intermédiaire des règlements et des « observatoires » qu’on pourra développer une nécessaire fraternité. Les associations, grâce à leurs structures plus souples et à la plus grande disponibilité de leurs membres, facilitent les démarches d’écoute, de dialogue, de médiation et d’innovation. Mais ne sont-elles pas les lieux privilégiés pour développer cette fraternité ?

Alors plutôt que d’en appeler au « droit à l’appel à la solidarité », n’est-il pas préférable de parler, pour chaque personne humaine, du « droit à une vie décente » ? Ceci ne nécessite-t-il pas alors une double solidarité de la part de chacun ?

Au plan de l’action concrète : accepter de contribuer, chacun suivant ses moyens, notamment financier, via l’impôt. Mais également avec sa compétence et sa disponibilité, participer à la mise en place des nécessaires dispositifs de solidarité, parallèlement, ne pas utiliser ces dispositifs en dehors du cadre pour lequel ils sont prévus, ce qui les rendra d’autant plus efficace.

Au plan des comportements individuels : dans l’esprit de la déclaration universelle des Nations Unies, ne pas oublier que chacun est doué de raison et de conscience et qu’il lui appartient d’agir envers les autres dans un esprit de fraternité.

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