"La patate chaude"

Ceux qui, parmi nos amis et connaissances, vivent tous les jours difficilement et, parfois, douloureusement, nous pardonneront si nous les appellons ici « la patate chaude ». Beaucoup, parmi eux et parmi elles, aimeraient bien être au chaud tous les jours et pouvoir dans le même temps avoir dans leurs mains une bonne patate, chaude à point.

Mais force est de constater que, pour la société dans laquelle nous vivons, ils sont considérés par beaucoup, parmi les citoyens comme parmi les responsables publics, comme une patate chaude qu’il convient de ne jamais avoir dans la main et donc de refiler dès que possible à d’autres. Les derniers filets qui permettent à la personne qui vit cette situation limite sont quelques services publics d’Etat (hôpital, logement) mal équipés, du conseil général qui ne font qu’appliquer des mesures souvent inadéquates, les C.C.A.S. destinés à ne faire face qu’aux situations exceptionnelles d’urgence et, enfin, les bonnes volontés associatives qui ne tiennent le coup, à la longue, qu’à force de traditions, souvent religieuses ou philosophiques.

Tout cela pourrait marcher si les responsables centraux, députés et sénateurs, prenaient en considération qu’avec à peine 500 € par mois, un adulte ne peut s’en tirer de façon autonome, sans se rendre dépendant de tel ou tel service social ou de la solidarité associative.

De la tête de l’Etat, en passant par les différents partis politiques, jusqu’à l’élu de quartier, et donc le citoyen lambda, on ne peut pas s’enlever de la tête l’idéologie multiséculaire selon laquelle quand on est pauvre, c’est qu’on l’a bien voulu, que si la société assurait à chacun des ressources lui permettant de survivre normalement, il n’y aurait plus que des paresseux profiteurs, et qu’il est donc normal que les services publics contrôlent, de façon minutieuse, répétitive et tâtillonne, le bien fondé de l’aide qui sera accordée. Chacun a évidemment dans la tête l’exemple qu’il connaît et qu’il répète sans arrêt, de telle ou telle personne de la rue, qui lui a dit avec fierté que, si elle y était, c’était parce qu’elle l’avait voulu. Fierté de celui ou de celle qui ne prétend pas partager avec celui qui n’a pas d’autres intentions que de le juger, ses douleurs, ses héritages et ses interrogations.

Les associations humanitaires et caritatives ne supportent plus qu’on leur refile la patate chaude en évitant de se poser les vraies questions de société : les minima sociaux aujourd’hui ne permettent plus de survivre dans la société où nous vivons. Il ne sert plus à rien de prétendre que c’est l’échelon supérieur qui ne fait pas son travail. Quand ce sont les mêmes qui, du gouvernement à la municipalité, tentent de se refiler la patate chaude, le ridicule saute aux yeux. Et ce n’est pas parce que c’était pire avant que le ridicule saute moins.

Seules notes d’espoir : il reste des hommes et des femmes, bénévoles ou salariés, fonctionnaires ou non, dont le sourire et l’accueil demeurent capables de réchauffer les petits bouts de patate. Ça ne nourrit pas. Mais ça réchauffe. Il en reste aussi qui, s’ils ont une patate en trop, nous la refile pour qu’on la réchauffe. Merci à eux et à elles. Que seraient les associations sans cela ?

L’équipe d’animation du Carrefour des solidarités

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