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LES HYBRIDES OU LES NOUVELLES FORMES DE BENEVOLAT ?

L’intervention des bénévoles associatifs dans les camps de réfugiés a vu apparaître de nouvelles formes qu’on pourrait caractériser comme une sorte d’hybridation entre l’amateurisme sympathique de beaucoup de bénévoles et le sérieux quasi professionnel d’autres intervenants, eux aussi bénévoles, les réactions moralistes de certains et le militantisme politique nouvelle formule. Cela pose quelques questions.

Entre bénévoles de « l’ancienne mode », on les appelle pour certains les « vacanciers », pour d’autres les « intermittents » du bénévolat. Le plus souvent, ils ou elles viennent d’ailleurs : de Grande Bretagne, de Belgique, de Nouvelle Zélande, voire de Bretagne. Ils ou elles ont comme caractéristique de développer un savoir-faire quasi professionnel dans différents domaines comme l’organisation, les différents services à la personne, la maintenance, la sécurité de circulation, l’animation socio-culturelle, la pédagogie, etc.
Quand ils ou elles débarquent, c’est pour s’installer pour quelque temps. Parfois il s’agit d’une quinzaine de jours, pris sur leurs droits à congés, d’où le surnom de « vacanciers » qui leur est attribué. Parfois, leur présence est beaucoup plus longue. Chômage ? Choix de vie ou de militantisme ? Intermittence professionnelle ?
Il est manifeste par exemple que les capacités fournies par le statut d’intermittent du spectacle donnent un cadre possible à des choix plus idéologiques. Ceci explique l’autre surnom qui leur est attribué d’ « intermittents du bénévolat ».
Du point de vue de leur action humanitaire, cela leur fournit une force que n’ont pas les bénévoles plus classiques. Leur présence quasi permanente, au moins pendant un certain temps, leur permet de mieux comprendre la situation, de créer plus facilement des relations de confiance, de construire des interventions auprès des personnes en difficulté plus pertinentes, etc. Et, souvent, ils ou elles savent manier avec pertinence les moyens de communication modernes. Les réseaux sociaux n’ont aucun mystère pour eux et c’est, d’ailleurs, par leur intermédiaire, qu’ils sont arrivés là. Parfois même, certains ressemblent à ces moines itinérants du moyen âge, vivant de dons, sorte de mendicité moderne et prêchant les utopies de ces derniers temps où il n’existe plus ni frontière entre les peuples et les cultures, ni distance entre les citoyens et leurs dirigeants.
Leurs points faibles sont de deux ordres. Le premier est celui de la continuité s’ils n’ont pas eu la sagesse de faire partie d’une organisation ou d’un réseau qui permet à d’autres de prendre le relais. Le deuxième est de regarder avec un souverain mépris, à peine caché, ceux et celles qui, localement, avec d’autres contraintes et dans la continuité, tentent d’apporter leur soutien humanitaire depuis belle lurette. Certains se permettent même d’appeler ces formes locales de bénévolat d’ « historiques ».
Tout bien considéré, d’ailleurs, cette dernière caractéristique ne leur apparaît nullement comme un point faible. La continuité de leur organisation est en effet construite sur l’appel à des bonnes volontés individuelles, d’où qu’elles viennent géographiquement. Les relations que font naître, en général, la continuité d’un voisinage sont construites au contraire ici sur la rapidité de l’échange et la reconnaissance d’une même volonté pratique. Dire que c’est la porte ouverte à toute sorte de manipulations, qu’elles soient pratiques comme celles des passeurs, ou qu’elles soient idéologiques comme celles des représentants religieux ou autres, les étonnerait les premiers.

Ces nouveaux arrivés dans le travail humanitaire ne sont pas sans soulever toute une série de questions.
La première tourne autour des relations entre l’efficacité humanitaire et le développement des relations sociales. Ces modes d’intervention sont en effet nés à l’occasion des catastrophes humanitaires. Il fallait joindre à cette occasion une rapidité de mobilisation humaine, de grandes compétences d’organisation comme de constructions de survie. Le modèle en a été les grandes Organisations Non Gouvernementales qui lient force d’intervention, souplesse et rapidité. Mais ce n’est pas d’aujourd’hui que ces ONG se questionnent fortement sur « l’après urgence ». Faire face rapidement à des besoins vitaux et reconstruire ou construire dans le temps une nouvelle société faite des apprentissages quasi millénaires, de la lente digestion de l’expérience douloureuse récemment vécue au cours de la catastrophe n’ont pas les mêmes exigences. Autant les mobilisations et les méthodes inventées progressivement à l’échelle internationale sont pertinentes dans la période qui suit la catastrophe, autant, si elles ne savent pas s’articuler avec l’organisation sociale locale, elles peuvent conduire à de nouvelles catastrophes.
La deuxième tourne autour des rapports à construire entre les nécessités de l’organisation collective et sa validité démocratique. L’urgence demande de l’organisation et donc une chaîne de commandement rapidement identifiée. On n’est plus dans la lourdeur effective des institutions démocratiques par l’intermédiaire desquelles doivent se construire la participation de chaque individu d’un groupe à la conception des choix communs.
Si l’on n’y prend pas garde, deux écueils risquent de se dresser rapidement. Le premier revient à se demander constamment quand devra-t-on cesser d’être dans l’état d’urgence au risque de ne jamais en sortir. Le deuxième est d’être constamment dans le dérapage idéologique incontrôlé ou dans le champ ouvert à toute organisation criminelle.
On sent bien que toutes ces questions se posent devant des phénomènes de masse et à propos événements non ordinaires comme l’afflux local de personnes étrangères parquées localement sur ordre supérieur. Peut-on en dire autant des formes de l’action sociale plus traditionnelle ?

Jean-Marie

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