LA MORT DE L’A.J.S., EST-CE POSSIBLE ?


LA MORT DE L’A.J.S., EST-CE POSSIBLE ?

L’AJS, association membre et fondatrice du Carrefour des Solidarités, a été amenée à arrêter ses activités dans les premiers mois de cette année. Mais qu’est-ce qui s’est passé pour qu’un tel projet finalement casse sa pipe ?

Il est trop tôt pour tirer les leçons d’une telle disparition tellement impensable que certain(e)s veulent la faire renaître de ses cendres et on les comprend. L’AJS, c’est, en effet, 30 ans d’investissement sur le territoire de la Communauté Urbaine de Dunkerque au service des plus démuni(e)s. Elle a été précurseur dans de nombreuses actions, voire, elle a été la seule à les mener. Plus qu’un véritable lieu de vie, elle a aidé de nombreuses personnes à sortir de la galère.

C’est une fois que nous rencontrons les personnes qu’elle a accompagné, que nous comprenons l’importance de cette association pour elles. Ayant lié connaissance, pour la plupart d’entre elles, par le biais de l’aide alimentaire, elles appréciaient l’échange donnant/donnant avec l’association. De sorte qu’elles ne se positionnaient pas seulement en tant que demandeuses. Elles étaient aussi initiatrices et actrices des projets que l’association menait.

C’est ainsi, qu’elles participaient à des ateliers d’insertion sociale autour de la santé avec un accompagnement au bilan de santé mais aussi à l’alphabétisation, peu de réponses existent sur le Dunkerquois en la matière, à l’apprentissage du Français pour les personnes issues de l’immigration, à la création artistique, à l’expression citoyenne, à l’initiation informatique, à la couture, à la cuisine, à l’esthétique, à la coiffure, au sport et à la relaxation avec pour principal objectif, la valorisation des savoir-faire et des savoir-être des personnes.

Néanmoins, c’est en matière de projets culturels, en particulier avec les femmes issues de l’immigration que l’association a été vraiment novatrice. C’est ainsi que de nombreuses femmes ont pu aller jusqu’à exposer leurs œuvres dans des musées et travailler avec des artistes de renommée internationale, comme Fabiana De Barros. Qu’on se rappelle les projets « Elle m’a dit », « Regard de femmes », « Sie Sagt Mir » ou encore « Pratiques langagières », et bien d’autres. Ces projets ont amené ces femmes à voyager en Allemagne ou au Maroc pour travailler avec d’autres femmes et ainsi permettre aux actrices des projets de sortir de leur environnement quotidien. Travail de longue haleine qui a parfois fait naître des vocations parmi elles.

Centrée principalement sur les demandes des personnes accompagnées, l’association a voulu répondre avant tout à leurs besoins. C’est ainsi qu’un projet d’aménagement d’intérieur chez et avec les personnes a vu le jour. Il a permis aux personnes de réfléchir à leur habitat sur des notions de développement durable, de précarité énergétique et d’anti-gaspillage. Les préoccupations des parents avec leurs enfants ont fait émerger un projet parentalité où les enfants pouvaient dialoguer avec leurs parents avec l’aide d’un médiateur professionnel. Cet atelier a abouti ensuite à la mise en place de projets de départ en vacances en famille, collectif et autonome, afin de resserrer les liens parents/enfants. La réussite de ces actions pouvait se mesurer au véritable investissement des familles.

Voulez-vous d’autres exemples ? L’aide aux devoirs pour les enfants de 8 à 16 ans, à des horaires atypiques (16h30 à 19 heures) a permis à des enfants de bénéficier d’un véritable accompagnement par des bénévoles retraités de l’éducation nationale.

Chez les financeurs de l’action sociale et leurs administrations, on aime bien saucissonner les actions menées et faire de la comptabilité horaire. Impossible pourtant quand une association comme l’A.J.S. avait fait le choix, depuis son origine, de travailler sur la citoyenneté et de favoriser la parole des femmes ainsi que l’insertion professionnelle de celles-ci parce qu’elles étaient les plus discriminées sur le marché de l’emploi.

Et on ne parlera pas ici du rayonnement international qu’elle a eu avec l’aide aux montages de coopératives de femmes, génératrices de micro-activités, qui les ont aidées à avoir un revenu, etc.

Après cela, comment voulez-vous qu’on se résolve à voir mourir un tel projet en train de vivre ? Comment entendre que les seules dispositions locales prises soient l’appel à un « grand épicier » départemental dont le seul travail social tienne dans l’organisation de brefs séjours à la plage d’enfants métropolitains ?

Cette remarque qui dit notre désappointement aussi grand que celui des personnes qu’accompagnaient l’AJS, n’entend pas blesser les personnes bénévoles qui, dans le cadre du nouveau comité local du Secours Populaire, vont tenter de leur apporter leur aide. Les bonnes volontés sont toujours les bienvenues. Lorsque la solidarité connaît des pannes, ce sont souvent les responsables et les organisateurs qui sont en cause, pas les bénévoles. D’ailleurs, nous en portons sans doute notre part.

Le comité de rédaction

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