Intervention du Maire de Grande Synthe, le 30 mai 2016


A l’occasion de la signature de la convention tripartite concernant le camp de la linière accueillant des migrants de passage.

Monsieur l e Ministre de l’Intérieur,Madame la Ministre du Logement et de l’Habitat Durable, Messieurs les Députés,Madame et Monsieur les Sénateurs, Monsieur le Préfet du Nord, Préfet de Région, Monsieur le Sous-Préfet de Dunkerque, Monsieur le Procureur de Dunkerque, Mesdames et Messieurs les représentants des Organisations Non Gouvernementales, Mesdames et Messieurs les représentants des associations des très précieux bénévoles, Mesdames et Messieurs les élus,
Chères concitoyennes, chers concitoyens,

= Permettez-moi tout d’abord Madame et Monsieur les ministres de vous remercier très sincèrement de votre visite aujourd’hui. Vous m’aviez promis de le faire lors de nos différentes rencontres, vous tenez aujourd’hui votre engagement.

Et puis, je veux aussi vous souhaiter la bienvenue dans notre ville, ô combien particulière, mais ô combien fabuleuse aussi, qu’est Grande-Synthe et ses habitants.

Bienvenue à vous dans cette ville hospitalière.
Bienvenue à vous dans cette ville qui fait résonner si particulièrement notre devise républicaine : Liberté, Egalité, Fraternité.
Bienvenue dans cette ville monde où nos différences sont vues et vécues comme une chance et une richesse.

C’est un moment important pour cette ville que votre visite et la convention que nous allons signer ensemble tout à l’heure.

Notre territoire accueille des populations exilées depuis 2006, notamment ici à Grande-Synthe, mais auparavant aussi à Téteghem, à quelques kilomètres d’ici. Elles ont élu domicile chez nous en raison de la présence de station service ou d’aire de repos le long de l’A16 qui mène à Calais et à la Grande-Bretagne.

C’est vrai aussi dans différentes villes de notre région : à Steenvoorde, à Norrent-Fontes, à Angres, et dans quelques autres encore. Calais et Grande-Synthe ne sont pas des cas isolés.

En 2008, ici à Grande-Synthe, nous avions vu, pour la 1ère fois, arriver des femmes et des enfants. Il faisait -15°C durant cet hiver 2008. Nous ne pouvions laisser ces personnes comme cela, au risque de voir l’une ou plusieurs d’entre elles, décéder en raison du froid. En tant que maire de cette commune, je m’y refusais ! C’est comme cela, que nous avons commencé à répondre à l’urgence humanitaire qui s’imposait et qui, à mon sens, s’impose toujours.

Vous me l’aviez dit lorsque nous nous sommes rencontrés le 30 mars, Monsieur le Ministre, nous sommes des hommes et des femmes de gauche. C’est notre identité que nous ne pouvons nier. C’est l’humanité qui doit gagner.

Les associations de l’agglomération se sont très rapidement réunies en un collectif, le Carrefour des Solidarités, pour coordonner les actions de chacune d’entre elles. Elles ont accompli et continuent d’accomplir un fabuleux travail de solidarité et je les en remercie vivement. Sans elles, rien ne serait possible.

La Communauté Urbaine a aussi mis en place des rencontres régulières avec l’ensemble des partenaires pour faire un point sur la situation dans l’agglomération et pour assurer une prise en charge financière des dépenses faites par les associations pour venir en aide aux réfugiés présents sur le territoire, une cinquantaine à Grande-Synthe et une vingtaine à Téteghem. C’était hier, aujourd’hui les flux sont d’une autre nature.

Les conditions d’accueil s’amélioraient lentement, au rythme des installations que nous mettions en œuvre avec Médecins du Monde notamment et ses logisticiens : point d’eau, accès à des douches, toilettes sèches, etc.
On tentait d’assurer un minimum de dignité à ces hommes, ces femmes et ces enfants de passage sur notre territoire.

Tout s’est bien passé durant toutes ces années. Personne n’avait entendu parler de Grande-Synthe ou de Téteghem.

Puis, nous avons eu ces arrivées massives de réfugiés syriens qui représentaient près de 98% de la population sur le terrain du Basroch, à partir du mois d’août dernier.

C’est à partir de ce moment que nous avons mis en place, sous l’égide du Sous-Préfet de Dunkerque, une réunion hebdomadaire, avec la présence du Procureur de la République, des différentes forces de police : sûreté urbaine, PAF, CRS et gendarmes, représentants des communes, du Grand Port Maritime de Dunkerque, pour suivre l’évolution de la situation sur notre littoral.

Se sont mises aussi parallèlement à cela, des réunions sanitaires, toujours sous l’égide du Sous-Préfet, réunissant les ONG, Médecins Sans Frontière et Médecins du Monde, ainsi que les représentants du Centre Hospitalier Dunkerquois et de la Polyclinique de Grande-Synthe, pour s’assurer de la bonne prise en charge des problèmes de santé des réfugiés.

Nous continuons aussi à réunir régulièrement, à la Communauté Urbaine ou ici en Mairie de Grande-Synthe, l’ensemble des associations pour coordonner les interventions.

Je dois saluer, Madame et Monsieur le Ministre, l’excellent travail et la parfaite intelligence dans laquelle était menée cette concertation par tous les acteurs sur le territoire : représentant de l’Etat, police, justice, associations, ONG et personnel communal.

Nous ne sommes jamais tombés dans la naïveté et chacun a toujours eu conscience de l’importance de ce qu’il se passait, comme la réalité de la présence de passeurs sur le camp.
Alors, nous avons toujours travaillé en étroite collaboration pour permettre leur repérage, leur identification et leur arrestation. Et je dois féliciter l’excellent travail de la PAF et de la Justice à ce propos qui a abouti au démantèlement de nombreux réseaux.

C’est aussi en cela que la présence de l’Etat, dans ses différentes composantes, est pour nous indispensable, et que chacun la souhaite : professionnels, bénévoles, ville, ONG, et eux-mêmes.

C’est en cela que la convention que nous allons signer, officialise en quelque sorte la présence et le rôle de chacun dans la gestion du camp humanitaire de la Linière.

Monsieur le Ministre, j’ai toujours mis en avant la qualité de l’écoute et de compréhension que vous aviez eue lorsque vous m’avez reçu le 23 décembre dans votre bureau, place Beauvau. Je vous avais présenté alors l’intention qui était la mienne, non pas de créer un camp, mais de déménager celui qui, de fait, s’était constitué au sein de ma commune. Je vous avais expliqué que je m’étais engagé auprès de ma population à trouver et mettre en œuvre une solution afin qu’elle ne soit pas gênée par la présence de ces 2 800 réfugiés à l’époque, et par tout ce qu’engendrait cette présence, avec des flux permanents d’intervenants mais aussi, pour leur éviter de continuer à subir la vue de ce camp de la honte, tel que je l’avais surnommé rapidement. Car, les conditions de vie sur le camp mettaient mal à l’aise de très nombreux riverains et concitoyens qui ne cessaient de me le témoigner, eux aussi indignés.

C’est ainsi et pour faire face à cette urgence humanitaire, que nous avons décidé avec l’aide précieuse de Médecins Sans Frontière, de construire le camp de la Linière.

Du 7 au 10 mars, le déménagement s’est organisé sur la base du volontariat et sans aucun heurt. J’avais pris l’engagement de déménager et d’héberger toutes les personnes présentes sur le terrain du Basroch. Si elles avaient été 2 500, nous en aurions logé 2 500 à la Linière. Si elles avaient été 500, nous en aurions hébergé 500. Il se trouve qu’ils n’étaient « plus que » 1 330 réfugiés à prendre possession des chalets mis à disposition. J’ai alors déclaré que le camp était complet et que nous ne pourrions accepter de personnes supplémentaires.

En effet, je suis fidèle à mes engagements depuis des années.

Si j’ai participé à la création et que je préside aujourd’hui l’association du Réseau des Elus Hospitaliers de la Région Nord/Pas-de-Calais, c’est bien parce qu’en 2012 déjà, lors de la création de cette association, nous appelions les élus locaux à accueillir sur leurs territoires de petits groupes de réfugiés, afin que l’effort ne repose pas que sur quelques communes, mais soit réparti, pour que cela soit mieux accepté par la population et que les associations qui intervenaient ne soient pas rapidement débordées.

C’est donc en toute fidélité à mes engagements que j’ai annoncé, dès la conception du camp, qu’il nous faudra, après le déménagement, réduire petit à petit la taille du camp, au fur à et à mesure des départs, et à terme envisager sa fermeture. Ce que nous avons voulu, avec MSF, depuis le début.

La convention que nous allons signer formalise tout cela.

Cela ne changera pas car nous avons prouvé, depuis près de 3 mois, que cela n’a pas empêché la réduction importante de nombre de réfugiés présents, puisque de 1 330 le jour du déménagement, il en a été dénombré 757 lors du dernier recensement.

Nous tenons la bonne formule Madame et Monsieur le Ministre.

Ce camp, comme je le dis depuis le début, est un véritable sas, une mise à l’abri dans lequel les réfugiés qui arrivent, peuvent se poser, réfléchir à leur avenir. Ils sont arrivés là avec, comme projet de vie, la ferme intention de rejoindre la Grande-Bretagne, pour des raisons diverses et variées qui leur appartiennent.
Qui sommes-nous pour les juger ?
La pause qu’ils prennent dans le camp de la Linière leur permet de réviser ce projet. C’est un moment privilégié aussi pour les maraudes de l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration de rentrer en contact avec eux et de prendre le temps de leur expliquer les différentes solutions qui s’offrent à eux s’ils renoncent à la Grande-Bretagne.

J’ai toujours soutenu que, si nous améliorions les conditions d’accueil, la demande d’asile serait favorisée. C’est ce qui s’est déjà passé d’ailleurs cet hiver, Madame la Ministre du Logement, lorsque le Plan Grand Froid pour les réfugiés a été mis en place sur notre agglomération. 357 personnes, les plus vulnérables, ont été accueillies durant la période hivernale, alors que le camp de la Linière n’était pas encore ouvert. Plus de 50% d’entre elles ont fait leur demande d’asile durant cette période. Ce qui n’était jamais arrivé auparavant ! Voilà qui nous a confortés dans notre idée de mettre en œuvre des conditions d’accueil dignes d’êtres humains.

Et preuve aussi que cela fonctionne bien encore, aujourd’hui ce sont entre 30 et 40 personnes par semaine qui déposent une demande d’asile et sont orientées vers les Centres d’Accueil et d’Orientation.

Je dois, à ce propos, souligner aussi cette belle initiative qu’est la création de ces CAO, qui restent désormais ouverts toute l’année.

De plus, avec l’ouverture du camp, tous les problèmes sanitaires sont résolus.

L’ensemble des élus de l’agglomération me témoigne aussi, que la situation globale sur le littoral s’est nettement améliorée notamment dans les communes où les passages sont nettement moins nombreux ou encore au Grand Port Maritime de Dunkerque.

Le monde économique n’a absolument pas à souffrir de la présence du camp de la Linière. Là encore, il me le témoigne.

Vous voyez donc que ce que nous vivons avec ce camp Madame et Monsieur les Ministres, Mesdames et Messieurs, est une formidable histoire, une aventure humaine.

La solidarité qui s’y manifeste à toutes les échelles est extraordinaire.

On dit que notre société s’individualise, se replie sur elle-même. Et nous assistons là à une magnifique démonstration qu’autre chose est possible. Qui aujourd’hui peut le nier ?

Alors que notre Europe se déchire à propos des migrants, comme le disait le Président de la République à Verdun hier, en voyant refleurir des murs et des barbelés, les bénévoles européens, belges, allemands, suisses, espagnols, anglais, français, qui interviennent sur le camp aujourd’hui attestent qu’une autre Europe est possible.

D’ailleurs, les initiatives locales et territoriales sont et seront des réponses aux crises que nous traversons et celles à venir. Les réponses à la crise climatique sont en grande partie dans les mains des élus locaux et territoriaux, et ce n’est pas vous Mme la Ministre du Logement et de l’Habitat Durable qui me contredirez.

Il en est de même pour la crise migratoire qui, à mon sens, ne fait que commencer. Cela devient une préoccupation de nombreuses associations d’élus locaux et territoriaux. D’ailleurs, aujourd’hui même, à Bruxelles, va être lancé l’agenda urbain européen qui sera présenté à Quito pour Habitat 3 en octobre prochain et auquel ont participé les associations France Urbaine, l’Assemblée des Communautés de France, la Fédération des Agences d’Urbanisme et l’Association française du Conseil des Communes et Régions d’Europe .
Dans cet agenda urbain, dit « Pacte d’Amsterdam » parmi une quinzaine de thèmes, figure l’inclusion des migrants et des réfugiés.

Ce fut aussi à l’ordre du jour du rassemblement de plus de 1 800 collectivités européennes qui se sont réunies à Barcelone il y a quelques semaines.

Un camp, quel qu’il soit n’est pas une solution pérenne. Je l’ai toujours dit aussi. Vivre dans une cabane de bois de 7m2 à 30m des toilettes, de douches ou d’un point d’eau, sur un terrain où sont distribués 3 repas/jour, n’est pas une solution durable.

Ni jungle, ni camp de manière pérenne

Il y a d’autres solutions à inventer.

Les villes, les agglomérations sont en train d’y travailler pour les mettre en œuvre.

Nous avons ici, avec l’ouverture de la Linière, déjà démarré la réflexion. Il nous faut aller beaucoup plus loin.

Nous allons donc signer une convention tripartite fixant les modalités de gestion conjointe du camp, car c’est bien de cela dont il s’agit : définir et acter conjointement son fonctionnement.

Il nous faudra, avant toute chose, dans les jours qui viennent, pour pouvoir continuer à travailler en intelligence, comme nous l’avons fait tous ensemble jusqu’à maintenant, bien communiquer auprès de l’ensemble des acteurs.

Je vais proposer la rédaction et la distribution dans les tout prochains jours, d’un document global reprenant l’ensemble du fonctionnement du camp et les règles à respecter. Le camp n’est pas une zone de non droit et c’est pourquoi, comme sur chaque partie du territoire de notre République, la police circule, telle une police de proximité, comme le disait justement dernièrement le Préfet Lalande.

L’AFEJI, que je remercie d’accepter cette belle mission, devra asseoir une vraie relation de confiance avec l’ensemble des acteurs. Mais je remercie aussi UTOPIA56 et l’ensemble des associations d’avoir œuvré jusqu’à maintenant, condition de la réussite du jour. Elles sont 52 associations à intervenir et plus de 6 000 bénévoles sont déjà intervenus. Rendez-vous compte !

L’AFEJI représentera donc l’autorité, et pour cela, elle a besoin d’être clairement identifiée et reconnue. Il faudra aussi s’attacher particulièrement à la présence, en début de soirées, qui sont toujours des moments particuliers sur le camp, où la médiation est importante. L’accompagnement social et la médiation, que les professionnels du champ social que vous êtes savez maîtriser, vont être un travail de tous les instants. Il sera le gage de notre réussite.

Enfin, il faut aussi réussir à responsabiliser les personnes présentes dans le fonctionnement quotidien du camp.

Depuis l’ouverture du camp de la Linière, j’ai reçu de très nombreuses délégations tant le problème et les tentatives de réponses à ce phénomène migratoire, intriguent les élus.

Et je puis vous assurer Madame et Monsieur les ministres, que tous ont été unanimes. Qu’ils s’agissent de sénateurs du parti Les Républicains, MM. BUFFET, RAPIN, LEGENDRE, du parti socialiste Monsieur Gaëtan GORCE ou des écologistes Madame M-C BLANDIN, ou encore d’élus locaux d’Amiens membres de l’UDI, d’eurodéputés Les Verts, les membres de la délégation de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe, ou des adjoints de la mairie de Paris, avec Mme VERSINI et de nombreux représentants de la ville de Paris.

Sans compter, comme vous le savez, Monsieur le ministre de l’Intérieur, le rapport approuvé à l’unanimité que vous a remis vendredi dernier la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme.

Pour terminer, je voudrais reprendre des propos, que je partage totalement, ceux que tenait le Préfet Lalande devant la presse il y a quelques jours :

« On ne voit ces gens que comme des problèmes pour le moment et je voudrais qu’on les voit comme une chance et une opportunité. »

Nous allons joindre nos efforts pour parvenir à cela.

Faites-moi confiance, faites-nous confiance, moins pour nous mêmes que pour tous les réfugiés d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

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