Didier Depret vient nous a quitté

"C’était un vrai pote de la rue, un marginal comme jamais." vient de nous écrire Véro, en nous annonçant son décès.

Ses amis d’Emmaüs et d’ailleurs ont tout fait pour soulager ses derniers jours. Mais ils le voyaient partir peu à peu. Toute l’équipe du 15 rue de l’écluse de Bergues est triste.

Les obsèques de Didier Depret ont eu lieu ce jeudi 28 avril à 11 heures à la communauté d’Emmaüs. Il a été inhumé au cimetière de Grande-Synthe dans le caveau des compagnons.

On pourra lire le beau témoignage que lui a rendu l’un de ses copains : Tchang.

En mémoire de lui, nous vous invitons à relire la longue conversation que nous avions eu avec lui et qui est parue, il y a 2 ans dans notre journal.

Tu resteras dans nos mémoires, Didier.

Voici les mots prononcés par Sylvie Desjonquères, présidente d’Emmaüs, lors de ses obsèques :

DIDIER

Notre personnage… pas toujours très sage, nous quitte pour un autre voyage.

Didier est né en Belgique, neuvième enfant d’une famille de 12. A 10 ans, il quittera ses parents et ses petits frères et soeurs pour être placé dans une maison d’enfants.
Il y restera jusqu’à 18 ans et sortira avec un diplôme de couvreur. Au hasard de son travail, il rencontrera sa femme avec qui il aura une fille : Nelly, son trésor.
C’était il y a 23 ans.
Puis, quelques années après, c’est la rupture. Il reste seul alors et commence à faire connaissance avec la rue. Cette rue qu’il aimait finalement et qu’il cotôira pendant 25 ans. Cette rue qui lui donnait un sentiment de liberté et de non appartenance à cette société dans lequel il ne se sentait pas accueilli.
Il se débrouille... Quelques petits boulots.. participer à la charpente de l’opéra bastille, participer à l’élaboration de la toiture d’Alain Delon furent de beaux souvenirs.
Il était consciencieux, courageux mais cette vie ne lui convenait pas. Tout simplement car il était seul, jamais il n’a trouvé une âme soeur.
Il y a 10 ans, on lui donne un chiot. Pas encore sevré. Il élèvera sa Mandoline au biberon...Fidèle amie de route. Il ne lui manquait que la parole nous disait il !!
Il prend la route et accompagne quelques temps des familles de gitans. Une grande période où il aimait cette vie de nomade, liberté et espaces.
A Dunkerque, c’est un professionnel de la manche. Avec son sourire enjôleur, son intelligence, et son savoir faire, il gagnait bien sa vie, nous disait il. Hélas, cet argent lui servait à se réfugier dans des substances qui lui permettaient encore d’oublier ce monde qui ne voulait pas de lui. _ Il dormait au grè des squats. Toujours, il se créait son chez lui. Des décors avec tout ce qu’il récupérait...un fameux débrouillard. Curieux et affectif, il aimait discuter avec les gens. Il cotôyait tous styles de personnes.
Son côté désinvolte était parfois déroutant. Les usages ? rien à fout !!! Si on savait passer ce côté rebelle, on découvrait un homme bon et généreux.
" Dans la rue on est seul mais c’est là que je me suis fais les meilleurs amis", disait il. Compagnons de galères, solidarité extrêmes. Marco, Alexis et tant d’autres. Alexis et Vanessa qui n’ont pas hésité, malgré leur tout petit appartement à accueillir mandoline lorsque didier devait s’en séparer sur ordre des médecins...Aujourd’hui ils acceptent d’en être les maîtres adoptifs. Merci alexis et vanessa.
Il y a deux ans, le 20 avril 2009, Didier nous demande de rentrer à la communauté. Pas facile avec un chien...Nous lui proposons une caravane !! quel bonheur !!
il emménage alors avec mandoline et là encore récupère, farfouille, et se crée son petit chez lui.. Un endroit où les compagnons iront prendre le café et autres....
La vie en communauté est difficile pour lui. Des horaires, un règlement... mais il est courageux. Il se lèvera tôt pour accompagner Gérard chaque matin à auchan.
Des fleurs récupérées, il ornera sa caravane et en offrira aux personnes qu’il aime.
Il y a deux mois, le verdict tombe... cancer du poumon, métastases cérébrales et osseuses. Les médecins sont francs : quelques semaines. Didier ne semble pas comprendre au début. Il entame quand même ce chemin qui le conduit à l’extrême. Il sent l’ urgence de vivre. Il ne veux pas rester seul. Il veux renouer avec les siens, pardonner et se faire pardonner.
Nous faisons alors tout un travail de recherche qui aboutissaient à une magnifique semaine qu’il devait passer. Nous allions chercher Nelly qui venait de Montélimar mardi. Mercredi nous allions voir ses frères et soeurs à Liège, aujourd’hui nous allions dans le pas de calais voir jean paul, son frère et... nous terminions par un repas de famille vendredi soir avec nombres de ses amis.

Samedi 16, il m’appelle et me demande si je ne veux pas venir le chercher. Je sens cette envie de vivre et ne pas rester dans sa chambre. Je pars alors le chercher et il partage un peu de temps avec nous. Trop heureux au début il se referme et nous dit qu’il aimerait bien squatter... Nous lui proposons alors de rester... Quel bonheur.
Nous avons passé quatre jours magiques. Il racontait, racontait. Il était pas très bien physiquement bien sûr.mais heureux au sein d’une famille.
Le dimanche il part se promener et... nous ramène du buis bénis. "porte bonheur pour une maison nous dit il ". Il nous reproche de ne pas lui avoir donné l’horaire de la messe... il serait aller faire la manche...et nous emmener au restau !!!
Il rentre Mardi à la communauté le coeur un peu lourd mais plein de bonheur et d’impatience de revoir sa fille et sa famille. Beaucoup de monde l’entoure, beaucoup d’affection. Il savait se faire aimer. Le destin a décidé de bousculer ses projets.

Nous sommes tous réunis aujourd’hui. Devant toi, Nelly et Pascal, Mandoline, Alexis, tes frères, soeurs et tous tes amis. Sache didier que nous nous souviendrons de toi, charmeur, rieur, filou, fidèle et gentil. Retrouve là haut, tes amis, ton papa, Michel, Pierre, jean paul et Fabrice.
Merci pour ce que tu nous as donné.
Salut pti frère !

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