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Conversation avec… Fred, le nomade (suite)

Fred le nomade, parfois, a la haine. Comme des grosses bouffées qu’il n’arrive pas toujours à maîtriser. Sauf quand on prend le temps de l’écouter.

C’est d’ailleurs ça, sa révolte la plus profonde. Qu’on ne prenne pas le soin de s’arrêter un peu avec lui, de le laisser éclater, de l’entendre, quoi. « Pour beaucoup, nous a-t-il dit, c’est pas toi le prioritaire à aider ! » Surtout pour certains professionnels dont c’est le métier. « Tu comprends, poursuit-il, moi, j’ai beaucoup aidé. Y a pas grand monde des gens de la rue qui connaissaient le 115. Je leur ai appris à quoi ça servait et comment ils pouvaient l’utiliser. » Il attend donc un peu de reconnaissance. Et ce n’est pas parce que lui, il sait aider, prendre parfois des initiatives y compris collectives, qu’il n’a pas besoin qu’en retour, on l’aide aussi, qu’on l’écoute. « Qu’est-ce qu’ils connaissent, ces gens, de la rue ? Le clodo, il est instable. Parfois on se sent mieux dehors que dans un hôtel. T’es plus libre. C’est plus dangereux aussi. Parfois, t’as besoin, au contraire, de te sentir plus en sécurité. » En somme, être écouté et qu’on ne sache pas à l’avance ce qui est bon, à cet instant là, pour chacun d’eux. « Quand tu penses que, dans certains lieux d’accueil, on interdit la cigarette, au nom de la loi Evin. C’est de l’hypocrisie ! » « Et en plus, parfois, c’est à la tête du client ! » C’est sa seconde révolte. « Un jour, c’est comme ça. Le lendemain, c’est autrement. Pourquoi ? On ne vous explique pas ou avec des trucs qui ne tiennent pas la route. On finit par croire, à force, que c’est en fonction de ta gueule. »

« Avant, dans les lieux qui t‘accueillaient, c’était plus convivial. Maintenant, c’est l’argent, partout, tout le temps. Bon, c’est normal que, quand tu en as un peu, tu participes. Mais ils ne disent jamais à quoi ton fric, ça sert. On comprendrait si c’était pour améliorer l’ordinaire ou pour agrémenter les lieux. Mais t’as beau demander, c’est le mur. » Et de s’étonner que sur la feuille de déclaration de revenu, parce qu’il paye des impôts, il n’y ait pas de case : sans domicile fixe.

Finalement, à travers notre conversation, apparaissent deux mondes entre lesquels il hésite encore : celui des « avec domicile fixe » où il a le sentiment que la règle des relations sociales, c’est l’argent, et celui des « sans domicile fixe » où la règle, c’est la liberté. Mais à quel prix !

A se revoir, Fred.

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