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Conversation avec Christian, alias Victor Hugo

« J’attendais 4 h que le local grand froid ouvre. J’avais rien à faire. Alors merci de prendre le temps de m’écouter.

Je ne suis pas d’ici. Je viens de Douai. J’y ai boulonné, dur. J’étais manutentionnaire de force. Déjà à l’époque, je n’avais pas de domicile. Et puis, il y a vingt ans, je me suis décidé à venir à Dunkerque. J’adore la mer. J’adore les mouettes. Depuis, je suis toujours ici. Ca ne m’empêche de retourner parfois dans le sud surtout pour y visiter les tombes de ceux que j’ai aimé.

Tu comprends ? Y a des choses qui sont pas possibles ! J’aime pas qu’on fasse du mal à quelqu’un.

Ce qui me manque, c’est un chien. J’en avais un. Il s’appelait « Junior ». J’ai toujours sa photo sur moi. Et puis, il y a des jeunes qui me l’ont enlevé. Je ne sais pas ce qu’ils lui ont fait. Sans doute ils lui ont donné à bouffer des trucs pas clairs pour qu’il devienne méchant. Quand je l’ai revu, il m’a plus reconnu. Pourtant ça faisait longtemps qu’on se connaissait. Il m’a bouffé mes mains de chaque côté. Pendant que je suis allé me faire soigner à l’hôpital, ils l’ont embarqué à la S.P.A. et ils l’ont piqué, sans rien me demander. (Christian pleure). Il aurait peut-être suffi d’attendre que les saloperies qu’on lui a fait bouffer n’aient plus d’effet…

Je faisais pas de poème avant. Et puis ça m’est venu. Je tiens ça sans doute de mon frère jumeaux. On s’entendait pas, tous les deux. Et puis, sur la fin, j’ai commencé à l’aimer. Un jour, il m’a dit : quand je meurs, je te donne tout ce que j’ai. Il aimait faire des poèmes. En tout cas, c’est depuis ce moment là que j’en fais. C’est lourd de pouvoir faire ça. Parfois, c’est trop lourd. Ca tourne dans ma tête. Et puis j’aime comprendre ce que les gens veulent vraiment dire, même si par devant ils disent n’importe quoi.

Souvent, ma tête, elle est pleine. J’en ai mal. Si je dors pas, j’suis foutu. Ca m’est arrivé de saigner du nez toute la journée, au point d’avoir des vêtements tout rouges. Heureusement, ça s’est arrêté le lendemain. J’ai cru que j’allais devenir fou. Mais les gens qui me voyaient passer, ils n’ont pas bougé. Parfois, tu tombes sur un mec bien. L’autre jour, il y a quelqu’un qui m’a suivi et puis il m’a donné un blouson tout neuf, avec l’étiquette encore dessus. Regarde. C’est celui-là. Ca m’a fait mal. Mais c’est quand même merveilleux.

Parfois t’es accueilli par des gens qui ne sentent pas les choses. Ils ne savent pas ce que c’est que la vie. Ils fouillent ton sac en chamboulant tout. Ils trouveraient normal qu’on aille dans leur placard, qu’on mette tout par terre et qu’on range tout à l’envers en repartant ? Mais y’en a aussi des biens. Ils connaissent la vie ou ils font leur métier proprement.

Je vais de temps en temps sur la tombe de ma grand-mère et de mon grand père : mamée et pépére. C’était ma vie. C’est eux qui m’ont élevé. Tu crois que je devrais y aller maintenant ?

La mort, j’en ai pas peur. Je l’ai vue en face. C’est rien. C’est la vie. »

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