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Comment des habitants peuvent devenir acteur du développement social ? (2° partie)

Devenir acteur d’un développement social, comment faire ? Nous tournons tous, dans nos associations ou dans nos organisations, cette question dans notre tête ou dans la mise en œuvre de nos actions. En vue de clarifier cette question, il nous a semblé utile de vous proposer les réflexions de Jacques Eloy, chercheur en sociologie, mais aussi administrateur de la fédération nationale des centres sociaux, au cours d’une intervention publique. Voici la suite de son intervention.

2. Mises en œuvre

J’ai formulé jusqu’ici des principes dans leur généralité et leur abstraction. Adoptons maintenant une entrée plus pratique : comment concrètement s’y prendre pour que des individus entre dans une logique de développement social local ?

L’enjeu revêt des aspects multiples. Je n’en retiendrai ici que deux qui me semblent l’un et l’autre décisifs :

- comment des individus peuvent-ils devenir acteur collectif ?
- comment des forces sociales et institutionnelles distinctes peuvent-elles se mettre à coopérer ?

2.1 De l’individu à l’acteur collectif

On connaît la trilogie permettant à des individus, marginalisés ou non, de se constituer en acteur collectif : conscientisation, organisation, mobilisation. Je voudrais, pour ma part, souligner l’enjeu initial, celui de la prise de conscience par un individu que sa situation n’est pas un simple destin individuel mais qu’elle est partagée par d’autres et qu’elle relève ainsi de processus collectifs.

Soulignons tout d’abord qu’il y a des obstacles à cette prise de conscience tels la marginalisation sociale et le traitement individuel des personnes en difficulté :

- la marginalisation sociale crèe la conscience aliénée et le silence social. Paulo Freire parlait de « culture du silence ».
- le traitement individuel des personnes en difficulté atomise au lieu de solidariser.

Pour débloquer cet état de conscience aliénée en vue d’accéder à la conscience critique et pour ne pas rester dans le traitement individuel il faut adopter trois attitudes :

Première attitude : associer simultanément action et analyse. Je reprends ici ce qu’indiquent Dumas et Séguier :

« C’est à partir d’actions concrètes apparemment limitées, circonscrites dans le temps et l’espace, que les personnes regroupées pour faire face à des problèmes communs prennent conscience :
- de leur situation et des explications avancées sur leurs conditions concrètes d’existence,
- de leur environnement physique et social, dans la mesure où l’action contribue à élargir le champ de conscience, de leurs intérêts et des enjeux incompatibles avec ceux qui les exploitent ou les excluent,
- de leurs potentialités, en abordant de nouveaux problèmes au fur et à mesure que des solutions sont trouvées,
- de leurs capacités, par l’expérience et l’expérimentation de l’agir collectif, de leur force collective auprès de ceux qui les oppriment ou les rejettent et auprès des organes d’autorité, en agissant regroupés et non individuellement.

Deuxième attitude : ne pas craindre de s’opposer, d’engager un conflit face à des décideurs. Dire non, ne plus accepter une situation, c’est affirmer publiquement sa détermination à être acteur de transformation. Voilà qui n’est guère plus pratiqué tant l’offre de participation et la recherche généralisée du consensus dissuadent.

Troisième attitude : prétendre à la co-production de biens communs, y compris de biens publics tels que, par exemple, la sécurité publique ou l’éducation. Il est vain de prétendre produire tout seul la solution aux problèmes vécus ou aux situations dénoncées. Un diagnostic concerté avec d’autres acteurs sociaux et/ou des institutions publiques peut engendrer un système d’action capable de déplacer les constantes antérieures.

2.2 Constitution d’une « gouvernance » locale

« Localement se pose la question de la coopération entre des acteurs de statut différent et, le plus souvent, pris dans des rapports de pouvoir établis. La constitution d’une « gouvernance » locale peut rouvrir le jeu.

Le mot « gouvernance » et sa pratique nous viennent des U.S.A., notamment d’Atlanta et de New-York. Il désigne la capacité à se faire rencontrer des pouvoirs distincts susceptibles de prendre des décisions communes en évitant de transformer ces forces sociales en acteurs dépendants. La « gouvernance » n’est pas tant un « pouvoir sur » ou pouvoir de domination (power over) qu’un « pouvoir action » (power to). Autonomie, responsabilité et transversalité des acteurs sont des qualités qui ne sont plus incompatibles dès lors qu’est affirmé collectivement un engagement d’intérêt général pour le territoire ou pour l’établissement sous forme, par exemple, d’une charte. On pourrait espérer que la Politique de la ville, en France, ouvre davantage à cette « gouvernance » puisqu’elle prône la territorialisation des actions, le partenariat des acteurs et la contractualisation des projets.

En fait, la « gouvernance » locale n’est possible que si elle est reconnue par un « gouvernement », celui-ci pouvant être tout aussi bien la direction d’un établissement que l’instance politique territoriale. Elle n’est pas un contre-pouvoir mais bien une nouvelle manière de produire localement du développement avec le concours d’acteurs différents mais égaux. »

Si vous voulez lire la première partie de cette article.

Pour revenir vers le journal de novembre 2010.

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