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Comment des habitants peuvent devenir acteur du développement social ? (1° partie)

Devenir acteur d’un développement social, comment faire ? Nous tournons tous, dans nos associations ou dans nos organisations, cette question dans notre tête ou dans la mise en œuvre de nos actions. En vue de clarifier cette question, il nous a semblé utile de vous proposer les réflexions de Jacques Eloy, chercheur en sociologie, mais aussi administrateur de la fédération nationale des centres sociaux, au cours d’une intervention publique. Il nous a donné son accord. Nous l’en remercions.

« J’ai prévu d’organiser mon propos en deux temps. Tout d’abord, il me semble utile de formuler quelques principes qu’il convient de poser lorsque l’on entend penser et agir en termes de développement social. Ensuite, sans me transformer en méthodologue de l’action, je compte souligner deux conditions essentielles pour que des habitants puissent devenir acteur d’un développement social.

1. Principes

Lorsque l’on entend se placer du point de vue du développement social et lorsque l’on entend que les habitants puissent y tenir un rôle, je crois nécessaire d’affirmer trois principes :

  le développement social est œuvre collective,
  le développement social relève de l’intérêt général,
  il ne peut y avoir de monopole de l’intérêt général.

1.1 Le développement local comme dynamique collective

Dans nos sociétés contemporaines le mouvement dominant est celui de l’individuation, autorisant chacun à développer son existence propre tout en étant reconnu par les autres pour ce qu’il est et pour ses projets personnels. L’individuation ne peut néanmoins s’accomplir que dans la reconnaissance des autres et par une inscription dans des règles sociales librement construites et acceptées.

La dérive est dans l’individualisme qui pose l’individu comme libre de toutes contraintes sociales et comme légitime acteur stratégique de ses intérêts individuels, que ceux-ci soient économique, idéologique ou affectif. L’individualisme ne pense le social, ses règles, ses structures, que comme obstacles à l’accomplissement individuel. L’individualisme désocialise l’homme.

La pauvreté, elle aussi, désocialise. Elle écarte progressivement les personnes démunies matériellement de la participation à la vie sociale, à l’activité économique et politique. La pauvreté met les personnes en dépendance des autres par la voie de la charité privée ou des politiques sociales. Elle devient stigmate lorsque le regard des autres est fait de désapprobation et non plus de reconnaissance. Elle rend les individus incapables de se situer comme sujet, comme acteur agissant. Elle conduit à la soumission et à la résignation. Vouloir s’inscrire dans une dynamique de développement social c’est tourner le dos à l’individualisme et à la pauvreté. Face à des problèmes individuels et collectifs identifiés, c’est opter pour des démarches collectives dans lesquelles des individus, des groupes sociaux et des institutions s’engagent de manière volontariste, dans un processus de valorisation personnelle et de développement social. C’est délibérément ouvrir un champ à l’individuation socialisée. C’est reconnaître à tout individu, pauvre ou non, la potentialité d’être sujet et acteur social. C’est vouloir construire de nouveaux rapports sociaux. C’est s’autoriser à définir de nouvelles manières de vivre ensemble.

1.2 Le développement social comme producteur d’intérêt général

Prôner le développement social ce n’est pas naïvement se masquer la multiplicité des intérêts particuliers des individus, des groupes, des institutions et des entreprises. Ce n’est pas non plus penser, comme l’école libérale, que du jeu des intérêts particuliers naîtra un équilibre satisfaisant pour tous. Se placer dans une logique de développement social, c’est explicitement vouloir faire exister un intérêt général au bénéfice des membres d’un territoire donné. C’est osé réaffirmer politiquement des finalités et une éthique.

1.3 Il n’y a pas de monopole de l’intérêt général

Il me semble important aussi de dire qu’il n’y a pas de monopole de l’intérêt général. Dire ce que doit être cet intérêt général et travailler à son existence ne doit pas être réservé à certains, comme par exemple aux hommes ou aux partis politiques. La démocratie représentative tend à constituer une société politique distincte de la société civile : aux uns l’intérêt général, aux autres les intérêts privés. Il ne peut y avoir de développement social s’il n’est pas reconnu à tout homme, à tout citoyen le droit de participer à la définition et à la mise en œuvre de l’intérêt général. J’ose dire que c’est la démocratie participative qui devrait donner sens à la démocratie représentative et non l’inverse.

Peut-on accepter par exemple cette phrase trouvée dans un article de la revue Territoires ? : « un projet de territoire est un projet politique de développement, celui des élus, légitimement responsables de ce territoire ». La première partie de la phrase est tout à fait juste : un projet de territoire est de l’ordre du politique. Mais pourquoi affirmer que seuls les élus sont responsables de ce territoire ?

Peut-on accepter que les « nouveaux dispositifs » qui organisent territorialement l’action sociale publique en France tendent à instrumentaliser les associations, voire à les marginaliser ? Une manière d’instrumentaliser les associations c’est d’affecter de considérer leur objet social comme relevant du service public ou de la solidarité nationale. Nous pouvons observer ce phénomène en France lorsque les financeurs publics des Centres sociaux et socio-culturels associatifs tendent à réserver leurs aides aux seuls projets d’action destinés aux populations en difficulté. Ce faisant, ils fragilisent le Projet-Centre social qui concerne, lui, l’ensemble de la population d’un quartier. Concentrer l’action sociale sur un public ciblé, c’est risquer de produire l’inverse de l’objectif visé : l’intégration sociale des personnes en difficulté.

Il faut dire et faire reconnaître que l’associatif est aussi vecteur de l’intérêt général : s’associer, c’est faire société. Le caractère le plus précieux de la liberté de s’associer c’est la phase de constitution de l’association. Voilà des individus, en nombre variable, qui conviennent librement qu’il y a une initiative à prendre, que cela vaut la peine de se grouper et d’y engager une énergie et des compétences personnelles. Voilà des hommes et des femmes qui s’efforcent d’expliciter les buts et les moyens mais aussi les règles communes. Il y a dans cette démarche une puissance instituante. L’associatif fait ainsi œuvre politique, en ceci qu’il fabrique des rapports sociaux nouveaux.

Extrait, avec son accord, d’une intervention de Jacques Eloi, ancien directeur de l’Institut Supérieur d’action sociale de l’Université Charles de Gaulle (Lille III) à la journée d’étude organisée par le comité général d’action des Marolles pour le 30 ° anniversaire de la « Bataille de la Marolle » en octobre 1999. Une deuxième partie de l’intervention qui porte plus sur le comment, sera donnée dans notre prochain numéro.

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