Ces "drôles de dames"

L’accueil dans les locaux du Carrefour des solidarités, route de Bergues, par ces « drôles de dames », comme les appelle un usager, ne cesse d’augmenter. Il a fait l’objet de quelques questionnements au cours de notre assemblée générale. C’est l’occasion d’en parler et de fournir quelques informations à son propos

« Tu m’as l’air d’en savoir plus que moi ! », disait une élue d’un C.C.A.S., à un usager. « C’est que vous ne connaissez pas ces ‘drôles de dames’ du Carrefour des solidarités », lui a-t-il répondu. « C’est comme ça que je les appelle depuis que je les ai rencontrées. Non seulement elles vous accueillent avec chaleur, mais en plus elles vous donnent plein de renseignements. » « Au Carrefour, il y a beaucoup d’informations intéressantes. L’accueil est toujours sympathique. Lorsque je suis venue à une réunion, une personne de la rue était entrain de se reposer » a témoigné une autre au cours de notre assemblée générale.

D’abord un rôle d’orientation

Il est vrai que ces « drôles de dames » ont un accueil qui est d’abord chaleureux. Sans doute parce que chacune, à sa façon et sous des formes diverses, a connu la galère et qu’elles savent combien un sourire, une écoute, un peu de réconfort sont fondamentaux simplement pour vivre voire pour survivre. Et sur ce point, elles sont intraitables, heureusement.

Mais, leur objectif qui est celui du Carrefour des solidarités, c’est qu’à partir de cette confiance réciproque trouvée ou retrouvée, les informations qui vont permettre à chacun ou à chacune de faire un pas de plus soient fournies. C’est ainsi que dans 75 % des cas, elles ont orienté les personnes accueillies vers une autre association, dans 3 % des cas, vers un C.C.A.S., dans 8% des cas vers l’hôpital. Pour le restant, elles ont fourni l’information demandée.

Car, ne vous imaginez pas, comme certains le laisseraient à penser, que les personnes accueillies sont essentiellement des personnes domiciliées dans la rue. Ceux-ci ou celles-ci ne représentant qu’une personne sur 4. Ni que leur accueil se fait automatiquement avec la présence des personnes. Dans 29 % des cas, l’accueil est téléphonique. Dans 16 % des cas, l’accueil se fait par l’intermédiaire d’internet.

Au Carrefour, on ne demande rien en échange

L’une ces caractéristiques de l’accueil fait au Carrefour des solidarités, c’est qu’il n’est rien demandé en échange. Mais, sur ce point, pas de méprise. Ne rien demander en échange est un avantage, mais aussi un inconvénient. C’est un avantage parce que la personne accueillie se sent plus libre de parler, voire de dire des choses qu’elle ne dirait pas ailleurs. Elle sait que sa parole sera sans conséquence directe pour elle. En revanche, c’est aussi un inconvénient. Chacun sait qu’il entre dans une association qui a ses propres règles, que ces « drôles de dames » ont un travail autre que l’accueil qui les prend et que, lorsqu’il y a une réunion de travail, il faut respecter le temps et l’espace de travail. Au-delà, cependant, pas beaucoup d’autres règles que celles de la bienséance. Or, dans le cheminement vers les solutions de survie, il y aura d’autres règles à respecter et celles-ci font partie de la reconstruction de la personne. Pour se voir attribuer une aide, il faut répondre à un certain nombre d’exigences collectives. Etc.

Le Carrefour se substituerait-il à ses membres ?

Lorsqu’on a constaté que l’accueil dans nos locaux se développait, la première question que nous nous sommes posé a bien sûr été de savoir si cet accueil correspondait bien à la vocation du Carrefour des solidarités et si, se faisant, on ne venait pas se substituer aux associations et aux C.C.A.S. qui en sont membres.

Nous nous sommes d’abord souvenu de la volonté affichée par le premier président du Carrefour des solidarités, Bernard Guilbert et, avec lui, Pierre Lestavel. Chacun rêvait d’un Carrefour ouvert en permanence aux personnes en difficulté comme aux bénévoles et aux professionnels de ses membres, les accueillant et leur fournissant les informations à la recherche desquelles ils se trouvaient. Faute de moyens et de locaux adaptés, ils n’avaient pas pu le réaliser. Notre accueil, aujourd’hui, n’est pas autre chose.

Ce qui nous a ensuite rassurés, c’est que l’accueil fait par nos « drôles de dames » aboutissait presque toujours par une orientation vers l’une des associations de notre réseau.

L’accueil, forme d’évaluation de notre réseau

L’accueil que nous réalisons au Carrefour permet aussi de mesurer les failles de notre propre réseau associatif et de C.C.A.S. C’est une espèce d’évaluation par les usagers eux-mêmes. Les questions auxquelles il ne nous est pas possible de répondre à partir du réseau associatif que nous formons, la liberté de paroles que nos conditions d’accueil permettent nous donnent des indications sur les trous dans les mailles de la solidarité locale. Nous prenons avec beaucoup de précaution les critiques émises sur cette maille, en faisant attention de faire comprendre les contraintes de chacun. Mais, parfois, l’accumulation de difficultés exprimées ne peut s’expliquer par ces contraintes. Notre règle alors, est de ne pas renforcer ces regards critiques, de les renvoyer sous la forme d’interrogation collective ou de favoriser l’échange.

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