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Cahiers de témoignages 2006

Avertissement

Entendre la parole de ceux qui souffrent de la pauvreté, tel est l’objectif de ce cahier. Quand on souffre, on n’a pas, le plus souvent, l’énergie nécessaire pour se faire entendre. Ou alors, on fait la douloureuse expérience que sa parole n’est pas entendue.

Si, pour une fois, nous nous arrêtions tous et prenions le temps d’écouter ! Si, pour une fois, nous mettions de côté nos a priori et les petites boîtes dans lesquelles nous avons l’habitude de classer ce que nous entendons !

Après, et seulement après, il sera temps de reprendre le dialogue et la construction commune des réponses. Car, il ne suffit pas d’entendre. Il ne suffit même pas de construire des réponses. Les réponses n’auront de chance d’être pertinentes que si elles sont construites avec ceux qui ont parlé. C’est dans l’énergie de leur espoir de vivre que se situent toujours les solutions.

Le Carrefour des solidarités

Les paroles qui sont ici rassemblées ont été dites, le 17 octobre dernier, dans le cadre des « Rendez-vous citoyens » qui se sont déroulés à Saint Pol sur mer et à Dunkerque, dans cinq lieux différents. Elles viennent de notes prises sur le vif par des bénévoles associatifs et par des étudiants de l’IRTS. Elles n’ont pas été relues par leurs auteurs. Nous n’en avions pas le temps matériel. Parfois, elles ont pris le soin de dire leur prénom. Parfois, non, parce que leur témoignage était plus important pour elles que de dire qui le donnait. Nous leur en avons donné un tout de même pour ne pas les différencier des autres. Nous espérons ne pas les avoir trahies.

Un grand merci À tous ceux et toutes celles qui ont pris la parole.

Témoignages

Marie Hélène

La vie est très dure. Maintenant, tout est cher. On voit pas l’argent partir. On achète moins qu’avant. Les enfants ont envie de quelque chose et on ne peut pas leur acheter. C’est dur avec l’euro. Ici, je fais de la photo, des sorties. Ca me fait tout oublier. Je fais des connaissances. On est presque des sœurs. J’ai eu des problèmes, j’ai été beaucoup aidé. Mon fils a 17 ans. Il n’a pas de travail.

Jean Pierre

Moi, j’allais travailler à pied à Usinor, de Cappelle à Usinor. On n’avait pas de voiture.

Annie

Ce qui est triste, c’est les enfants des autres pays dans la misère. Moi, j’ai des enfants et cela me touche. Moi, je peux aller ici ou à Pasteur. Ces jeunes qui sont à la rue, on a discuté de cela à Pasteur hier, ça c’est la misère.

Jean Pierre

Les jeunes, ils ne veulent plus aller à l’Armée du salut. Il n’y a plus personne à l’Armée du salut parce qu’il faut payer. Ils trouvaient normal d’être aidés.

Annie

Les jeunes vont en boite. Ils font ce qu’ils veulent les jeunes.

Jean Paul

Trouver un boulot maintenant ? Moi, j’ai travaillé à 17 ans. J’ai 51 ans. J’ai travaillé à la zone industrielle, au SIFOP…. Avec 1 euro, on peut faire des choses. Mais il y a des gens qui n’ont pas un euro. J’aimerais revenir en arrière. Car c’est plus difficile maintenant. Il y a 8 ans que je viens ici. Je viens pour le pain. J’ai un travail. Alors je n’ai pas les paniers. J’ai le pain.

Anne Marie

Moi, je voudrais parler des propriétaires véreux. J’ai été à Louise Lafaye. J’ai été aidé pour payer la caution par le Conseil Général. Les travaux n’étaient pas terminés. Je payais l’électricité pour les 2 autres locataires. J’ai porté plainte. J’ai dû prendre un avocat, un huissier. Le propriétaire n’a pas remboursé la caution. J’ai été aidé par ma famille. Maintenant, je suis logée à Wormhout. Je viens ici. J’y viens depuis un an. Je fais des photos. J’ai perdu un fils. Il aurait 25 ans, un accident de la route. J’ai un garçon et une fille. Mon fils de 19 ans ne travaille pas. Il cherche un contrat d’apprentissage. Il est inscrit à la Mission locale.

Jennica

J’ai passé par la misère. J’ai eu des problèmes de logement. J’ai tapé chez une dame et elle m’a montré la porte. Après, j’ai connu l’AJS. C’est dur la misère. Tu as la honte de sortir. Mais je l’ai pas montré. Le bon dieu est avec moi. J’ai fait mes démarches toute seule. J’ai été à la Tente verte à Rosendaël. Maintenant je viens à ici. C’est ma deuxième maison. Quand on s’ennuie, on vient. On est chez nous. Je fais la cuisine et tout. Le maire, il n’a rien du tout. Il donne rien.

Jean Pierre

Mon maire, lui, il aide les gens

Toutes

Ici, c’est l’accueil des gens, on se parle

Françoise

J’ai un peu honte de parler. Je ne manque de rien. J’ai une retraite. Dans mon travail, la priorité c’était d’accueillir, de recevoir les familles, d’être à l’écoute. « Quand on est dans la misère, on ne peut pas, on n’est pas écouté. » Je viens ici. J’apprends à lire aux femmes maghrébines. On apprend à lire. Mais on parle beaucoup. Le jour où une dame m’a fait une belle phrase, c’était merveilleux. On parlait des jeunes tout à l’heure. Mais ces femmes qui sont en France depuis 30 ans, elles ont voulu leur donner une éducation. Elles sont contentes de trouver quelqu’un de leur pays. On est entre amies. On se parle de tout.

Fatima

(elle ne parle pas le français, Safia traduit) :

Elle vient de s’inscrire à l’atelier cuisine. Elle a un fils qui a arrêté ses études. Il ne trouve pas de travail.

Shebha

Je suis arrivée d’Algérie, il y a deux ans avec un fils. Mon mari était en France depuis les années 50. Mes autres enfants sont restés en Algérie. Mon mari a 72 ans. Il a une petite retraite, 1000 euros avec les retraites complémentaires. J’essaie d’aider ma famille, mais c’est difficile. Je fais des recherches d’emploi. Je ne trouve rien.

Agnès

La misère, c’est de ne pas avoir un minimum de vie : boire, manger, dormir – les SDF par exemple.

Reine Marie

La misère, je sais. Je suis divorcée, j’ai connu les difficultés. Avec l’ANPE, j’ai fait des stages pour obtenir un diplôme. On m’a promis beaucoup de choses. Payer ses factures, c’est la galère, on ne peut pas demander aux enfants. Maintenant, je ne peux pas travailler. J’ai des problèmes de santé et puis la mort…. d’un frère. Quand il y a la mort au bout…..

Je suis tombée dans la dépression. Je vis dans un quartier où je ne m’habitue pas. Je ne peux pas changer de logement. Je n’ai pas d’argent. Quand les factures arrivent… je paie par mois c’est plus facile.

Mais ce qui est dur c’est la solitude. La maison, c’est des murs. Retrouver un travail ? Je ne peux plus travailler. Ca me perturbe. Mais, hier soir, j’ai rencontré trois personnes. Elles n’avaient plus rien. J’étais invité à une rencontre…. J’ai trouvé de la chaleur. J’ai vu ces trois personnes démunies de tout. J’ai vu un monsieur qui nous a fait un poème. J’ai trouvé de la chaleur et les témoignages de ces gens.

Cette misère… tout le monde a droit d’avoir un toit, de pouvoir manger. Mais d’avoir sa dignité, c’est important. Quand on doit demander à une association… J’ai toujours essayé de m’en sortir. Il faut penser à quelqu’un qui n’a pas de salaire.

Safia

Je suis arrivée d’Algérie, il y a 7 ans. La France n’est pas prête à accueillir l’étranger. Je ne connaissais rien à l’organisation en France. Je me suis inscrite à l’ANPE. En Algérie, j’avais commencé 2 ans de BTS informatique. L’ANPE m’a fait faire des formations pendant 4 ans. Puis, enfin, j’ai fait un bilan de compétences et j’ai pu accéder à une formation informatique.

Maintenant, j’ai un emploi ici. Mon travail est de m’occuper des familles maghrébines. Je parle le Kabile, l’arabe.

Je suis en France parce que mariée à un français. Je pense comme Jean Pierre, que les contrats qu’ils inventent, c’est fait pour masquer le chômage.

Nadine

A l’ANPE, j’ai vu des gens qui repartaient. Ils n’arrivaient pas à se servir de l’ordinateur pour faire leurs recherches.

Emile

Le CES, quoiqu’on en dise, nous tire de l’isolement inactif. On se sent mis de côté. Ça nous valorise de travailler.

Jean-Paul

A l’agence ….., je me suis fait arnaquer. On nous demande un chèque de 175 euros pour les frais de dossier. Le chèque ne devrait pas être débité. Mais il est débité de suite et je n’ai toujours pas de logement.

Jean Pierre

Je suis nouveau ici. Je suis venu chercher les colis pour un copain et maintenant je suis resté. Je m’occupe. Je fais des choses.

Martine

Quelqu’un qui est dans la misère, il vit un échec. Il faut dire l’échec pour pouvoir l’accepter. Ce n’est pas facile d’accepter l’échec. Savoir sourire. Regarder l’autre autrement. Qui n’a pas cette force là ? C’est un devoir.

Dominique

J’ai fait un dossier de surendettement. J’ai de grosses dettes. Mon ex mari est au RMI. Il ne peut pas payer de pension. Il ne peut pas les payer, il n’a pas d’argent. Il ne travaille pas. Je dois prendre rendez-vous avec un avocat. Cette semaine, je suis allée au CCAS de Rosendaël. Ma fille avait trouvé un emploi à la plage, une semaine. Suite à ce que la CAF m’a supprimé : les aides et les allocations. Je vis avec 800 euros et 700 euros de dettes. Je suis divorcée, j’ai 3 enfants à charge. C’est dur très dur. J’ai une fille de 19 ans, elle est inscrite à la Mission Locale. Elle a été hospitalisée 3 fois. Elle pesait 130 kg.

Moi, je suis déprimée, les relations entre les filles sont tendues. Je reste à la maison. Des bénévoles viennent à la maison. Je peux leur parler. Ce sont des amis.

Ca me fait plaisir de voir mes petits-enfants. Je suis née sur une péniche. J’ai pas pu aller à l’école. Heureusement que j’ai mes enfants.

Il me reste 50 euros pour vivre. Je bouge un peu partout. Je vais à la Croix Rouge pour récupérer des vêtements. Des gens m’ont dit d’aller dans les associations.

Mes 2 mariages ont été ratés. Y a pas beaucoup de choses qui vont bien. Ma famille c’est mes enfants. J’aimerais qu’ils rentrent le soir et qu’il n’y ait pas que des pâtes.

J’ai la CMU. J’en voulais à tout le monde. Dans la rue, je suis en colère contre les gens. Je me dis : « eux y ont des sous pour manger des gâteaux ».

Je bouge, je suis obligée, je dois faire des papiers.

J’ai besoin de parler.

Jean François

J’ai eu une famille. Mais après mon divorce, j’ai eu le sentiment que tout était foutu. J’ai perdu mon travail et je me suis mis à boire. Mes enfants, je n’ai plus eu le droit de les voir. Quand je faisais la manche, je les ai vus. Mais je me suis caché. Je ne voulais pas qu’ils me voient comme ça. Je préférais qu’ils pensent que je ne voulais plus les voir. J’ai beaucoup pleuré et j’ai bu pour oublier. Et puis un jour, quelqu’un est venu et m’a dit que j’étais quelqu’un, qu’avec tout ce que j’avais vécu, c’était normal mais que je pouvais m’en sortir. J’ai vu un jour la photo de ma fille dans le journal, elle venait de se marier. J’étais triste et j’ai eu le désir de faire honneur à mes petits enfants. J’essaie de m’en sortir. J’ai été voir ma fille. Au début, elle voulait rien entendre. J’ai laissé mon adresse et un jour, j’ai reçu du courrier. Elle avait écrit et voulait bien me voir dans un café. Je me suis fait beau et j’avais peur. Elle était là avec ses frères. Je les ai vu et j’ai fait demi tour. Mais ils m’avaient vu et sont venus vers moi. Il ont dit : « tu ne vas pas encore nous laisser tomber ». J’ai pleuré. Maintenant, j’essaie de réduire l’alcool, mais c’est dur. Je suis prêt à rattraper le temps perdu.

Katia

Nous venons d’un autre pays que nous avons dû fuir. Nous avons traversé plusieurs régions et avons dû faire de nombreuses démarches pour obtenir des papiers. Nous sommes arrivés à Dunkerque et, quelle joie, nous avons des papiers. Nous pouvons travailler. Nous allons apprendre le français. Mais c’est dur. Ici nous vivons sans peur. Mais nous pensons souvent à notre pays que nous ne reverrons pas et à nos familles.

Claude

J’ai été opéré. Je vis seul dans une petite chambre, au 3ème étage. Des personnes sont venues et m’ont aidé pour les courses. Je dois encore être opéré. Mais je n’ai plus peur.

Madeleine

Je fais une formation de 3 mois aux APP, à Rosendaël. Remise à niveau en Mathématiques et Informatique, non rémunéré. Je trouve que toute formation devrait être payée. Car je n’ai que le RMI.

Gérard

J’ai été appelé en août 2004, pendant la période de canicule, à aider une famille chez qui on avait coupé l’eau suite au non-paiement de plusieurs factures. Il y avait 5 enfants de 6 mois à 13 ans. Elle touchait les ASSEDIC parce que le père était au chômage et les prestations familiales. Après avoir réglé l’électricité, le loyer, le gaz, etc. il leur restait 4.50 € par jour et par personne. L’association a pu payé le lait pour le bébé et acheté 2 jerrycans en plastique pour permettre au père d’aller en mobylette, plusieurs fois par jour s’approvisionner en eau au robinet public situé à l’entrée du cimetière de Coudekerque Branche.

Cette pauvreté là, ce n’est pas l’Afrique ni l’Asie. C’est peut-être votre voisin…

Madeleine

Je suis seule avec 2 enfants âgés de 14 et 15 ans. Dans le quartier, il y a des activités bien organisées sauf des départs en vacances avec mes enfants. Ça ne se fait pas. J’aurai voulu partir, même une semaine, dans un endroit avec des activités aussi.

Chantal

Mon mari recherche du travail dans le secteur de la peinture depuis 2 ans. Il envoie régulièrement des C.V, mais sans succès. A l’ANPE, on lui fait des promesses qui restent sans suite. De plus, à la maison, j’ai un fils de 23 ans qui recherche également un emploi de cuisinier. Il a effectué plusieurs contrats à durée déterminée (CHD…) et depuis plus d’un an, plus rien.

Sandrine

Je vis seule avec mes 2 enfants âgés de 9 ans ½ et 6 ans ½. Je n’ai comme seul revenu le RMI. Car j’ai dû arrêter mon activité professionnelle à mi-temps. Malheureusement, les femmes divorcées ou séparées ne sont pas suffisamment aidées par l’Etat. Et à l’heure actuelle, j’ai dû attaquer mon ex-concubin en justice pour le non paiement de la pension alimentaire. Comment faire pour vivre normalement en sachant qu’à chaque passage au tribunal la greffière m’apprend que l’audience est reportée ? Car mon ex-concubin ne s’est jamais présenté. Mais grâce à l’association que je remercie tout particulièrement, nous retrouvons le sourire. Chaque mois, une personne nous apporte de la nourriture. Mais aussi beaucoup de soutien moral.

Simone

« Monsieur le maire,

Je vous rapporte aujourd’hui mon histoire afin que vous réagissiez à la détresse des dunkerquois et dunkerquoises, tant en ce qui concerne le logement que la précarité. Mon harcèlement envers les bailleurs sociaux et surtout grâce à l’association qui m’a fait confiance en m’accordant un prêt de 400 euros pour mon installation. En effet, le Conseil Général du Nord m’avait accordé une aide de 1320 euros pour mon installation, rue des poilus à Malo, sous réserve de conformité de mon logement. Mais le service d’hygiène de la ville de Dunkerque n’étant jamais passé malgré mes nombreuses supplications auprès du CCAS (rue de la Maurienne). Je n’ai rien perçu. Entre temps, la ville de Malo n’a plus voulu m’accorder d’aide en prétextant que mon logement était trop cher et que je devais chercher dans le social, ce qui était déjà fait. Mes demandes auprès des bailleurs sociaux étaient enregistrées et rendez-vous pris auprès de votre adjoint (2 mois d’attente). J’ai eu la chance de tomber par hasard lors d’une de mes nombreuses visites en point d’accueil sur un appartement en cours de rénovation qui m’a été accordé vu mon insistance. Mais là, je me suis heurtée au problème financier de mon installation. Car les services sociaux m’ont affirmé qu’il était impossible de permuter le FSL accordé à Malo sur le bailleur social alors que pour la CAF cela leur était égal. Où serais-je aujourd’hui sans l’association qui m’a aidé ? Que fait la ville pour sa population ? Je vous laisse le soin, Monsieur le maire, de répondre à ces questions qui sont si simples mais trop courantes, que vous n’avez pas l’air de vouloir entendre. »

Maurice

J’ai connu la misère, le divorce, les ennuis d’argent. Puis marié avec une femme aveugle. Heureusement que l’association m’a aidé. Parce que j’avais des droits. Mais fallait faire des tas de papier. On est toujours embêté par les papiers au point que souvent on a envi de baisser les bras. Mais faut pas tomber les bras. Si on laisse tomber, alors la CAF laissera aussi tomber et on aura rien au bout. Je connais des gens qui sont dans la misère. A mon tour, je les aide aussi.

Marie Thérèse

Quand je sors dans ma ville que j’aime, ancienne infirmière, les gens viennent plus facilement me parler. Ce que j’entends n’est pas beau à voir.

Michel

J’ai eu une enfance malheureuse. Je me suis retrouvé seul avec trois enfants. Ce que je sais c’est que si je n’avais pas eu le soutien de l’association, je ne serais pas là aujourd’hui pour vous en parler. C’est pourquoi il faut faire comprendre que ce que nous vivons est inadmissible.

Etienne

Je suis trop timide pour vous parler de ce que j’ai connu.

Josette

J’ai vécu deux ans dans la rue. Pas d’eau, pas d’électricité. On vivait de la récupération de la ferraille. Je n’ai jamais volé. Mais je mangeais ce que je trouvai dans les poubelles. Avec ça, ça n’allait pas. J’ai connu les hôpitaux, Bailleul, etc. Depuis j’ai rencontré mon foutu mari. Trois ans que je suis heureuse. On pense même à se marier l’année prochaine, si tout va bien.

Marie

Je suis âgée et je ne peux pas me déplacer facilement. Quand on est vieux, on n’est plus bon à rien. On est bon qu’à jeter à la poubelle. On ne produit plus. On n’a plus d’enfant. On touche de l’argent à ne rien faire. Mais si, au moins, quelqu’un venait vous rendre visite. Ma voisine, elle était cardiaque. Quand je l’ai su, j’ai été frappé chez elle pour voir comment elle allait. Heureusement, elle n’avait pas trop de problèmes. Ca va. C’est bien. Mais moi, je n’ai jamais personne qui vient frapper à ma porte. La façon dont on accueille les étrangers qui passent, c’est du racisme. C’est dégoûtant. C’est pas normal. Nous, on n’est pas riche. Mais on serait près à les accueillir un peu mieux. J’en demande peut-être un peu trop…

Francine

Sous prétexte que je gagne un petit peu, on m’a enlevé l’infirmière qui venait me voir et l’aide ménagère. J’ai du mal à tourner ma télé. Qui décide de diminuer ce qu’on vous apporte ? Ils y connaissent quoi ?

Marcel

J’ai 45 ans. 3 CAP. Je suis intérimaire. J’ai pas de logement et donc je vis à l’hôtel. C’est inadmissible de voir les gens dehors. Il y en a qui meurent tous les jours. J’étais dans le Pas de Calais. Il n’y avait rien. On était obligé de casser la glace pour pouvoir se laver. Ici avec l’Estaminet du cœur et l’accueil de jour plus la possibilité d’aller à l’hôtel, ça va mieux. L’accueil, c’est comme ça !

Michel

Si vous voulez garder vos enfants, surtout ne demandez pas d’aide officielle. Vous avez un toit, même s’il est insalubre ? Ne le quittez pas. Quand il pleut chez soi, j’appelle pas ça avoir un logement. Ils savent pas où nous reloger. En fait, tant qu’il n’y a pas de mort, l’Etat ne bouge pas.

Paul

La proposition du gouvernement de faire un accueil permanent et pas simplement pendant les grands froids. C’est mieux. Mais ça reste toujours de l’assistanat. Persister dans l’assistanat, c’est pas remettre le système en cause.

Eliane : -J’ai regardé TF1 et ils n’ont rien dit sur la journée de refus de la misère. Paul : - Si tu regardes TF1, c’est que t’as pas la bonne chaîne. Eliane : - C’est vrai parce que sur la 3, ils en ont parlé.

Pierre

On n’a jamais d’interlocuteur. On a fait pendant une journée complète le tour des bureaux. A la fin de la journée, on s’est demandé si on avait jamais répondu à notre question. On vous répond : « On s’occupe de votre dossier, » ou « on va recevoir instamment les papiers nécessaires ». Vous croyez que c’est une réponse ça ? On en a ras le bol parce qu’on n’a jamais de vraies réponses.

Jean

Parce que vous avez une dette de 50 € que vous ne savez pas payer, on vous envoie un avis d’huissier que vous allez devoir payer 100 €. Logique, non ?

Emile

J’ai un peu de moyens. Je touche le RMI. Mais je n’ai pas de logement. Quand il y a à choisir entre un salarié et un RMIste, c’est toujours le salarié qui passe avant. C’est quoi la loi alors ?

Bruno

« C’est donnant, donnant. Moi, j’avais un problème de mutuelle. Je travaille depuis 30 ans. Je suis boulanger. Même en travaillant, on n’y arrive plus. J’ai 3 enfants dont 2 au chômage. J’avais un problème de mutuelle, 800 euros de retard. Je restais enfermé sur moi-même. Je suis venue avec ma fille à l’épicerie solidaire, par hasard. La misère, moi, je sais ce que c’est. Quand un dimanche, vous avez 5 pommes de terre dans l’assiette, on a envie de se pendre. J’ai essayé 4 fois, heureusement j’ai échoué.

Ici, à l ‘épicerie, c’est un rayon de soleil, ce que eux m’ont donné, on ne peut pas le rendre. Il faut donner ce qu’on a reçu. On peut toujours être près de la misère, ça va vite. Les crédits revolving m’ont mis dans le surendettement. J’attends que le dossier passe à la Banque de France. Il faut aller de l’avant et ne pas faire l’autruche. Mon grand-père disait : « on est toujours plus près de la misère que de la richesse ». Ca va vite et après c’est boule de neige. Vous prenez un crédit pour en rembourser un autre. On a honte d’être pauvre. En plus j’ai un salaire, je gagne 1200 euros. Je passe devant les magasins. Mais je ne m’arrête pas. On voudrait bien aussi profiter de la société. On se dit : « le mois prochain ». Mais le mois qui suit, il y a toujours quelque chose qui tombe. Le crédit, un coup de téléphone, vous avez le bonheur assuré, mais après c’est le malheur assuré. On est pauvre, mais il faut garder sa dignité. Il y a ceux qui sont au grenier et ceux qui sont à la cave. Moi, je suis à la cave. Les pauvres, on les cache, on les met derrière les murs. La pauvreté va très vite, on glisse, on n’a pas de frein. Pour descendre, ça va vite, pour remonter, c’est très dur et très long. Je tournais en rond, même en travaillant, j’ai 2 euros 43 par jour et par personne. Il faut que je vive avec -340 euros.

J’ai demandé un bon, on m’a dit : « Monsieur vous travaillez, il y a des gens plus en difficulté que vous. » On dit : « si vous êtes dans la pauvreté, c’est de votre faute. » Une bénévole d’une association m’a écouté. De là, j’ai fait un dossier de surendettement. Si quelqu’un nous écoute, ça soulage. La misère, ça peut vous arriver, ça va vite, faîtes attention. »

Chantal

« Les galères ça a commencé vers 20 ans. J’ai trouvé des petits boulots à droite et à gauche. Puis j’ai eu le droit à l’Assedic pendant 1 an. J’avais faim, je faisais des poubelles pour manger. Les 3 lettres de RMI, je ne savais pas trop ce que cela voulait dire. Je suis divorcée avec 5 enfants. C’est un voisin qui m’a aidée. Je suis au RMI, mais mes enfants sont dans une école privée. Ca me coûte 50 euros par mois. J’aurais pu les utiliser autrement. Mais j’ai fait ce choix là. Si on veut, on peut, mais il faut faire attention. On a le droit, c’est quelque chose qui m’énerve. Les Restos du cœur ne sont pas là pour nous nourrir tous les jours, c’est une aide qu’ils nous apportent. C’est marqué pauvre sur ma tête. Il y a plusieurs degrés de pauvreté. Lui, il travaille. Moi, j’ai des aides et j’ai plus d’argent que lui. Je suis pauvre, mais je peux aider aussi. Je suis bénévole dans pas mal de trucs. Ce n’est pas seulement l’argent qui peut aider quelqu’un, l’écoute, pouvoir parler, c’et important aussi. Des personnes rentrent dans le système des aides et en profitent. « Lui le fait, pourquoi je ne le ferais pas ? » et c’est l’engrenage. Avec les crédits, on nous donne le droit de se foutre dans la merde. Le suicide, ça va vite, on met des cachets à tout le monde et c’est fait. »

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