Bon vent, Jean-Pierre

A l’occasion du départ de l’association Emmaüs Dunkerque de Jean-Pierre Masclet, une petite réception a été donnée à l’invitation des présidents d’honneur d’Emmaüs et du Carrefour des solidarités. L’une et l’autre ont dit quelques paroles qu’on trouvera ci après.

Intervention de Thérèse Caulier, présidente d’honneur du Carrefour des solidarités :

Bienvenue à tous et à toutes.

J’ai la dure responsabilité de vous recevoir. Mais je le fais avec d’autant plus de facilités qu’il s’agit d’honorer Jean-Pierre, un compagnon de route qui s’en va vers d’autres horizons.

Cette rencontre a failli ne pas avoir lieu, mais c’était sans compter sur la ténacité de notre ami Pierre et celle de l’équipe du Carrefour des Solidarités. Mais quand je vois cette belle assemblée, où se côtoient élus, professionnels et bénévoles, je me dis qu’il eût été dommage que cette réception ne se fasse pas, réception ou petite fête pour dire à Jean-Pierre toute notre amitié et notre sympathie. Tes compagnons de route n’auraient pas compris, Jean-Pierre que tu partes sans nous dire au revoir. Et dix ans avec les dunkerquois, que diable, cela marque une vie.

Pierre parlera mieux que moi de ton passage à Emmaüs, des horizons que tu as ouverts et dont nous sommes en quelque sorte tous témoins. Nous connaissons tous ta ténacité, ton ambition à aller de l’avant pour une cause… juste : celle des personnes que notre société a laissé au bord du chemin. Au travers de tes projets et de tes réalisations, c’était toujours le souci des plus pauvres qui te motivait. Leur redonner la dignité, la citoyenneté, en faire des hommes et des femmes debout malgré les embûches qu’ils auront à surmonter, c’est ce qui te guidait, qui te faisait agir et aller de l’avant.

Quand je passe rue Vauban voir cette enseigne qu’il est impossible de ne pas remarquer : Tabgha, quelle réalisation ! Cela a commencé par une des nombreuses journées d’étude où nous assistions. Je me souviens, c’était à Valenciennes où le Président national était venu nous présenter les épiceries solidaires et sociales.

Tabgha, j’en parle, car j’ai vécu l’aventure avec toi et de nombreux bénévoles associatifs ainsi que des professionnels institutionnels. Quel projet ambitieux. Il fallait bousculer les façons de faire, des mentalités, passer du don à l’échange, mais aussi susciter chez les personnes l’idée qu’elles aussi pouvaient avoir des projets. Il a fallu rassembler autour de la table des personnes d’horizon différent, je le disais tout à l’heure, bénévoles et professionnels. Combien de fois, nous sommes-nous réunis pour travailler ensemble à cette réalisation magnifique dont tu étais l’élément moteur. Réalisation telle que les CCAS de l’est de l’agglomération se sont associés aux travailleurs sociaux de la CAF, du Conseil Général et bien-sûr autour d’Emmaüs pour étendre une réalisation semblable et faire bénéficier leurs habitants d‘une épicerie solidaire.

Pour les migrants, tu aurais voulu déplacer des montagnes pour permettre à ces gens de manger, de se doucher, d’être soignés. Tu dois te souvenir, Jean-Pierre, comme je m’en souviens, ce devait être septembre 99. Nous nous sommes rendus à Calais à plusieurs du dunkerquois pour aider nos amis calaisiens dans une démarche qu’ils effectuaient auprès du Sous-Préfet afin d’obtenir un abri pour de nombreux migrants vivant dans les fossés, dans les dunes.

Ce combat, nous le continuons toujours à Dunkerque puisque les migrants depuis la fermeture de Sangatte se sont terrés dans nos dunes et tu es toujours au centre de cette action. Tous ici, nous sommes témoins de ta fougue, de ta soif d’avancer, de tes coups de gueule parfois mais d’un cœur gros comme ça.

Dans cette assemblée, je vois des élus avec qui tu devais négocier certes, certainement durement. Car, lorsque tu souhaitais quelque chose, il fallait que cela se concrétise. En bons ch’tis que nous sommes, nous ne pouvions te laisser partir sans te dire notre sympathie et boire ensemble le verre de l’amitié.

Tous nous te disons bon vent. Nous te disons aussi que nous allons continuer le combat jamais fini, le combat contre la pauvreté. Mais tout est déjà bien sur les rails puisque tous ensemble, nous tiendrons bientôt les Assises de la solidarité réalisées à partir de la parole des citoyens pauvres.

Bon vent Jean-Pierre.

Intervention de Pierre Lestavel, président d’honneur d’Emmaüs-dunkerque :

Chers Jean-Pierre et Muriel Chers amis, bonsoir, soyez les bienvenus.

En vous invitant à cette rencontre conviviale, nous avions pensé et aurions apprécié qu’elle puisse avoir lieu dans les locaux de la Maison des Associations. C’eut été un symbole ; cela n’a pu être. Mais foin de regrets. Merci à l’Association d’Action Educative de nous avoir accueillis.

Cette association est une vieille complice. Il y a plus de vingt ans déjà, avec Jean-Claude Bernier : la création du Carrefour littoral solidarité, avec Carmeso et Marie Nassel, avec les premières assises de la solidarité réunies au Théâtre, puis avec Bernard Guilbert, la création du Carrefour des Solidarités. Donc, premier devoir de politesse et de gratitude, envers ces pionniers, très chaleureux remerciements.

Merci aussi à ceux et celles qui n’ont pu venir ce soir et s’en sont excusés. La liste en est trop longue. Je vous en fais grâce.

Merci à toutes et tous, militants, bénévoles ou professionnels, qui ont vécu des moments forts avec Jean-Pierre pendant ses dix ans de présence sur le terrain, avec toutes ses convictions, sa force et sa générosité.

Merci également à Muriel, ton épouse, à Nael, Kyllian, tes garçons à Elyne, ta dernière petite bout’chou. Merci à eux quatre de t’avoir attendu, avec patience, pendant des heures et des heures, alors que toi, Jean-Pierre, tu dépassais allègrement les fameuses 35 heures hebdomadaires, prévues par la loi. Celle-ci semble, aujourd’hui plus ou moins tripotée ; mais enfin !

Enfin, merci, à toi, Jean-Pierre. Nous sommes ici pour te dire aussi au revoir sous tes allures de chef, de patron d’entreprise, apparences trompeuses parfois, je te sais être sensible et même sentimental.

Alors surtout ne sortez pas vos mouchoirs. Ne pleurez pas pour lui dire au revoir. Il n’aimerait pas. Je te connais assez pour savoir que tu n’aimeras pas non plus, être mis sur le devant de la scène et que je fasse ton panégyrique. Tu n’en as rien à faire. Je m’en voudrais de te susciter quelque peine, alors que nous nous sommes si bien entendus depuis mars 1998.

Bien sûr, nous avions une aspiration commune à créer un espace de solidarité pour autrui. Néanmoins, tu as eu des inspirations étonnantes ! Celle par exemple d’acheter un vieux bateau en bois. Je le trouvais quelque peu délabré. Mais tu voulais en faire un outil d’insertion, en le remettant en état, mais aussi de loisirs par et pour les Compagnons. Quelle ne fut pas notre surprise commune lorsque, deux jours après cette acquisition, nous avons trouvé notre rafiot au fond de l’eau. Notre flotte avait coulé. Personne n’était à bord et le capitaine était resté sur la quai. Ce fut notre Titanic ! Quel sacré souvenir ! Révoltant, n’est ce pas ! (Note de Jean-Pierre : le bateau avait été donné.)

Construire, oui, tu l’as fait. Quand tu es arrivé à la Communauté, tu as trouvé encore un nouveau né, tout jeune. Tu as bâti, et tu en as fait un adulte costaud, ouvert, concrétisant des projets, une Association aux multiples services. Je crois savoir que tu avais encore d’autres projets sous le coude et dans tes envies de faire davantage. J’en compte au mois six et je me demandais souvent si tu ne souhaitais pas en ajouter sept autres, et atteindre ainsi le chiffre de treize à la douzaine.

Parfois, Jean-Pierre, tu m’as bluffé. Quand, par exemple, après avoir rompu ton tendon d’Achille, tu te déplaçais dans la Communauté en fauteuil roulant. Si je te disais de te ménager, tu me répondais « C’est bien, je suis assis et ça roule. » Stupéfiant, n’est ce pas ? Quand, autre exemple, aux petites heures du matin, tu m’as demandé de venir constater les dégâts résultant de l’incendie du hangar. Très calme, tu m’as dit, pour m’apaiser : « ce n’est pas grave, on va reconstruire. Il faut le faire pour les Compagnons. » Etourdissant, n’est ce pas ?

Combien de fois également, me faisant visiter un ancien garage, une exploitation agricole aux bâtiments aussi délabrés que notre Titanic, tu avais déjà entrevu les possibilités de nouvelles activités. S’il me voyait hésitant ou réservé, il y avait en lui une telle foi, que j’étais forcé de lui dire « Allez, vas-y, fonce ! » Je vous assure qu’il ne fallait pas le lui dire deux fois. Ainsi sont nés Tabgha et les locaux d’insertion de Spycker , les services aux familles, etc.

Le secteur de la solidarité, oui, tu l’as parcouru, non seulement dans notre Flandre maritime, mais aussi à Emmaüs Nord Pas de Calais, à Emmaüs France, à l’international, avec les migrants et même en Afrique. Je suis persuadé que, maintenant, dans d’autres domaines, d’autres lieux, tu continueras à avoir du « peut ! » comme on dit à Dunkerque, du punch, de la fidélité à tes convictions et à ta flamme intérieure.

Fermons donc la boîte à souvenirs, moments heureux, espérances abouties ou non dans le concret.

Je suis convaincu que cette rencontre, sous la marque et le témoignage actif de la solidarité t’en laissera un souvenir serein et zen. Et puis, tu sais, Jean-Pierre, tu peux revenir nous dire bonjour. Tu es, ici, chez toi. Mais, attention, ce n’est pas pour rien que nous sommes ici, ce soir, ensemble. Ce n’est pas pour rien que vous marquez autour de Jean-Pierre ce sentiment qui vous pousse à cette dépendance mutuelle entre les humains. Ce n’est pas rien que le cœur, la tête, les tripes nous demandent de venir en aide et soutien à ceux que la vie n’a pas gâté.

Nous devons continuer à être des militants pour un combat et obtenir un monde plus juste, plus équilibré, moins traumatisant par des exclusions dont sont victimes certains et certaines. Nous avons donc encore du travail en perspective. Il n’en manque pas et nous avons à convaincre que l’égoïsme ne paie pas, que la misère ne se gère pas. Elle se combat.

Nous aurons toutes et tous une très prochaine occasion de le proclamer haut et fort, et publiquement. Elle vous sera donnée lors des prochaines Assises de la solidarité prévues au cours du dernier trimestre de l’année. Votre participation active démontrera votre soutien à cette initiative du Carrefour des solidarités qui regroupe 27 associations et 9 CCAS ; Thérèse Caulier, Jean-Marie Gueuret et Isabelle Damiani sont à votre disposition pour vous en indiquer les orientations et les modalités pratiques.

Quand même, il faut que je vous dise que Jean-Pierre a souhaité ne pas recevoir de cadeau de départ. Le Conseil d’administration n’a pas voulu le contrarier. Il n’y aura pas de collecte non plus. Donc, il n’y aura rien ce soir, et c’est ainsi. Nous ne sommes pas malins, mais doués pour en arriver à nos fins. Il recevra un souvenir de son passage en nos murs mais, demain, quand il sera parti, et qui plus est, à son domicile. Pour satisfaire votre légitime curiosité, sachez que ce n’est ni la reproduction d’une statue de Jean Bart, ni cette friandise dite des « Doigts de Jean Bart », ni, non plus, un kipper, ou craquelots, symboles de notre fief dunkerquois, bien qu’il fasse partie de la confrérie des Frères de la Côte.

Le mot d’amitié et de sympathie que vous écrirez sur le livre d’or sera apprécié. Il y a des pages et des pages à remplir pour le lui dire. En votre nom à toutes et tous, nous souhaitons à Jean-Pierre et sa famille « Bon vent ».

Salut fraternité et vive la sociale.

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