Analyse des évaluations antérieures

Pour une évaluation des Assises de la solidarité

Prendre du temps pour analyser la situation, échanger sur les causes probables et, enfin, décider des améliorations à apporter dans notre système local de solidarité, il faut que ça en vaille la chandelle. Comment peut-on être sûr a priori que ce ne sera pas une pure perte de temps ? Comment évaluera-t-on ses conséquences ?

Nous sommes tous et toutes logés à la même enseigne. Les personnes qui vivent durement la pauvreté nous demandent attention et effort et n’ont que faire des grands discours. Se déranger pour tenir des assises de la solidarité locale ? Encore faudrait-il être sûr que cela va servir à quelque chose et donc, qu’on ait évalué les suites qui ont été donné à celles qui se sont déjà déroulées. Encore faudrait-il être sûr qu’on va mettre en place un système d’évaluation rigoureux.

Le passé des assises de la solidarité

1) Des assises qui se préoccupaient des questions sociales, il y en a eu plusieurs depuis bientôt 30 ans. Les toutes premières se sont tenues, sur la ville de Dunkerque, en 1989. A la lecture des actes de ces assises, on peut s’apercevoir de plusieurs choses :
- le champ des préoccupations était très vaste puisqu’il regroupait aussi bien les questions liées à la petite enfance, celles des politiques de quartier comme celles liées à la pauvreté ou à la santé ou encore aux personnes âgées.
- elles ont donné lieu à des déclarations de principe, très louables, mais non à des engagements de mettre en place telle ou telle décision. Difficile donc d’en évaluer l’impact même si, à travers ces déclarations, on peut repérer ce qui s’est progressivement mis en place sous les municipalités suivantes.
- ces déclarations font parfois et malheureusement sourire telle celle émise par le rapporteur de la commission logement qui affirmait que « notre ambition est affirmée : réussir les premiers à Dunkerque la mise en œuvre complète du droit au logement » ou encore celle émise par le rapporteur général selon lequel on souffrait, en 1989, « du manque dramatique de données fiables, pertinentes et actualisées » concernant les questions sociales.
Attention ! Il ne s’agit pas ici de dénigrer ces initiatives auxquelles d’ailleurs bien des acteurs d’aujourd’hui ont été des membres engagés. Simplement, il s’agit de relever que les prises de conscience, les avancées culturelles et les mobilisations ont des impacts difficilement évaluables. Voire, qu’à force de se répéter dans les mêmes termes, elles perdent progressivement de leur pouvoir d’attirance et génèrent donc plus de méfiance que d’adhésion.

2) Le grand rassemblement suivant a été celui de l’évaluation du contrat d’agglomération à la fin des années 90. Les champs de préoccupation étaient encore plus vastes puisqu’elle intégrait aussi ceux de l’économie et de l’emploi. Contrairement à aujourd’hui la politique de la ville ne s’arrêtait pas aux seuls quartiers prioritaires mais englobait l’ensemble du territoire de la Communauté Urbaine. Il s’est agi de procéder à une véritable évaluation des politiques en particulier locales. C’est plus de mille pages d’entretien, de compte rendu de réunion et d’observations statistiques difficilement résumables ici.
Pour ce qui nous concerne, c’est dans ce cadre qu’a été créé le « carrefour des solidarités ». Son premier Président, Bernard Guilbert, y a participé et y est intervenu exprimant le vœu que soit créé « un comité de pilotage de l’urgence sociale » qui, selon lui devrait être :
« - un lieu où se construit cette unité dans le respect des diversités par l’animation du réseau des acteurs,
- un lieu garant des cohérences : quand on apporte une réponse dans un domaine, il ne faut pas créer une exclusion dans un autre domaine,
- un lieu qui regroupe et analyse les observations faites par les différents acteurs,
- un lieu de propositions et d’interpellations suscitées par l’analyse des observations,
- un lieu de médiatisation des ressources et des actions existantes.

Et, pourquoi pas, une charte d’agglomération de la lutte contre les exclusions comme expression d’une volonté politique, ferment d’unité ? »

Ce comité de pilotage n’a jamais été créé. Les différents acteurs, tout en reconnaissant l’utilité d’un tel lieu, ont préféré organiser leurs propres comités de pilotage, chacun se revendiquant de la généralité qu’il n’avait pas.

3) Les premières Assises de la solidarité locale se sont tenues en 2008.
Elles ont donné lieu à la rédaction d’un certain nombre de fiches d’actions décidées au cours de la dernière assemblée générale, mais sans mettre au point une méthode d’évaluation particulière. On pourra lire, en annexe 2, cette liste.
Six ans après, on peut dire que ces assises ont été productives sur trois domaines : celui de l’expression des personnes qui éprouvent les difficultés sociales, celui du soutien aux personnes migrantes de passage sur notre territoire et celui du rassemblement de données sur la pauvreté dans le dunkerquois.
Pour deux de ces domaines, c’est parce que la collectivité publique de référence, en l’occurrence la Communauté Urbaine de Dunkerque, a pris les décisions d’impulsion nécessaire qu’une suite a été donnée aux orientations des assises de 2008. La constitution de la commission consultative relative aux migrants, d’une part, la mission donnée à l’AGUR de réunir les observations concernant la pauvreté, d’autre part, ont produit en partie les fruits espérés.
Pour ce qui concerne la troisième, ce sont les efforts des structures pour se mettre en conformité avec la loi de 2002, ceux impulsés par le conseil général du Nord mis en œuvre localement par l’AAE autour du forum citoyen et, enfin, l’expérience conduite par le Carrefour des solidarités concernant l’Atelier de Travail social et les rendez-vous citoyens annuels qui ont fait concrètement avancer le développement de la démocratie sociale participative.

Conclusion

On ne peut pas dire que les trois rassemblements qui ont précédé les nouvelles assises de la solidarité locale qui vont avoir lieu aient définis un plan d’actions dont on puisse, après coup, évaluer si elles se sont réellement déroulées en atteignant un pourcentage à calculer des objectifs qui ont présidé à leur adoption. Une évaluation rigoureuse devrait pourtant aboutir à de tels résultats.
C’est pourtant ce qui a été tenté en 2008. Mais, si les actions ont bien alors été définies, il a manqué la désignation des acteurs chargés de leur mise en œuvre d’une part, D’autre part, s’il a été prévu qu’une réunion d’un comité de pilotage tous les deux ans devrait faire le point sur l’état d’avancement de ces actions, rien de tel ne s’est produit. Deux raisons essentielles l’expliquent. Les acteurs concernés n’ont pas le temps supplémentaire à ajouter aux comptes rendus qu’ils se doivent de rendre chaque année à leurs principaux financeurs. Or les financeurs eux-mêmes ne se coordonnent pas. Le temps n’est plus où la « politique de la ville » avait réussi à rassembler les différents acteurs d’un territoire comme celui de la communauté urbaine ainsi que leurs financeurs pour conclure un plan d’interventions sociales coordonné et évalué solidairement de façon régulière. Il exigeait la présence d’une maîtrise d’œuvre indépendante de tel ou tel acteur particulier. Sans elle et sans les moyens nécessaires à son financement pas d’évaluation. On préfère aujourd’hui l’initiative individuelle non cadrée d’un côté, et les lourdes structures administratives de contrôle de l’autre.
Ce constat plaide sans doute pour un nombre limité d’actions à décider lors des prochaines assises de la solidarité locale, mieux suivies par une structure légère.

Annexe :
- Déclaration faite en 1998 par Bernard Guilbert, Président du Carrefour des solidarités, dans le cadre du Contrat d’agglomération

Pour un comité de pilotage de l’urgence sociale

Le Carrefour des solidarités est un collectif d’associations humanitaires et caritatives. Elles se sont regroupées autour d’un projet : le pacte ALERTE de mars 1995, qui donne un sens et les invite notamment - à tenir leur rôle d’aide et d’accompagnement pour que les personnes démunies et menacées par l’exclusion exercent leurs droits et leur citoyenneté, - à ne pas se substituer à la nécessaire solidarité de la nation et rester un acteur de l’Etat de droit - à se rencontrer et à échanger leurs expériences - à diffuser leurs constats et leurs informations. C’est ce que nous avons amorcé fortement autour de l’aide alimentaire depuis 1996 : sortir de l’assistanat, donc s’informer, se former, pour connaître les droits des familles, noter ce qu’on constate, dans un observatoire, pour diffuser ces constats. Deux ans après, que peut-on dire ? Les associations se sont organisées pour être davantage à l’écoute. Le travail en commun apporte un « plus » certain. Il ressert les liens et gomme les différences. Il donne une dimension. Il rend palpable les complémentarités inter-associatives et les consolide. L’observatoire met en évidence des phénomènes qu’on ne mesurait pas et qu’on ne percevait pas. _ On mesure davantage la complexité des réponses et donc la nécessité d’élargir les partenariats vers l’extérieur. Les associations n’ont pas vocation à faire à la place des institutions dans les domaines qui sont de leur responsabilité et de leur compétence. Mais les acteurs de ces associations veulent exercer leurs responsabilités citoyennes et ne pas être considérés comme des distributeurs de kilos de sucre .
L’observatoire, que nous dit-il ? Sur le territoire de la C.U.D., c’est l’équivalent de la population de Bourbourg (8 000 habitants) qui sollicite des aides alimentaires. 73 % d’entre eux sont demandeurs d’emploi. Parmi les non-allocataires du RMI, 15 % devraient en bénéficier et n’ont pas fait la démarche. Les Rmistes ne représentent que 40 % des demandeurs. Qu’en est-il pour les autres ? Ils ont les mêmes problèmes, mais pas les mêmes droits. Ils ne peuvent être aidés par des contrats d’insertion. Nous avons diffusé l’intégralité des données de cet observatoire. Mais nous n’avons quasiment pas eu d’écho à la suite de cette diffusion. Les services publics apportent des réponses dans beaucoup de domaines, mais on ne les connait pas. Nous en avons rencontrés certains. Les attentes réciproques sont réelles et fortes. Mais il faut du temps et des rencontres pour gommer les zones d’ombre, se centrer sur ce qui est essentiel et rendre transparent le contenu des termes de l’échange dans des conventions qui engagent l’institution et conduisent bien au-delà de ce que peut apporter la simple bonne volonté de quelques personnes travaillant dans ces institutions.
Mais la multiplicité des domaines d’intervention, des appartenances et des découpages territoriaux conduit à beaucoup de diversité. Les associations n’ont pas, elles, de limite territoriale. Il leur est difficile d’appréhender cette multiplicité et de la prendre en compte. Il faudrait un peu plus d’unité dans la diversité. Dans le prolongement des Assises de la solidarité et de la loi d’orientation contre les exclusions, nous pensons qu’un comité de pilotage d’agglomération devrait être :
- un lieu où se construit cette unité dans le respect des diversités par l’animation du réseau des acteurs,
- un lieu garant des cohérences : quand on apporte une réponse dans un domaine, il ne faut pas créer une exclusion dans un autre domaine,
- un lieu qui regroupe et analyse les observations faites par les différents acteurs,
- un lieu de propositions et d’interpellations suscitées par l’analyse des observations,
- un lieu de médiatisation des ressources et des actions existantes. Et, pourquoi pas, une charte d’agglomération de la lutte contre les exclusions comme expression d’une volonté politique, ferment d’unité ?

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